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Full text of "Revue alsacienne illustrée: Illustrirte elsässische rundschau"

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REVUE ALSACIENNE 



ILLUSTRÉE. VOLU2VIE VII 




ILLUSTRIRTE ELSÀSSISCHE 



RUNDSCHAU. BAND VII 




LA REVUE ALSACIENNE ILLUSTREE 

paraît en fascicules trimestriels. 

Elle n'est point une entreprise commerciale, mais l'effort désintéressé d'artistes et 
d'amateurs. L'encourager, la répandre, c'est donc faire œuvre de patriotisme. 

Elle veut rassembler les détails familiers de notre vie passée, parler de nos morts illustres, 
signaler à l'attention publique nos artistes, nos savants et nos écrivains, donner un tableau 
complet de l'activité intellectuelle de TAlsace. 

Chaque fascicule renferme de nombreuses illustrations et planches hors texte et publie 
environ 48 pages de texte, plus une Chronique. 

Cette CHRONIQUE signale, classés en différentes rubriques et illustrés de nombreuses gra- 
vures, tous les faits et documents qu'il paraît utile d'enregistrer: Littérature; Art; Archéologie ; 
Spectacles et concerts; Histoire; Folklore; Économie politique, commerce et industrie; 
Statistique, etc. etc. Des articles biographiques et nécrologiques, accompagnés de portraits, 
fixent le souvenir de personnages alsaciens marquants. 

PRIX D'ABONNEMENT POUR L'ANNÉE: 
Strasbourg 15 frs — Alsace-Lorraine 17 frs — France et Étranger 19 frs 

On s'abonne chez tous les libraires et aux bureaux de la Revue: 

a, rue Brûlée, à Strasbourg (Alsace). 



DIE ILLUSTRIRTE ELSÀSSISCHE RUNDSCHAU 

erscheint jâhrlich in 4 Heflen mit vielen Textillustrationen und Kunstbeilagen. Jedes Heft ent- 
hait ca. 48 Seiten Text und ferner als Beilage eine C h r o n i k. 

Dièse Chronik registrirt aile bemerkenswerten Erscheinungen im Kulturleben des Elsasses. 
Sie bringt Theater- und Konzertberichte , bibliographische Besprechungen , Biographien und 
Nekrologe hervorragender Elsass-Lothringer mit Portrâts und berichtet ûber aile wichtigen, 
dos Land betreffenden Thatsachen in franzôsischer und deutscher Sprache. 

Kttnstler und Liebhaber haben sich in uneigennûtziger Weise zu diesem Zweck ver- 
einigt Daher soll die Zeitschrift ihren Untemehmem keinen pekuniâren Gewinn bringen. 

Die Rundschau will ein Kulturbild des Elsasses in der Vergangenheit und in der Gegenwart 
geben, sie will bei den Kindern des Landes die Liebe zur Heimat starken und in der Fremde 
dem Elsass neue Freunde gewinnen. 

JAHRLICHES ABONNEMENT: 
Strassburg 12 Mk. — Deutschland 13.60 Mk. (inkl. Porto). 

Man abonnirt in allen Buchhandlungen und in den Bureaux der Rundschau: 

Brandgasse a, in Strassburg (Elsass). 



REVUE ALSACIENNE ILLUSTRÉE 

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION ARTISTIQUE DE CHARLES 
SPINDLER A SAINT LÉONARD PAR BŒRSCH. VOLUME VII 



ILLUSTRIRTE ELSÂSSISCHE RUNDSCHAU 

HERAUSGEGEBEN UNTER KÛNSTLERISCHER LEITUNG VON 
CARL SPINDLER IN ST. LEONHARD BEI BŒRSCH. BAND VII 



COURONNÉE PAR L'ACADÉMIE FRANÇAISE. 




STRASBOURG 

a, RUE BRÛLÉE — BRANDGASSE a 

1905 







^ 



HARVARD COtLEGE LIBRARY 

THE CIFT OF 

WILLIAM ENOICOTTi JR. 

AUGUST 30, I92C 



1905 

SOMMAIRE DU SEPTIÈME VOLUME 
INHALTS-VERZEICHNISS DES SIEBTEN BANDES 

TABLE DES MATIÈRES — TEXT-BEITRÀGE 



l-S EUGÈNE ENSPELDER (BIOGRAPHIES ALSACIENNES XVI) 

Par H. HERLISY. — Avec un porlrail «I quatorze rsproductioni dat oeuvrai da l'arliali. dont daux boti t< 

9-21 \ 

5S-Ô7 \ L'ART POPULAIRE EN ALSACE (suite et fin) 

123-127 ) Par ANSELME LAUGEL. - Avec vingt deHlm par K. WEYSSER et FR. HÉGAMEY, 

2S~Z1 A TRAVERS LE VIEUX STRASBOURG 

Par la D' F. DOLLINQER. - Avac quatra raproductloni. 

8!t-48 CHATEAUX D'ALSACE - LA ROBERTSAU 

Far M— FRÉDÉRIC RÉQAMEY. — Avac vingt-claq raproducHooi, dont daux hori taxia. 

49—51 A PROPOS DE L'EXPOSITION DES ARTISTES RHÉNANS A STRASBOURG 

Par ANSELME LAUGEL. - Avac uoa Iniliala par C. SFINDLER. 

65-67 pUTL FAUT LAISSER VIEILLIR LA BEAUTÉ 

Par MAURICE BARRÉS. - Avac un an-IJta et un cul-da-lampa. 

68—71 RESTAURER UN MONUMENT, C'EST LE DÉTRUIRE 

Far ANDRÉ HALLAYS. — Avec un en-iél* «t ua cul-da-lampe . 



72— 7S LA RESTAURATION DES MONUMENTS ANCIENS 

Par CH. BULS. — Avec un en-tête, une initiale, un cul-de-lampe et trois dessins par K. WEYSSER. 

101—110 LE PROBLÈME ALSACIEN ET LA LITTÉRATURE — LETTRE A MONSIEUR CHARLES 

GRUBER A PROPOS DE SON RÉCENT LIVRE 
Par le D*^ F. DOLLINGER. — Avec un en-tête et un cul-de-lampe. 

111—114 LA MUSIQUE FRANÇAISE ET LA MUSIQUE ALLEMANDE EN ALSACE 
Par ROMAIN ROLLAND — Avec un en-tête et un cul-de-lampe. 

115—121 HENRY WOLF (BIOGRAPHIES ALSACIENNES XVII) 

Par ADOLPHE SEYBOTH. — Avec deux portraits et douze reproductions des oeuvres de rartiste, dont quatre 
hors texte. 

128—132 UNE CORRESPONDANTE ALSACIENNE DE VOLTAIRE — MME DE LUTZELBOURG 

Par le D' M. MUTTERER. — Avec trois reproductions. 



25 D'R DRIWELBANGERT 

Gedicht in Strassburger Dialekt von ADOLPHE MATTHIS. — Mit lUustration von J. WALTZ. 

20-82 DAS ROMANISCHE HAUS IN ROSHEIM 

Von ERNST POLACZEK. — Mit acht lUustrationen von A. KŒRTTGÉ, einer Photographie und drei Vignetten. 

61—52 » ELSASSISCHE KUNST 

Von W. - Mit einer Initiale von L. SCHNUG. 

5S-04 DIE FEDERZEICHNUNGEN HANS BALDUNGS ZU MURNERS OBERSETZUNG DER WELT- 

GESCHICHTE DES SABELLICUS 
Von JOS. GÉNY. — Mit fUnfzehn Reproductionen nach Zeichnungen des KUnstlers, darunter eine Kunstbeilage. 

79-81 DIE ERHALTUNG VON WERKEN DER BILDENDEN KUNST 

Von Exz. Graf WILCZEK, Vor&itzender der Gesellschaft Ôsterreichischer Kunstfreunde. — Mit Kopfleiste und 
zwei Reproductionen von K. WEYSSER. 

85-88 SCHLECHTE RESTAURATION VON GUTEN FACHWERKBAUTEN IM ALTEN STRASSBURG 

Von TH. BERST, Arch. — Mit acht Zeichnungen des Verfassers. 

80-100 WIE MAN NICHT RESTAURIEREN SOLL (DIE NEUE HOHKONIGSBURG) 

Von OTTO PIPER. — Mit acht Reproductionen. 



CHRONIQUE D'ALSACE-LORRAINE 

ELSASS-LOTHRINGISCHE CHRONIK 

Du ler Octobre 1904 au 1er Octobre 1905: 52 pages avec vingt-six reproductions. 

Vom 1. Oktober 1904 bis 1. Oktober 1905 : 5a Seiten mit sechs und zwanzig Reproductionen. 




TABLE DES GRAVURES HORS TEXTE 

VOLLBILDER UND KUNSTBEILAGEN 



I MARCHE A BOUXWILLER (vers 1870) 

EUG. ENSFELDER. — Aquarelle ~ Aquarell. 

II PAYSANS DU HANAU SE RENDANT A L'ÉGLISE 
EUG. ENSFELDER. - Peinture à Thuile ~ ÔlbUd. 

m CARTE DU NOUVEL AN 

PH. KAMM. — Aquarelle — Aquarell. 

IV LA COMTESSE EDMOND DE POURTALÈS 

P. X. WINTERHALTER. - Peinture à Thuile - Ôlbild. 

V LA ROBERTSAU 

Deux vues du château. — Zwei Ansichten des Schlosses. 

VI L'EMPEREUR PHILIPPE 

Dessin de HANS BALDUNG, page 243 du manuscrit de Murner — Zeichnung von HANS BALDUNG, Seite 243 
von Murners Handschrift zu Schlettstadt. 

Vn-IX PLANCHES EXTRAITES DES « LÉGENDES D'ALSACE » PAR G. SPETZ — VOLLBILDER AUS 
G. SPETZ : « LÉGENDES D'ALSACE » 

LE VIOLON DU DIABLE AU DONON 
J. SATTLER. — Aquarelle - Aquarell. 

LES DEUX FRÈRES RIBEAUPIERRE 

CH. SPINDLER. — Aquarelle - Aquarell. 

LA PESTE DE GUEBWILLER 

L. SCHNUG. — Aquarelle — Aquarell. 

X LE CHEMIN VICINAL 

HENRY WOLF. — Gravure sur bois — Holzscbnitt. 

XI LA LECTURE 

HENRY WOLF. — Gravure sur bois - Holzschnitt. 

XII PORTRAIT D'UNE DAME 

HENRY WOLF. — Gravure sur bois — Holzschnitt. 

XIII LA MOUSMÉE 

HENRY WOLF. — Gravure sur bois - Holzschnitt. 

XIV EX-LIBRIS HENRY WEBER 

L. SCHNUG — Aquarelle — Aquarell. 

XV MOISSONNEUSE 

CH. SPINDLER. — Aquarelle — Aquarell. 



^^CH!^ 



Inliné nu Café Mullcr, 1 ScMllightinn, 



BIOGRAPHIES ALSACIENNES 



EUGÈNE ENSFELDER 



KUCÈSE KNSFELDEH 



Presque inconnu de ses contemporains, oublié 
par la génération nouvelle, Ensfelder Tut toujours un 
méconnu. La chance, femme et capricieuse, ne tourna 
jamais la tête à son passage, et la gloire (le soleil des 
morts , comme l'appelle Camille Mauclair) n'a pas 
réchauffé de ses rayons la modeste tombe du peintre. 
Pourtant son indiscutable talent lui marquait une place 
auprès des Zix. des Jundt, des SchQtzenberger, auprès 
de tous ceux enlîn qui dans la dernière moitié du 
XIX» siècle ont contribué à illustrer l'Alsace. 

Eugène Ensfelder était né à Strasbourg , le 
7 octobre 1836. Son père était boulanger; il appar- 
tenait à l'une de ces anciennes familles d'artisans ofi 
le respect du travail manuel allait de pair avec la 
culture intellectuelle et l'amour de la science. Le savant 
théologien Bochinger était un des pioches parents 
d'Ënsfelder; un de ses oncles était pasteur. La carrière 
ecclésiastique semblait donc tout naturellement s'ou- 
vrir au jeune homme, qui fit ses premières études 
au Gymnase protestant de Strasbourg. Pourtant, 
alors déjà, sa \éritable vocation se faisait Jour. Tous 
ses loisirs, Ensfelder les consacrait au dessin. Et, 



quoique son professeur, un nommé Dietrich, maître d'école au Temple-Neuf, fût un homme de 
peu d'envergure, il fit de si étonnants progrès qu'il s'acquit une petite célébrité parmi ses 
camarades, et que l'un de ses maîtres, M. Schweighœuser, le chargea de lui dessiner un 
tableau explicatif des Dieux de l'Olympe. Aussi, lorsqu'en 1854, reçu bachelier, il s'agit pour 
le jeune homme de choisir une voie définiti\'e, émit-il le désir de se vouer à l'Art Devant 
l'opposition de sa famille, Ensfelder, s'inclinant à la volonté paternelle, entra au séminaire. Il 
continua néanmoins à dessiner en amateur, encouragé par M. Baum, professeur à la Faculté, qui 
lui confia, pour illustrer un de ses ouvrages, la mission de reproduire un portrait de Butzer. M. Baum 
s'était également chargé de faire graver à Munich une suite de dessins sur la chanson du prince 
Eugène, mais Ensfelder les retira lors de la guerre d'Italie, ne voulant pas glorifier, même en 
plaisantant, un général autrichien. 

Ses études terminées par une thèse sur Christian Oslorodt, le Jeune pasteur se rendit à 
Genève pour y étudier les méthodes d'enseignement et l'histoire du protestantisme français. Il 
n'avait jamais quitté Strasbourg, et ce premier voyage lui laissa de profondes impressions. A 
Bàle, il étudia les Holbein, mais plus encore que l'Art, la nature exalta son enthousiasme. En 
face des Alpes couvertes de neige, il écrivait à l'un de ses amis: «J'aurais voulu avoir des 



yeux tout autour de la tète et me laisser pénétrer de tous les côtés par toutes ces beautés à 
la fois». Mais, malgré la magnificence du spectacle qui l'entourait, Ensfelder ne se laissa pas 
liistraire du but qui l'avait amené en Suisse. Après un semestre de sévères études, il rentra en 
Alsace et fut successivement vicaire à Hausbergen, à Ste-Aurélie et, en 1860, à Bouxwiller, 
C'est dans cette dernière ville qu'Ensfelder passa l'une des années les plus calmes et les plus 
heureuses de sa vie. Son ministère, qu'il accomplissait avec sérénité, comme un devoir austère, 
mais doux, lui laissait suffisamment de loisirs pour qu'il ne négligeât pas la peinture. Un 
artiste, Ch. Marchai, qui se trouvait alors à Bouxwiller, l'aida de ses conseils, et c'est grâce à 
lui qu'Ensfelder se mit à dessiner d'apiès nature. Jusque-là, il ne s'était plu qu'à des œuvres 
d'imagination, et l'influence de Durer, dont il avait longuement étudié les gravures, l'avait 
marqué de son empreinte. Ensfelder avait d'ailleurs l'instinct de la composition, du mouvement, 
une invention jamais en défaut. Mais son métier laissait fort à désirer. Tout ce qu'il savait 
du dessin et de' la peinture, il l'avait appris par lui-même, pour ainsi dire réinventé. 

S'il avait ainsi gardé entière son originalité, toutes ses œuvres péchaient par de graves 
lacunes dans l'exécution. A Bouxwiller, il s'essaya pour la première fois au paysage, et les 



Il le Ciré Muller. à Schiliighiim 



Il Hanau M Tcadint su bourg (Upia) 



scènes villageoises, avec lesquelles tout un nouveau champ d'action s'était ouvert à son talent, 
lui permirent d'affirmer une fraîcheur, une vérité d'expression qui n'ont guère été surpassées. 
Certains de ces dessins avaient été vendus â Paris, par l'intermédiaire de Ch, Marchai; Vllltts- 
IralioH, la Maison Hetzel en avaient publié quelques-uns. Et peu à peu, dans l'âme d'Ens- 
felder, la vocation de peintre l'empoita sur toute autre chose. Après une longue lutte morale, il 
se décida à renoncer à la carrière ecclésiastique él, en 1863, partit pour Paris, résolu à se 
consacrer tout à fait à l'Art. Mais timide à l'excès, d'une ombrageuse fierté, il se heurta à 
d'insurmontables difficultés pour trouver un éditeur, pour s'imposer. Au bout de deux ans, il 
revint en Alsace, las, mais non découragé. Nommé piofesseur de dessin au collège de Boux- 
willer, il y resta jusqu'à l'invasion. 

C'est de cette période de tranquille indépendance que datent les meilleures compositions 
d'Ensfelder. Il exposa en divers endroits, notamment à Paris, et parmi ses envois au Salon, 
un grand dessin représentant un pasteur en chaire fut particulièrement remarqué. A la Maison 
Levrault de Strasbourg, il collabora à la découverte d'un nouveau procédé d'eau-forte typo- 
graphique et publia plusieurs séries de vignettes. Lorsque la guerre vint bouleverser sa vie, 
il songea à retourner à Paris. Mais, sa santé s'était si profondément altérée qu'il dut renoncer 
à ses projets et se retirer à Strasbourg- Pendant cinq ans, il lulta contre la maladie et 
supporta ses souffrances avec un courage sioïque. Jusqu'à la fin, il travailla. Les Imageries 
d'Épinal et de Ponl-à-Mousson publièrent de lui une série de feuilles avec légendes de 
son invention. Pour la Maison Oberthur de Rennes il fit un grand nombre de vignettes, 
notamment celles de l'Almanach des Postes. Ces travaux et le traitement de professeur de 
dessin à l'École industrielle israélite lui assuraient le nécessaire. Ses dessins plus importants 
lui étaient aussitôt enlevés par des amateurs qui le connaissaient et l'appréciaient Et jamais, 
dans aucune de ses œuvres, son souriant détachement ne se démentit. Ce mourant peignait la 



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Dcuin CI leilc manuscrii pour une Image d'Épinal 



la plume), «xpoK au îjaLan di 



vie, le mouvement avec une verve admirable: lune de ses dernières compositions, un balcon 
d'auberge de village, où se presse la jeunesse en fête, est un charmant tableau de mœurs 
alsaciennes dans leur forme la plus animée et la plus Joyeuse. 

Malheureusement, dès l'année 1875, les symptômes alarmants se précipitèrent, et malgré 
la force d'âme avec laquelle Ensfelder s'ingéniait à cacher à son entourage la gravité de son 



l'aj'unt de Ticffcabuh (cnnion de La PelilC'Pier 



état, il ne Tut bientôt plus possible de se leurrer ^ur l'issue Tatale et prochaine de la maladie. 

Eugène Ensfelder s'éteignit doucement le 11 mai 187R. Avec lui disparut une pure et belle 

figure d'idéaliste un peu mélancolique, un homme de haute valeur morale, un caractère d'une 
noblesse anliqiie. 



L'ART POPULAIRE EN ALSACE 

(2» partie) 

Qu'entendons- no 11 s par art populaire? 

Pour lépondre à cette question, il convient de définir d'abord l'œuvre d'art en général et 
d'examiner ensuite ce que la circonstance spéciale qui fait que cette œuvre d'art est destinée 
au peuple, lui ajoute ou lui retranche. 

On comprend facilement qu'un palais, à la construction duquel on aura consacré des 
millions, puisse mériter d'être appelé une œuvre d'art, mais on sera moins disposé à appliquer 
ce qualificatif à une maison qui, au village, aura été construite par un obscur maçon; et 
cependant beaucoup d'humbles logis sont mieux ordonnés, mieux compris et, par conséquent, 
plus artistiques que les somptueux hôtels bordant les avenues aristocratiques des cités. D'où je 
concluerai que l'art n'est pas, comme on le croit communément, une prérogative exclusive de 
la fortune: un château qui auia coûté des sommes énormes pourra être laid, tandis qu'une 
maison qui n'aura coiité que quelques milliers de francs pourra être jolie, et il n'est que trop 
facile, en prenant pour exemple les constructions modernes, de se convaincre de cette vérité à 
la fois triste et consolante, triste parce qu'il est toujours navrant de voir gaspiller l'argent qui 
aurait pu être bien employé, et consolante parce qu'elle permet aux fortunes modestes de lutter 
souvent avantageusement avec l'opulence tapageuse. 

J'appellerai donc œuvre d'art toute production par laquelle l'homme cherchera à commu- 
niquer à ses semblables, par l'exercice du sens esthétique, les impressions qu'il aura lui-même 
ressenties, et, comme correctif à ce que cette définition pourrait avoir de trop général, j'ajou- 
terai que l'exercice du sens esthétique suppose une qualité spéciale de l'esprit qu'on appelle 
le goût. Le goût lui-même est une faculté plus ou moins affinée permettant de discerner le 
beau du laid, comparable en cela à la conscience morale qui nous permet de distinguer le 



bien du mal. Le goût, comme la conscience, est capable de 
se perfectiomer en s'appliquant d'une manière de plus en 
plus précieuse. Les notions du bien et du mal ont, elles aussi, 
toujours existé, et n'est-ce pas leur application seule qui s'est 
modifiée dans le cours des âges? Le sauvage qui tuait et 
mangeait son père pour lui épargner les ennuis de la vieil- 
lesse, croyait bien faire, comme croient bien faire les archi- 
tectes qui s'obstinent à polychromer les statues décorant les 
porches des églises; et ce n'est que petit à petit qu'une 
éducation plus raffinée fit comprendre au Caraïbe que loin 
de tuer l'auteur de ses jours, il devait l'entourer d'attentions 
et de soins, comme nous espérons qu'une éducation plus 
complète fera connaître à nos architectes que les statues 
de pierre doivent être respectées et que déguiseï- la matière 
dont elles sont faites, c'est leur enlever de leur caractère et 
de leur beauté. 

Donc tout effort humain qui voudra mériter le titre 
d'œuvre d'art devra d'abord procéder du sens esthétique, qui 
lui ouvrira les portes du temple, et procéder ensuite du goût 
qui lui assignera le rang auquel il aura le droit de prétendre. 
L'homme primitif qui façonnait l'argile, qui faisait sécher et 
durcir au soleil les poteries destinées à la cuisson des aliments 
ou au transport de l'eau et du feu, n'avait d'autre préoccupation 
K. n>y.wr jti, ip:i que d'être pratique, et le vase qu'il pétrissait ne méritait pas 

Hiquewihr le nom d'objct d'art; mais quand plus tard notre potier s'avisa 

de mettre l'empreinte de son pouce d.ins la pâte encore molle 
pour l'orner de facettes et de bossages, ou quand, à l'aide d'aiguilles de bois, il y traçait des 
dessins régulièrement enchevêtrés en chevrons, en losanges ou en cercles, quand en un mot, il 
trouva indispensable d'embellir son œuvre, de la rendre plus attrayante et plus jolie, alors inter- 
vint le sens esthétique qui à la recherche de l'utile joignit la recherche du beau, et notre potier 
devint un artiste. Sans doute l'art restait alors grossier et barbare, peu comparable aux déli- 
catesses qui plus tard firent la gloire d'un Benvenuto Cellini, et cependant Cellini ne rougira 
pas de son obscur ancêtre à qui il doit et sa vie et son génie et sa gloire. 

Nous reconnaîtrons donc aisément que l'art peut être et supérieur et populaire; il est 
supérieur, dit Taine, parce qu'il procède de la raison, c'est-à-dire de la faculté la plus noble de 
l'homme; il est populaire parce qu'il s'adresse au sentiment, c'est-à-dire à la faculté primitive 
et universelle; et j'ajouterai qu'il est supérieur et populaire, parce qu'il est à la portée du plus 
délicat comme à celle du moins policé, sans que cette distinction entre l'art supérieur et l'art 
populaire entraîne nécessairement une suprématie du premier sur le second. 11 ne faudrait pas, 
en effet, considérer l'art populaire comme une forme inférieure et de moindre qualité, car si 
l'art supérieur plane dans les légions élevées de la pensée et fait, avec la science dont il est 
le frère, l'orgueil de l'humanité, l'art populaire, plus modeste, s'adresse aux humbles, les réjouit, 
les console et élève leurs idées au-dessus des amères préoccupations du pain quotidien. Ne 
méprisons donc pas ces manifestations touchantes de l'idéal du peuple; admirons, au contraire, 
comment, après avoir consacré toute son énei^gie à la satisfaction de ses besoins matériels, 
l'homme trouve encore moyen de secouer l'obsession des soucis absorbants de ta vie et de 
correspondre avec des aspirations d'un intérêt immatériel. Ne dédaignons pas ces productions 
naïves d'un art primitif et sommaire, contemplons avec attendrissement ces aunes gauchement 
ciselées, ces fermoirs de tonneaux grossièrement sculptés, ces dégorgeoirs de moulins aux faces 
grimaçantes et mal équilibrées, car ces tentatives maladroites contiennent ce qu'il y a de meilleur 



dans notre nature, elles nous fournissent la preuve de nos instincts 
impérissables, elles nous donnent la démonstration de notre double 
personnalité, qui, à un corps vil et grossier, associe un principe 
immortel et glorieux. 

Après avoir ainsi défini l'art populaire, cherchons à nous rendre , 
compte de ses caractères. 1 

«L'œuvre d'art, dit encore Taine, est déterminée par l'état 
général de l'esprit et des mœurs environnants»; c'est dire que l'on , 
retrouve dans l'œuvre d'art comme un reflet de l'esprit et des 
mœurs de ceux qui l'ont produite et de ceux auxquels elle s'adresse. 

L'œuvre d'art populaire ne diffère pas, sous ce rapport, des mani- ^_ «■*»«« j.l, wi 

festations plus élevées, car elle aussi est déterminée par le milieu couronnemem de puiu à Riquowihr 
spécial pour lequel elle est faite, et il sera intéressant de vérifier 

comment nous retrouvons, dans l'art de nos villageois alsaciens, l'empreinte et la marque 
spéciale de leur esprit. 

Si nous cherchons à analyser le caractère de nos paysans et à en étudier les secrets 
ressorts, nous reconnaîtrons facilement qu'il présente deux traits essentiels: la sociabilité tem- 
pérée par une certaine méfiance et l'amour-propre qui peut atteindre jusqu'à la vanité. 

La sociabilité des paysans alsaciens se manifeste assez dans la manière dont ils vivent, 
aimant les grandes réunions et les assemblées nombreuses. Qui n'a assisté à ces fêtes de 
village si vivantes et si gaies, où tout est bruit et mouvement, et où les bonnets brodés des 
filles ne semblent pourvus de leurs larges ailes de soie qye pour mieux s'envoler par-dessus 
les moulins? Qui ne connaît, au moins par ouï-dire, ces soirées que l'on passait autrefois 
ensemble, en hiver, près du poêle qui ronfle? Les femmes filaient, les jeunes gens jouaient ou 
dansaient, les hommes contaient des histoires ou faisaient de la haute politique, et tous étaient 
heureux. Ne sont-ce pas là des indices certains de sociabilité? Et puis nos campagnards ne 
sont-ils pas toujours disposés, quand on vient les voir, à descendre dans leur cave, la cruche 
au poing, pour offrir un verre de leur meilleur vin? Ne demandent-ils pas avec intérêt des 
nouvelles des récoltes, des santés, et ne partagent-ils pas très sincèrement la joie et la douleur 
de leurs amis? L'instinct de ta solidarité est souvent développé Jusqu'à l'héroïsme chez les 
humbles, car il n'est pas rare qu'un ménage déjà chaîné de famille n'hésite pas à accueillir 
des enfants abandonnés, sans se demander s'il ne lui faudra pas peiner davantage pour satis- 
faire à ce supplément de besoins 

A cette extrême sociabilité il existe toutefois un contre-poids naturel: la méfiance. La 
méfiance est pour ainsi dire imposée aux paysans par les conditions mêmes de leur existence 
et ne saurait être blessante pour ceux qui en sont l'objet. En effet, on a si souvent, dans le 
cours des âges, exploité, rançonné, torturé les campagnards, que chaque étranger devient forcé- 
ment pour eux un être suspect. D'où vient cet homme ? que me veut-ll ? pourquoi s'adresse-t-il 
à moi? telles sont les questions que se pose, in petto, le villageois quand un inconnu l'interroge, 
et c'est souvent très comique de voir avec quelle indiscrétion et quelle naïveté il cherche à se 
renseigner sur le compte de son interlocuteur, pour apprendre s'il ne serait pas, par hasard, 
quelque agent du fisc ou un inspecteur chargé d'une enquête quelconque. Peut-on jamais savoir? 
L'État est, même encore de nos jours, si curieux; et puis, on n'a pas toujours la conscience 
bien tranquille : un malheureux lièvre pris au collet, un attelage oublié trop longtemps à la 
porte d'une auberge, une voiture sans lanterne, une fraude dans le payement de certaines rede- 
vances, une déclaration tant soit peu boiteuse, sont autant de raisons de trouble et d'émotion. 
Il est donc bien naturel qu'un visage étranger éveille tout d'abord la méfiance, sauf à s'excuser 
plus tard, et à se mettre en quatre pour satisfaire aux lois de l'hospitalité quand on a fait plus 
ample connaissance et que la glace est rompue. 



Après la sociabilité et la méfiance, vient l'amour-propre agré- 
menté d'une certaine pointe de vanité et souvent même d'une tendance 
toute gasconne à l'exagération, surtout chez les vignerons. 

Tous ceux qui connaissent nos bourgades du vignoble et nos 
beaux villages de la plaine, savent que chaque hectare de terre ou 
de vigne vaut, ou du moins valait autrefois, une petite fortune. 
L'Alsace est féconde, le cultivateur aime le sol qui le nourrit, fait 
parade de son bien et mesure l'estime qu'il doit à ses semblables au 
nombre de leurs arpents. Aussi tout, à la campagne, devient-il 
prétexte à ostentation : les mariages, les enterrements, les baptêmes, les 
fêtes patronales, les visites de l'évèque ou du préfet, l'arrivée d'un 
nouveau curé, les processions. Aux mariages se célèbrent des banquets 
fantastiques où la viande se consomme par quintaux, la farine par 
sacs, le vin par hectolitres. Aux baptêmes, on jette des dragées à 
pleines mains par les fenêtres, et gamins et gamines savent très 
cirgouiiie de 'ïM^n^é Boucherie ^'^^ rappeler à l'ordrc les parrains et marraines qui ne leur semblent 
ï Moisheim pas être à la hauteur de leur situation. Aux fêtes patronales, chaque 

ménage fait cuire une interminable série de galettes; et les processions 
elles-mêmes donnent lieu aux manifestations les plus imprévues et les plus pittoresques. On ne se 
contente pas, en effet, dans ces occasions, d'orner les maisons de guirlandes, ni de semer de fleurs 
les rues oii doit passer le cortège; on n'hésite pas, pour augmenter la splendeur de la fête, à se 
donner soi-même et tout son mobilier en spectacle. Contre les façades se suspendent en tenture 
les plus belles nappes, les plus beaux draps de lit, auxquels on accroche de petits tableaux, 
des images de piété ou d'autres, voire même des couverts d'argent quand on en possède; sur 
des tables somptueusement garnies de fleurs artificielles, on place des crucifix, des madones et 
jusqu'à des pendules qu'on est heureux d'exposer ainsi officiellement à l'admiration et à la 
convoitise de ses concitoyens. Tout ce déploiement a certainement pour but de cé- 
lébrer la gloire du Très-Haut, mais on n'est pas fâché, en passant, de faire parade de son 
faste et de se glorifier soi-même en même temps que le Seigneur. Puis, voyez ce que devient 
la femme dans nos villages. Aux réunions mondaines des villes, les hommes sont tous en 
habit noir, ne se distinguant guère les uns des autres, ni même des maîtres d'hôtel qui assurent 
le service, cependant que les femmes, en falbalas variés, se chargent d'affirmer par la richesse 
de leurs parures, la beauté de leurs atours, la splendeur de leurs pierreries, le rang qu'occupent 
les maris dans la hiérarchie de la fortune et de la vanité, sinon dans celle du goût. Il en est 
de même au village ; les femmes portent de magnifiques jupes rouges ou vertes ornées de galons 
de velours, des tabliers de soie, des corsages éclatants, des collerettes brodées, des bonnets 
chargés d'ornements d'or et d'argent, et tandis que les hommes restent assez semblables les 
uns aux autres, les femmes établissent leur dignité par de subtiles différences dans la façon 
des robes, dans la qualité des étoffes, dans la largeur des rubans, dans l'or des coiffes. 

Il est inutile, j'espère, de m'étendre plus longuement, et cette courte analyse suffira, je 
pense, pour pouvoir affirmer que deux traits principaux marquent le caractère de nos paysans: 
d'abord la sociabilité qui n'exclut pas, comme je viens de le montrer, une certaine méfiance, 
et, en second lieu, l'amour-propre qui peut aller jusqu'à la vanité. Je me propose de faire voir 
maintenant commem ces traits de caractère viennent s'affirmer, avec la plus grande netteté, dans 
les manifestations artistiques des populations rurales. 

L'art qu'il convient d'interroger tout d'abord, c'est l'architecture, car l'habitation est pour 
ainsi dire un prolongement de l'homme, et la manière dont nous nous logeons et dont nous 
organisons notre intérieur en dit plus long sur notre caractère que les dissertations les plus 
subtiles. Or les maisons paysannes sont toujours placées le long des routes ou des rues qu'elles 
bordent directement ou dont elles sont séparées par un jardinet planté de fleurs; elles sont 



très voisines les unes i1es autres et présentent généralement sur la rue un de leurs petits côtés 
percé seulement de Tenétres, tandis que là façade avec la porte donne sur une cour fermée vers 
la rue et au fond de laquelle sont bâties les granges et les étables. Ces maisons ont ainsi une 
partie de leurs fenêtres sur la rue, ce qui permet de se mêler au mouvement du village {symp- 
tôme de sociabilité), et leur porte s'ouvrant sur une cour close, ce qui en rend l'accès plus 
difficile (symptôme de méfiance). 

Quelle différence entre nos villages alsaciens et certains villages normands, par exemple, 
où les habitations sont dissimulées au fond de grands clos plantés de pommiers et entourés de 
hauts murs en terre battue; où les rues sont désertes et où les paysans confinés dans leurs 
fermes restent indifférents à tout ce qui se passe en-dehors de chez eux ! Ces habitudes si 
opposées ne permettent-elles pas de conclure à des caractères différents : d'une part la sociabilité 
et une certaine ostentation, d'autre part l'égoïsme et la réserve? 

A côté de la sociabilité, nous avons reconnu dans nos paysans un amour-propre souvent 
excessif, puisqu'il peut s'ériger en vanité, et il est facile d'établir que ces deux traits de letir 
caractère se retrouvent aussi dans leur art. En effet, contemplez encore leurs maisons — du 
moins leurs anciennes maisons, celles qui nous frappent par roriginalîté que savaient si bien y 
mettre nos pères et que nous n'y mettons malheureusement plus — contemplez, dis-je, leurs 
maisons: sont-elles assez aimables et coquettes? Les grands toits de tuiles, les auvents à l'abri 
desquels s'alignent, en automne, les épis dorés du maïs, les élégantes iogettes en saillie ména- 
gées dans le pignon qui donne sur la rue, les poutrages apparents et savamment disposés, les 
encadi-ements de fenêtres délicatement sculptés, les murs toujours fraîchement blanchis à la 
chaux ne constituent-ils pas comme des enseignes d'amour-propre et comme un naïf étalage du 
bonheur de posséder? Et n'est-ce pas aussi un signe certain de vanité que l'habitude générale 
de faire graver son nom et celui de sa femme en un endroit 
bien apparent de l'immeuble, à l'effet de transmettre aux 
rations futures le souvenir de sa possession? Notons, en pt 
que l'usage de décorer les maisons d'ornements polych 
semble avoir été moins répandu en Alsace que dans ci 
autres pays tels que la Suisse et l'Italie. Nos maisons i 
presque toutes, comme je l'ai dit, simplement blanchie 
chaux, et une des seules maisons décorées d'ornements 
que je connaisse porte une inscription qui permet de ce 
que l'usage des fresques n'était pas très répandu da 
campagnes. Cette maison se trouve à Mietesheim et pc 
date de 1785; les panneaux entre les poutres sont 
de fleurs, d'animaux héraldiques, de scènes 
champêtres: un paysan labourant son champ, par 
exemple, le tout très primitif; et au-dessous de 
tout cela, bien en évidence, l'inscription suivante: 
Ich aff, stehe hère und gaff, weii ich do steh 
kôHni ich nietter geh, dont voici la traduction libre : 
«Au lieu de rester là, bouche béante, à regarder 
comme un singe, tu ferais mieux d'aller travailler 
et de ne pas perdre ton temps». Cette admonition 
peu aimable prouve bien que cette maison devait, 
par la singularité de sa décoration, attirer l'atten- 
tion et que l'artiste avait escompté la stupé- 
faction que produirait son œuvre. , ., . . , , ., "' "*'"" "']" '"' 

^ "^ Le 'ZwBieimerbninnen. à Kïjierïberg (1619) 



l'are de leneonttei" des maisons 
ent qui sont ornées d'inscriptions 
rd, philosophique ou religieux de 
ques-unes récoltées au cours de 

Baiien isl ein Lnst — Aber tvas 
es koslet hab idi nicht gewusst '). 

Menschenjleiss garnicht geliftgt 
Wo Gott nicht sein Sege» 
bringt. *) 

Mit Gotl du al les fange an — Do 
tvirsl du Gliick undSegen kaii. ') 

Thiese Schier stehet in Gotles 
Hand 

Gotl betvahr sie vor feier und 
vor brandi 

Und oiich unser gantzes Valer- 
land,*) 

maintenant, après avoir étudié 
es maisons, nous pénétrons dans 
i, nous reconnaîtrons aisément que 
% l'ameublement et la disposition 
ous offrent aussi comme un fidèle 
aractère de nos paysans. Dans 
son existe une Stube, un poêle 
disait autrefois en frani^is , en 
tout le nom de ta partie la plus 
c'est-à-dire une grande chambre 
.saient les voisins pour les veillées, 
laient les repas et sur laquelle 
grande alcôve contenant les lits 
. Notons en passant que le mol 
cependant dérive le mot étuve, n'a 
pas d'équivalent français — car Chambre est 
K, w^,.Mf d.L., I8II la traduction de Kammer et non de Slnbe. — 

vieiii» maison à Bihc.uviiié c'ggt qu'en effet la Sltibe, telle qu'elle est 

C'est un plaisir ^) Stérile est le travail humain 
Que de bâtir Si Dieu ne le bénit de sa main. 

A tout jamais. ^) Tout avec Dieu tu commenceras 
Mais sans nul doute Chance et bonheur tu auras. 

Ce qu'il en coûte *) Dans la main de Dieu est celte grange 
Je l'ignorais. Que Dieu en éloigne le feu et l'incendie 

Ainsi que de toute notre patrie. 



comprise en Alsace, n'existe déjà plus en Lorraine où c'est la cuisine garnie d'une vaste et 
très importante cheminée qui sert de salle à manger et même bien souvent, de chambre à 
coucher. En Alsace, au contraire, nos paysans se considéreraient comme déshonorés s'ils 
prenaient leur repas à la cuisine. 

La Stube est généralement d'un charmant caractère, confortable et cossue, et c'est grand 
dommage que l'habitude de ces dispositions qui rappellent un passé si patriarcal et si plein 
de bonne humeur disparaisse de plus en plus. Elle donne toujours par un de ses côtés sur la 
rue et par l'autre sur la cour, ce qui permet d'avoir l'œil partout, et, devant servir aux récep- 
tions, elle contient nécessairement ce que l'on a de plus beau. C'est là que se trouvent la 
grande horloge dans sa haute gaine de bois, les chaises à dossiers sculptés, le poêle monu- 
mental en fonte ou en faïence décorée, le fauteuil où se repose le maître, la belle huche à 
fleurs, Tantique armoire ou un bahut de coin et, près de la porte, une serviette à chiffre brodé 
en rouge et un petit bénitier en laiton où trempe un rameau de buis. Autour de la salle régnent 
de hautes boiseries, et, dans un angle, un banc fixé au mur encadre une vaste table. Le plafond 
est également lambrissé, et les poutres, qui restent apparentes, sont agréablement façonnées et 
même souvent peintes. On voit tout de suite, par cette rapide description, quel parti nos déco- 
rateurs pourraient tirer de ce thème et avec quel bonheur ils exploiteraient cette donnée si 
conforme à notre esprit national. Du reste, pas un objet, dans cet ensemble, qui ne soit orné, 
enjolivé et rendu plus précieux par une intention décorative quelquefois exagérée, mais toujours 
intéressante. Voyez les huches, par exemple, où les paysannes serraient leurs atours; voyez les 
coffrets où elles enfermaient leurs modestes bijoux. Huches et coffrets contenaient le trousseau 
ou l'argent comptant que la jeune fille, en se mariant, apportait à son futur et étaient, par 
conséquent, magnifiquement décorés de fleurs ou de fruits allégoriques, tels que roses, tulipes 
ou muguets, glands, pommes ou fraises; d'emblèmes ingénieux, cœurs ou mains entrelacés; et 
quelquefois, quand on s'était adressé à un artiste plus célèbre, de personnages à costumes 
magnifiques, voire même de scènes de l'Ancien ou du Nouveau Testament, maladroitement 
copiées d'une vieille bible ou d'un antique évangéliaire. Voyez aussi la belle vaisselle de faïence 
avec son décor à fleurs ou à bêtes (surtout des coqs), où le rouge, le vert et le jaune s'asso- 
cient si gaiement. Voyez les tables, les buffets, les bahuts, comme ils sont bien compris et 
solidement établis; voyez la variété immense des chaises à dossier ouvragé où se retrouvent 
les motifs les plus anciens, puisqu'il y en a qui paraissent inspirés par les entrelacs de 
l'art byzantin, tandis que d'autres utilisent de la façon la plus imprévue l'aigle impériale^). 
Tout était décoré comme de parti pris: le tonnelet en grès où fermentait le vinaigre, le baril 
qui servait à porter le vin aux champs, les pots où caillait le lait, les rouets si délicatement 
tournés et jusqu'aux aunes servant à mesurer la toile, la belle toile bise à raies rouges. Ces 
aunes curieusement gravées portaient toujours, outre le nom de la jeune femme pour laquelle 
elles avaient été confectionnées, les vingt-quatre lettres de l'alphabet en caractères latins. Pourquoi 
ces lettres? Je n'ai pu me l'expliquer autrement qu'en faisant un rapprochement d'idées entre 
le mot Siab qui signifie bâton, et par dérivation, mesure, et le mot Btichstab qui signifie lettre. 
Et si, à une époque hélas! déjà bien éloignée de la nôtre, le paysan trouvait le moyen 
d'arranger sa maison au point qu'aujourd'hui encore nous ne trouvons rien de plus intéressant, 
voire même de plus artistique qu'une belle chambre villageoise bien comprise et bien conservée, 
c'est qu'il n'était pas le seul à aimer son métier et que tous ceux qui travaillaient pour lui 
avaient, eux aussi, leur amour-propre et mettaient du cœur à ce qu'ils faisaient. C'est ainsi 
que le charpentier tenait à façonner les poutres qui demeuraient apparentes, à les orner de 
sculptures ou à combiner les assemblages de façon à former des dessins agréables à l'œil, 
qu'il savait varier les rampes des balcons et les cintres des galeries; c'est ainsi que le 



*) Voy. Forrer. 



15 — 



r 



menuisier s'ingéniait à trouver des formes praiiques pour ses tables, ses 
buffets, ses armoires; que le tonnelier, ne se contentant pas de joindre 
habilement les douves, ornait ses tonneaux d'inscriptions, de guirlandes 
et d'attributs, sculptait les verroux en forme de sirène ou de dauphin 
sans s'inquiéter pourquoi des emblèmes essentiellement aquatiques avaient 
à figurer dans la décoration des récipients destinés à contenir le vin; 
c'est ainsi que le serrurier raffinait son travail par des ciselures, par des 
ingéniosités de mécanisme, des gravures et des damasquinures, et tandis 
qu'aujourd'hui il n'est plus bon qu'à mettre en place les serrures faites à 
la grosse dans les usines, il savait autrefois trouver des combinaisons 
nouvelles et appropriées aux circonstances spéciales. Il n'est pas jusqu'au 
tuilier qui ne trouvait moyen d'égayer sa monotone fabrication en inven- 
tant des tuiles faîtières ornées de figurines qui s'enlevaient sur le ciel 
et rompaient agréablement la silhouette do§ toits. C'est ainsi qu'autrefois 
tout prenait de l'originalité, parce que chaque artisan, cherchant à se 
distinguer de ses concurrents, donnait à ce qu'il faisait un caractère 
spécial. Aujourd'hui, au contraire, le travail de la machine remplace celui 
de l'homme, et les progrès de l'industrie, en annihilant les individualités, 
détruisent les initiatives fécondes et pittoresques. 

Donc autrefois, en Alsace, l'instinct de l'ornementation qui a son 
origine, comme j'ai essayé de le faire voir, dans la sociabilité et l'amour- 
propre, s'exerçait partout. La notion de l'art, en effet, ne se trouvait 
pas seulement dans l'architecture et dans ^'arrangement général des inté- 
rieurs, elle se retrouvait aussi dans les costumes, surtout dans les cos- 
tumes de femmes, où se révèlent tant de charmants détails : L'art d'arranger 
les cheveux en les roulant en tresses ou en les relevant en nappe sur le derrière de la tête, 
l'art de nouer son fichu ou de le froncer en petits plis sur la nuque ne s'acquièrent que par 
une longue pratique, et le raffinement des collerettes brodées, du linge marqué de beaux 
chiffres, des bas savamment tricotés à mailles ajourées, n'était pas le monopole exclusif des 
dames de la ville; les campagnardes du bon vieux temps y étaient, elles aussi, habituées, et 
l'on trouvait dans les anciens trousseaux de nos paysannes aisées des pièces capables de faire 
honneur à bien des bourgeoises. 

Enfin, il ne faut pas oublier, parmi les expressions d'art de nos populations, leur, code 
de la politesse qui est beaucoup plus subtil et plus compliqué qu'on ne le croit généralement. 
Le protocole des mariages, par exemple, est extrêmement strict , et l'on ne saurait s'en 
affianchir sans passer pour un homme qui n'a pas le sentiment des convenances. S'agit-il d'une 
invitation à dîner, il ne faut pas mettre trop d'empressement à l'accepter pour bien donner à 
entendre que l'on ne veut pas se nourrir aux dépens d'autrui, et que l'on a aussi à manger 
chez soi; ce qui n'empêche pas les convives, une fois attablés, de se gaver consciendeu- 
sement, non seulement pour profiter de l'occasion, mais aussi par politesse et pour montrer 
qu'ils sont satisfaits. De même il convient, quand on a accepté un verre de vin, d'y laisser 
quelques gouttes ou même de jeter ces dernières gouttes à terre, pour indiquer que ce n'est 
pas par besoin que l'on a accepté à boire, mais uniquement pour ne pas refuser une offre faite 
de bon cœur. 

C'est donc l'amour-propre et la sociabilité que nous retrouvons partout. Qu'il s'agisse 
d'art, d'étiquette ou de modes, c'est l'amour-propre et la sociabilité qui en règlent les manifesta- 
tions, qui en dirigent les expressions. 



Après avoir établi combien l'art populaire était, en Alsace, conforme au caractère de la 
nation, je pourrais montrer facilement comment l'expression artistique est souple et comment 
elle se prête à toutes les variations. L'idéal du montagnard n"est pas le même que celui de 
l'habitant de la plaine, celui du vigneron est différent de celui du maraîcher, et l'on comprendra 
sans peine qu'il ne peut pas y avoir, dans notre pays, un art populaire unique, et que cet art 
variera forcément avec les conditions d'existence et avec le type moral de nos populations. 
Mais à côté de ces différences, on distinguera non moins facilement des traits communs aux- 
quels est soumis l'art populaire et que je demande la permission d'énumérer. 

Le premier caractère général de l'art populaire est son utilitarisme. Nos paysans n'attachent 
de valeur qu'à des objets qu'ils estiment leur être utiles; et quand ils ornent leur chambre de 
tableaux de piété, ce n'est pas pour avoir, comme certains bourgeois, des œuvres d'art accro- 
chées à leurs murs, c'est d'abord pour donner satisfaction à leur instinct religieux et peut-être 
plus encore pour se préserver du feu, de la maladie ou d'autres fléaux contre lesquels ils es- 
pèrent que ces objets les prot^ront. 

Les grandes différences qui existent entre les habitations de la plaine et celles de la 
montagne nous prouvent déjà suffisamment le rôle que joue le sens pratique dans la 
construction des maisons et leur aménagement. Tandis que dans la montagne les habitations 
sont éparpillées sur le flanc des côtes et que certains villages se composent de trois ou quatre 
cents maisons disséminées sur un millier d'hectares, nous voyons que, dans les villages de la 
plaine, toutes les maisons sont contiguës et se groupent sur un espace restreint. C'est que 
dans la plaine les transporis sont faciles et les avantages que l'on y tire de la concentration 
des habitations sont plus grands que les inconvénients occasionnés par l'éloignement des plan- 
tations. Dans la montagne, au contraire, les transports sont pénibles; on a donc tout profit à 
construire sa maison à proximité des terres de culture, et les avantages que l'on retire de la 
dissémination sont plus importants que les inconvénients sociaux qui en résultent. 

Deux autres exemples encore pour montrer combien le sens pratique préside non seulement 
à l'organisation des villages et à l'aménagement des maisons, mais aussi à tous les arrange- 
ments des intérieurs. J'ai déjà parlé de la Slttbe et de son poêle; or ce poêle est généialement 
chauffé de la cuisine, où il s'ouvre par une grande portière afin qu'on y puisse enfourner 
fagots et résidus de toute nature sans compromettre la propreté de la pièce. N'est-ce pas là 
une combinaison très ingénieuse grâce à laquelle la chaleur bienfaisante du poêle ne devient 
pas une cause de désordre? Le second exemple d'esprit pratique, c'est l'absence, dans l'ancien 
mobilier villageois, de ce meuble si incommode que l'on appelle impro- 
prement une commode. On ne trouvait autrefois chez les paysans que 
des armoires, des buffets, des placards ou des huches, c'est-à-dire des 
meubles se fermant avec une seule clef et qui, une fois ouverts, per- 
mettent d'embrasser d'un coup d'œil tout leur contenu. Qui n'a été exas- 
péré d'être obligé de tirer successivement les cinq ou six tiroirs d'une 
commode ou d'un chiffonnier avant de trouver l'objet cherché, et combien 
n'est-il pas plus pratique, en ouviant une porte, de découvrir des rayons 
sur lesquels est placé ce dont on a besoin? Ce n'est là sans doute 
qu'un détail, mais dont l'importance n'a pas échappé au solide bon sens 
des paysans, qui autrefois n'avaient guère de tiroir que dans la table 
même sur laquelle ils mangeaient et où ils serraient la miche de pain 
et les couverts d'étain. Pas un seul meuble paysan ne présente cette 
anomalie si inconfortable de tiroirs superposés. 

Ce sens pratique grâce auquel le paysan ne s'attache qu'à des 
ustensiles qui répondent exactement à ses besoins, le rend aussi essen- k. wpt"" i-u. iw« 

tiellement conservateur. La routine si tenace dans laquelle se corn- Hique^vih^ 



M,* 




K. WeysMr del^ 187t 



Rosheim 



plaisent si volontiers nos ruraux est due en partie à 
la paresse naturelle de Thomme que gêne toute modi- 
fication dans ses habitudes, mais elle est due aussi à 
son orgueil grâce auquel il estime n*avoir plus rien à 
apprendre. Pourquoi d^ailleurs modifier des procédés 
qui ont pendant si longtemps réussi aux ancêtres? La 
nature n'a pas changé ses lois; les saisons se suivent 
toujours dans le même ordre, et c'est toujours la chaleur 
de rété qui fait mûrir les récoltes. Telles sont les raisons 
qui rendent le paysan plutôt réfractaire au progrès, d'autant plus que sa dépendance absolue 
des phénomènes naturels lui a signalé l'existence de bien des problèmes insolubles: pourquoi 
pleut-il? pourquoi fait-il beau? pourquoi le vent qui était hier au sud est-il aujourd'hui au nord? 
Ces questions et mille autres semblables qu'il se pose inutilement chaque jour portent natu- 
rellement le campagnard à ajouter plus de foi aux conjurations des sorciers qu^aux bons effets 
des engrais chimiques. Aussi ne nous étonnerons-nous plus si, en vertu de cette routine peut-être 
justifiée, le respect de la tradition est profondément enraciné dans l'âme du paysan, et nous 
ne nous étonnerons pas non plus si pendant des siècles les mêmes formes d'art se perpétuent. 
C'est grâce à ce culte pour ce qu'ont fait les anciens qu'il nous est donné de voir encore de 
nos jours s'allumer les feux de la Saint- Jean, métamorphoses chrétiennes d'un usage païen, et 
que se sont conservées avec tant de coutumes respectables, les traditions d'attachement au sol 
natal qui caractérisent à un si haut degré les Alsaciens. 

Mais le principal charme de l'art populaire est, sans contredit, sa naïveté, sa candide 
naïveté s'il était permis de s'exprimer de la sorte. En prenant la peine d'examiner, par exemple, 
les anciens ex-voto pendus dans les chapelles où Ton vénère une Vierge miraculeuse ou quelque 
saint plus particulièrement bienfaisant, nous serons sans doute étonnés de voir comment l'ar- 
tiste chargé d'exprimer la reconnaissance du pieux donateur s'est acquitté de sa tâche. Ne 
doutant de rien, il n'a pas hésité à se lancer dans les compositions les plus compliquées: les 
maladies, les opérations chirurgicales, les incendies, les accidents de voiture sont représentés 
avec un égal entrain et avec une égale candeur. Et si, après avoir contemplé ces petits tableaux 
qui nous font sourire, nous nous demandons en quoi consiste la naïveté en art, nous serons 
tout d'abord tentés de répondre que cette naïveté ne procède que d'une profonde ignorance 
doublée d'une confiance en soi absolument injustifiée. Et cependant il se dégage de ces œuvres 
simplistes, où tout est de pure convention, je ne sais quel charme qui trouble et qui émeut. 
On rit, c'est vrai, mais on est touché. On peut donc, avec raison, prétendre que la naïveté 
n'est pas faite uniquement d'ignorance et que son charme secret lui vient de la bonne foi 
avec laquelle l'artiste a correspondu à un idéal extrêmement simple et excluant toute espèce 
de prétention. La naïveté réside non seulement dans l'exécution, mais aussi dans l'idée. 

Ces réflexions suggérées par les ex-voto s'appliquent aussi à mille autres manifes- 
tations esthétiques, et il ne faut pas oublier qu'un artiste est tout près du génie quand il sait 
exprimer simplement et noblement une idée simple et noble. Semblable à ces imagiers du 
moyen-âge qui n'hésitaient pas à sculpter le Jugement dernier ou toute la vie d'un saint 
iS^Florent à Haslach par exemple) dans les tympans des églises, l'artiste populaire ne doute 
de rien, il va de l'avant avec une sorte d'inconscience et sans se soucier d'être critiqué, sachant 
d'avance que ceux pour qui il travaille seront contents de lui parce qu'il aura trouvé le moyen 
de se faire comprendre d'eux et parce que ses clients auront la sincérité de trouver bonne une 
œuvre qu'ils eussent été incapables de faire eux-mêmes. La naïveté et la bonne foi que nous 
trouvons toujours dans les productions de l'art populaire, sont des sentiments essentiellement 
respectables qu'il faut saluer avec d'autant plus de joie qu'ils deviennent de plus en plus rares 
et qu'ils ne caractérisent pas toujours l'art orgueilleux et prétentieux des villes. 



— 18 — 



Et le goût, me dira-t-on, que faites-vous du goût, de cette faculté que vous nous signaliez 
au début comme servant à juger du degré de beauté des choses? Oseriez-vous soutenir que ces 
ex-voto, par exemple, qui paraissent vous plaire si fort, sont des ouvrages dont notre goût 
ait lieu de se réjouir? 

Il est certain que Texercice du goût suppose une certaine culture de l'esprit qu'on ne 
rencontre pas chez lartiste populaire, mais qui, je me hâte de l'ajouter, n'est pas non plus 
l'apanage exclusif de l'artiste des villes. Il convient donc d'établir des distinctions et de ne pas 
crier tout d'abord et de parti pris au mauvais goût, parce que certaines œuvres populaires ne 
nous paraissent pas très raffinées. 

En général, on peut dire que pour ce qui est des proportions et de la forme, les produc- 
tions d'art populaire ne laissent rien à désirer et que seuls quelquefois la couleur ou le dessin 
sont critiquables. Les anciennes maisons paysannes ne sont-elles pas toujours jolies? Ces vieux 
meubles ne sont-ils pas toujours bien compris et de proportions irréprochables? Peut-on ima- 
giner quelque chose de plus harmonieux que ces habitations que j'ai décrites, avec leurs 
grands toits, leurs cheminées au chapeau savamment compliqué, leurs logettes dans les pignons, 
leurs galeries à large rampe, leurs fenêtres aux excellentes proportions plutôt larges que hautes, 
ce qui permet de s'y accouder sans le secours des appuis, leurs portes avec de larges auvents 
et leurs poutrages apparents qui rompent si agréablement la monotonie des façades? Quand on 
examine ces constructions, on se demande comment des maçons et des charpentiers de village 
ont su trouver des arrangements à la fois si justes, si pratiques et si élégants, surtout lorsqu'à 
côté de ces vieux logis on trouve des maisons modernes, lamentablement monotones et ennuyeuses, 
sans caractère, parce qu'elles sont construites sans amour par des propriétaires trop économes 
et par des entrepreneurs trop exploiteurs. Et j'en dirai tout autant des meubles: comparez les 
anciennes tables, les anciens buffets et les anciennes chaises que l'on s'arrache chez les mar- 
chands d'antiquités et qui ne sont la plupart que des meubles campagnards, à ce qui se fait 
aujourd'hui, et il ne sera pas difficile de dire de quel côté est le bon goût. Donc, je le répète: 
en ce qui concerne les proportions et la forme, l'art populaire est d'une correction et d'une 
pureté presque parfaites, et si quelquefois nous nous choquons d'une infraction aux règles du 
bon goût, c'est toujours l'instinct si naturel de l'embellissement qui se trouve en faute et qui 
exagère, ne sachant pas se borner. La construction est parfaite, l'ornementation est quelquefois 
défectueuse, et c'est toujours par exagération, par désir de trop bien faire que pèche l'artiste 
villageois. Quand le peintre décore une huche, il faut que tout soit garni, que rien ne reste 
vide, que les fleurs, les emblèmes, les guirlandes remplissent tout; quand la paysanne choisit 
son beau bonnet doré, elle le veut chargé de broderies et de paillettes de façon à ce que 
tout reluise et étincelle. Quand le paysan dit qu'on ne saurait faire trop beau, cela signifie 
toujours qu'on n'en saurait trop faire, c'est une affaire de quantité: beau, pour lui, signifie 
abondant et cela est, en somme, naturel chez l'homme des champs qui n'hésite pas à mesurer 
la beauté de sa récolte de blé au nombre d'hectolitres qu'il aura récoltés. Nous aurons 
encore l'occasion de constater tout-à-l'heure que le paysan tire toujours de son contact avec la 
nature les impressions, même morales, qu'il éprouve. C'est ainsi qu'ayant à se prononcer sur 
la beauté, il la confondra assez volontiers avec la quantité, parce que îa nature sera pour lui 
d'autant plus belle qu'elle se sera montrée plus 
large et qu'elle aura récompensé plus généreusement 
le travail. 

Et quelle admirable variété n'observons-nous 
point dans l'art populaire! Pas une maison qui soit 
exactement semblable à sa voisine, et, tout en 
gardant un air de parenté très étroite, les construc- 
tions se distinguent l'une de l'autre par mille détails, A.„e™chwmr. LanBeg^Ie n """ ""^ '" 




19 — 



tels que le dessin des rampes en bois des galeries, la distribution des fenêtres, 
la fonne des poutrages; nous sommes bien loin ici de l'insupportable 
uniformiié des cités ouvrières où tout respire la lassitude et l'ennui, et 
cependant un village est-il autre chose qu'une cité ouvrière? C'est en vain 
aussi que, parmi les pièces composant les mobiliers, nous chercherions deux 
tables, deux huches, deux buffets absolument pareils; tout est varié, tout 
est différent, et cette merveilleuse diversité qui caractérise l'art villageois est 
un trait qui mérite d'être retenu et qui prouve, lui aussi, combien le paysan 
se modèle toujours sur la nature. Les manifestations naturelles ne sont- 
elles pas aussi toujours pareilles et toujours variées ? Les jours et les saisons 
se succèdent avec une régularité parfaite, mais se ressemblent-ils? 

Un autre caractère de l'art populaire qu'il convient de signaler, c'est 
sa clarté, sa gaieté. Un peuple content de vivre ne peut avoir un art triste 
et morose ; il lui faut des idées qui lui parlent clairement un robuste lan- 
gage, des couleurs éclatantes et franches: le bleu, le rouge, le vert, le blanc, 
et, en voyant les décors des vaisselles, les peintures des meubles et le 
badigeon des maisons, en voyant surtout l'éclat des anciens costumes de 
diiB leiSioreiirnhor^ villageoises, est-il possible de douter que le bonheur de vivre ne formait 
i Riquewihr le trait saillant de notre caractère alsacien ? Les jupes sont rouges ou 

vertes, les maisons blanches, tes portes et les volets souvent passés au 
bleu d'outremer; cela n'est peut-être pas du goût le plus délicat, mais, au soleil, quand tout 
resplendit d'un incomparable éclat, pourquoi les œuvres des hommes devraient-elles rester grises 
et tristes? N'ont-elles pas aussi leur noie à donner dans ce concert magnifique où tout chante 
la gloire de l'immortelle lumière? Nous avons vu tout-à-l'heure que, pour le paysan, le beau 
signifie la quantité; j'ajouterai maintenant que le beau signifie aussi pour lui l'éclat et que 
c'est encore aux liens étroits qui l'unissent à la nature qu'il doit cette particularité: une belle 
récolte, c'est celle qui lui a largement payé son travail; une belle journée, c'est celle où, sous la 
vive lumière, les fleurs, les arbres, les moissons se parent de leurs brillantes couleurs et s'épa- 
nouissent dans la splendeur de leur gloire ; une belle journée, c'est celle où le soleil fait scintiller 
comme un diamant la goutte de rosée qui tremble à la pointe des herbes, où depuis l'azur du 
ciel jusqu'à la poussière de la roule tout est aveuglant de clarté. Et comment veut-on alors 
que l'âme simple du villageois n'associe pas d'une manière indissoluble ces choses si étroitement 
unies: l'éclat et la beauté, comme son sens pratique avait déjà associé la beauté et la quantité, 
et pourquoi veut-on que le paysan soit sensible au charme des tons effacés et doux, alors 
que depuis son enfance on lui enseigne que la plus magnifique création de Dieu, c'est le grand 
soleil qui anime et qui vivifie? 

Enfin, et pour terminer cette longue analyse du caractère de l'art populaire, je voudrais 
signaler sa dignité et son ampleur. Si nous examinons l'art bourgeois des villes, combien ne 
trouverons-nous pas de détails qui sentent la trivialité et la mesquinerie! Passons en revue 
les villas construites aux environs des grandes cités, n'est-ce pas à pleurer que de voir à quelle 
bassesse peut descendre le goût? Que penser, en effet, de ces châteaux forts- en simili-pierre 
où s'entassent créneaux, tourelles, donjons, mâchicoulis, et grâce auxquels de braves commer- 
çants retirés des affaires se prennent pour de hauts'et puissants barons? Que penser de ces 
chalets où tout est traité à la rustique, où les rochers sont en béton aggloméré, où des che- 
vreuils et des gnomes en plâtre durci et colore se cachent dans des bosquets en zinc? On 
m'objectera avec raison que ce n'est pas là de l'art. Evidemment, ce n'est pas de l'art, mais 



ces constructions saugrenues ont cependant lépondu 
à l'idéal de celui qui les a ordonnées, et, si elles ne 
sont pas elles-mêmes de l'art, elles représentent du 
moins des prétentions artistiques. Or, c'est précisément 
contre ces prétentions artistiques que je m'é!ève, car^ 
tandis que pour faire de l'art, les citadins produisent 
les horreurs dont je viens de parler, nos paysans, qui 
eux ne pensent pas à faire de l'art, élevaient les 
jolies maisons que nous avons admirées, et n'ayant 
d'autres prétentions que de se satisfaire eux-mêmes, 
il lont les choses à leur goût et ils les font natu- 
rellement solides, puissantes et dignes. Le paysan 
n'est jamais, ni en lui-même ni en son art, ridicule, 
mesquin ou trivial. Ses rapports avec la nature 
toujours impassible lui donnent un certain calme, 
une certaine tranquillité d'allures qui peut atteindre 
jusqu'à la majesté, La trivialité est un produit essen- 
tiellement citadin, qui trouve son origine dans les 
pitreries des cafés-concerts et dans les obscénités des 
petits théâtres. Espérons que nos villages en seront 
encore pendant longtemps préservés! 



i. wiriHT ttl, ■*!( 



Et maintenant résumons: 

Notre vieil art populaire alsacien, celui qui, il y a encore vingt ans, fleurissait dans nos 
villages et dans nos bourgs, se lie de la façon la plus intime au génie même de noire race, et 
toutes ses manifestations ne sont que des reflets de notre esprit national. Cet art nous tient à 
l'âme par des chaînes sacrées, et nous le trouverons toujours fidèle et capable de correspondre 
à nos plus subtils sentiments. 

Soyons-lui donc fidèles à notre tour et ne cherchons pas, dans les élucubraiions d'un 
internationalisme de mauvais aloi, des jouissances malsaines, des satisfactions stériles. 

Soyons fidèles à qui nous est fidèle et aimons qui nous aime! 

ANSELME LAUGEL 




A TRAVERS LE VIEUX STRASBOURG 



Les maisons du vieux Strasliourg de tout temps furent jetées bas et reconstruites selon 
les prédilections du moment. Cette évolution concourut à la beauté de nos rues aussi longtemps 
que les démolisseurs furent créateurs, conçurent des formes originales, s'exprimèrent en un style 
issu d'eux. Notre époque détruit plus que toute autre; mais pour réédifler, elle se voit con- 
trainte à prélever un tribut sur tous les trésors, sans aboutir, hélas! à surmonter son indigence. 
Aussi, que de 'choquants disparates et combien de joyaux perdus! Conservons du moins par 
l'image les silhouettes familières des vieilles bâtisses qui, sans s'accoutrer d'oripeaux glanés en 



la Renaissance. Une douceur intime émane de la 
maison sise à la gauche de qui tourne le dos à 
la place Kléber (fig. 3): les étages en saillie, les 
fenêtres délicatement sculptées, le haut toit égayé 
de lucarnes en font le type accompli de nos vieilles 
demeures bourgeoises. Elle s'appelait naguère 
Znem blàue Biire et proclamait son nom par 
une enseigne parlante dont s'ornait sa façade: 
la figurine en bois d'un paysan revêtu du 
sarrau bleu. [Cette statuette ainsi que les enca- 
drements sculptés des fenêtres ont été conservés 
et décorent la cage d'escalier de l'édifice^) qui, 
en 1888, a pris la place de cette maison et de 
sa voisine.] Au charme pittoresque est venue 



Fig. 



quelque bazar, surent flatter l'œil et contenter le goût. Boutiques 
à arceaux, bois ciselés, fenêtres à meneaux, pignons aigus, 
oriels effilés: ces formes sobres, ces ornements de bon aloi 
évoquent si éloquemment l'âme de ceux qui les modelèrent! 
Les plus humbles même d'entre ces logis exhalent cette 
essence de la Beauté qu'en vain l'on cherche dans les or- 
gueilleuses compilations architectoniques d'aujourd'hui: l'har- 



Pour retrouver telle qu'en nos figures la physionomie 
du détroit qui relie la place Kléber au carrefour de l'Homme- 
de-fer, il faut remonter le cours de quarante années. De 
cette époque, en effet, datent les vues n*» 1 et 2, comme 
pourraient en témoigner l'artilleur au blanc baudrier et le 
iapin à la cuissière de bufile, qui, pour tromper l'ennui 
du corps de garde, sont venus s'offrir à l'attention de la 
postérité. — Sans doute, les siècles n'ont pas passé sans 
ravages sur ces antiques logis. Mais ils y ont respecté les 
traits essentiels, depuis lors défigurés ou effacés, du style de 

1 photi^ruphiques repruduiles ïcï à l'( 



Fig. .1 
VilheJm, lilk du proprit 



s'ajouter, sur le tard, l'auréole de la gloire historique. Là naquit, le 27 avril 1822, Edmond 
Valentin, le dernier préfet français du Bas-Rhin. Pour gagner, au lendemain du Quaire Septembre, 
son poste dans Strasbourg assiégé, cet intrépide affronta des périls et des obstacles surhumains 
dont triompha sa vaillance, sa ténacité . . . 

Petite maison alsacienne qui vécus sans faste et mourus sans épitaphe, tu mérites de 
durer dans le souvenir des hommes! 

Xi' F. nOLLINGER 




DAS ROiMANISCHE HAUS IN ROSHEIM. 

(Mit Aufnahmen von Albert Kierttgé) 



Kein Abschnitt der àlteren Geschichte unseres Landes stellt sich dem Auge des ruckvvàrts 
schauenden Betrachters glanzvoller dar, als das Jahrhundert, da die ûber Schwaben und Elsass 
waltenden Herzôge aus dem staufischen Hause gleichzeitig die deutsche Kaiserwurde trugen. 
Etwas von dem Glanze dièses Herrscheramtes strahlte damais iiber die Westmark des Reiches, 
und etwas von der Kraft dieser Tage lebt ungemindert noch heute in den Bauten, die von der 
Mitte des XII. bis zur Mitte des XIII. Jahrhunderts auf elsiissischem Boden entstanden sind. 
Wàhrend die grôsseren Stâdte ihren Bauwerken meist erst viel spâter, unter gânziich verànderten 
Umstânden und nach ganz anderen Bedurfnissen, ihre letzte, bis in unsere Tage bevvahrte 
Gestalt gegeben haben, sind uns hingegen zahlreiche Klosterkirchen und eine Reihe von Pfarr- 
kirchen mittlerer Oite als steinerne Zeugen jener grossen Epoche erhalten. Die Kloster- und 
Stiftskirchen von St. Johann, Neuvveiler, Maursmùnster, Altdorf und Andlau, Schlettstadt und 
Murbach, die Pfarrkirchen von Hagenau, Kaysersberg, Sigolsheim und Gebweiler, um nur der 
wichtigsten zu gedenken, — sie aile gehoren der zweiten Halfte des XII. Jahrhunderts oder 
dem Beginne des XIII., d. h. der staufischen Période, an. Und auch von den Burgen des 
Landes sind viele in der Hohezeit des romanischen Stils erbaut oder doch erneuert worden; 
so die Frankenburg und Hohbarr, Bernstein und Ortenberg, so Girbaden und Landsberg, 
die Hohkônigsburg und St. Ulrich. Schlettstadt, der Odilienberg mit seinen Klostern, Hagenau 
mit dem heiligen Walde sind im Unter-Elsass die Mittelpunkte des staufischen Besitzes gewesen. 
Wie mit mehreren anderen, so verkniipft sich auch mit Girbaden ganz unmittelbar der Name 
der Hohenstaufen, und Friedrich Barbarossa, durch eine Baugesinnung ausgezeichnet, die das 
Monumentalste forderte und erfiiilte, hat sich in Hagenau eine glânzende, leider spurlos wieder 
verschvvundene Pfalz erbaut. 

Wir wissen nun zwar, wie FCirsten und Ritter und Mônche dieser Zeit im Elsass gebaut 
und gehaust haben. Wie aber der Stadter und der Bauer wohnte, liegt im Dunkel. So deutlich, 
durch die zahlreich erhaltenen Denkmàler gestiitzt, unsere Vorstellung von der burgerlichen 
Baukunst des XV. und der folgenden Jahrhunderte ist, fiir das XII. und die vorangehenden 
Jahrhunderte fehlt es an Denkmàlern fast vôllig. Wir haben in Stiidten und Dôrfern keine 
steinernen Wohnbauten, und wir schliessen daraus, dass es deren nur sehr wenige gegeben 
hat. Holz und Lehm war, wie auf dem Lande, so in den Stadten das ùbliche Baumaterial, 
und, was aus ihnen errichtet war, hat natûrlich nicht standgehalten. Das gilt nicht nur fur 
das Elsass, sondern mit ebensolcher Ausschliesslichkeit fur ailes Land, wo iiberhaupt im friihen 
Mittelalter baukiinstlerische Arbeit geleistet worden ist. Erst vom XIII. Jahrhundert an sind 
dem Bûrgertum die Schwingen gewachsen, erst von dieser Zeit an hat es das Bedurfnis nach 
monumentaler Bautàtigkeit gefùhlt und befriedigt. Die meisten romanischen Steinhàuser — fast 
aile jedoch erst aus dem XIII. Jahrhundert — finden sich am mittleren und niederen Rhein. 

Das Elsass besitzt — von den Burgen selbstverstàndlich abgesehen — einen einzigen 
steinernen Wohnbau, das romanische Haus in Rosheim ^), ausserhalb des alten ummauerten Siadt- 

^) SâmtHche Architekturzeichnungen sind von Albert Kœrttgé zur Verfùgung gestellt worden. 



26 — 



!.. 



bezîrks an der Strasse nach Btirsch gelegen. Mancheriei Sage knùpft sich an den Bau; es 
heisst, er sei ein Jagdschloss Karls des Grossen gewesen. Aber irgend eine Beziehung zu Karl 
ist nicht ersichllich, wenn der Ort auch bereits im Jahre 77H — also lange vor Karls Kronung 
— genannt wird, Das Haus riihrt in seiner heutigen Gestall — ailes Technische und 
Kiinstlerische beweist es — zweifellos aus der zweiten Hâlfte des XII. Jahrhunderts her. 
Es ist auf rechteckigem Grundriss mit einer Mauerstârke von 0,85 m In drei Geschossen 
erbaut (Abb. I ). Eine hohe — nicht ursprùngliche, sondern erst durch Tieferlegung des Strassen- 
bodens nolwendig gewordene — Sockelbank tritt der Schauseite vor, die mit einem auffallend 
spitzen Giebel endigt (Abb. 4 u. 8;. Das Materlal ist rotlicher Sandstein von unregelmâssigster 
Form und Schichtung, nur die Ecken haben — wie an vielen Burgbauten des XII. nnd XIII Jahr- 
hunderts — Buckelquadern mit Randbeschlag; das erhôht den emsten Eindruck zu rauher, fast 
drohender Festigkeit. Das Eigentûmliche der Strassenseite ist die sehr geringe Zahl der Mauer- 
durchbret:hungen ; kein Eingang von vorne, sondern nur rechts — ohne RUcksicht auf Sym- 
melrie — eine Gruppe von drei Fensterschlitzen in einer Steinpiatte (Abb. 2); darUber — ganz 
ersichtiich eine spâtere Hinzufilgung — ein roh durchgebrochenes Rechteckfenster in hÔIzemem 
Kahmen; im Hauptgeschoss ein Doppelfensler, zwei Rundbngen aus einer machtigen Flatte auf 
schianken Saulchen mit verzierten Kapilalen, in jedem Bogenfeld eine roh zugehauene Maske 
und, zvvischen ihnen eingeritzt, ein schlanker, auch nach links und rechts ausgreifender Stengel') 
Und dariibcr, im Giebel, nochmals zwei rechteckige Fensler, auch sie in ihrer jetzigen Form 
und Grosse eine jCingere Zutat; die Kragsteine, die das grossere umgeben, waren offenbar die 
Tràger eines gelegentlich als wolbe odei' tiberschusz bezeichneten Vordachs; es sollte den 
Aufzug schtjtzen, mil dem die V'orrâte in den Dachraum befordert wurden. 

Es scheint, als habe zu dem Hause ein rechts anschliessender Hof gehtirt; wenigstens 
fuhrt von hier aus ein breites, mit Sperrvorrichtung versehenes 
Tlior (Schniit D E auf Abb. 3) in das Erdgeschoss, das ver- 
niutlich nur wiilschaftlichen Zwecken gedient hat, Eine direkte 
Verbindung mit den Wohnrâumen des Obergeschosses fehlt; 
vemiutlich waren dièse iiber hôizerne Aussentreppen, vielleicht 
sogai' von beiden Seiten zugânglich. Gegenwartig bildet das 
Hauptgeschoss (ebenso wie das Erdgeschoss) einen ungeteilten 
Raum; doch ware es natiirlich sehr wohi môglich, dass Holz- 
cn^rl dciilliohcr, als cr in Wirkiichkeil ist. 




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1^ 



Abh. 3 BOSHKiM: 



'^ifiMt^WO wânde ihn ui-sprunglich in 

zwei oder drei Râume zerlegt 

haben. Sehr hell kann es 

nichtgevvesensein, dieFenster 

sind klein an Mass und 

Zabi. Aber anspruchsvoU war 

man ja in dieser Beziehung 

nicht. Die Strassburger An- 

■mMr^ Toa Ai,M,-. di. nalen behchten noch aus dcm 

""™"ho" u'r atHtu '.Z' AnfangdesXIll.Jahrhunderls 

vnn Sirassburg und Basel, 

dass beide Stadte unansehniich an Mauern, 

TUrmen und Wohnbauten seien und dass 

selbst die festen Hàuser nur wenige und 

sehr kleine Fenster hàtten und des Lichtes ' ' ""*" """ "" '^"■" '" """" 

enlbehrten. Im Obrigen aber war in diesem « 

Stockweik aller Glanz des Hauses gesammell (Abb. 3). Noch sind die Reste eines mit Saulen 
beselzlen Kamins (Abb. 5) vorhanden, dessen Rauchmantel die Mauer durchschragt. Daneben 
eine kleine viereckige Nischc, und zu deni statllichen Do ppel fenster der Façade, das, vvîe die 
BalkenliJcher beweisen, sehr wohl verrammelt werden konnte, gehort ein steinemer Doppelsitz, 
wie er sonst fast nur in den Palas-Baulen der Burgen vorkommt (Abb. 0). Sonst ist in seiner 
ursprîinglichen Gestalt ausser der Thiire nur noch das kleine Rundbogen fenster C der Hnken 
.'^eitenwand erhalten (Abb. 7). 

Die techni-schen Eigenliimlichkeiten und die Zierstiicke stimmen durchaus mit dem sonst 
im Elsass an Burg- und Kirchenbauten Oblichen zusammen. Die dQnnen Sâiilchen und die 
Masken des Hauptfensters sind ganz âhnlîch nm altesten Teile der Rosheinier Kirche, der 
SakHstei, die gegen Mitte des XII. Jahrhunderts erbaut worden ist, wahrzunehmen. Die Buckel- 
quadem komnien ganz entsprechend an zahireichen elsàssischen Burgbauten — ich nenne als 
nachstgelegene Girbaden — vor, Kamin und Fenslersitz Rnden sich sehr ahniich in zahireichen 
Burgen, in Girbaden, St. Ulrich bei Rappoltsweiler, in den 
Ottrotter Schliissern u s. vv. 

Der GesamleindiTick des Hauses, wie seine Einzel- 
heiten weisen auf die BlCitezeit des romanischen Slils; 
die schweien. deiben Fornien der Ziersliicke, die man im 
Kirchenbau vielleicht noch dtr erslen Halfte des XII. Jahr- 
hundeits zuniessen wurde, fiJhren im Burgenbau doch wohl 
orst auf die Zeit nach 1150. 

Wem mag wohl das Haus gehôrt haben? Das blosse 
Vorhandensein von Kamin und Doppelfensier, zweier der 
ritterlichen Baukunst entnommener Prunk- 
slûeke, die im bûrgerlichen Wohnbau 
auch des XIII. Jahrhunderts sonst kaum 
nachweisbar sinJ, niacht es wahr-schein- 
lich , dass das Rosheimer Haus kein 
Biirgerhaus war. In gleichem Sinne 
spricht seine Lag>; ausserhalb des uni- 



nmiicrlen Stadlbereidis, die l'ùr den ausgedehnien Besitz eines vornehineii (jeschlechls besonders 

(■>as^^.■n wùrde. lîas Sirassburger Bezirksarcliiv nuii hesiizt eine l'erganieniurkunde mit dem 

Sit.'j,'cl des Klo^lci-s Hohenburg, folgenden Wortiauls: 
Karta Henadis abbalisse. 

Notum sit tam futu'is quam presentibus quod Willehirc de Andela dédit sancte Marie 
ad Hohenburc pro redemptione anime sue et mariti sui Berniieri et patris ac matris 
omniumque parentum suorum per manum Friderici imperatoris domitm lapideam quam 
habuic in Rodesheim et curiam adiaceniem. Insuper etiam dedil per manum predicti 
imperatoris triginta agros et unum ac diniidium predii et hereditatis ac duas curtes u. s. vv. 
Huiiis quidem rei testes sunt Guniher de Vienhege. Diethericus de Lapide et Trater 
eius Burchardus ■ Lampertus ■ Rudolfus de Ehenheim ■ Waltber scultelus de Ehenhelm. 
Cunradus villicus ■ Fridericus cellerarius de Rodesheim - et alii quam pluies. 
Die ebenfalls im Strassbuiger Bezirksarchiv bewahite Bestiitigungsurkunde des Kaisers 

bezeiehnet die Geberin naher als ,,quedam nobilis matrona in villa Andela, sed de Hohenbur- 

gensis ecclesie ministerialibus orta, nomine Willebirc", und schliesst mit der Zeitangabe : Hec 

acia sunt temporibus Herradis abbalisse. 
Aus diesen beidcn, leider undu- 

tierten Urkunden eigiebt sich aiso, dass 

Willebirc, eine vornehme Dame in Andlau, 

zur Zeit der Abtissin Herrad, z\\ischen 

1 167 und 1 195, ihren Rosheimer Besitz, 

unter anderm ein sleinernes Haus, 

dem KIoster Hohenburg geschenkt hat, 

zu dem ihre Vorfahren als Ministerialen 

in einem Verhaltnis der Abhangigkeit 

gestanden hatten. Die Schenkung vollzog 

sich durch die Hand des Kaisers; denn 

Rosheim war seit 1132 staufisch, und 

zudem waren die Staufen Vôgte des. 

Klosters, Da Friedrich Barbarossa be- 

reits 1 190 starb, kann sie also spàtestens 

in diesem Jahre vollzogen worden sein. 

Die hier als Zeugen auflretenden Per- 

sonen werden zum Teil auch in anderen, 

die KIôsler am Odilienberg betrelTenden 

Urkunden, darunter auch in einer vom 

J. 1178 genannt. Da der Kaiser sich 

am 12. Oktober dièses Jahres in Ober- 

Ehnheim aufhieit und in unserer Schen- 

kungsurkunde Rudolf und Walter von 

Ehnheim als Zeugen fungieren, ist es 

leicht môglich, dass die Schenkung in 

diesem Jahre — also 1178 — vollzogen 

worden ist. 

Ein zwingender Beweis, dass die 

domus lapidea der Willebirc mit dem 

jetzt noch aufrechten Hause in Rosheim 

identisch sei, lâsst sich natUrlich nicht 



fiihien, aber ein sehr hoher Grad von Wahrscheinlichkeil daftir ist voihanden. Dass es im 
XII Jahrhundert mehrere Steinhâuser in Rosheim gegeben habe, ist, vvenn aucli nichl vôllig 
unmôglich, so doch selir unwahrscheinlich. Ausserdem aber passt der Charakter des Hauses 
in seiner Festigkeit und in der V'omehmheit der Ausstaitung auFs beste fur den vornehmen 
Stand, dem die nobîlis matrona Willebirc angehorte. Ein freimdiicher Zufall hat uns auch 
ihr Bildnis — freilich kein sehr individuelles — bewahrt. Auf dem letzten Blatte des Hortus 
deliciarum, das die Brustbilder sâmllicher Angehorigen des Kloslers zeigt. findet sîch neben 
einer Gertrud von Andiau auch eine Willebirc. Nichls wahrscheinlicher, als dass die fromme 
Stifterin nachmals seibst AuTnalime in dem KIoster gefunden liât, wo so viele vornehme Frauen 
ihr Leben beschlossen haben. Die Bauzeit freilich vvird aus der UrkunJc nicht unmittelbar 
ersichtlich; sie lasst sich auch aus der Schenkungszeit nicht erschlifissen. Immerhin ist es 
wahrscheinlich, dass die Schénkung nicht gleich nach der Erbauung vollzogen worden ist. 
Da nun als spatester Zeitpunkt der Schénkung das Todesjahr des Kaisers — 1 190 — ermittelt 
worden ist, so miisste nian mit der Eibauungszeit wohi minde:^tens bis auf 1170 zurOckgehen. 
Und statt Karis des Grossen Namen verbindet sich nunmehr der des Hohenslaiilen Friedrich 
Barbarossa mit dem Rosheimer Hause. 

BBNST POLACZEK 



'«BDMOND DE POURTALES 



T 



CHATEAUX D'ALSACE 



LA ROBERTSAU 

C'est à peu de distance au nord de Strasbourg que s'étend le domaine de la Robertsau, 
propriété de Madame la comtesse de Pourtalès. Il emprunte son nom au village voisin, dont on 
traverse les rues pour y accéder. Fuis, c'est une route ensoleillée, serpentant parmi les cultures. 

A notre époque, nul n'eût songé à fonder là une luxueuse villégiature, quand non loin 
tant de fraîches vallées vosgiennes offrent des sites plus séduisants, quand sur quelqu'une de 
ces douces collines qui précèdent nos montagnes, on découvre au loin l'admirable plaine avec 
ses champs blonds et ses prairies, et les moires changeantes qu'y promène le caprice des 
nuages. Celui qui le premier construisit là sa demeure eut plus souci, sans doute, de plantureuses 
récoltes que de paysages romantiques. Son nom ne nous a pas été transmis par les archives. 
Le ban de la Robertsau, de tout temps dépendant de la ville de Strasbourg, ne compta jamais 
parmi les innombrables fiefs, grands ou petits, dont les territoires, avant la Révolution, bigar- 
raient la carte de l'Alsace, Ce n'est qu'au début du XIX» siècle qu'apparaît dans notre province 
la famille Renouard de Bussierre'}, qui, par des acquisitions successives, transforma la modeste 
propriété primitive en un vaste et beau domaine. 

') Ls fanùlle Renouard, originaire de la Bretagne, se divisa en plusieurs branches dont l'une alla durant les 
guerres de religion, se fixer en Berri, où elle ajouta à son nom celui de la terre de Bussierre, acquise par alliance. 
Au XVlll* siicle. Étienne-Cyprien Renouard de Bussierre s'établit en Franche-Comté. Il eut trois tlls dont le cadet, 
Athanase-Paul (M. de Chàteau-RonillaHd) est le fondaleur de la branche alsacienne. Par suite de son mariage avec 
Frédérique-Wilhelmine de Franck (fille du banquier Philippe -Jacques île Franck et de Clêophé de ïùrckheim) il se fixa 
a Strasbourg en IHOI et y prit la direction de la maison de banque que sa belle-mère gérait depuis la mort pré- 



La monotonie de ia route prédispose à mieux goûter le parc. Dès l'entrée, on est saisi 
par son charme. 

C'est d'abord une longue allée de platanes aux troncs tigrés, dont les gris et les jaunes 
verdâtres s'harmonisent avec la douceur des feuillages que l'automne a pâlis — c'est à l'arrière- 
maturce de M. de Franck, M. de Bussierre reçut, en ISl'7, du roi Charles X le titrE hérédilaire de vicomte, attaché 
au majorât de ReichaholTen (qui Tut annulé à sa mort) et transmissible suivant l'ordre de la primogéniture. Le vicomte 
Athanase-Paul, décédé en IS-ld. laissa 4 lils; 

1' Théodore, vicomte de Bussierre, né en 1S02, épousa Octavîe Humann, Hlte du ministre des tinancea de 
Louis-Philippe. L'une de ses lilles esl mariée au comte de Leusse à Reichshoffen. 11 se convertit à la 
religion catholique et publia divers ouvrages de théologie, 
U» Airred, baron de Bussierre. député du Bas-Rhin, le châtelain de la Robertsau, né en 1804. A}-ant reçu per- 
sonnellement, en I8(>1, de Napoléon 111 le titre de baron, il prérêra le .conserver après la mort de son 
frère aîné et fut autorisé à transmettre le litre de vicomte à son fils. 

De son mariage (18'^.%) avec Mélanie de Coëhorn il eul deux enfants: 

{" Louis-Paul, vicomte de Bussierre, né en 1S27, ancien trésorier général du Haut'Rhin, marié à 

Clémentine de Boubers (fille de la marquise de Boubers, en premières noces baronne de Berck- 

heim à Schoppenwihr). 

2" Mélanie, propriétaire actuelle du château, mariée au comte Edmond de Pourtalès, de famille 

languedocienne, réfugiée à Neuchâtel après la révocation de l'édit de Nantes. 

30 Léon, né en I80S, député du Bas-Rhin, conseiller d'État, membre du Conseil général du Bas-Rhin et du 

Consistoire supérieur de l'Église de la Confession d'Augsbourg, marié à Emilie Becker de Rosenfeldt, 
4» Gustave, né en 1813, marié à Jenny de Turckheiin. 

Armet: Renouard de Bussierre porte d'argent à l'aigle (à deux têtes) éployce tie sabU, surmontée de trois 
éloiUs de gueules à cinq branches, rangées en chef. Vécu timbré d'une couronne de vicomte. 
Devise : Koii renuo ardua. 

Pourtalès porte éeartelé: aux 1" et 4', d'azur au pélicin d'argent dans sa piété de gueules sur une terrasse 
de siuopU; aux 3* et 3; de gueulet à deux chevrons d'argent ; sur le tout, de gueules au portail ouvert d'argent. 
Devise: Quid non dilrctis. 



saison seulement que le château est habité. — 
Le long de l'avenue, un petit canal immobile et 
dormant semble un clair miroir étendu là pour 
refléter la douceur de ce ciel voilé, de ces ver- 
dures mourantes. 

A droite de l'allée, par contre, les pelouses 
s'étendent au loin, d'un vert encore vigoureux. 
De grands arbres, poussés librement, vierges de 
tailles barbares, laissent traîner leurs branches 
jusqu'à terre, et, de toutes parts, des chevreuils 
et de mignons lapins gris galopent sur l'herbe. 
à peine effarouchés par les passants et les auto- 
mobiles. 

Puis le château, un instant caché, apparaît. 
C'est une vaste construction du XVlll» siècle, 
dont trois restaurations successives ont sensible- 
ment modifié le style. 

La première fut faite en 1844 par le 
baron Alfred Renouard de Bussierre, père de 
M"* de Pourtalès. Il surbâtit d'un étage les deux 
ailes. En 1859, il fît une transformation plus 
importante : il ajouta sar les côtés deux tourelles 
à escaliers et fit construire sur tout l'édifice 



des mansardes en pierre qu'habitent aujourd'hui 
es hôtes de passage. Enfin, il remplaça par 
'ardoise bleuâtre, élégante et froide, le vieux toit 
de tuiles sombres. Sans doute, le château prît 
dès lors un aspect plus seigneurial et plus riche 
— plus français aussi. Mais il perdit un peu 
du caractère si pittoresquement alsacien que 
prêtent à nos demeures les tuiles locales, elles 
que le temps revêt d'une si chaude patine et 
qui s'harmonisent si heureusement avec la robuste 
nature vosgienne. 

Enfin, en 1897, la comtesse de Pourtalès, 
devenue propriétaire de la Robertsau, entreprit 
la restauration la plus importante : elle ajouta 
toute une aile à droite et transforma complè- 
tement l'aménagement intérieur du rez-de-chaus- 
sée, dont nous reparlerons Elle fît construire 
dans le parc une tour d'eau 'pour la consom- 
mation de sa maison et une usine d'électricité 
pour l'éclairage. Surtout, elle s'occupa d'aug- 
menter le domaine: il comptait 150 hectares à 
la mort du baron de Bussierre, il en a 400 
aujourd'hui. 

Tel que l'ont fait ces additions successives, 
le château est un vaste et bel édifice, à qui 



ses ailes, ses tourelles, ses marquises prêtent une aimable variété, mais dont les lignes essentielles 
restent cependant simples et larges. 

Alentour et au loin s'étend le parc, a\'ec ses arbres superbes, d'essences diverses, dont 
beaucoup sont plus que centenaires, et dont les feuillages se nuancent à l'automne des teintes 
les plus chaudes et les plus délicates. Ils se mirent, ainsi que le château, dans un étang dont 
la nappe immobile n'est pas le moindre charme de ce domaine. 

Quand on suit au hasard les allées et les sentiers, s'enfunçant sous la futaie, partout des 
chevreuils, des lapins, des lièvres se lèvent et s'enfuient, ou bien c'est le bruit d'ailes effaré de 

quelque « gibier de plume > que le pro- 
meneur dérange — car nous sommes 
ici dans l'une des chasses les plus re- 
nommées d'Alsace. 

Mais entrons dans le château. 
C'est d'abord le vestibule, avec le grand 
escalier. Une statue l'anime, une de ces 
statues charmâmes auxquelles le XVIII* 
siècle prêta sa grâce inimitable. D'un geste 
exquis, elle semble offrir aux visiteurs les 
roses qu'elle porte dans sa tunique. 
A gauche s'ouvre le grand salon. 
Il tient toute la largeur du château. De 
ses hautes fenêtres on découvre, au-delà 
de la pelouse, par des éclaircies savam- 
ment ménagées dans les arbres, quelques 
humbles maisons du village, dont les toits 
sombres mettent là une touche heureuse 
de couleur locale — et plus loin, la flèche 
élancée de la cathédrale de Strasbourg, 
prestigieuse silhouette, image concrète de 
la petite patrie. 

Si l'on se retourne, voici, à l'autre bout 
de la pièce, parune large baie, une échappée 
vers le parc, vers son étang glauque où, 

— 36 — 



Deuu9 ât pont proveriKM de l'ancien llâiel it Franck, à Slraibourg 

dans l'ombre des grands arbres qui s'inclinent, voguent lentement les cygnes neigeux. On s'ou- 
blierait volontiers devant ce décor un peu grave que la nature et l'art firent si séduisant. 

Le salon est du plus pur Louis X\'l : boiseries blanches à riches sculptures dorées, portes 
superbes, splendides Gobelins, cheminée et mobilier tels qu'en créa cette époque somptueuse et 
charmante. 

Mais ce salon a une histoire. Ses boiseries ornaient naguère une pièce de l'hôtel de 
Franck') dont la gracieuse façade de style Louis XV charma mainte fois nos pèlerinages à 
travers le vieux Strasbourg. L'aïeul de la comtesse de Pourtalès, le vicomte .^thanase de Bussierre, 
que son alliance avec la famille de Franck avait rendu propriétaire de cette maison, ne voulut 
pas, lorsqu'il la. \'endit, se séparer de son salon et fît remiser dans un grenier toutes les 



') Cette maison est située au n* 7 du quai S'-Sioolas. — Sous le second Empire, l'un des plus beaux hôtels 
straabourgeois du X\'\n<^ siècle, l'ancien Hôtel de la Prévôté du Grand Chapitre 125, rue de la Nuée bleoe) a été la 
propriété de la faniille de Bussierre. 



parties qui le composaient. Longtemps elles y dormirent. Ce ne fut qu'en 1897, quand la châte- 
laine actuelle restaura si complètement sa résidence, qu'on songea à reconstituer ce précieux 
souvenir. 

Ce fut un grand travail. Les boiseries étaient trop 
hautes pour le rez-de-chaussée de la Robertsau: il fallut 
crever des plafonds, abattre des murs, faire enlever de 
ces choses la poussière d'un siècle, parfois aussi remplacer 
discrètement une sculpture effritée — besogne énorme et 
délicate tout à la fois Elle fut accomplie de telle sorte 
que Marie-Antoinette aujourd'hui s'y croirait chez elle. 

Ce salon invite au rêve. La pensée remonte le cours 
des ans pour ressusciter l'image de trois femmes exquises 
dont la beauté laissa à ces lambris un peu de son rayon- 
nement Marie-Cléophé de Tùrckheim, baronne de Franck, 
fit de son salon le foyer du Strasbourg intelligent et 
mondain à la fin du XVIII^ siècle. A la séduction d'une 
maîtresse de maison accomplie cette femme supérieure, 
restée veuve fort jeune, sut allier l'autorité d'un chef de 
comptoir réputé, si bien qu'une lettre adressée d'Amérique 
à « Madame la baronne de Franck en Europe » ne se 
trompa point de chemin. Elle donna ainsi pn nouveau et 
dernier prestige à un nom qui avait figuré avec honneur 
dans les fastes de l'ancienne ville libre. ') A conduire, en 



') La famille Franck. un« des plus anciennes du patriciat de Strasbourg, a donné de nombreux magistrats à 
la république. Le beau-père de la baronne, ammeistre en 1767, reçut de l'Empereur, en 1780, des lettres de noblesse 
(aveo le titre de baron) qui furent cunfiriiiées à son lils par Louis X\'[, en IÏM3, 



' LA ROBERTSAU ' 



RKVOE • • 
ALSACIENNE 



même temps que leur négoce, les affaires de l'État, les Strasbourgeois d'autrefois ont témoigné 
d'une habileté qui maintes lois a surpris les étiaiigers. C'est ainsi, sans nul' doute, qu'il laut 
interpiéler l'étonnement d'un voyageur anglais à la vue des portraits de famille que lui faisait 
voir ta baronne: «Le comptoir mérite d'être visité sous plus d'un rapport. Il est orné de divers 
portraits représentant les bons aïeux de la famille Franck ; vous y \'oyez de respectables 
gentlemen, vêtus du costume en usage chez nous sous le règne des deux Charles, plume à la 
main, papier sur la table, pourpoint de velours, jabot de dentelles à gros tuyaux. On les 
prendrait pour des ministres d État ou des membres du Conseil pri\'é. Au fond de l'iippartemenf, 

on voit une dame de petite 
taille, la plume dans une main, 
probablement une lettre dans 
l'autre. Le modèle est vivant, 
et ce portrait n'est rien moins 
que celui de Madame elle- 
même ...>') 

Pour faire les honneurs 
de sa maison, M""» de Franck 
avait, de bonne heure, trouvé 
des aides dignes d'elle dans 
ses deux filles, Caroline et 
Frédêrique, La cadette,*) de- 
venue M"" Renouard de Bus- 
sierre, exerça, comme sa 
mère, la double suprématie 
de la beauté et de l'esprit. Elle 
fut surnommée par ses con- 
temporains la Récamier de 
Strasbourg, et il n'était pei-- 
sonnage de marque qui, de 
passage à Strasbourg, ne tînt 
à lui faire agréer ses hom- 
mages. *) 

A côté, un autre salon, 
moins grand, qui partagea les 
vicissitudes de celui-ci, est 
éclipsé quelque peu par son opu- 
lent voisin, bien que, dans sa 
simplicité, il soit d'une grande 
pureté de lignes et de style. 
Un frais petit salon 
Louis X\', bleu clair, permet, 
par sa disposition, de jouer 

L'ancien Hùlel de Frunck. i Slrasbour)-. 7, quai S[-Nico1a!i 

'l Voyage bibliographique, arclicologiqiie cl pillorfsqiit en France (ISIS), par le révérend Th. Fr^^nall- 
Debdin (Revue d'Alsace, 18Ï5, pajçe L'I.IV 

*) L'aînée, Caroline, épousa le baron Mothieu de Faviers. Il est parlé d'elle à diverses reprises dans la * Cor- 
respondance des Demoiselles île Herckheini • (Paris INSy). 

») Stendhal (Correspondance. IfiNôJ écrit à la date du 5 avril 1809: «Deux heures viennent de sonner dani 
le fameux clocher de Strasbourg, où je suis monté avant-hier ... Je me suis à peu près présenté moi-même cheï 
la M"" Récamier de Strasbourg, accueilli comme un ange et invité pour jeudi, t (Revue alsacienne, Tonw Xtl, 
page 39.' Voir encore: Chr. Bartholmess, MjJime de Biissierte, née d/ Franck, Strasbourg, 18:.4. 



la comédie: une baie fermée par des rideaux sépare cette scène improvisée du second salon 
Ijiuis XV'l qui sert alors de salle de spectacle. Dans ce même petit boudoir, une grande vitrine 
contient un service complet, exécuté à Nyon par les ouvriers de Sèvres, pendant que la manu- 
facture fut fermée, sous la Révolution. 

Vient ensuite le grand fumoir-bibliothèque, servant aussi de snlle de billard. M"" de Pour- 
talès y a réuni une petite collection de médailles quelle a ingénieusement fait incruster dans 
une boiserie, de telle sorte qu'elles tournent sur elles-mêmes, comme sur un pivot, à la poussée 
du doigt, pour pré-enter à volonté l'avers ou le revers. 

Revenant au vestibule, traversons à droite la grande salle à manger où sourit un radieux 
portrait de la maîtresse de maison par Winterlialter, et nous voici dans une petite salle à manger 
dite «des enfants», que décora notre délicat artiste local, Charles Spindler. En ses couleurs 
claires, en sa gaîté si pittoresque et si bien alsacienne, cette ciiambre est exquise. Ses panneaux 
reproduisent quelques-uns des motifs alsaciens les plus aimés: les châteaux de Ribeauvillé, une 
cheminée surmontée d'un nid de cigognes; ailleurs, les petits-enfants de M"« de Pourtalès, 
habillés en petits paysans, jouent parmi les passe-roses; enfin elle-même, vêtue du costume 
national, est assise au rouet, dans un paysage familier. 

Après la guerre, la comtesse Edmond de Pourtalès, dont la radieuse et célèbre beauté 
blonde avait brillé d'un vif 
éclat à la cour de Napoléon 111, 
revint faire des séjours an- 
nuels en Alsace. 

Le château de la Ro- 
bertsau était habité alors par 
son père, le baron Alfred 
Renouard de Bussierre qui, 
né à Strasbourg en 1 804, 
eut une vie fort active et une 
carrière très remplie, puisqu'il 
fut banquier, président du 
Tribunal de Commerce de 
Strasbourg , directeur de la 
Monnaie de cette ville, puis 
de celle de Paris, membre du 
Consistoire supérieur de la 
Confession d'Augsbourg et 
conseiller général pour le 
canton de Geispolsheim. Dé- 
puté sous la monarchie de 
Juillet, il représenta en 1852 
la première circonscription du 
Bas-Rhin au Corps législatif. 
En 1870, malgré son titre de 
membre de la Société inter- 
nationale de secours aux 
blessés, il fut fait prisonnier 
et emmené à Rastatt. 

Toute sa vie, il s'occupa 
des entreprises les plus vastes : 

constructions de chemins de Boudoir LouI» XV avec vHrine el service en porcelaine île Syon 



fer, de canaux, d'établissements industriels. Grâce à lui, l'usine métallurgique de Graffenstaden,: 
modeste maison en fort mauvaise situation, devint l'une des plus importantes manufactures, non- 
seulement de France, mais du monde entier. 

Il s'intéressa aussi à de nombreuses œuvres de bienfaisance; il fit notamment à Graffen- 
staden une donation de 200000 francs dont les rentes servent 
encore à l'éducation d'enfants pauvres ou au soulagement 
d'ouvriers infirmes, et une autre de 30 000 francs dont les 
intérêts sont distribués chaque année à dix indigents de la 
Robertsau, désignés par une commission. 

Kn 1875, le baron et la baronne de Bussierre — née 
de Coëhom et fille du général tué en 1813 — célébrèrent 
leurs noces d'or. Une grande fête fut donnée, à cette occa- 
sion, au château de la Robertsau. Elle fut organisée pac 
deux amis intimes de la famille, le prince de Mettemich, 
ancien ambassadeur d'Autriche à Paris, et le comte Louis de 
Turenne. 

Les maisons du village furent pavoisées; il y eut des 
arcs de triomphe, un cortège d'invités précédés de paysans à 
cheval, en costumes de gala. Les cloches sonnèrent. A l'église 
protestante, où l'on célébra un service solennel, les professeurs 
du Conser\'atoire de Strasbourg donnèrent un concert avec 
chœurs et orchestre. Le pasteur Riff fut chargé de remettre 
aux époux, en témoignage de reconnaissance de la part des 
habitants de la Robertsau, une magnifique Bible, reliée en noir 
et or, avec fermoirs en or. On avait frappé aussi une médaille 
portant d'un côté les armes des familles de Bussierre et de 
Coëhorn, de l'autre une inscription de circonstance. 



Une réception eut lieu au château. Des députations lies environs vinrent présenter des 
adresses de félicitations et des vœux de bonheur. On eût dil un peuple de vassaux rendant 
hommage à son suzerain, si ... si le baron de Bussierre n'eûl connu comme des Trères les 
fiers Alsaciens et n'eût tenu compte de leur ui);uetl. Quand le dîner réunit sous une vaste tente 
plus de deux cents invités, parmi lesquels se trouvait la plus haute noblesse de France, d'.Msace. 
d'.Autriche, on vit cette chose remarquable: les notablus du village, une trentaine de maires 
d'alentour, des notaires, des pasteurs, des cultivateurs, des employés de l'usine de Graffen- 
staden et même de simples serviteurs furent invités à prendre place panni les convives, mêlés 
aux invités de marque, en un é;;alitaire assemblage. Tout l'esprit démocratique de la vieille 
et libre Alsace, toute la bonhomie cordiale de sa noblesse se retrouvent en ce petit fait si 
caractéristique. 

La comtesse de Pourtalès continue dignement cette tradition 
paternelle. Elle reçoit avec une égale bonne grâce les héritiers des 
plus grands noms, qu'elle a su grouper autour d'elle, les écrivains 
et les artistes dont elle apprécie les œuvres a\cc un goût sûr et les 
simples particuliers qu'elle accueille en compatriotes ou en voisins. 

A la mort de son père, en 18H7, M""* de J'ounalès devint pro- 
priétaire du château de la Robertsau et prit l'habitude d'y venir sé- 
journer chaque année depuis la fin d'août jusqu'après Noël. Ce fut, 
pour la tranquille retraite, le point de départ d'une ère d'animation et 
de vie mondaine. La nouvelle châtelaine fit à son domaine les ad- 
ditions et à sa demeure les embellissements déjà décrits. Dans ce 
décor si bien approp;ié, elle donne des réceptions brillantes et sur- 
tout des chasses célèbres où elle réunit les membres de sa famille, 
les fidèles de ses salons parisiens et de nombreux hôtes de passage. 
Pendant cette saison à la Robertsau, la comtesse de Pourtalès 



est entourée de ses fils, les comtes Jacques, Paul et Hubert de Pourlalès, et de ses filles, la 
baronne de Berckheim et la marquise de Loys-Chandieu. 

Cette vie de château n'a pas seulement un intérêt mondain. Elle fait proRter Strasbouig et 
les environs de tout ce qu'une existence de luxe et de large dépense répand de bien-être autour 
d'elle. En outre, la comtesse de Pourtatès a su, en donnant le ton, introduire dans son milieu 
la mode des séjours dans les vieux domaines d'Alsace. Elle a ramené ainsi dans notre province 
cette aristocratie qui en était autrefois une des gloires — au temps du «Royal-Alsace» 
notamment — et qui, après 1870, s'était dispersée, avait oublié le chemin du pays natal. 

L'a-t-elle repris aujourd'hui d'une façon durable, on ne saurait le dire. Mais elle apporte 
avec elle un peu de vie, d'animation et d'intérêt qui ne peuvent qu'être salutaires au pays. 

M»» FRÉDÉRIC RÉCAMEY 



A PROPOS DE L'EXPOSITION DES ARTISTES RHÉNANS 

A STRASBOURG 




près tout le bruit qui a été fait autour de Texposition organisée à Strasbourg 
par la Société des artistes rhénans, après les discours qui ont été prononcés 
lors de son inauguration par le Statthalter et par les représentants officiels 
de cette société, on devait s'attendre à une manifestation de tout premier 
ordre. Or, l'exposition qui est ouverte en ce moment dans les salles du 
Château ne dépasse guère le niveau des expositions qui ont été organisées, 
avec beaucoup moins de fracas, soit par notre vénérable Société des Amis des Arts, soit surtout 
par l'Association de nos artistes alsaciens; et ce demi-insuccès n'est pas fait pour me surprendre. 

En Allemagne, les grandes écoles d'art sont actuellement centralisées à Munich et à 
Berlin. L'antique gloire de Cologne, celle même plus récente de Dusseldorf, se sont lentement 
éteintes devant le brillant éclat des académies fondées vers le commencement du siècle dernier; 
en présence de cette déchéance, une vaste association d'artistes et d'amateurs — en Alle- 
magne tout ne se fait-il pas par des Verein? — s'est donné la mission de rendre aux pays 
du Rhin leur ancienne splendeur artistique et cherche, par tous les moyens possibles, à renouer 
la chaîne des glorieuses traditions. 

Ce but certes est louable, mais peut-il être atteint par la simple activité d'une association, 
quelque bien comprise et bien dirigée qu'elle soit? Je ne le crois pas. 

La prospérité des écoles ne se décrète pas par des ordonnances ni ne se provoque par 
l'initiative de savantes organisations; la prospérité des écoles est ordinairement le fait de quelques 
hommes de talent ou d'un seul homme de génie que les hasards de la vie ont amené dans un 
endroit donné. Cette loi s'est suffisamment vérifiée en Italie, où la suprématie artistique passait 
d'une ville à l'autre en même temps que la suprématie politique, quand un prince plus éclairé 
ou une république plus magnifique savait attirer les artistes en renom et leur assurer une 
plus large rémunération de leur travail. En France, le même phénomène se produit avec 
l'école de Jehan Fouquet et du Maître de Moulins pour le centre de la France, avec 
l'école de Nicolas Froment pour le midi, avec l'école de Clouet, et, plus tard, avec 
l'école du Primatice qui quitte Mantoue et Jules Romain pour venir décorer Fontainebleau, 
Et si aujourd'hui tout paraît, en France, converger vers Paris qui attire les forces vives de la 
nation tout entière, on constate cependant des tentatives intéressantes de décentralisation, cçlle 
de Nancy, par exemple, où il suffit de quelques hommes comme Prouvé et Galle pour créer 
une école. En Allemagne s'observe le même phénomène: après les vieux maîtres de Cologne 
sont venus ceux de Nuremberg et de Bâle ; puis après une longue éclipse vint Dusseldorf avec 
Cornélius et sa réputation si usurpée, et Munich avec Kaulbach; aujourd'hui c'est le tour de 
Berlin, où l'espoir de gagner la faveur d'un empereur qui se flatte d'encourager les arts a déjà 
fait accourir bien des talents. Notre Alsace elle-même a eu son moment de gloire artistique 
avec Colmar où professèrent Martin Schongauer, Hans Baldung Grien et Mathias Griinewald. 

Nous constaterons donc facilement que, pour créer des centres d'art, H ne suffit pas 
d'édicter des règlements ou de fonder des organisations protectrices, il faut, avant tout, 
s'assurer le concours d'hommes capables de s'imposer à leur génération et d'ouvrir à l'art une 
voie nouvelle. N'en est-il d'ailleurs pas de même pour les universités qui doivent leur pros- 
périté à la science et à la réputation de leurs professeurs bien plutôt qu'à la magnificence des 
bâtiments ou au bel ordre des programmes? 

Et si je me suis permis cette digression, c'est pour montrer que si la Société des artistes 
et amateurs des pays rhénans se donne précisément la mission de rendre à cette partie de 



— 49 — 



r Allemagne son antique splendeur artistique, elle devra non seulement organiser des expositions 
et publier, dans sa revue officielle des articles élogieux sur les exposants, elle devra surtout 
s'attirer le concours d'artistes capables de faire école. Sans doute, nous voyons à Strasbourg quelques 
bons tableaux. Je citerai, par exemple, Lesegesellschaft de M. Brûtt; Dàmmerung de M. Dill; 
un tableau de M. Fehr, Màdchen am Wasser; les deux tableaux de M. Grethe, KapUàn 
in spe et Feieràbend; un tableau de M. Haug, Dàheim, qui nous montre un agréable 
intérieur ; un beau paysage d'hiver, Winterfag, de M. Clarenbach ; une nature morte représen- 
tant des tasses en porcelaine de Chine de M. Rœderstein; enfin deux puissantes études de 
M. Janssen, et quelques bonnes lithographies en couleur. Mais ces œuvres de mérite sont 
pour ainsi dire perdues au milieu des toiles médiocres qui les entourent; car, avec la meilleure 
volonté du monde, je ne puis trouver bon ni le Friihling de M. Weiss qui n'attire l'attention 
que par la simplicité archi-recherchée d'une composition mièvre et enfantine, ni le Triptychon 
de M. Jodocus Schmitz qui met malheureusement ses incontestables qualités au service d'une 
idée que dédaignent même les socialistes d'estaminet — le prolétaire qui peine et qui travaille, 
pendant que les riches se vautrent dans l'orgie — ni la Médusa de M. Trùbner, ni enfin la 
Salonte de M. Amandus Faure qui n'est qu'une caricature peinte et sans caractère, malgré les 
grimaces et les contorsions des personnages représentés. En somme, à en juger par les œuvres 
qui nous ont été soumises, l'art rhénan ne présente qu'un très petit nombre de bons peintres 
dont l'œuvre est honnête et sérieuse, mais sans envolée et ne s'élevant pas au-dessus d'un 
réalisme trop souvent brutal. 

Et nos Alsaciens, me dira-t-on, que pensez- vous de nos Alsaciens? Nos Alsaciens, répon- 
drai-je sans hésiter, ont exposé les meilleurs tableaux de ce Salon, et leurs ouvrages se font 
remarquer par une sincérité, par une bonne foi, par une franchise d'allures et une distinction 
de goût que nous chercherions en vain chez leurs confrères vieux-allemands. Je suis d'autant 
plus heureux de pouvoir leur rendre ce témoignage que j'ai été l'un des premiers à m'associer 
au mouvement qui se proposait d'unir tous les artistes des pays rhénans en une communauté 
d'intérêts. Je considérais, en effet, que la concurrence seule ferait donner à nos artistes ce 
maximum d'effort qui doit affirmer leur supériorité. Et aujourd'hui que nous avons vu leurs 
œuvres soutenir nettement la comparaison avec les meilleures des œuvres envoyées de 
Cologne, de Dusseldorf, de Carlsruhe et de Darmstadt, nous pouvons estimer que les des- 
tinées de l'art sont chez nous en bonnes mains, et que les Alsaciens restent dignes d'eux- 
mêmes. Que n'en puis-je dire autant des Lorrains! J'ai constaté, à ma grande surprise, que 
les œuvres des artistes messins se rapprochent, surtout par leurs défauts, des œuvres alle- 
mandes, tandis que les œuvres alsaciennes se rapprochent, par leurs nombreuses qualités, de 
l'art français. Cette constatation est singulière et nouvelle, car si on eût eu à deviner laquelle 
des deux provinces, de l'Alsace ou de la Lorraine, devait transmettre à la nouvelle génération 
de ses artistes les traditions françaises, on se serait probablement prononcé en faveur de la 
Lorraine, et cependent c'est tout le contraire qui arrive. 

Et maintenant je concluerai en traduisant les paroles prononcées par le Statthalter lors de 
l'inauguration de l'exposition: «Cette exposition, dit le prince de Hohenlohe, nous ouvre sur 
l'avenir des perspectives heureuses, en nous donnant l'espoir que nos artistes, qui jusqu'à présent 
se formaient principalement à Paris, constitueront comme un trait d'union entre la France et 

l'Allemagne Nos artistes, ajoute-t-il, ont donc un noble but à atteindre et une mission 

élevée à accomplir, ils doivent s'efforcer de tirer profit des exemples d'Outre-Rhin et, par un 
légitime échange, de faire bénéficier leurs collègues vieux-allemands des qualités qu'ils doivent 
à leur intelligence des choses françaises. » 

Ce sont là des paroles auxquelles on peut souscrire et dont l'esprit devrait, plus souvent, 
inspirer les déclarations et les actes de notre administration. La mentalité qui nous est propre 
procède — on l'a fréquemment répété dans ces derniers temps, et la Revue Alsacienne illustrée s'est 



- 50 — 



assez souvent fait l'écho de cette vérité — notre mentalité, dis-je, procède des deux influences, 
française et allemande. Vouloir changer cette pente de notre esprit qui nous incline à subir ces 
deux influences, c'est nous enlever notre originalité et par conséquent notre raison d'être, et nous 
ne serons plus que des demi-alsaciens le jour où les idées françaises ne trouveront plus d'écho 
en nous. Et si, pour en revenir à mon sujet, si les artistes alsaciens devaient prendre sur les 
artistes rhénans assez d'influence pour leur donner un peu du sens artistique français, je con- 
sidérerais qu'ils auraient singulièrement contribué à la prospérité d'une nouvelle école destinée 
à contrebalancer l'influence de plus en plus grande de Munich et de Berlin. Telle est la morale 
que je voudrais tirer du discours du Statthalter. Aussi proposerais -je qu'à l'exposition 
d'art qui aura lieu à Cologne en 1906, on invitât aussi les artistes alsaciens habitant Paris à 
envoyer de leurs œuvres. On verrait alors, à côté de la jeune école alsacienne d'Alsace, l'école 
alsacienne de Paris, et ce ne serait pas un mince intérêt que de pouvoir associer sous une 
même rubrique les grands noms de Henner, de Zuber, de Carrière, de Roll, de Priant, de Carabin 
et de tant d'autres qui illustrent l'art français, aux noms de Hornecker, de Daubner, de Sattler, de 
Stoskopf, de Schneider, de Spindler, de Schnug, de Braunagel, de Seebach, de Marzolff, de Ringel 
d'Illzach et de tous ceux qui dirigent le mouvement artistique en Alsace. Cette tentative in- 
téressante est nécessaire si l'on veut donner une idée complète de l'art alsacien, puisque sans la 
participation des Alsaciens de Paris une génération tout entière d'artistes glorieux nous échappe 
et se trouve perdue pour l'honneur du nom alsacien. Notre art national ne date pas d'au- 
jourd'hui, il ne date même pas d'hier et ce serait très triste pour nous si l'on pouvait prétendre 
qu'il a pris naissance à la Kunstschule de Strasbourg ou qu'il a été développé par elle. 

ANSELME LAUGEL 




ELSÂSSISCHE KUNST 

m 19. Mârz ist hier in Strassburg die Wanderausstellung des „Verbandes der Kunst- 
freunde in den Làndern am Rhein" feierlich erôflfnet worden. Bei dieser Gelegenheit hielt der 
Kaiserliche Statthalter eine Ansprache, in der er seine Freude dariiber ausdruckte, dass un- 
sere elsassischen Kûnstler sich in so grosser Zahl dem Verbande angeschlossen hâtten, und dadurch 
zunâchst mit ihren Kollegen in den Làndern am Rhein und damit auch mit denjenigen des 
iibrigen Deutschland in engere kûnstlerische Beziehung getreten seien. Das erôffne erfreuliche 
Ausblicke in die Zukunft, und man dùrfe hoifen, dass unsere elsassischen Kûnstler, die bis da- 
hin hauptsàchlich ihre Anregung aus Paris empfangen hâtten, nunmehr auf dem Gebiete der 
Kunst eine Brûcke zwischen Deutschland und Frankreich schlagen wûrden. Weiterhin betonte 
er die Internationalitât der Kunst, die geeignet sei, bestehende politische Gegensàtze auszu- 
gleichen. Dièse Aufgabe harre auch der elsassischen Kiinstler, und sie hâtten sich der Erfûllung 
dieser Aufgabe durch ihren Beitritt zum Verband der rheinischen Kunstfreunde unterzogen. 

Es werden also hier den Ktinstlern und der Kunst politische Aufgaben gestellt. Sie sollen 
versôhnend auf politische Gegensàtze wirken, sie sollen Briicken schlagen zwischen zwei feind- 
lichen Nationalitàten ; die elsassischen Kûnstler sollen durch ihren Beitritt zu einem rein deutschen 
Kunstverband sich der deutschen Kunst nàhern, die franzosischen Einflùsse abstreifen und von 
ihren altdeutschen Kollegen befruchtende Eindrûcke empfangen. 

Sobald sich aile dièse Wiinsche als Folgen einer spontanen Entwickelung der Kunst 
erfuUen,, ist es recht und gut und mag mit Genugtuung begriisst werden , aber als Programm 
und Richtschnur fur die Kiinstler und ihre Kunst sind solche politischen Aufgaben nicht geeignet. 
Der Statthalter hat selbst die Kunst als international bezeichnet. Sie ist es in dem Sinn, dass 
sie, unbekummert um politische Gegensàtze und Ziele, ihre eigenen Wege geht. Freilich tràgt 



— 51 — 



jede Kunst ausgeprâgte nationale Zuge und man kann sagen, dass die Kunst die hervorragendsten 
und besten Eigenschaften einer Nation am reinsten zum Ausdruck bringt. Aber in ihrem reinsten 
Begriff und in ihrer hôchsten Entfaltung ist die Kunst nicht national isoliert, sondem sie ist ein 
Produkt der Arbeitsvereinigung der grossen Kultumationen. Jede Nation giebt in ihrer Kunst 
das feinste Ingrediens ihres Wesens als Beitrag zu der grossen gemeinsamen Aufgabe, und vvie 
in der Wissenschaft, Poésie und Musik, so teilen sich auch in der bildenden Kunst die Vôlker 
ihr Restes gegenseitig mit, meist unbewusst, oft gegen ihren Willen. Die Menschheit geht ihren 
Entwickelungsgang zum gemeinsamen Ziel auf den getrennten Wegen der einzelnen Nationen. 
Kunst und Wissenschaft sind die Bergeshôhen, auf denen die Vôlker sich vereinigen, um ge- 
meinsam das ferne Land der Verheissung, das reine Menschentum, zu erschauen. Darum giebt 
die Nation der Kunst ihr Bestes und darf doch nichts dagegen verlangen, am wenigsten poli- 
tische Dienste. Je weniger sie aber fordert, desto grossmùtiger wird sich die Kunst erweisen 
und ihrer Nation das Empfangene tausendfach zuriickerstatten. 

Die eisâssische Kunst von heute ist im wahrsten Sinne des Wortes das Kind zweier 
Nationalitaten. Die elsâssischen Kiinstler vereinigen in ihren Werken die franzosische Form- 
beherrschung und Ausdrucksfàhigkeit mit der deutschen Empfindung und Gedankentiefe. AUer- 
dings ist unter ihnen bis jetzt kein îiberragendes Génie erstanden, aber reichentwickelte und 
vielversprechende Talente trefifen wir auf Schritt und Tritt. Dank dieser Stellung zwischen den 
beiden Nationen hat sich die bildende Kunst im Elsass ein verhàltnismàssig hohes Durchschnitts- 
niveau erhalten. Sie ist fîir das Land, dessen geistige Kultur so schwer unter dem nationalen 
Zwiespalt zu leiden hatte, die Kunst, ja ùberhaupt der Inbegriflf der hôheren Kultur geworden. 
Eine Wanderung durch die Ausstellung der rheinischen Kunstfreunde zeigt uns die eisâssische 
Kunst derjenigen der anderen rheinischen Landschaften weit iiberlegen. Dieselben Beobachtungen 
machen wir, wenn wir die Schôpfungen einheimischer Kiinstler in Strassburg mit den neueren 
Kunstwerken altdeutscher Herkunft daselbst vergleichen. 

Bei nàherer Betrachtung fînden wir als Ursache dieser Oberlegenheit die bessere Beherrsch- 

ung der Technik, die grôssere bildnerische Gestaltungskraft und Ausdrucksfàhigkeit bei den 

elsâssischen Kiinstlem. Aile dièse Eigenschaften sind der elsâssischen Kunst durch franzosische 

Einflusse ûbermittelt worden. Es ware sehr zu beklagen, wenn der Kunst des Elsasses dièses 

unschàtzbare Erbteil der franzôsischen Nation verloren gehen sollte. Die eisâssische Kunst hat 

von der gegenwàrtigen deutschen Kunst nur wenig zu lernen, dièse dagegen kann aus der Be- 

ruhrung mit jener nur gewinnen. Denn die deutsche Kunst befindet sich augenblicklich in einem 

Gàhrungsprozess , in dem sie ihre Anregungen von iiberall hernehmen muss, selbst aber zu 

Eroberungen wenig geschickt ist. Vielleicht wird sie aus diesem Chaos in gelàuterter und voU- 

kommener Gestalt erstehen. Dann mag sie entscheidenden Einfluss auch auf die eisâssische 

Kunst gewinnen Aber in der Gegenwart soll die Kunst des Elsasses fest auf ihren guten 

Ûberlieferungen stehen und sich in diesem Beharren in keiner Weise durch ganz ausserhalb 

ihrer Bestimmung liegende Motive beirren lassen. Daher darf der Eintritt der elsâssischen 

Kiinstler in den Verein der Kunstfreunde in den Lândern am Rhein nicht nach dem beliebten 

Schéma als eine Germanisierung der elsâssischen Kunst proklamiert werden. Denn eine solche 

wiirde, vom rein kQnstlerischen Standpunkte aus gesehen, unter den heutigen Verhâltnissen 

einen Riickschritt , eine Verschlechterung des besten Bestandteils der hôheren Kultur dièses 

Landes bedeuten. Politische Aufgaben aber durfen der Kunst nicht gestellt werden, sondern 

nur kiinstlerische. Die Kunst steht zu hoch, sie braucht nicht ihre Existenzberechtigung durch 

den Eintritt in den Staatsdienst zu erweisen. Die elsâssischen Kiinstler sollen so weiter arbeiten 

vvie bisher und das Gute nehmen, woher es kommt, sogar von Frankreich. 

W. 



— 52 — 



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Tour fortifiée i Btrgheii: 



L'ART POPULAIRE EN ALSACE 
III 

U suffit d'ouvrir les yeux en passant dans nos villages pour voir combien notre popu- 
lation alsacienne est naturellement portée vers l'art: la confortable et solide architecture des 
anciennes maisons, l'infinie variété des poutrages sculptés, des rampes ouvragées, les jolies 
dispositions des vieux intérieurs, les délicats détails des antiques costumes et jusqu'au code 
si compliqué de la politesse paysanne, sont autant d'expressions, souvent très heureuses, du 
goût qui nous pousse vers l'idéal. Mais il suffit aussi d'ouvrir les yeux pour se convaincre 
que toutes ces recherches si intéressantes n'appartiennent plus qu'à un passé déjà malheureu- 
sement assez lointain, et que les productions modernes sont loin de valoir les anciennes. D'où 
vient donc que cette tendance qui d'instinct nous incline vers la beauté reste aujourd'hui sans 
but? La subtile et délicate attraction qui entraînait nos anciens vers le sentiment serait-elle 
aujourd'hui impuissante? N'entendrons-nous plus les blondes filles de nos campagnes chanter, 
le soir, le doux «Vergiss nicht mein^ et la grâce de la tendre fleurette du souvenir nous 
trouverait-elle désormais insensibles? — A ces questions je répondrai qu'un peuple ne saurait, 
en moins d'un demi-siècle, modifier son caractère au point de rougir de ses anciennes amours, 
et qu'il y aura encore, sans aucun doute, de beaux jours pour notre art populaire. Les an- 
ciennes formes par lesquelles se manifestaient nos aptitudes esthétiques ont, il est vrai, disparu; 
et comme, d'autre part, les nouvelles formes n'ont point encore surgi, nous nous trouvons, en 
ce moment, dans une période d'expectative pénible, dans une période qu'il faut tâcher d'abréger 
le plus possible, où l'ancien idéal est mort et où l'idéal nouveau n'est pas encore formé. 



Diverses causes influent sur l'éclosion des œuvres d'art populaire et 
dépendent, les unes des personnes à qui l'objet d'art est destiné, les autres 
des personnes qui le produisent II est certain qu'un peuple heureux de vivre 
et content de son sort sera beaucoup plus enclin à orner sa demeure, à se 
créer un intérieur confortable et, en un mot, à correspondre à son sens 
esthétique, qu'un peuple malheureux hanté de sombres préoccupations et se 
laissant absorber par l'âpre souci des revendications sociales. Il est non moins 
certain, d'autre part, qu'une concurrence réglée par des rapports de courtoisie 
et de confraternité plutôt que par les tiraillements d'une jalousie envieuse ou 
par le désir effréné de l'argent, est un stimulant précieux qui provoquera chez 
l'artisan l'amour de son métier et le portera à enjoliver et à perfectionner ses 
productions. Or, tout nous porte à croire que ces circonstances particulièrement 
favorables à l'éclosion des œuvres d'art populaire se sont produites au commen- 
cement du XIX" siècle, quand le paysan, débarrassé des entraves de l'ancien 
régime, put saluer une ère nouvelle et se réjouir d'avoir enfin conquis, avec 
la sécurité dans ta possession de ses terres, l'égalité devant la loi. Ce fut, 
sans doute, une période de travail fécond et de prospérité joyeuse que celle 
qui suivit les terribles années de la Révolution, lorsque les exigences arbitraires 
des agents de la taille et de la gabelle furent définitivement remplacées par des 
contributions régulièrement consenties. Oui, ce fut une époque bénie, et aujour- 
d'hui que les conquêtes morales de 1789 font partie du patrimoine de l'huma- 
nité, nous avons peut-être quelque peine à nous figurer combien l'application de 
ces grandes idées de justice et de liberté fut fertile et salutaire; nous nous 
souviendrons seulement que c'est de cette époque que datent les plus belles 
productions de l'art villageois. Avec la suppression des privilèges, l'art, qui était 
resté le monopole des classes dirigeantes, se met à la portée du peuple. Le 
paysan obtint, comme tout le monde, le droit d'avoir pignon sur rue; et les 
artisans de nos campagnes mirent au service de leur clientèle rurale toutes les 
Pilier en boi< uuipié ""cssources des métiers qui, jusque-là, avaient presqu'exclusivement travaillé 
i Kijienberg pour les Hches bourgeois des villes, d'autant plus que le pillage des châteaux 
et des couvents avait répandu partout d'excellents modèles. 
C'est ainsi que le bonheur de posséder et la possibilité de transmettre son bien à ses 
enfants poussaient le cultivateur à satisfaire ses instincts d'ostentation, à faire parade de son 
bien-être, à sacrifier à son goût naturel pour le faste et à correspondre à cette pente secrète 
qui l'inclinait vers la beauté. C'est ainsi, également, que l'artisan, délivré du joug de la 
maîtrise et trouvant des débouchés rémunérateurs pour son industrie , se plaisait à perfectionner 
les objets qu'il fabriquait; n'étant pas harcelé par les excitations d'une concurrence enfiévrée, 
il avait le temps de réfléchir à son œuvre et de la caresser. A cette époque qui semble déjà 
si reculée, bien que les parents de beaucoup d'entre nous l'aient vue, où il n'y avait ni chemins 
de fer, ni télégraphes, les métiers n'étaient pas, comme de nos jours, centralisés dans les 
usines, mais répandus un peu partout, en sorte que de village à village s'exerçait l'influence 
salutaire de l'émulation professionnelle et que la réputation de certaines spécialités s'étendait 
souvent fort loin. Tel menuisier était réputé pour ses buffets, tel autre pour ses huches peintes, 
tel charpentier savait mieux que personne entrelacer les poutres formant la rampe des balcons, 
tel autre excellait dans la sculpture des encadrements de fenêtre. Bien que les anciennes orga- 
nisations des métiers fussent supprimées, l'esprit de corps avec l'amour-propre qui y est indis- 
solublement lié persistait toujours entre gens de la même profession. C'était une véritable 
question d'honneur que de continuer, tout en les perfectionnant, les traditions dont on avait 
hérité des anciens. Le souffie de liberté qui pénétrait partout venait, jusqu'au fond des villages 



exciter et animer d'un éclat inconnu l'humble flamme d'art populaire qu'y avaient allumée nos 
pères. On peut donc affirmer, sans crainte de se tromper, que si notre art populaire alsacien 
remonte bien au delà de la Révolution, les grands événements de 1793 ont singulièrement 
contribué à augmenter son éclat '). 

Cette période de plus grande splendeur devait être malheureusement assez courte : elle n'a 
guère duré que soixante ans. Les manifestations si intéressantes qui ont caractérisé les deux 
premiers tiers du XIX" siècle ne sont plus, pour nous, que des souvenirs auxquels nous n'avons 
pas su rester fidèles; et il n'est que trop facile d'indiquer les causes de notre triste déchéance. 

J'ai dit que la joie de vivre et la certitude d'un gain modeste, mais suffisant, caractérisaient 
le commencement du XIX« siècle, et que cette époque de notre histoire fut, pour nos populations 
rurales, une époque de travail, de calme et de prospérité ; les goûts étant simples, des ressources 
ordinaires suffisaient à les satisfaire. Les troubles qui agitèrent la bourgeoisie en 1830 et le pro- 
létariat des villes en 1848, n'atteignirent pas les masses profondes des cultivateurs, pas plus que 
les vagues de la mer qui battent avec fureur les falaises de la côte n'arrivent, malgré leur rage 
et leur écume, à troubler le calme étemel des profondeurs océanes. Mais plus tard, quand aux 
révolutions politiques vint se joindre ta révolution économique et 
sociale provoquée par l'utilisation pratique de la force de la vapeur 
d'eau , la secousse fut si violente que le monde entier en trembla. 
La machine à vapeur devint en peu de temps un tyran impitoyable, 
ou, si l'on préfère, une sorte de chef d'orchestre frénétique qui ne 
tarda pas à fanatiser tout son personnel et à le subjuguer; sous 
l'empire de cette direction nouvelle, l'humanité entière fut entraînée 
dans une ronde irrésistible dont elle ne sortira que par la mort. C'est 
ainsi qu'une légende de nos montagnes nous raconte qu'un jour le 
diable, sous la forme d'un ménétrier, se rendit à une fête de village 
et joua des valses tellement entraînantes que les danseurs restèrent 
sourds à l'appel réitéré de la cloche qui les appelait à l'office, et 
qu'ils furent tous engloutis dans un lac sans fond qui se creusa 
subitement sous leurs pas. 

Au milieu de ce hourvari général, il n'est pas étonnant que la 
petite fleur d'art populaire qui venait à peine d'éclore se fanât rapi- 
dement; le souffle empoisonné qui règne sur la terre ne tarde pas à 
la flétrir quand, par hasard, elle essaye timidement de s'épanouir. 
L'art populaire est mort; mort à la ville, mort à la campagne; et cela 
est d'autant plus extraordinaire que l'on ne cesse de proclamer sur 
tous les tons que le peuple est roi, que le peuple est souverain et 
tout-puissant. Drôle de roi, en effet, et plaisant souverain qui se contente 
des hideux galetas ou il gîte avec sa famille, à qui l'on ne fournit, 
pour se distraire, que les slupides lubricités du café-concert ou les 
tristes jouissances de l'alcool, qui ne peut s'habiller que de honteuses 
défroques, et qui n'est, en somme, convenablement traité que lorsqu'il 
est à l'hôpital. Est-ce là le sort que l'on doit réserver à un roi, à un 
souverain, à celui qui possède la puissance et en dispose à son gré? 
Est-il vraiment roi, souverain et puissant celui qui, malgré toutes 
les flagorneries dont on l'encense, ne connaît que le souci du pain 
quotidien, et qui meurt de faim sitôt qu'il ne travaille plus? 

') C'est à cette époque que paraît remonter l'habitude de Taire sculpter sur les fermes les noms de leurs 
propriétaires. Cette habitude répond nettement au sentiment de fierté que durent éprouver nos paysans en se disant 
qu'ils étaient dorénavant seuls maîtres chex eux, et qu'Us étaient définitivement propriétaires des terres qui jusque-là 
dépendaient plus ou moins des seigneurs religieux ou laïques qui se partageaient le pays. 



Partie d'un cncKdremïnt di 



— 55 — 







Oriel à Turckheim 



Il n'est pas difficile de se rendre compte pourquoi nous sommes, 
sous le rappori de Tart populaire, beaucoup moins avancés aujour- 
d'hui qu'il y a cent ans, et il est aisé d'expliquer notre triste 
reculade. Depuis cent ans, la population des villes a triplé et la 
population des campagnes a diminué dans la même proportion; 
c'est dire que les villes exercent une attraction puissante, non 
seulement sur les prolétaires proprement dits qui s'emploient là où 
ils croient trouver les plus forts salaires, mais aussi sur bien des 
petits propriétaires ruraux qui n'hésitent pas à vendre leurs terres 
pour pouvoir engager de maigres capitaux dans une entreprise qu'ils 
espèrent plus rémunératrice que la culture. Dans ces conditions il 
arrive nécessairement que la main d'oeuvre devient rare à la cam- 
pagne — d'où résulte un accroissement notable des frais de production — 
et qu'elle abonde dans les villes, où ce n'est que par l'organisation, 
pour ainsi dire régulière des grèves que se maintiennent les prix 
des salaires. Comment peut-on espérer, en présence de ces difficultés 
incessantes, que le cultivateur et le petit patron qui sont souvent 
plus malheureux que l'ouvrier qu'ils occupent, aient le temps de 
penser à l'art et qu'ils soient disposés à embellir et à décorer un 
logement, une maison, où ils redoutent, à chaque instant, de voir 
passer l'huissier? Vivant au jour le jour, ils ne vont jamais qu'au 
plus pressé qui est de se nourrir et seuls les plus sages cherchent 
à économiser quelques sous pour les jours de détresse, les autres 
ne pensent qu'à trouver, dans les consolations que leur offre le 
cabaret, l'oubli de leurs continuels tracas. Aussi faut-il voir les logis de ces malheureux! 
Sans doute, on ne saurait s'attendre à voir des pauvres logés comme des ducs et pairs et 
la misère reste la misère; mais si je monte d'un échelon dans la hiérarchie sociale, je ne 
trouve pas beaucoup mieux, et je ne sais pas si le faux luxe des bourgeois besogneux n'est 
pas plus triste encore que le dénûment du prolétaire. Dans certaines maisons je préfère les 
murs blanchis à la chaux des mansardes, aux tentures graisseuses du premier étage. En tout 
cas, c'est ce monde d'ouvriers et de petits bourgeois qui forme la clientèle obligée des 
bazars, de ces bazars qui aujourd'hui s'ouvrent partout et qui vendent de tout: des jouets, 
des vêtements, de la vaisselle, des meubles, du linge et une infinité d'autres articles qui, 
s'ils ne coûtent pas cher, valent encore beaucoup moins qu'ils ne coûtent. On ne trouve là 
que des objets fabriqués à la grosse et avec le seul souci de réduire de quelques centimes leur 
prix de revient. Tout le monde sait que les malfaiteurs qui expient leurs crimes dans les 
prisons sont eux-mêmes mis à contribution, et qu'ils travaillent pour le compte d'industriels plus 
séduits par le bon marché de la main d'œuvre que par sa qualité; et, sans aller jusqu'à pré- 
tendre que les ouvriers de nos grandes usines sont eux aussi des prisonniers, je ne puis ce- 
pendant m'empêcher de reconnaître qu'astreints à une rude et malheureusement indispensable 
discipline, ils ne sauraient porter à leur travail l'ardeur, l'entrain et la bonne humeur qui seuls 
le rendent fécond. Ne formant que l'auxiliaire, de moins en moins indispensable, de machines 
qui se perfectionnent chaque jour davantage, l'ouvrier moderne n'est plus qu'un rouage, tandis 
que le contre-maître n'est plus qu'un surveillant, j'allais dire un garde-chiourme et que le patron 
n'est plus qu'un entrepreneur. Si vous entrez dans un de nos grands établissements industriels 
vous y trouverez des hommes et des femmes consacrant, en moyenne, trois mille heures par 
an à faire un travail toujours identique à lui-même, sans qu'il leur soit possible d'y changer 
quoique ce soit. Payés le plus souvent à la pièce, ils n'utilisent leur habileté native et l'in- 
telligence que le Ciel leur a départie qu'à répéter plus ou moins rapidement et plus sûrement 



56 — 



les mouvements exigés par l'outil dont ils se servent, ou la machine qu'ils surveillent, en sorte 
que l'artisan, dans la véritable acception du mot, n'existe plus, parce que l'art lui-même n'a 
plus rien de commun avec le métier, et que la plupart des ouvriers ne sont plus que des 
manœuvres. 

Au milieu de cette décadence générale qu'il n'est que trop aisé de constater et dont je 
viens d'indiquer rapidement les causes, il se rencontre cependant quelques industries qu'il con- 
vient de signaler et qui, lorsqu'elles sont bien comprises, mettent à la disposition du public des 
objets bon marché et de bon goût. Je veux parler des industries de l'impression. Qu'il s'agisse 
de papier peint, qu'il s'agisse de cretonne, qu'il s'agisse même de typographie ou d'estampes, 
on ne saurait nier que des progrès considérables ont été faits dans le cours de ces dernières 
années, et, en voyant les échantillons qui s'étalent aux devantures de nos magasins, on est 
bien forcé de reconnaître les innovations heureuses qui ont été faites. Parmi les cretonnes 
imprimées qui ne coûtent que vingt sous le mètre et les papiers peints à soixante-quinze 
centimes le rouleau, il existe des modèles excellents, et il est facile de se procurer, à des 
prix abordables, au lieu des ignobles chromolithographies d'autrefois, d'excellentes estampes 
reproduisant des sujets intéres^iants et d'un caractère véritablement artistique. Ces heureux 
résultats sont dus à ce fait que des industriels intelligents ont enfin découvert que favo- 
riser le bon goût ne coûtait pas plus cher que d'exploiter la vulgarité, et qu'une composition 
harmonieuse et élégante pouvait se reproduire tout aussi facilement qu'un dessin lourd et com- 
mun. Cette considération que je soumets en passant au lecteur, est faite pour nous rassurer 
et nous donne l'espoir que, même en ce temps de machinisme poussé à outrance, il y a encore 
moyen, si on le veut, de mettre un peu d'art à la portée du peuple, car ce que l'industrie 
de l'impression a su faire, d'autres industries peuvent le réaliser aussi. De ce qu'on fait 
moins bien aujourd'hui qu'autrefois, il n'en faut pas conclure que l'âme populaire est fermée 
à l'esthétique, il en faut conclure simplement que l'on n'a pas encore trouvé la nouvelle forme 
d'esthétique qui lui convenait, et j'essaierai de montrer dans un prochain article ce qu'il y a 
à faire pour créer cette forme nouvelle que nous devons appeler de nos vœux et que, je l'ai 
assez fait voir, notre nature réclame si impérieusement. 

ANSELME LAUGEL 

. Noa locleura n'ont paa été tans remarquer Iri vjgoclle* irchilcctomqun qui orncnl noa deux darnltn 
lilcmïnl leura modilaa, tiviltnl chci Tiulaur une manière bien pen'>Dn«lle. L'artlile. I qu< aoni 
ê i Durlach (Grand-Duchi de Bade) le T eeplembiE 1833 el iieèii l Htid«lb«rg en IW4. Il fui 
«lève de l'Ecole dea Beaui-Arla de Carlarulie, puii continua aea éludea 1 DOaaeldorf el i Munich. 1! détiuU par le portrait, puia ('adonna 
au pajaage et au deaain archilecloniqut. Dam aea péré)(riiialioai [réquentei k liavan TAliace et lei pajpa ivolalnaata, It recueillit une 
ample moisson d'éiudet. Divan laatiet d'Allemagne poieèdent dea auvrei de cet aniaie, el 1e> Archivea dea Monumenla hialoriquer 1 
Strubcurg ont recueilli la plupart des denina qu'il ■ rappoitéi de aea «ijoura an Ala«c«. Noua en continueroni la publicalloa el remer- 
Giona vivement M. WoilT. conaervaleur dei Monumenla hiitoriquea. d'avoir bien voulu lea mettre i nom dtapoailiao. 



KAISER MAXIMl'S (S. i 



DIE FEDERZEICHNUNGEN HANS BALDUNGS 

ZU MURNERS QBERSETZUNG DER WELTGESCHICHTE DES SABELLICUS.') 



Seine letzten Lebensjahre, 1532 — 1537, verbrachte der beruhmte Satiriker und Barftisser- 
monch Thomas Murner") in seiner Vaterstadt Oberehnheim. Er schrieb hier seine letzte bekannte 
Arbeit, eine deutsche Obersetzung der Rkapsodiae historiarmn oder Enneades des Bibliothekars 
an St. Marcus zu Venedig, Marcus Antonius Coccius, genannt Sabellicus. 

Wie viele seiner Schriften, — will er doch nicht weniger als funfzig, darunter allein etwa 
zweiunddreissig gegen Luther gerichtete, verfasst haben, die aus Mangel an wilMgen Verlegern 
unverôfientlicht blieben, — so ist auch dièse letzte nicht gedruckt worden. Dies scheint durch 
Murners Tod verhindert worden zu sein. 

Von diesem grossartig angelegten Werke sind bis heute nur drei Bruchstucke bekannt 
geworden, die aber den Beweis liefern, dass Murner die Obersetzung zu Ende gefùhrt hat. 

Ein erster Teil mit der zweiten Enneade, welche die Geschichte der Juden, Griechen, 
Perser und Romer behandeit, befindet sich in der Handschrift Nr. 15 der Grossherzoglichen 
Hofbibliothek zu Kartsruhe und besteht aus 264 Blâttern, die mit 122 Bildern verziert sind, 
Geschrieben wurde er in den Sommermonaten des Jahres 1532, Professer Charles Schmidt war 
der erste, der dièse Handschrift erwâhnle und zwar in seiner Geschichte der elsassischen Litteratur 
des 15. und 16. Jahrhundeits, 11, S. 258. Dann wurde sie ausfuhrlicher behandeit in einem 
kleinen Aufsatze, den Professer E. Martin 1893 im IX. Bande des Jahrbuchs fîir Geschichte, 
Sprache und Litteratur Elsass-Lothringens unter dem Titel: « Handzeichnungen von Thomas 
Murner zu seiner Obersetzung der Weltgeschichte des Sabellicus» herausgab. Der Verfasser 

*) Die Seitcnangaben unler den Bildern beziehen sîch auf Murners Handschrift in der Stadtbibliothek zu 
SchlettsUdt. 

') Der Verfasser, Herr Dr. Joseph Gény, halte den vorljegenden Aufsalz in Arbeit, als er von der Krankheil 
ergrifîen wurde, die sein Leben so plotztich beenden sollte. Es erscheint uns als eine Pflichl der Pietiil, dièse Arbeit 
so zu veNJffentlichen, wie sie uns Uberkommen ist, und wir schatzen uns gluckltch, dass es uns vergonnt isl, die 
letzten Gedanken dièses unermadlichen Arbeiters und verdi enstvollen Gelehrten bekannl zu machen. 

2) Ch. Schmidt, Histoire littéraire de l'Alsace, 11, p. 209-315. Slrassburg 1879. — W, Kawerau, Thomas Murner 
und die deutsche Reformation, Halle IS9I, 



Mirunod dcr Aposie 



is und Paulua (S. n) 




hatte bereits im Jahre vorher acht Bildei' der Karisruher Handschrift in photographischem Drucke 
bei Mathias Gerschel, Strassburg, erscheinen lassen. 

Das zweite Fragment besitzt die Stadtbibliothek zu Schlettstadt. Dièse Handschrift, deren 
erste und lelzte Blatter bereits fehlten, als sie ihien jetzigen Einband erhielt, setzt sich noch 
aus 174 Blâttem zusammen, Sie enthielt urspriinglich 104 Bilder {nicht 177 Blatter und 115 
Bilder wie bei Martin), davon wurde eins, S. 87, herausgeschnitten. Darin ist Buch 2 — 9 der 
siebenten Enneade des Sabellicus, nâmlich die Geschichte der rômischen Kaiserzeit von Caligula 
bis Valentitiian (ibersetzt. Dieser Teil der Cbersetzung entstand hauptsachlich in den Monaten 
Oktober und November 1534. Ihr Vorhandensein brachte Professer E. Martin in dem oben 
erwâhnten Aufsatze zuerst zur ôffentlichen Kenntnis, 

Das dritte Bruchstuck endlich gehorte zur Bibliothek Firmin-Didot in Paris. Nach deren 
Katalog (6« partie, juin 1884, p. 44) hatte dièse Handschrift 216 Blatter mit 108 Bildem. Sie 
wurde in den Wintermonaten Dezember — Februar 1534 — 1535 geschrieben und enthielt die 
achte Enneade des Sabellicus : die Weltgeschichte von Papst Bonifazius, 418, bis Papst 
Paschalis I., 817. Nach der Versteigerung der BUcher Didots tauchte sie wieder in einem der 
Rosenthalschen Antiquariate in Mîinchen auf und wurde, wenn ich nicht irre, fQr 4000 Mark 
feilgeboten. Wem sie heute gehôrt, weiss ich nicht. 

Mumers Ûbersetzung ist nun Htterarisch fast ohne Bedeutung; desto grôsseres Interesse 
erwecken aber die Federzeichnungen, mit welchen das VVerk geschmilckt ist. Das Ganze 
erweist sich als druckfertiges Manuskript, sowohi fiir den Setzer als auch fur den Form- 
schneider. 

Die Bilder sind teils in Kechtecke, teils in Kreise, die durch einrahmende Doppellinien 
gebildet sind, eingezetchnet. Dièse Einfassungslinien scheinen von dem Schreiber seibst gezogen 
worden zu sein, wenigstens soweit es sich um die Médaillons handelt, die vomehmlich Bilder 
der Kaiser und Kônige enthallen ; denn hier weisen Linien und Text dieseJbe Tinte auf. Bei den 
Vierecken dagegen stimmen die Einrahmungslinien, was die Tinte betrifft, mit den Zeichnungen 
îiberein. Neben vielen Bildern, sowohi runden als rechteckigen, findet sich noch der Vermerk 
des Schreibers, nâmlich Murnei-s seibst, ùber das, was das Bild darstellen soll, so S. 131 ,lginus 




babst", S. 164 ^Victor babst", S. 236 „Antherus habst", S. 237 „Fabianus babst" und S. 307 
„Marcellus babst". 

Nach Professor Martin sind Schrift und Zeichnungen der Karlsruher Handschrift von der- 
seiben Tinte, und auf dièse Feststellung stiitzt er sich, um Murner auch die Autorschaft an den 
Bildem zuzuschreiben, wâlirend Didol geneigt sciieint, die Bilder seiner Handschrift auf Hans 
Burgkniair zurilckzufUhren. Dièse letztere Annahme weist Professor Dehio, von Professor 
Martin dariiber befragt, bestimmt ab; er meint auch, nach Einsichtnahme der von demselben 
verôffentlichten Photographien, dass „der Text und die eingestreuten Bilder offenbar mit dem- 
selben Ductus, derselben Feder und Tinte hingeschrieben sind, so dass, wenn der Text von 
Mumers Hand ist, — was zweifellos sein soll — auch die Bilder es sein mOssen. Die rou- 
tinierte, bemerkt er vveiter, aber sehr oberflàchliche Art der Zeichnung spricht gleichfalls fur 
den Dilettanten". ^) 

Professor Martins Ansicht ist nicht stichhaltig. Denn wenn Murner ein so kunstfertiger 
Zeichner gewesen ware, so batte er wohl seine Biicher aile selbst illustriert, schon der Kosten 
wegen. Die Bilder, welche seine Werke schmiicken, slammen aber nicht aus ein und der- 
selben Hand. Auch ist von einer solchen Kunstfertigkeit Mumers uberhaupt nichts bekannt. 
Dies wâre gewiss nicht unberûhrt oder unerwahnt geblieben bei einer Personlichkeit wie die 
des streitlusligen und fechtkundigen Mônches, der im Vordergrunde der ÔITentlichkeit stand und 
die Aufmerksamkeit und den Hass unversôhnlicher Gegner auf sich lenkte. 

Auch der Schluss, der aus der Gleichheit der Tinte gezogen wird, ist nicht beweisend. 
Der Fall erscheint ja nicht unmoglich, dass Schreiber und KOnstler zusammen arbeilen, in 
einem Hause, wenigstens zeitweilig, wohnen, oder auch dieselbe oder âhnliche Tinte benutzen. 
Endiich glaube ich, dass Professor Dehio, wenn er statt der photographischen Abbildungen 
Gerschels, die eine feste Grundiage fQr die Kritik nicht abgeben kônnen, die Originaîzeichnungen 
gepriift hatte, sich nicht in so bestimmler Weise darQber geaussert haben wiirde. Etwaige 
Verzeichnungen sind auch nicht von Belang. da sich solche bei den grôssten Kùnstlem nach- 
weisen lassen. 



')In . 

Bas«l 1492-1 



r Anmerkung zu seini 
i', in den Gotlingischc 



n Referai Uber Daniel Burckhardts Werk: , 
1 gelehrten Anieigen 1892, Band II, S. 929. 



Infolge eingehender Beschâftigung mit der Schlettstadter Handschrift bin ich nun zu der 
Cberzeugung gelangt, dass die Federzeichnungen von keinem andem hermhren, als von dem 
elsassischen Meister Hans Baldung, genannt Grien. 

FQr meine Ansicht sprechen sowohi innere als àussere GrUnde. Die Bilder stehen unver- 
kennbar, wie Didot und Martin es bereits betonen, unter dem Einfluss der Numberger Schule. 
Man vergleiche sie mit den Hoizschnitten Diirers, z. B. in der Ausgabe von Dr. Valentin 
Scherer, Stuttgart 1904, so mit dem hl. Hieronymus, S. 157, Johannes dem Tàufer und 
Hieronymus, S. 187, der kleinen Passion und ganz besonders mit den hl. Bischôfen Nikolaus, 
Ulrich und Erasmus, S. 216, den hl. Stephanus, Gregorius und Laurentius, S- 217, und Christus 
am Kreuze, S, 255. Hans Baldung war mit Albrecht Durer eng befreundet und verleugnet 
dessen kOnstlerische Beeinflussung nicht. 

Wenn Professer £>ehio die AusfUhrungen unserer Handzeiclinungen „oberllàchlich" flndet, 
— was ich in dieser Verallgemeînerung nicht gelten lassen kann — so triffl dies nur insofem 
zu, als wir es mit den Erzeugnissen der schnellen, (luchtigen Arbeit eines KQnsUers zu tun 
haben, der die Bilder nicht nur dutzend-, sondem hundertweise zu liefem batte und schwerlich 
viel dabei verdiente. Vergegenwartigen wir uns, welche Anspriiche Murner an den Zeichner 
siellte. 

Jedes der drei erhalienen Bruchstiicke, von denen sich keines liber mehr als eine Enneade 
der Geschichte von Sabellicus erstreckt, enthâlt mehr als hundert Bilder: die Karlsruher Hand- 
schrift bat deren 122, die Schlettstadter 105, die Pariser bzw. Munchner 108. Da nun aile 
neun Enneaden ubersetzt vvorden sind, so dîirfen wir annehmen, dass auf das Ganze etwa 
tausend Bilder kamen: eine recht ansehnliche Leistung fiir einen KOnstler. Wenn auch nicht 
aile, so hat Baldung doch, nach der Karlsruher und der Schlettstadter Handschrift zu urteilen, 
mehrere hundert gezeichnet. Und dièse Arbeit fallt wahrscheinlich mit der der Ûbersetzung 
zusammen in die Jahre 1532 bis 1535. Dies bestëtigt die Jahreszahl 1535, welche der 
Kiinstier auf die breite Gewandplatte, die den Mantel des Kaisers Verus iiber der Brust zu- 
sammenhalt, gesetzt hat. Das Bild steht auf S. 146, und S. 145 schliesst Mumer die Ober- 
setzung des vierten Bûches der siebenten Enneade mit der Bemerkung: Finis 5" (irrig flir 
4") Thoma Mumero interprète ipso die Ursule 1534 — also am 21- Oktober. Das ftinfte 
Buch, zu welchem das datierte Bild gehôrt, wurde von Mumer nach dessen Angabe auf S. 193 



Die Plpnr Tïlctphon», Hjgini 



■« (S. is)) 



„feria 5. post Simonis et Jude", d. h. am 29. Oktober 1534, beendigt. Nebenbei sei noch 
hervorgehoben, dass die ZifTer 5 in der Zahl 1535 nicht so geschrieben ist, wie Mumer, 
sondem wie Baldung sie zu schreiben pflegt. 

Femer sollten die Bilder in ihrer iibergrossen Mehrzahl, schon der schnelleren Ausfiihrung 
wegen, nur Einzelfiguren darstellen: beriihmte Mânner, Kaiser, Kônige und Pâpste; und zwar, 
soweit es sich feststellen lasst, nicht nach bestimmten Vorlagen, sondem meistens frei nach 
Willkur des Zeichners. Dadurch lag selbst fiir einen grossen Kûnstler bei Losung dieser Auf- 
gabe die Gefahr der Verflachung, der Einfôrmigkeit und des Scliablonenhaflen, ja der Lang- 
weiie und Obersâttigung recht nahe. An dieseï Klippe wâre ein handwerksmassiger Zeichner 
Oder ein Kûnstler zweiten Ranges sicher gescheitert. Doch ist bei unseren Federzeichnungen 
gerade dièse Gefahr gliicklich Qberwunden. 

Bei aller oberflachlichen Ausarbeitung der IDelails, erfreuen sie durch den packenden Rea- 
lismus und die individuelle Charakteristik der Figuren, durch die kraftige und sichere Strich- 
fûhrung besonders der Umrisslinien, durch die praktische und kiinstierische Ausniitzung der zu 
Gebote stehenden Papierflàche. Pràchtlg sind die Kôpfe gezeichnet, jedes Gesicht hat seinen 
eigenen Ausdruck; auffailend gut ist der Kleider- und Fallenwurf; in der Architektur und der 
Omamentik, besonders wo es sich um Renaissancemotive handelt, lasst der Kûnstler seiner 
Phantasie freien Lauf, und es ist erstaunlich, dass er sich bei alledem nie wiederholl. Diesen 
Eindruck erweckt die Betrachtung aller Bilder der Schlettsladter Handschrift. 

Die Richtigkeit meiner Behauptung ist vor allem dadurch bewiesen, dass die Technik 
der Bilder vollkommen mit derjenigen der Handzeichnungen Baldungs Libereinstimmt, die G. v. 
Térey verôffentlicht hat'). Ganz besonders seien diejenigen zum Vergieich herangezogen, 
welche gleichzeitig mit unsern Bildern entstanden sind: der Crucifixus vom Jahre 1533 und 
der Bischof von 1534, Nr. 221 und 223 im 3. Bande, sovvîe einige der Wappenzeichnungen 
1 31; II 112, 113, 132, 137; 111 155, 231, 235 und 237. 

Hans Baldung ist kein Freund der geraden Linie. Er zeichnet immer mit freier Hand, 
mit einem Federzug. Besitzt auch seine Zeichnung nicht die Feinheit, die Regelmâssigkeit und 
Vielseitigkeit der Linienruhrung Durers, so hat sie doch vielfach mehr Kraft, weniger Hàrte 

') Gabriel v. Térey, Die Handzeichnungen des Hans Baldung, gen. Grien. Strassburg, Heîtz, 1894—96. 3 Bande 
gr. '>•>. Vergl. auch Marc Rosenberg, Hans Baldung Griln, Skizzenbuch, Frankfurt a. M., H. Keller, IS89. 




uinen Schlangin (S. l 



und grôssere Lebenswahrheit. Dîirers Zeichnung ist idéal fiir den Kupferstich, die Baldungs 
fur den Hoizschnitt. Der Strich ist krSftig, von gleichmâssiger Dicke, Die Konturen sind 
fest und sicher. Die Modelliening der Formen geschietit in der Regel durch kurze, leicht 
gebogene Linien. Kreuzschraffierungen finden selten Verwendung, und nur zur Anbringung der 
tieferen Schatlen. Je rascher der Kîinstler arbeitet, desto kraftiger wird der Strich, besonders 
beim An- und Absetzen der Fedei-. In diesem Falle erhâll die Linie an ihrem Ende ein Wider- 
hàkchen, das die Strich ri chtung der Feder verrat. 

Die gleiche Obereinstimmung lasst sich noch feststeUen in der Behandlung der Kleider 
und Gewânder, dem Anlegen der Falten und ihrer Bruche, in der Auswahl der Verzierungen 
sowohi an den Môbein als an der Architektur und in der Verwendung des urwdchsigen und aus- 
drucksvollen, man kiinnte sagen Batdungschen Gesichtstypus. Selbst die Absonderlichkeiten 
Oder Fehler des Meîsters lassen sich nicht verleugnen, wie seine Vorliebe fQr fliegendes Haar, 
(vergl. hier Bild X) auch da, wo es unnatùrlich erscheint, und fur auffallende Beinstellungen, 
endlich die phantastische Stilislerung und Verwendung des Akanthusblattes (vergl. dieselben 
Verzierungen an den meisten Wappenzeichnungen) an den Arm- und Riicklehnen seiner kaiser- 
lichen und pàpstlichen Thronsessel, 

Inwieweit nun die Fliichtîgkeiten und Nachiâssigkeiten unserer Zeichnungen bei der Ûber- 
tragung auf den Holzstock beseitigt vverden konnten, braucht hiei- nicht erôrtert zu werden. 

Fdr die Richtigkeit meiner Annahme sprechen auch aussere Griinde. Nichts, was wir 
von dem Leben und der Thatigkeit Baldung Griens kennen, widerspricht meiner Behauptung. 
Gehen wir die Liste von Baldungs Werken durch, wie sie G. v. Térey zusammengestellt hat, 
so muss uns die Leere aufTallen, der wir in der Zeit von etwa 1532 bis 1537 begegnen. 
Kaum einige Wappenzeichnungen fallen in dièse Jahre. 

Dies geht in erster Linie auf den Durchbruch der lutherischen Bewegung in Deutschland 
zurilck. Das kritische Jahr 1525 hatte das Schicksal der kirchlichen Kunst besiegelt. Selbst 
in katholischen Stadten sahen sich die Kùnstler gezwungen, andere Erwerbsmitte! zu suchen. 
So mùssen in Schleltstadt •) der berilhmte Maler und Bildhauer Sixt Schultheiss, den ich fOr 



■) J. Gény, Die ReiohssUdt SchleUstadl uod ihr Anleil o 
der Jahre 1490—1536. Freiburij, Herder, 1900, S. 149. 



den sozialpolitischen und religiôaen Bewegungen 




Papst Marccllus (S. 107) 



identisch halte mit Meister Sixt, dem Schôpfer eines Altarbildes im Freiburger Munster, und 
Paul Wiiideck, ijer Bildhauer des Ôlberges in Oberehnheim, aus Mangel an Auftrâgen den Rat 
ersuchen, ihnen das Amt eines Stadtbolen zu verleihen. Windeck wird noch die Erlaubnis 
erteilt, ein Wirtshaus zu erôffiien. Desgleichen bitten in Strassburg Maler und Bildhauer um 
Brot und richten eine Supplik an den Rat, sie bei Besetzung der stâdtischen Âmter vor anderen 
zu begiinstigen, „weil durch das Gotteswort ihre Hantierung abgeht" '). AUerdings in einigen 
grosseren Stadten, wie in Strassburg, wo zahireiche Buchdrucker tâlig waren und einige reichere 
BQrger und Adelige ihre Wohnungen mit Glasmalereien ausschmiickten, bot die Bilcherillustration 
Oder das Wappenzeichnen den Ktinstlern einige wenn auch nîcht sehr lohnende Beschaftigung. 
So kam es, dass Meister ersten Ranges, wie Hans Baldung, in jener schwierigen Obergangszeit 
sich fast ausschliesslich mit Visierungen fOr Wappenfenster und Vorbildem fiir die in den 
Druckereien beschâftigten FoiTnschneider begnùgen mussten. 

Endiich ist es gar nicht unwahrscheinlich, dass Grien einige Zeit in Oberehnheim bei 
Murner verweilte und gemeinsam mit ihm arbeitete, wenn auch kein grosses Gewicht auf diesen 
Umstand zu legen ist. Er ist in der Gegend kein Unbekannter: das beweisen seine Wappen- 
zeichnungen fUr hier ansassige Geschlechter, seine Bilder fur Heiligenstein, sein Fensterbild 
fiir das Kloster Niedermunster*), das in der Technik mit den Federzeichnungen zu Murners 
Obersetzung der Weltgeschichte des Sabellicus vollstandig iibereinstimmt. jos. géNY 

') Brants Annalen, herausgegeben von L. Dacheux, lutn Jahre \b'2ti. S. 1 Ki, Nr. 4.')80 in Mitteilungen der 
Gesellschafl fUr Erhaltung der geschichtlichen Denkmâler îm Elsass, 11. P'ulge, 19. Band. ]S'iS. 

*} F. Wolff, Kin altcs Glasrensler aua der KIosterkirchc zu Niedermiinster nach Hans Baldung, gen. Griens 
Zeichnung, in der Zeitschrift: Das Kunslgeu'erbe in l£lsass-Lothringen, 3. Jahrgang, S. 142 — tM, 







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1 



QU'IL FAUT LAISSER VIEILLIR LA BEAUTÉ 



MAURICE BARRES 



Mieux que les plus savantes protections, la misère conserve la beauté des villes. La 
prospérité de Paris et de la province française nous prive seule de posséder ces ensembles pit- 
toresques, ces vastes survivances du passé qu'on admire à chaque pas en Espagne, en Italie. 

Que deviendra Tolède, du jour que son budget se soldera par des excédents? Bénissons 
la pauvreté de Venise! Dès que Venise aura de l'argent, elle couvrira quelques canaux, elle 
tracera à coups de pioche des rues bien larges et régulières, elle mènera le chemin de fer 
jusqu'à la pointe de la Dogana. et nous aurons place Saint-Marc une station de lîacres. 

Dans les choses de l'art, les plus grands dégâts ne sont point causés par l'ignorance et 
le manque de goût, mais par l'abondance d'argent. 

On se rappelle la campagne de 1897 contre les méfaits des «restaurateurs» à Versailles. 
Un architecte, mais qui avait le goût d'un sauvage, fort honnête homme, mais qui trouvait son 
bénéfice à dépenser beaucoup, ravageait depuis des mois Versailles. Des plombiers et des 
maçons fricassaient le Buffet de Mansart, le Bai» de Diatte de Girardon, le Neptune de 
Girardon. Pour que tout fût digne de la Grande Exposition, ils redonnaient à tout «le cachet 
du neuf». D'oii venait le mal? De ce que le château, le parc et les bosquets disposent d'un 
budget de trois cent mille francs. 

Il y eut une protestation, une levée générale des critiques d'art. Beau mouvement d'un 
jour! Le président de la chambre syndicale des artistes peintres verriers de France, M. Gustave 
Dupin, m'écrivait, il y a peu, que la «restauration» se poursuit: un regrattage consciencieux 
amollit toutes les arêtes et fait ressembler les statues à des œuvres de confiserie un peu sucrées. 

Mais peut-être y a-t-il pis, et le scandale de Germigny-des-Prés, ruine adorable du X' siècle, 
totalement rebâtie â neuf, n'est pas unique. Le vandalisme officiel dévaste toute la France et s'étale 
effrontément. Architectes et entrepreneurs accrédités opèient sans vergogne; ils avouent qu'ils 



sont là pour toucher et l'on ignore ce qu'il faut le plus admirer de leur cynisme ou de l'aveugle- 
ment des contribuables qui paient les frais de cette destruction du passé. 
Quelqu'un me dit: 

— Chacun de ces architectes vandales est un honnête homme, voire un homme capable, 
un fort en thème ou même un artiste. D'où vient donc que tous s'obstinent à commettre des 
forfaits artistiques.^ 

C'est qu'ils sont des fonctionnaires. La cause du mal réside dans la Commission des 
monuments historiques, A son début, cette commission fut utile. Depuis longtemps, elle n'est 
plus qu'un vaste fromage où s'abritent une nuée de rongeurs. Ses employés opèrent ad- 
ministrativement Les plans, les projets, les devis, les mémoires, tout passe d'abord par la rue 
de Valois et y revient: c'est un travail de bureau. La responsabilité étant supprimée par ce 
mécanisme, on peut voir un architecte artiste démolir comme fonctionnaire ce que dans son 
privé il respecterait. Il est transformé par sa fonction. Voilà qui ne donne pas une haute 
idée de sa conscience, direz-vous. C'est vrai, mais ne mettez pas trop fréquemment le même 
homme entre un idéal et son intérêt. Combien il est doux d'émarger! 

Eh! quoi, me dira-t-on, détruire la surveillance de nos beaux monuments, pouvez- 
vous penser? Mais alors les curés feraient ce qu'ils voudraient de leurs églises? — 
Parfaitement! Et le mal ne pourrait jamais être bien grand, car si le goût est rare chez 
nos curés, l'argent l'est encore davantage, et bien peu de restaurations totales (qui sont 
à parler net des reconstructions totales) seraient entreprises. On se vouerait davantage à la 
conservation ou à cette sage restauration qui s'appelle simplement la consolidation. Les choses 
se passeraient en famille; les ouvriers locaux y pourvoiraient; on n'aurait plus ce scandale de 
voir un beau jour arriver dans une paisible localité des équipes d'ouvriers étrangers amenés 
par un entrepreneur, lesquels fouillent et bouleversent, rasent et arrachent de vieilles assises qui 
tiennent autant au cœur des habitants qu'à leur sol, puis reconstruisent une autre église — oh ! 
archéologiquement ! — bien neuve et bien propre, et partent enfin recommencer autre part leur 
étrange besogne. On ne verrait plus un architecte comme M. B., éminent, c'est entendu, mais 
enfin trop exclusivement amoureux du roman des bords du Rhin, venir restaurer les églises de 
l'Aisne en les mettant à son goût, en les complétant, les parachevant de réminiscences d'An- 
demach, de Schlestadt, de Haguenau, d'Ottmarsheim, de telle sorte que dans notre Ile-de-France, 
il y a des clochers qui semblent des Alsaciens émigrés depuis l'annexion. 

— Ah! monsieur, s'écrie un lecteur, rappelez- vous le scandale d'Avignon, les remparts 
attaqués furieusement par la municipalité elle-même 

— Eh bien! en mettant les choses au pis, et quand le vandalisme se perpétuerait sous 
une autre forme, ce que je nie, au moins ne serait-il plus subventionné ; nous cesserions d'entre- 
tenir l'armée des parasites d'art. 

D'ailleurs, je ne prends pas à mon compte ces critiques contre l'institution des Monuments 
historiques; je les transcris pour illustrer ma thèse que l'argent nuit plus que la misère aux 
belles survivances de l'art du passé. Mon opinion propre, c'est que tout irait mieux si l'on 
voulait, dans chaque cas, s'inspirer d'une certaine manière de sentir que je soumets aux gens 
de goût. 

Une œuvre d'art est admirable dans son neuf et dans sa fleur éclatante. Elle sort des 
mains de l'artiste: que nul désormais ne la touche! Un grand collaborateur intervient: l'at- 
mosphère. Il harmonise l'artificiel et la nature. Sous le ciel hellénique, le soleil dore les marbres ; 
en France, les matières d'art prennent une patine, se conforment au ton des arbres, des nuages. 
On songe au mimétisme de ces animaux qui, pour ne point tirer l'œil, prennent les teintes, 
voire les formes du milieu où ils se meuvent. Le temps aussi collabore: l'œuvre qu'un bon 
ouvrier fit viable passe d'elle-même par une suite d'états qui sont ses âges; elle a des 
maturités puissantes et des vieillesses pathétiques. Dans une restauration, il se perd toujours 



— 66 



quelque chose. Vous remplacez celte pierre décorée, vous substituez un moulage au membre 
d'une statue qui s'eifrite: une ligne insaisissable en plus ou en moins, et ce bras sera boudiné, 
ces ornements, trop maigres, secs. A Versailles, l'administration croit pouvoir impunément racler 
les marbres! C'est l'œuvre même qu'on atteint. Ah! que dirait l'imprudent architecte, si l'on 
passait au papier de verre le nez de la personne qu'il aime? 

Pour tout dire — mais ici je n'espère point qu'un administrateur m'approuve — une œuvre d'art qui 
se détruit sait mieux nous plaire qu'une beauté intelligemment refaite. Il ne faudrait pas que les mouve- 
ments d'un chef-d'œuvre qui, dans sa décadence, s'organise encore pour émouvoir, fussent contrariés 
par les restaurateurs. Admirons, encourageons, si vous l'exigez, ceux qui consolident les chefs- 
d'œuvre contre le temps; mais reconnaissez qu'elle est fort pénible, cette discipline générale, 
cette mort administrative qui glace l'âme auprès des monuments consciencieusement restaurés. 
L'indiscutable avantage de certains soins, c'est de prolonger de quelques années ce qui d'ailleurs 
finira par périr. Eh bien, n'est-ce pas duperie de sacrifier notre plaisir immédiat à nos petits- 
neveux qui peut-être ne se soucieront point de nos legs? Les choses qui se ruinent savent si 
fortement nous intéresser ! Certaines magnificences d'art n'atteignent leur pleine vie que dans la 
végétation de la mort. Avant de laisser retomber la nuit autour d'eux et sur eux, les chefs- 
d'œuvre semblent avoir, dans une certaine minute qu'il ne faut point contrarier, une suprême 
illumination et le jet le plus haut de leur génie. Mais je désespère de rendre sensible cette 
magie et de démontrer à qui me le niera que le visage des ruines, solitaire et défait, nous 
domine d'un autre prestige que ressuyé et maquillé par l'administration des Beaux-Arts. 



RESTAURER UN MONUMENT, C'EST LE DÉTRUIRE 



ANDRE HALLAYS 

Faute d'avoir défini les mots, on a, sur cette question, multiplié les malentendus. On a, 
sous le mot de restauration, confondu des choses très différentes et certaines controverses 
seraient évitées, si l'on prenait soin de distinguer la restitution, la restauration et la réparation. 

Restituer un monument, c'est relever, suivant les données ou les hypothèses de l'archéo- 
logie, un édifice dont il ne reste que des débris et des vestiges, c'est, à la place d'une ruine 
émouvante, bâtir un château, une église du moyen-âge ou, pour mieux dire, dans le style du 
moyen-âge. Telle fut l'œuvie de Viollet-le-Duc à l'ierrelonds. Telle est celle de l'architecte 
qui est en train de reconstruire le château de la Hohkœnigsbourg. C'est aussi ce que certains 
méditent d'accomplir à Heldelbeig. Aujourd'hui — sauf quelques architectes — tout le monde 
est à peu près d'accord pour condamner ces fantaisies coûteuses et vaines, 

La restauration est plus malaisée à définir. Contentons-nous — provisoirement — 
d'ouvrir le Dictionnaire raisonné de l'architecture française de Viollet-le-Duc. Nous y lisons 
ceci: «RESTAURATION. Le moi et la chose sont modernes. Restaurer un édifice n'est pas 
l'entretenir, le réparer ou le refaire, c'est le rétablir dans un état complet qui peut n'avoir 
jamais existé à un moment donné. » 

Réparer un édifice ancien, c'est assurer sa solidité, sans se soucier de refaire les parties 
détruites par le temps ou par les hommes, c'est prolonger son existence le plus possible, mais 
dans l'état où les siècles nous l'ont transmis. 

Que l'on s'en tienne à ces définitions et déjà l'on aura déblayé le champ de la discussion. 
Aujourd'hui, le nombre de ceux qui approuvent les restitutions est infime, et l'on peut compter 
les intransigeants qui se disent hostiles à toute espèce de réparation. Reste le problème de la 
restauration: il est très ardu, très délicat. Si, comme le dit Viollet-le-Duc, restaurer un mo- 
nument n'est ni le refaire ni le réparer, on voit tout de suite, à lire le texte de sa définition, 
que la limite est incertaine entre restaurer et restituer, entre restaurer et réparer; et les choses 
se compliquent encore, si l'on considère les monuments mêmes et si l'on étudie les travaux dont 
ils furent l'objet depuis soixante-dix ans. 

«Le mot et la chose sont modernes» dit V'iollet-le-Duc. Il ajoute: «Ce n'est qu'à dater 
du second quart de notre siècle qu'on a prétendu restaurer les édifices d'un autre âge. » Et il 
n'a point de peine à prouver que la chose est, en effet, moderne. Avant le dix-neuvième siècle, 



on entretenait les édifices, on les réparait, ou bien on les rebâtissait ; mais personne ne songeait 
à les « rétablir dans un état complet qui pouvait n'avoir jamais existé à un moment donné. » 
On peut citer, il est vrai, quelques monuments que les constructeurs d'autrefois ont continués 
ou achevés en se conformant au style primitif, des églises rebâties en style roman ou bien eii 
style ogival au temps de la Renaissance et même au dix-huitième siècle, par exemple, la ca- 
thédrale de Blois, la cathédrale d'Orléans dont la voûte gothique fut terminée par Gabriel, l'église 
d'Andlau que Ton « restaura » en plein dix-septième siècle sans altérer son caractère ancien, 
etc. . . . Mais ces velléités d'archaïsme étaient rares. Le goût du vieux-neuf n'est apparu qu'au 
dix-neuvième siècle, et ce fut seulement vers 1825 que l'on vit naître « l'école du pastiche ». Elle 
inventa alors ta théorie de la restauration, telle que l'a formulée et appliquée Viollet-Ie-Duc, telle 
que l'on a continué de la mettre en pratique dans l'Europe entière ; car on a restauré partout à 
Cologne et à Reims, à Erfurt et à Laon, à Paris et à Lausanne, à Bâle et à Palerme, à Florence 
et au Caire ; et, en ce moment même, aux Indes, les Anglais restaurent Dehli et le tombeau d'Akbar. 

C'est contre cette théorie que Ruskin s'est élevé, le premier, avec une éloquence qui ja- 
mais ne fut égalée: «La vraie signification du mot restauration n'est comprise ni du public ni 
de ceux à qui incombe le soin de nos monuments publics. Il signifie la destruction la plus 
complète que puisse souffrir un édifice; destruction d'où ne se pourra sauver la moindre par- 
celle, destruction accompagnée d'une fausse description du monument détruit. Ne nous abusons 
pas sur cette question si importante: il est impossible, aussi impossible que de ressusciter les 
morts, de restaurer jamais ce qui fut grand et beau en architecture. Ce qui constitue la vie 
de l'ensemble, cette âme que seuls peuvent donner les bras et les yeux de l'artisan ne se peut 
jamais restituer. Une autre époque lui pourra donner une autre âme, mais ce sera alors un 
autre édifice ... ^) ». Tous les écrivains qui se sont élevés contre le principe des restaurations n'ont 
pu que reproduire ou développer ces paroles de Ruskin. 

Je sais qu'un grand nombre d'architectes repoussent aujourd'hui la théorie de VioUet-le-Duc. 
Moins aventureux et moins téméraires que leur maître, ils prétendent rétablir l'édifice tel qu'il 
fut en réalité et non tel qu'il aurait dû être. Ils ne consultent pas les enseignements généraux 
de l'archéologie, mais seulement les indices que leur off're le monument même. Leur intervention 
est plus discrète Leurs pastiches sont moins infidèles. Mais pour être exactes et vraisem- 
blables, ces restaurations là n'en sont pas moins dangereuses. Elles diminuent, elles aussi, la 
beauté des constructions d'autrefois. Et, comme le dit Ruskin, c'est un «autre édifice» qui 
sort des mains de l'architecte moderne. Le principe est mauvais : c'est le principe qu'il faut combattre. 

D'autres architectes sont plus modestes encore. «Nous voulons simplement, disent- ils, 
conserver les monuments anciens. Mais, à l'occasion, n'est-il pas nécessaire de remplacer des 
parements, des chapiteaux, des fûts de colonnes, des voûtes, tout ce qui, en disparaissant, 
compromettrait la vie même de l'édifice? Nous nous bornons à l'indispensable ...» 

Avec ces derniers on serait tout près de tomber d'accord. Mais il reste à s'entendre sur 
le choix des moyens à adopter pour entretenir, réparer et consolider. 

Qu'il ne suffise pas toujours, pour protéger un édifice, de maintenir sa couverture en bon 
état et que d'autres travaux puissent devenir utiles, on n'en peut disconvenir. Mais comment 
comprendre et exécuter ces travaux? Voilà tout le problème. 

Il n'est pas de règle absolue. Ici, comme dans toutes les matières qui relèvent du goût 
et non de la science, des réussites imprévues et déconcertantes donnent parfois d'heureux 
démentis au sens commun. Mais nous sommes bien obligés de raisonner sur les données de 
l'expérience et de considérer comme périlleuses les méthodes de restauration, qui, neuf fois sur 
dix, ont conduit les architectes à défigurer les monuments du passé. 

Une distinction — très juste et très naturelle — a été souvent proposée entre le monu- 
ment mort et le monument vivant. 



^) Ruskin, Les sept lampes de V architecture, — La lampe du souvenir. 



— 69 — 



Le monument mort, c'est celui qui, n'étant plus utilisé, n'a de valeur que pour Tartiste, 
Thistorien ou l'archéologue ; par exemple : une église désaffectée, une forteresse féodale, un temple 
antique. C'est un crime de renverser ces témoins du passé. C'est un autre crime de les vouloir 
restaurer. Lorsqu'il s'agit de leur conservation, je partage encore l'opinion de Ruskin: «Veillez 
avec vigilance sur un vieil édifice; gardez-le de votre mieux et par tous les moyens de toute 
cause de délabrement. Comptez en les pierres, comme vous le feriez pour les joyaux d'une 
couronne; mettez-y des gardes comme vous en placeriez aux portes d'une ville assiégée; liez-le 
par le fer, quand il se désagrège; soutenez-le à l'aide de poutres, quand il s'affaisse; ne vous 
préoccupez pas de la laideur des secours que vous lui apportez, mieux vaut une béquille que 
la perte d'un membre; faites-le avec tendresse, avec respect, avec une vigilance incessante, et 
encore plus d'une génération naîtra et disparaîtra à l'ombre de ces murs. Sa dernière heure 
enfin sonnera; mais qu'elle sonne ouvertement et franchement, et qu'aucune substitution dés- 
honorante et mensongère ne la vienne priver de devoirs funèbres du souvenir. » 

Quant aux édifices vivants, ce sont ceux qui ont gardé leur destination primitive ; ce sont 
des hôtels de ville où siège toujours le conseil de la commune, des palais de justice où l'on 
n'a point cessé de plaider et de juger, des églises qui sont encore consacrées au culte et à la 
prière. Pour eux la théorie intransigeante de Ruskin n'est plus de mise. Les hommes d'au- 
jourd'hui ne se soucient pas de vivre leur vie, parmi des ruines étayées de poutres et cerclées 
de fer, sous la menace de voûtes crevassées prêtes à s'effondrer. Il faudra donc réparer la 
construction, assurer sa solidité, la maintenir dans un tel état qu'elle continue de rendre les ser- 
vices en vue desquels elle fut élevée ; car c'est la meilleure façon de sauver la vie, c'est à dire 
la beauté du monument . . . Mais tout cela n'implique pas qu'il faille restaurer et faire du 
monument d'aujourdhui la copie du monument d'autrefois. Si l'on doit, dans une église, rem- 
placer une colonne, la structuie même de l'édifice imposera au constructeur du vingtième siècle 
la forme et la dimension de la colonne nouvelle, lesquelles détermineront la forme et la dimension 
du chapiteau: ce sont là des nécessités architectoniques. Mais pourquoi reproduire servilement 
sur ce chapiteau la sculpture du chapiteau voisin? Si les artistes d'aujourd'hui sont incapables 
d'originalité, qu'ils laissent donc ce bloc de pierre à l'état brut. Ce sera, du moins, un loyal 
aveu d'impuissance. Rien n'est plus misérable que l'imitation fatalement maladroite d'un art à 
jamais disparu. Puisque nous ne pouvons pas mettre sur les vieux édifices la marque de notre 
temps, ne nous donnons pas le ridicule de contrefaire l'œuvre des artistes du moyen-âge ou de 
la Renaissance. Une fois que nous avons assuré, le moins gauchement possible, la perpétuité 
d'un monument, nous avons rempli tout notre devoir. Que l'architecte s'en tienne donc aux 
réparations nécessaires pour consolider le bâtiment et lui maintenir sa physionomie architecturale; 
mais que jamais il ne s'avise de vouloir reproduire le décor peint ou sculpté qui couvrait autre- 
fois les piliers, les voûtes, les murailles. 

Je sais l'objection: «On ne peut, dit-on, dans un édifice du moyen-âge séparer abitraire- 
ment les éléments décoratifs des éléments architectoniques. Une cathédrale ogivale dépouillée 
de ses sculptures n'est plus qu'un monstre informe. C'est agir pieusement que de dissimuler 
les ravages causés par les morsures du temps et surtout par la malice des hommes. » 

Tempus edax^ homo edacior, ce que V^ictor Hugo traduisait ainsi: le temps est aveugle 
et l'homme stupide. Déplorons les méfaits des siècles et des vandales; mais gardons-nous de 
les aggraver — même par piété. Respectons ce qu'ils n'ont point détruit. Mieux vaut conserver 
des vestiges, de beaux et précieux vestiges, que peupler de froides imitations le tympan et les voussures 
d'un vieux portail. Le restaurateur est toujours un vandale et le pire de tous 11 supprime les débris de 
la beauté ancienne et les remplace par des choses sans nom et sans âme. Une église gothique dont 
les sculptures furent brisées et martelées offre, il est vrai, un pitoyable spectacle ; mais, par son plan, 
par sa structure, par ses lignes, elle peut encore exciter notre admiration. Et ce ne sont ni les pastiches 
dont on l'ornera, ni les maquillages dont on la couvrira qui nous consoleront de l'irréparable dévastation. 



— 70 — 



L« vandalisme des restaurateurs, voilà le plus grand péril que courent aujourd'hui les vieux 
monuments. Que de précieuses peintures on a gratté sous prétexte de nettoyer les vieilles 
pierres! que de sculptures on a Tait disparaître en remplaçant des chapiteaux plus ou moins 
mutilés par des chapiteaux tout neufs! Et, surtout que d'œuvres d'art admirables sacrifiées à 
la solte manie de !'« unité de style!» Egarés par une sorte de superstition archéologique, les 
architectes du dix-neuvième siècle ont voulu que les églises du moyen-âge sortissent de leurs 
mains confomies à un type idéal dont rien n'altérât la pureté, et, brutalement, ils ont détruit 
l'ensemble chaimant et divers composé par le goût et la dévotion des générations qui tour à 
tour prièrent dans chacun de ces édifices. Ecoutez Renan. Jamais personne ne blâma avec 
un bon sens plus sûr et plus convaincant l'imprudence des restaurateurs. En 1875, parcourant 
la Sicile, il visita, dans Palerme, l'église de la Martorona ; 

«Que dire de la Martorona, ce petit chef-d'œuvre d'église avec ses inscriptions arabes et 
grecques, si bizarrement devenue une chapelle de religieuses, lesquelles, sans toucher beaucoup 
aux parties primitives, les ont appropriées à leurs usages au moyen d'additions du style le plus 
prétentieux assurément, mais le plus réjouissant? La question des restaurations se pose ici 
dans toute sa netteté. Faut-il supprimer ces petits joyaux de cuivre et de marbre polychrome, 
dont les pauvres recluses s'amusèrent; ces belles grilles dorées qui leur permettaient de satis- 
faire leur curiosité sans rompre leur clôture et derrière lesquelles on croit voir se des.siner encore 
plus d'un joli visage voilé; cette tribune ou plutôt ce salon Pompadour où elles chantaient aux 
jours de fête; ces petits guichets où les mosaïques primitives se mêlent aux enfantillages du 
rococo le plus effréné? Pour moi, j'hésiterais à porter la main sur tout cela. Le baroque est 
expressif à sa manière. L'hisloire, qu'est-elle. si ce n'est la plus ironique et la plus incongrue 
des associations d'idées? Tout a son prix comme souvenir. Un monument doit être accepté 
.comme le passé nous le lègue; il faut, autant que possible, l'empêcher de se détruire, voilà 
tout . . . Laissez donc ce petit monument tel qu'il est. Et puis le goût est si changeant ! Qui 
peut se vanter de le fixer? Le XVII^ siècle sabrait le moyen-âge, sans se douter qu'un jour 
cet art barbare, incorrect, souvent sauvage, aurait son prix. On détruit maintenant le XVII» siècle, 
comme fade et sans caractère. Qui sait le goût de l'avenir et si le XIX^ siècle ne sera pas 
traité de vandale à son tour? Il n'y a qu'une manière sûre pour n'être pas traité de vandale: 
c'est de ne rien détruire, c'est de laisser les monuments du passé tels qu'ils sont^)». 

De telles idées sont d'une sagesse si claire, si évidente qu'elles trouvent aujourd'hui peu 
de contradicteurs. Bien plus, presque tous les architectes se disent ennemis des restaurations 
à outrance, jugent avec une juste sévérité les systèmes et les tra\'aux de leurs devanciers, dé- 
clarent que leur rôle est de tout conserver et de ne rien déiruire . . . Seulement, remettez le 
soin d'un édifice ancien à ces hommes prudents et respectueux: immédiatement ils oublient les 
règles qu'eux-mêmes formulaient tout à l'heure et ils deviennent les plus impitoyables, les plus 
féroces des restaurateurs. C'est pourquoi il nous faut, sans relâche, les dénoncer comme les 
plus dangereux ennemis des monuments du passé. 

') Erneal Rsnan, Uélanges d'histoire et de voyage. — Vingt jours en Sicile . . . 



LA RESTAURATION DES MONUMENTS ANCIENS 



Europe a tra\-ersé une période néfaste pour l'art après les guerres de l'Empire. La 
misère des temps avait fait négliger les édifices anciens, et quand, avec la paix, 
; l'aisance revint, on voulut soit approprier ces édifices à des besoins nouveaux, soit 
les démolir pour faire place à d'autres ; il s'en lit un effroyable hécatombe. 

Victor Hugo fut l'un des premiers à protester contre ces attentats barbares'): Préservons 
les souvenirs historiques incorporés dans leurs restes vénérables, respectons les chefs-d'œuvre 
du passé! s'écriait-il. 

La littérature romantique favorisa cette évolution de l'opinion publique vers l'admiration 
des témoignages du génie artistique de nos pères. On se mit à étudier avec passion les vestiges 
de l'architecture romane et gothique. Des artistes bien intentionnés- mais mal documentés, incom- 
plètement pénétrés de l'esprit d'une époque clôturée, voulurent rendre à ces antiques débris leur 
splendeur primitive et leur restituer une unité de style et de facture qu'ils ne présentèrent jamais. 
Cette tendance funeste sévit encore dans notre École de S'-Luc. Nous étions tombés de Charybde 
en Scylla! Après avoir tué les vieux édifices par indifférence, on les déforma par une admi- 
ration intempestive. Il semble que l'humanité doive toujours osciller entre deux extrêmes. L'in- 
variabilité dans le milieu, recommandée par Confucius, nous paraît en opposition avec la notion 
du progrès. 

Comme les poètes, les archéologues constituent un genns irrUabile vainm. Ils se sont 
livrés à des luttes homériques sur le terrain de la restauration des monuments anciens. Cepen- 
dant, puisqu'un amour commun de l'antiquité les unit, ne pourraient-ils combattre à armes 
courtoises et délimiter rigoureusement le champs clos de la discussion? On se querelle souvent 
faute de s'entendre sur l'objet du débat. 

A part quelques ingénieurs de chemin de fer et quelques Haussman, partisans de rues 
stratégiques, plus personne ne réclame la démolition des monuments anciens Leur cause est 
gagnée. «Ces vieux monuments parlent plus haut que les livres, car ils sont ouverts devant 
tous les yeux», a très bien dit M. Paul Clemen, le savant conservateur provincial de la Prusse 
rhénane '). 

I) Liuérature et philosophie mêlées. Guerre aux démolisseurs, lî<l'~i -183'J. 
^ D' Paul Clemen. Die Denkmalpflege in der Rheinprovinz. DUsseldorf, IS96. 



Posons d'abord cet axiome: il vaut mieux entretenir que refaire, et, pour n'avoir pas à 
restaurer un monument, commençons son entretien le jour même de son achèvement. 

Essayons maintenant de fixer avec précision les règles à suivre pour les monuments que 
le temps nous a livrés plus ou moins détériorés. — Pour cela il importe de déterminer exac- 
tement la nature des constructions dont on s'occupe, et nous adoptons l'excellente distinction 
proposée par un de nos compatriotes, M. Cloquet, professeur à l'Université de Gand, entre 
monuments vivants et monuments morts. 



Les monuments vivants sont des édifices civils ou religieux qui rendent encore des ser- 
vices. Les monuments morts sont ceux qui ont été tués par leur ruine ou par une irrémédiable 
désaffectation. 

Quand on examine les devoirs du restaurateur à Tégard des monuments vivants, on est 
amené à les classer sous les rubriques suivantes: \^ Monuments intacts; 2° Monuments négligés; 
3^ Monuments restaurés ou complétés en un autre style que l'original; 4^ Monuments restés 
inachevés; 5° Monuments non restaurables. 

Pour les monuments intacts le cas est simple, il n'y a pas à les restaurer, il suffit de les 
entretenir. 

Pour les monuments négligés et, par suite, ayant subi des dégradations, trois cas peuvent 
se présenter: 1» il reste des documents de leur état primitif; 2^ il ne reste que des amorces, 
des fragments; 3^ il ne reste rien. 

Dans le premier cas, ces documents peuvent être des dessins de l'architecte (Eglise S*^Pierre 
à Louvain), des dessins de l'époque où les édifices étaient encore complets (Maisons des Gildes 
de la Grand'place à Bruxelles), des restes conservés dans les briques qui ont bouché une 
fenêtre (Broletto de Brescia). Aucune erreur n'étant possible, on peut approuver les autorités 
qui s'efforcent de rendre à ces édifices, encore vivants et utilisés, leur splendeur primitive. On 
arrivera ainsi à restituer un ensemble magnifique auquel le temps ne tardera pas à donner une 
patine harmonieuse, si la restauration a été faite avec goût et avec un soin pieux. Viollet-le- 
Duc a tracé pour ces restaurations des règles qu'il faudra s'efforcer de suivre mieux qu'il l'a 
fait lui-même au Château de Pierrefonds. Gardons-nous cependant de toucher aux parties dont 
l'état ne compromet pas la solidité de Tédifice. Il n'est pas nécessaire de rétablir les arêtes de 
toutes les moulures ébréchées, de tous les angles écornés. Il ne faut pas vouloir effacer les 
rides qui accusent l'âge de l'édifice. 

Ne reste t-il que des amorces, des fragments, la solution devient une question de tact et 
de goût, de talent et de science, bien délicate à résoudre. Le plus souvent il vaudra mieux 
s'abstenir, conserver à l'enveloppe extérieure son aspect vénérable et se borner à assurer sa 
préservation par des travaux confortants à l'intérieur, invisibles au dehors. 

Mais s'il ne reste ni documents, ni fragments, le doute n'est plus possible, et il faut 
s'abstenir, car la restauration ne serait qu'un pastiche bâtard. Elle n'aura ni le caractère qu'aurait 
pu lui donner l'architecte primitif, ni celui que le restaurateur aurait pu imprimer à une œuvre 
de sa propre époque. 

On doit alors se borner à préserver l'édifice de la ruine ; s'il réclame des annexes pour les 
services qui y sont installés, les construire à côté; si cela n'est pas possible, chercher une 
transition habile entre la partie ancienne et celle qui sera franchement moderne. Il faut en art, 
comme dans toute notre conduite, de la sincérité. N'essayons pas de tromper nos successeurs, 
en leur faisant croire que nous leur laissons un édifice ancien intact. Disons-nous bien quand 
nous retaillons des moulures du XII® siècle, sculptons des chapitaux du XIII® siècle, faisons 
refleurir la flore décorative du XIV® siècle, modelons des statuettes du XV®, retapissons les 



— 74 



murailles de nos églises, de nos hôtels de villes, de nos burgs des fresques naïves du moyen- 
âge, que nous sommes frappés d'une impuissance fatale. Nous ne retrouvons pas les mêmes maté- 
riaux, nous n'employons plus les mêmes outils, nous exécutons avec une autre organisation du 
travail, nous vivons dans un autre milieu social. La tradition a été interrompue, et ceux qui 
ont cherché à la renouer ne sont plus animés du même esprit que les maîtres d'oeuvres. — 
Notre travail manquera fatalement d'invention, de liberté, de spontanéité et sera l'imitation d'un 
art que nous n'avons ni inventé, ni reçu de nos prédécesseurs. La restauration ne sera qu'un 
produit scientifique et non un poème de pierre. S'agit-il de monuments restaurés ou complétés 
autrefois en un autre style que celui de la première conception, nous touchons à un problème 
excessivement délicat. Il ne comporte pas une solution absolue, car il faut distinguer entre 
différents cas. 

On peut se trouver en présence d'un monument qui, lors de son achèvement, présentait 
une unité absolue de style, tels le Parthénon, les temples de Paestum, de Sélinonte, d'Agrigente, 
de Ségeste. Le cas est plus rare pour les édifices romains, et il devient une exception pour les 
grandes églises du moyen-âge ; leur vaste plan exigeait des siècles de travail. Ce ne sont que les 
petites églises de campagne auxquelles leur rapide achèvement a permis de réaliser l'unité de style. 

Il en résulte que la plupart de nos églises, de nos hôtels de ville, de nos palais racontent 
leur propre histoire par les styles des époques qui ont collaboré à leur construction. Vouloir 
ramener de tels édifices à une unité de style qu'ils n'ont jamais possédée, est donc un manque 
de sincérité, la falsification d'un document historique. 

Le cas" est différent quand des additions postérieures à l'achèvement du monument en ont 
dénaturé le style primitif. L'appréciation de la conduite à tenir devient très délicate. L'artiste 
sera tiraillé entre deux désirs antinohiiques : D'une part la tentation de dégager l'église de la 
gangue qui enveloppe ses piliers, ses arcs, obstrue ses fenestrages gothiques, sera bien foite» 
d'autre part se résignera- 1- il à sacrifier d'élégantes additions de la Renaissance? 

Quand on se trouve en présence de ce difficile problème, on doit peser avec soin la valeur 
historique, archéologique et esthétique des éléments en présence. Si nous nous décidons à faire 
reparaître la construction primitive, procédons à ce dépouillement avec la plus grande prudence, 
en nous méfiant de notre goût contemporain qui ne sera plus celui de demain. 

Mais il est arrivé souvent que ces remaniements postérieurs ont si complètement modifié 
les proportions et l'architecture d'une église, qu'on ne peut la ramener à son état primitif. Tel 
est le cas du Tempio Malestiano de Rimini, qui enveloppe complètement la construction du 
XIII® siècle, et celui de la cathédrale de Winchester, dont les piliers romans ne sauraient plus 
être dégagés des faisceaux de colonettes gothiques qui les entourent. Plus d'hésitation alors, 
respectons cet avatar du monument. 

L'édifice a-t-il suivi dans sa lente construction les évolutions des styles, plus de doute non 
plus. Ce serait folie de vouloir corriger le passé. Le monument raconte ses vicissitudes ; le 
torturer pour le ramener, par une orthopédie architecturale, à une unité factice serait lui imposer 
le silence. Contentons-nous de retarder sa ruine par des soins pieux, mais n'exagérons pas 
notre intervention. Gardons-nous de substituer notre science à l'inspiration artistique de nos 
pères et de parer d'une fausse jeunesse de vieilles pierres. Persuadons-nous bien que nous 
sommes réduits à l'impuissance quand nous voulons retailler des moulures ébréchées, sculpter 
des statues, peindre des fresques en un autre style que celui de notre époque. 

Prétendre qu'un artiste, même après un entraînement spécial, conforme son sentiment 
intime, sa manière d'interpréter la nature, de sentir le beau, d'exprimer sa foi à celle d'un vieux 
maître, c'est méconnaître les sources de l'inspiration, placer la cause après l'effet. La foi de 
Flandrin a pu être aussi sincère que celle de Mantegna, mais quelle différence dans la manière 
dont ils l'ont exprimée dans leurs œuvres! — Condamnons donc, sans rémission, les peinturages 
préraphaélites, dont l'école néo-catholique prétend souiller nos églises. 



— 75 — 



Aux monuments inachevés qui demandent à être complétés pour répondre aux exigences 
de leur destination, on peut appliquer la même règle qu'aux monuments détériorés pour lesquels 
il ne reste ni documents, ni .fragments. Il faut alors adopter franchement un style moderne, 
mais en l'harmonisant avec goût aux parties anciennes. 

Si une catastrophe détruit un édifice faisant partie d'un ensemble décoratif vivant (tel 
récroulement du Campanile de Venise), il faut le reconstruire pour conserver le tableau séculaire 
de Venise dont l'image pittoresque est la synthèse de son histoire. 



Il est difficile quand on s'occupe des monuments morts d'en parler après Ruskin. On ne 
peut que citer ses paroles ; l'illustre esthète anglais nous dénie le droit de toucher aux monuments 
du passé: 

«Ils ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent en partie à ceux qui les bâtirent, en 
partie à toutes les générations de l'humanité qui nous suivront M. Les morts ont gardé des 
droits sur eux; ils découlent de leurs sacrifices pour les édifier, du mérite de leur achèvement 
ou de l'expression de leur sentiment religieux ou de n'importe quelle pensée qu'ils ont entendu 
y imprimer pour toujours et que nous n'avons pas le droit d'en effacer. » ^) 

Seulement il faut se borner à exécuter des travaux qui retardent la destruction totale et 
figent le monument dans l'état où on Ta trouvé. Voici comment Ruskin traite la question de la 
restauration. « Il est impossible, dit-il, aussi impossible que de ressusciter un mort, de restaurer 
quoi que ce soit qui a été beau et grand en architecture. Cet esprit qui est la vie du tout, cet 
esprit donné par la main et l'œil de l'ouvrier ne peut jamais être rappelé. Un autre esprit peut 
y être incorporé, donné par un autre temps, et c'est alors une nouvelle construction, mais 
l'esprit de l'ouvrier mort ne peut être évoqué pour lui ordonner de diriger d'autres mains et 
d'autres pensées. 

« Quant à copier directement et simplement, cela est, de soi, impossible. Quelle copie peut- 
on faire de surfaces qui ont été usées d'un demi-pouce? 

«Tout le fini de l'ouvrage consistait dans ce demi-pouce! Si vous tentez de restaurer ce 
demi-pouce, vous le ferez conjecturalernent. Si vous copiez d'après ce qui a été préservé, en 
admettant que la fidélité soit possible (et quels soins, quelle vigilance, quelle dépense pour l'ob- 
tenir !), en quoi le nouveau travail sera-t-il meilleur que l'ancien ? Il y avait encore dans l'ancien 
un peu de vie, quelque mystérieuse suggestion de son passé et de ce qu'il avait perdu, une 
certaine douceur dans les gracieuses lignes que le soleil et la pluie avaient rongées. Il ne peut 
y en avoir dans la sécheresse brute de la nouvelle sculpture. » ^) 

Peut-on relever les parties tombées, remettre en place les fragments qui gisent au pied 
d'un monument antique? M. L. Cloquet fait à ce propos une remarque préliminaire, en s'ap- 
puyant sur l'autorité de M. Ange Lassus, pour signaler que ces sortes de restaurations sont 
beaucoup moins dangereuses pour les constructions de blocs soigneusement appareillés et en 
maçonnerie d'assemblage des Grecs, que pour les maçonneries concrètes des Romains et pour 
les bâtisses du Moyen-âge dont l'appareil extérieur se relie souvent dans un blocage irrégulier. 
Le redressement des fragments précipités est donc beaucoup plus délicat pour les monuments 
de cette dernière époque et moins à conseiller. 

Faut-il démolir les constructions anciennes ou modernes accolées en parasites à des ruines? 

Nous abordons encore ici une matière à conflit d'opinions où le point de vue pittoresque 
peut être en désaccord avec le point de vue archéologique. 

1) Victor Hugo avait déjà dit en 1832: «Nous devons tenir compte du passé à Tavenir. Posteri, posteri^ 
vestra res agitur». {Guerre aux démolisseurs/ 1825 — 1832.) 

2) John Ruskin, The scven Lamps of Architecture, Londres, 1849, chap. VI, The Lamp of Memory, chaq. XX. 
8) John Ruskin, op, cit., chap. VI, XVIII. 



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Poètes et artistes, archéologues et architectes se divisèrent souvent en deux cohortes 
ennemies sur la question de la démolition ou de la conservation de ces sortes d'additions. 

Il est cependant des cas où la solution semble avoir rencontré un assentiment unanime: 

On a bien fait de déblayer les temples égyptiens des informes masures en limon des 
fellahs; de démolir les maisons qui dissimulaient le château des comtes àGand; de débarrasser 
l'Acropole d'Athènes des tours franques, des corps de garde vénitiens, des chapelles byzantines, 
des minarets turcs qui encombraient le Parihénon, l'Erechtheion et les Propylées. 

Une raison péremptoire imposait ce déblaiement à l'Acropole. Ces additions parasites 
avaient été construites avec des fragments arrachés aux monuments grecs, et l'on y a retrouvé 
d'exquises statues archaïques, de pures sculptures décoratives, de précieuses inscriptions d'une 
haute valeur historique. 

Mais dans les pays du Nord, les choses ne se présentent pas toujours d'une façon aussi 
simple et aussi évidente, et l'on peut souvent hésiter à sacrifier une annexe pittoresque à une 
vieille église, à un burg ruiné, à une porte désaffectée. 

L'inconvénient de ces démolitions est d'entraîner fatalement à des restaurations : il faudra 
rempiéter une muraille, reconstruire une échauguette, regarnir un mur de crenaux et l'on s'ex- 
pose à tous les dangers des restaurations, inutiles pour les savants, décevantes pour les igno- 
rants, après avoir sacrifié l'aspect pittoresque de la ruine. 

Comme conclusion à notre rapide étude, nous dirons donc: entretenons avec soin nos monu- 
ments vivants, afin que nos descendants n'aient pas à les restaurer, bornons-nous à empêcher 
leur ruine. Conservons précieusement nos monuments morts, sans son^ier à les compléter par 
des pastiches sans valeur 

Les monuments, les tableaux, les statues, les livres, les traditions, les légendes, les chants, 
la musique, la poésie, le théâtre, sont les accumulateurs qui emmagasinent ce que l'âme des 
peuples a conçu de plus beau, de meilleur, de plus profond au cours des temps, et, de ces 
énergies concentrées, jaillit l'étincelle qui donne un élan nouveau aux aspirations de la nation. 

Ce sont bien les ancêtres qui ont produit les floraisons artistiques et les ont incorporées 
dans les œuvi-es de leur imagination. Mais celles-ci, à leur tour, exercent un effet réflexe sur 
la civilisation de leur postérité. 

Tel un accumulateur, apiès avoir été chargé par une dynamo; pourra lui restituer la force 
reçue et la remettre en mouvemenL 

Conservons donc avec un soin pieux ces legs précieux, ces trésors pénétrés de la quint- 
essence de l'âme de notre race et de l'esprit de notre nation. 






DIE 
ERHALTUNG VON WERKEN DER BILDENDEN KUNST") 



Exz. GEiF WILCZEK 

DES OESELLSCBIPT OBTEBBEICQISCaRR 1 



Zur Zeit, als im klassischen Altertum jene spâter unerreichten, formvollendeten Kunstwerke 
geschaflen wurden, welche die nachfolgenden Jahrhunderte bis auf unsere Tage mit staunender 
Bewunderung erfullten, standen die Kiinstler in den Reihen der FQhrer des Volkes. Mit ihrem 
feinsinnigen SchonheitsgerOhl , mit ihrer Begeisterung fiir das Edle und Erhabene, mit ihrer 
kiihnen Schaffensfreude hoben sie ihre MîtbQrger auf eine Stufe der Zivilisation , welche sie 
befatiigte, mit teilnehmendem Verstandnisse die Sciionheit der geschaffenen Werke zu geniessen. 

Mit diesem Drangen nach vorwàrts und dem Streben nach den hochsten Zielen ging jedoch 
eine Missachtung altérer Kunstwerke Hand in Hand. Eine Sorge, solche zu erhalten, fiel nie- 
mandem bei, im Gegenteil trug man kein Bedenken, sie zu zerstôren. Eine Kommission zur 
Ertiattung der Kunst- und hislorischen Denkmale halte damais einen schweren Stand gehabt 
und wâre oftmals in die unangenehme Lage gekommen, einem Mann, wie Perikles, der so 
vieles zerstoren liess, scharfe Rugen erteilen zu miissen. 

Konserviert wurde damais nur in den Tempeln, HeilîgtUmem und wenîgen Sammlungen. 

Nicht anders stand es im spàteren Altertum, als die Kunst im Volksleben nur eine unter- 
geordnete Rolle spielte; nicht anders im Mittelalter, zur Zeit, als noch Unverstandnis ffir die 
alten Stile und die daraus entstehende Intoleranz des neuen Stiles gegeniiber dem âlteren herrschte, 
seibst wenn er aus diesem hervorgegangen war. 

Fremd ist dieser Zeit ein Beachten, ein Betrachten, ein Studium altérer Kunstdenkmaler, 
und nur selten kommen Beispiele eines retrospektiven Interesses vor. Jedoch haben sie auch 
damais nicht ganz gefehit. 

Ich besitze einen sehr schônen steinernen Brunnenring mit feinem byzantinischem 
Omament. Er stammt aus Venedig und ich fand ihn auf dei" venezianischen Terraferma in 
Oderzo. Der Archaologe Graf Cataneo kannte ihn wohl. Er entzifferte die darauf stehende 



n die Gesellschafl Oslerreichischer Kunslfreunde, gehaltcn zu Wien i 



Inschrift, welcher zii entnehmén ist, dass ein Graf HoTologio, ein Mann, welcher ofifenbar von 
grosser Vorliebe fQr den Archaismus beseelt war, dièse Vera di pozzo im Jahre 1467 genau 
nach einem Originale, das von byzantinischen Arbeitem zvvischen 1000 und 1050 in Venedig 
gemacht worden war, herstellen liess. 

Wie gesagt, war im allgemeinen das Interesse und das Verstândnis fur die altère Kunst, 
mit wenig Ausnahmen, sehr gering. Erst als das rege Geistesleben der Renaissance aile Herzen 
erwârmte und die Verehrung der Antike als Idéal der Kunst lehrte, trat eine Wendung zum 
besseren ein. Die kunstsinnigen Mâcene jener Zeit beschrânkten sich aber nicht darauf, Palâste 
zu batien und mit plastischen Werken und Gemàlden zu schmiicken — also Neues zu schafiFen 
— sie waren auch eifrige Sammler antikèr Kunstwerke, Konservatoren und, was die Plastiken 
und Statuen anbelangt, vielleicht etwas weitgehende Restauratoren, w^enn sie auch mitunter die 
grôssten Kunstler ihrer Zeit zu diesen Arbeiten heranzogen. Architektonische Denkmâler altérer 
Zeit jedoch, insbesondere die gotischen, damais gleichbedeutend mit barbarischen, iiberliess man 
dem Verfalle oder erhielt sie nur, wenn man sie benutzte, mit deteriorierenden An- und 
Umbauten. 

Wunderlich beruhrt die bizarre Liebhaberei der falschen antiken Bauten, welche im 
XVIII. Jahrhundert entstand und zu Beginn des XIX. von der Romantik verdràngt wurde, die 
gotische, seltener romanische Bauwerke, insbesondere Burgen, Rittersàle und Kapellen, ent- 
stehen liess. 

Nun kam sozusagen die tote Zeit, eine Reihe von Jahren, in welchen sich neben dem 
Mangel an Verstândnis auch kein wie immer geartetes Streben kundgab. 

Im ersten Drittel des vorigen Jahrhunderts erstanden einige Architekten, welche der alten 
Gotik ein tieferes Studium zuwandten, spàter auch manches Gute leisteten, Schuler bildeten 
und Nachahmer fanden, obwohl die akademischen Baubehôrden die Gotik auf den Index 
gesetzt hatten. 

Im allgemeinen wurde aber noch lange Zeit unverstandene Gotik getrieben. Insbesondere 
war dies der Fall, als die neuen Meister und Liebhaber dièses Stiles durch Restaurierungen den 
Kirchen, Profan- und Wehrbauten unersetzlichen Schaden brachten. 

Bilder wurden ziemlich zu allen Zeiten zutode restauriert; die Baudenkmale kamen, wie 
gesagt, eigentlich erst damais daran und seitdem wurde und wird ruhrig darauf los restauriert, 
in willkiirlichen Gebilden ungezùgelter Phantasie. 



Zweifellos hat jeder, der ein Kunst werk oder gar ein historisches Denkmal schafft oder 
schaffen lâsst, den Wunsch, dass dasselbe der Nachwelt erhalten bleibe. Resultiert schon daraus 
fur die Nachkommen die moralische Verpflichtung, aile Sorgfalt anzuwenden, die Kunstdenkmàler 
vor Schaden zu bewahren und; sie môglichst unversehrt zu erhalten, so ist die intakte Konser- 
vierung derselben ausserdem ein kategorisches Gebot der Wissenschaft. Nur der unversehrte 
Zustand eines Kunstwerkes bietet dem Kunsthistoriker die Môglichkeit einer sicheren Beurteilung. 
Hierûber sind aile unbefangen Denkenden einig. Dies ist auch meine Ansicht uber die Pfiicht 
der Konservierung. 

Wenn aber ein Kunstdenkmal durch einen unglucklichen Zufall, durch willkurliche Zer- 
stôrung odef den Zahn der Zeit schadhaft wird, darf man es ausbessem, ergànzen, restaurieren ? 
Dariiber gehen die Meinungen auseinander. 

In unseren Tagen hat sich die Erkenntnis Bahn gebrochen, dass, da der allmàhliche Ver- 
fall eines Kunstdenkmals eine Naturnotwendigkeit ist und das verfallende Kunstdenkmal nur in 
diesem Zustande aile Merkmale historischer Wahrheit besitzt, auch jede restaurierende Tâtigkeit 
an demselben unstatthaft ist. Dièse Erkenntnis und ihre Schlussfolgerung ist im Prinzipe voll- 



— 81 — 



11 



kommen richtig — und auch leicht durchfuhrbar. Man tut einfach gar nichts und betrachtet 
das herrliche, unberûhrte Bauwerk mit stillem Entzucken, bis es einstiirzt. Bedauerlich wird 
die Betrachtung gestôrt, wenn der Zusammensturz den platonischen Bewunderer erschiâgt oder, 
um dergleichen zu verhindern, ein Aufgebot von Warnungstafeln und Schutzleuten die Gegend 
verunziert. 

Auch ich huldige dem richtigen Grundsatze der Nichtrestaurierung, kann aber den (iber- 
eifrigen Vertretern dieser Théorie, welche dieselbe als ein ausschliessliches, aliein gùltiges Dogma 
hinstelien, nicht bis zu den letzten Konsequenzen uneingeschrànkt folgen. 

Wenn die leidenschaftlichen Fùhrer der absoluten Antirestaurierungsrichtung bei ihrer letzten 
Konsequenz einer starren Théorie, bei der paradoxen Thèse angelangt sind: „Eher soll der ganze 
Bau einsturzen, als dass ein neuer Stein hinzugefiigt werde" — und dieser Ausspruch Hess sich 
schon wiederholt vemehmen — dann kann man nicht mehr mittun. 

Ich glaube nicht, dass dièse Verfechter einer extremen Richtung eine wârmere Verehrung 
und Liebe fiir das Alte und dessen unberiihrte Konservierung haben, als ich sie besitze. Ich 
weiss ebenso wie sie, dass das Alter den Reiz der Werke erhôht, dass kein Kunstgegenstarid 
in neuem Zustande den Zauber entfaltet, den ihm das Alter verleiht, ich weiss, dass der Zahn 
der Zeit, der ihn beriihrt, der grôsste unbewusste Kiinstler ist — aber doch nur so lange, als 
er nicht vernichtet, und halte es deshalb fur unsere Aufgabe, seinen Einfluss, sobald er Schaden 
bringt, zu mildem und die Vernichtung, welche schliesslich doch eintreten muss, so. lange als 
môglich zu verhiiten. Gleichwie wir einen kranken oder verwundeten Menschen nicht hilflos 
hinsiechen lassen durfen, ebenso soUen wir auch ein krankes oder verwundetes Kunstdenkmal 
nicht tatenlos dem zerslôrenden Walten der Natur preisgeben. Wir haben nicht nur die Ver- 
pflichtung, die Erbschaft der alten Kunstdenkmâler, wie sie unsere Génération (ibernommen hat, 
der Nachwelt zu ubermitteln, sondern wir haben auch die Verpflichtung , im Verfall begriffene 
Objekte durch werktàtiges Eingreifen vor dem drohenden Untergange zu schùtzen. 

Dass ich mit dieser Ansicht nicht vereinzelt stehe, zeigen die vielen stiirmischen Kund- 
gebungen, welche gelegentlich der beabsichtigten teilweisen Rekonstruktion der Heidelberger 
Ruinen wachgerufen wurden. Man perhorresziert mit Recht jede unnôtige Rekonstruktion, aber 
niemand kann den Gedanken fassen, dass dièses vielbesungene Schônheitsjuwel des Neckartales 
plôtzlich vor unseren Augen verschwinden soll, und das Verlangen ist ein allgemeines, die besten 
Kiinstler zu berufen und mit der Aufgabe zu betrauen, unter môglichster Schonung des vor- 
handenen, durch geschickte Anwendung der reichen Hilfsmittel der heutigen Technik, dem bevor- 
stehenden Zusammensturze vorzubeugen. 

Die Durchfiihrung von Restaurierungen kann gar nicht zuriickgewiesen werden bei Kunst- 
denkmalen, welche noch im Gebrauche stehen, wie Kirchen, bewohnte Klôster, Palâste, Schlôsser 
und Burgen. 

Bei diesen notwendigen Restaurierungen das richtige Mass zu halten, ist eine der schwie- 
rigsten Aufgaben, welche an das Verstandnis, die Gewissenhaftigkeit und Geschicklichkeit die 
hochsten Anspriiche stellt. 



Der Kiinstler hat vor allem mit der grossten Gewissenhaftigkeit die gesunden Bauteile mit 
dem Reize der alten Patina zu schonen. Er darf nicht einmal die Spuren der Handarbeit mit 
Hammer, Kelle und Meissel, welche gleichsam die Signatur der alten Bau- und Werkgesellen 
und ihrer guten Tradition zeigen, verwischen. Da darf nichts gescheuert, verputzt und ge- 
tiincht werden. 

Mit grôsster Pietat ist die alte Farbe zu respektieren. Zu den verletzendsten Er- 
scheinungen gehôren die grellen, schreienden Wiederherstellungen der alten Polychromien 
und Fresken der romanischen und gotischen Zeit, welche man sich mit der Molivierung 



- 82 — 



erlaubte, dass die Figuren und Ornamente, mathematisch genau kopiert seien, und dass sich 
die Alten eben dieser.Farben, welche chemisch untersucht wurden, bedienten. Dièse Geschmack- 
losigkeit ist ein àsthetischer Fehier, der uns den Kunstgenuss vergâllt. Man vergisst, dass wir 
gewohnt sind, das Junge jung, das Alte ait zu sehen, und dass der Jugendschmuck die Schôn- 
heit, der Altersschmuck die Ehrvvûrdigkeit ist. Wollen wir eine alte Kirche in ihrer Ehrwiirdig- 
keit erhalten, so durfen wir ihr nichl die Wiirde des Alters rauben. Die Verânderung, welche 
die Farbe im Laufe der Zeit erlitt, birgt eine Milderung der Kontraste in sich, einen ver- 
klàrenden, harmonischen Zauber, der viel hôher steht als die Frische der neuen Farbe, deren 
Anwendung ebenso abstossend wirkt, als wenn sich ein Greis rote Wangen und Lippen und 
schvVarze Augenbrauen malt, 

Der restaurierende Kiinstler wird auch einer anderen Versuchung widerstehen miissen, zu 
welcher das theoretische Verstandnis der Stile verfuhrt : es ist das Streben nach Purismus. Wir 
haben es erlebt, dass man, um einen Bau in seinen Urzustand zuruckzuversetzen, aile spàteren, 
oft herrlichen Zubauten und Ausschmiickungen erbarmungslos hinwegschaffte und nicht selten 
herz- und geistlose moderne Erfindungen, welche stilgerecht sein soUten, an ihre Stelle setzte. 

Es ist ein in die Augen springendes Unrecht, dass man historische Zeugnisse der An- 
schauungen und kiinstlerischen Bestrebungen unserer Vorfahren beseitigte, zumal, wenn sie schon 
die Weihe von Jahrhunderten erhalten hatten. Der gelàuterte Sinn, der verfeinerte Geschmack 
der neueren Archàologen und Architekten brachte uns die Erkenntnis, dass der Obergang eines 
Stiles in einen andern wohlbegrundete Kombinationen bringt, welche oft die harmonische 
Wirkung eines Bauwerkes noch steigern und die Schônheit der Linien, Formen und der Dimen- 
sionsverhâltnisse zu einander in ein helleres Licht setzen. Zuweilen sind solche Verbindungen 
geradezu bewundernswert durch die géniale Art, mit welcher schwierige Problème gelôst wurden. 
Ich erinnere beispielsweise an die hôchst merkwiirdige und sympathische Restaurierung, welche 
im Stile des XVIII. Jahrhunderts als Ersatz des Kuppelabschlusses am romanischen Dôme zu 
Mainz vorgenommen wurde. 

Am allerwenigsten aber darf sich ein restaurierender Kunstler an einem Bauwerke so weit 
vergreifen, dass er dessen Gefiige fàlschl, wie in folgendem Falle, welchen ich als kaum zu 
glaubendes Exempel anfùhre: Auf dem Stammschlosse Tirol wurden erst vor 20 oder 30 Jahren, 
nebst anderen bedauernswerten Ânderungen, im Wohnhause romanische Doppelbogenfenster mit 
ihren Sâulchen vermauert, und an anderer Stelle neue durch die màchtige alte Mauer gebrochen 
und so eine kiinstliche symmetrische Verteilung erzwungen. 

Was der Restaurator entfemen darf und muss, das sind jene schadhaften Bauteile, welche 
ihrem Zwecke nicht mehr genîigen, wie verfaultes Holz, verwitterte, geborstene Steine, unbe- 
friedigende Ausbessemngen, gar wenn sie schon selbst wieder der Ausbesserung bediirfen. 

So ist es meirie Oberzeugung, dass die Anregung, das Riesentor des St. Stephansdomes 
freizulegen, voile Berechtigung hatte. Nicht darum handelte es sich, den aus irgend einem 
Grunde vor das altère Portai gestellten einfachen gotischen Torbogen zu entfernen, um etwas 
Neues an dessen Stelle zu setzen. Es handelte sich darum, die Gelegenheit, dass dieser Vorbau 
schadhaft geworden war, zu beniitzen, um das schônere, altère und einzige romanische Portai 
Wiens mit seiner bedeutenden alten Oberflache und seinem grôsstenteils erhaltenen herrlichen 
architektonischen Schmuck freizulegen. Das wàre mit wenig Arbeit und wenig neuem Stein 
leicht zu bewerkstelligen gewesen. Die Gegner der Freilegung behaupten zwar, dass das 
romanische Portai nie ganz zur Ausfiihrung kam. Doch ist es eine Tatsache, dass es von 
seiner Basis bis zum Bogenschluss und dem Rundbogenfries einst bestanden hat und eine 
wunderbare Zierde der Stephanskirche bildete, was man von dem jetzigen schlichten, derben 
gotischen Spitzbogen nicht gerade sagen kann. Wird jemand bei einem ererbten Gemàlde, 
von welchem die Familientradition berichtet, dass es von einem beriihmten Kunstler gemalt sei, 
die plôtzlich schadhaft gewordene abspringende Obermalung, welche die urspriingliche Darstellung 



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verdeckte, wiederherstellen woUen? Gewiss nicht! Er wird die Ubermalung entfernen und das 
altère, wertvollere Gemâlde wiederherzustellen suchen. Ebenso hâtte man mit der Umhûilung 
des romanischen Portales am Stephansdome verfahren solien. Aber die Wurfel sind gefalien. 
Nach erbittertem Kampfe der Theoretiker, an welciiem sogar die Vertreter der Wiener Sezession 
fiihrenden Anteil nahmen, blieb es mit dem Riesentore beim Alten — leider nicht beim Àlteren. 
Hoffentlich benûtzt die Zukunft eine sich abermals bietende Gelegenheit besser. 

Selbstverstàndlich muss der Restaurator die als gânzlich unbrauchbar entfernten Bauteile, 
soweit sie zur Festigkeit des Baues notwendig sind, durch neue ersetzen. 

Ein Wort, welches die Fûhrer der absoluten Antirestaurierungsrichtung besonders gerne 
im Munde fuhren, ist: „Jeder neue Stein, der in eine alte Mauer kommt, ist eine Ltige." Wenn 
sie wenigstens sagen wiirden: „eine Notlûge", insoferne ja der Stein zur Erhaltung der Mauer 
nôtig ist. Das gefliigelte Wort scheint mir aber weniger aus dem Enthusiasmus fur historische 
Wahrheit entstanden zu sein als aus dem berechtigten Unwillen, den der Anblick eines neuen 
Steines in einer alten Mauer verursacht. Er verletzt unser àsthetisches Gefiihl. 



In der neuesten Zeit kamen umfangreiche Rekonstruktionen zur Ausfuhrung, welche in 
keinem Motive der Notwendigkeit wurzeln, also als ungerechtfertigt zu verwerfen vvàren. 

So erfolgte die Wiederaufrichtung der Hoh-Kônigsburg. Man vvoUte durch dieselbe einen 
grossen Staatsgedanken zum Ausdrucke bringen. Es ist zu bedauern, dass hierbei viel wert- 
volles Material verschwendet wurde. Der Restaurierung , gut oder schlecht, fallen dort ausge- 
zeichnete Détails mittelalterlichen Wehrbaues zum Opfer. 

Ein tîichtiger Meister restaurierte die Marienburg zu dem Zwecke, dem alten Ordensiande 
seine màchtige Burg wiederzugeben. Der neue Backsteinbau nimmt nur sehr langsam Patina an. 

Ein gleicher patriotischer Gedanke liegt der Restaurierung des Schlosses Tirol zugrunde. 

Schliesslich sei mir noch gestattet, auch Kreuzenstein mit einem Worte zu beriihren. Ich 
fiihle, dass manche von Ihnen tinden werden, ich habe von drei Restaurierungssùnden gesprochen 
und die meine sei die vierte. Doch liegt die Sache etwas anders. Ich konnte mit dem besten 
Willen oder der schlechtesten Intention am Hùgel von Kreuzenstein keine Sùnde begehen. Ich 
konnte dort nichts restaurieren, geschweige denn verderben, denn es war keine Burg zur Stelle, 
sondern nur mehr ein Steinhaufen. Es konnte meine Phantasie ziigellos und doch straflos 
walten. Das sind die «circonstances atténuantes», von welchen ich André Hallays bei Gelegen- 
heit eines seiner ausgezeichneten Vortrâge in Wien sprach, und so ist die aus Stein, kiinstlicher 
Patina und altem Gérât zusammengetiigte Nachahmung einer mittelalterlichen Burg aus einem 
Schuttkegel ohne Sùnde entstanden. 



Wenn ich mir erlaubte, ein so grosses und weitausgreifendes aktuelles Thema in 
so gedràngter Kiirze zu behandeln, leitete mich hierbei die alleinige Absicht, meinen per- 
sônlichen Standpunkt in den Restaurierungsfragen zu bekennen. Meine Oberzeugung dràngt 
mich zur Warnung, an sich richtige Prinzipien bei der Anwendung auf konkrete Falle ruck- 
sichtslos durchzufuhren , und schliesse ich demnach mit der Bitte an die Gleichgesinnten, 
namentlich in den Reihen der ausiibenden Kiinstler, welche berufen sind, das Alte zu erhalten, 
unbeirrt durch die leidenschaftlich gefuhrlen theoretischen Debatten, in der Praxis jene Wege 
zu vvandeln, welche der klare Zweck und der gute Geschmack vorschreiben. 



— 84 



l'flanzbudgassc 26 

SCHLECHTE RESTAURATION VON GUTEN FACHVVERK- 
BAUTEN IM ALTEN STRASSBURG 

VON 

TH. BERST, ARCH. 

Kaum eine Stadt Siid-Deutschlands ist an Fachwerkbauten aus dem XVI. - XVIII. Jahr- 

hundert so reich , selten eine an Verstândnis ihres Reichtums so arm , iiberhaupt keine in der 

Zerstorung und VerstCimmelung ilirer eigenen Reize so blindwQtend wie unser liebes Strassburg. 

In einem lieben GesichI liest man gern, und sei es noch so ait. Jede Furche, jede 

Runzel wird lieb, weil sie zur Geschichte des lieben Lebens gehciit. Aber wie sieht die alte Argentina 

aus! Dass sie manchmal einen dichten Schleier Uber sich geworfen hat, darin ist nichts bekla- 

gensweites und steht alten Damen. Aber dass sie , . die auch im Alter noch schone und gute 

Tage hat, wo sie in ihrem steifen Seldenkleid wùrdig reprasentieren konnte. aus der guten 

Gesellschaft verbannt, in Graukittel und Arbeiterbluse gesteckt, zurUckgesetzt unJ herabgewurdigt, 

verleugnet vviid, das ist iiberaus betrubend. Und wenn man vollends ihr ehrwurdiges, falten- 

reiches Anllilz mit Mortel imd Gyps vvieder ausfiillt, den trauten Gesichtszîigen neueste, 

schlechteste Schminke auftràgt, eine Matrone zur Kokette maskariert: das ist schon empôrend! 

Versteht meinen Zom. Bei genauerem Zusehen findet man, dass fast die Hàlfte aller alten 

Hauser in Holz konstruiert ist. Doch nur sehr wenige zeigen ihre schonen Holzfoimen; fast 

aile sind verputzt. Gegen Mitte des XIX. Jahrhunderts begann die Zeit der architektonischen 

PrQderie. Die Hausbesitzer schâmten sich, in den Hausern ihrer Vâter, in denen sie gross 

geworden, die aber — leider! ach! — schone, 

charakteristische Holzkonstruktion hatten, femer zu 

wohnen. AIso abhelfen oder dazu tun! Die âusseren 

Flàchen schon mit Mortel, die inneren schôn mit 

Gyps verstrichen. So. Es sieht schon besser aus. 

Wo aber reiche Hoizdecken, profilierte Wandbalken 

und geschnitzte Pfosten (Els. Muséum, Nikolaus- 

sladen 23) sich wehrten gegen Nivellierung, Unver- 

stand und Barbarei, da gahs, grûndlicher zu ver- 

fahren. Das Holzwerk mit der Axt abgespitzt, 

mit breitkôpfigen Nàgein beschiagen und mit Draht 

P'K-s ,, ^ KiK- 2ii aberzogen, dass der Putz hait. So. Jetzt sieht es 

Kafergasse lU " ' 



Kurei^asse 23 



bald gut ftus. Freilich, ârgerlich wars, 
dass da einige geschnitzte Fensterum- 
rahmungen sich durch ihr weites Aus- 
laden der „neuen " Kultur entzogen. 
Dièses musste hait geduldet werden. 
Euch verzeih ich, euch grausam 
konsequenten , geistigen Kindem der 
grossen Révolution, aber euch nicht, euch 
von heute, an die der Zug der Zeit 
nach Altem auch herangekommen ist, die 
aufhôil. Doch was tut das auch? -Elsassische 



ihr aber nicht wisst, wo er anfangt, wo 
Fachwerkhàuser ?" 

Hier das Recept: 

1 . Man malt auf den vorhandenen Putz Holzbalken in schoner chokoladebrauner Ôlfarbe. 

2. Man pulzt Hàuser, die bis jetzt das alte Fachvveik zeigten unbarmherzig zu und malt 
dann die Hoizarchitektur auf den Putz. 

3. Man nageit sogar auf das alte Holz ganz willkûrlich gleichbreite (12 cm) Bretter. 



Pcrlcelmarkt S 



Dabei bedenkt man nicht, dass gerade dadurch, dass die Hoizer je nach der Beanspruchung 
stârker oder schwâcher sein mUssen, die alten Hâuser ihr vomehmes und stabiles Aussehen 
erhalten. Intéressant ist zu beobachten, wie die verschiedenen Schreiner- und Malermeister 
ihre Aufgaben gelost haben. Man sieht da die schwierigsten Konstruktionen aufgemalt und 
genageit, die nicht nur in Holz kaum ausfuhit)ar wâren, sondern oft auch einen Einsturz des 
Hauses zur Folge haben wQrden. Ein sehr trauriges Zeichen fur den Standunseres Handwerkes, 
wenn man sieht, dass ailes konstruktive Nachdenken und Gefuhl verloren gegangen ist. 

An der Hand einiger Bauten lassen sich durch zeichnerische, vergleichende Darstellung 
der richtigen vorhandenen Konstruktionen und des aufgemalten bezw. aufgenagelten Holzes 
(Beispiele und Gegenbeispiele) die gemachten Fehler leicht verfolgen. 

In der Pflanzbadgasse Ni-. 26 ist ein gutes altes Fachwerkhâuschen ; das nicht vorstehende 

■ - - - - ^ , Holzwerk wurde ôfter in einem 

'■ *-S?''>C-wS^- Ton mit den Wandllàchen iiber- 

strichen und erst neuerdings mit 
der beliebten braunen ôlfarbe wie- 
der aufgemalt. P"ig. 1 zeigt die Be- 
malung, Fig. la das darunter vor- 
handene Fachwerk. Die kleinen 
Biige (Kopfbànder) oben a sind 
ganz weggelassen ; besonders die 
tj»_-^^^^^^^^ langen Ohren der grossen und der 

- -Zijmm' ^3ÊIÊ kleinen Streben b sind zu beachten. 

Fig. 5 Fig. 5a Fig. gb ^m solch eine Form herzustellen 

Ferkelmarkt 8 w'âve ein StUck Holz voo min- 





destens 26 cm Breite erforderlich gewesen; ûbrigens wurden die 
Zipfelgleich beim Ausschneiden abbrechen. AmHauseKufergasselO 
wâchst ein geschnitzter Eckpfosten direkt aus dem Mauerwerk 
(Fig. 2), ebenso die Fensterpfosten. Dass das unschon aussieht 
und auch in Wirklichkeit auf die Dauer nicht halten k5nnte, ist 
klar. Unter dem Putz sitzl natUrlich das konstruktive Holzwerk 
(Fig. 2 a), wie sonst noch haufig genug. (Stefansplan, Bruder- 
hofgasse, Kramergasse, Kinderspielgasse u. s. w.) Das Haus in 

der Kûfergasse Nr. 23 „zur dicken Marie' ist eines der besten Strassburgs - gewesen und wâre 
es noch, wenn nicht auch die unverstandene Anstreicherei den Wert desselben herabgesetzt 
halte. Ausser einer wirklich greulichen Bemalung in roter, griiner und brauner ôlfarbe sind be- 
sonders die Fensterpfosten und die Brûstungen im 2. u. 3. Stock zu erwâhnen. Die Ptosten 
laufen zum Teil unten fast spitz zu, was vollstandig lalsch ist, da die Last nach unten eine grossere 
ist als oben. Fig, 3. Die Kreuzhôlzer a sind auch nicht richtig, da dieselben bei b je einen Zapfen 
haben mussten um zu halten wie Fig. 3 a, Die Spitzen kann man nicht befestigen. Ein ganz 
neues Werk ist der Anstrich des Hauses Ferkelmarkt Nr. 8. Vor wenig Wochen noch stand es 
stolz im alten Kleide da. Ausser unrichtigen Holzstarken im 1. Stock Fig. 4 und 6 (soil wie 
Fig. 4 a und 6 a sein) sind besonders die kleinen Streben unter den Fensterbânken im 2. u. 3, Stock 
zu erwâhnen; das daruntersilzende Holz sieht wie Fig. 4c aus, und das aufgemalte wie Fig. 4d. 
Die Hoizstârke bei e betragt 2 — 3 cm. Dass dies einen sehr unsoliden Eindruck macht, bedarf 
wohi keines Beweises. Dann die Konstruktion der Ecken. Fig. 5. Dass die Eckpfosten immer 
am starksten von allen Hôizern waren {bis zu 40X 40 cm), weil sie die grôsste Last zu 
tragen haben, ist hier nicht beriicksichtigt worden. Auf der einen Seite ist gar kein Eckpfosten, 
sondem es gehen zwei gemalte Riegel r von einem dilnnen Pfosten bis zur Ecke; dann kommt 
der Vorsprung der Obergeschosse als eine weisse Flache. Es musste entweder wie Fig. 5a oder, 
wenn die Wand des Vorsprunges in Stein wâre, was auch môglich ist, wie Fig. 5b sein. Auf 
der anderen Seite ist der Voispning mit Biech vernageJt, ein herrlichei" Anblick. 

Als Beispiel fur aufgenageltes Holz gilt besonders das Haus Goehrs, Ecke MUnsterplatz 
und Spiessgasse. Ausser dem groben Fehler, dass das glatte Holz 2 cm iiber die Wandllache 
hervorsteht, Fig. 7 — bei den alten Hausern war es immer in einei- Flache, Fig. 7a — ist der grôsste 
Konstruktionsfehler der, dass (nach 
der Spiessgasse zu) auf mehr als 
10 m Lange kein durchgehender 
Pfosten von Oberkante 1. Stock 
nach Unterkante 2. Stock vorhanden 
ist. Fig. 7 b. Dass die Wand so 
nach aussen oder innen knicken 
kann liegt auf der Hand, da{Fig. 7c) 
bei d keine Verstrebung durch eine 
Balkenlage vorhanden ist. Auch die 
Kopf bander oder BQge (Fig. 7 e) 
sind sehr unkonstniktiv ; sie dtirf- 
ten hôchstens wie Fig 7 f sein aber 
nie wie Fig. 7 e. 

Andere schlecht restaurierte 
Hâuser sind : Ecke Pllanzbadgasse 
— Gerbergraben, Ecke Muhlenplan 
— MUhlenstaden, Langestrasso 27, 
Ferkelmarkt I, Schiffleutsladen 23, 

Zilricherstrasse 14 und noch viele p^ ,^ Fig. 7, Fig 7r 

andere. Ecke MUnsterplatz und SpiesgsMse 






Fil?. 8 



Fig. 8a 
Glasfenster: Turnhalle der Hoheren Tôchterschule. 



Nicht nur an bfestehenden 
Bauten hat sich die Unkennt- 
. nis und Unklarheit (iber das 
Wesen des Holzbaues gezeigt, 
sondern auch im Kunstge- 
vverbe. Man betrachte z. B. 
das Glasfenster in der Turn- 
lialle der hoheren Tôchter- 
schule in Strassburg, welches 
^das Riesenspielzeug" dar- 
stellt Rechts im Biide ist ein 
elsàssisches Bauemhaus in 
Holzfachwerk. Man muss sich 
fast wundern, dass es in Glas 
hait; in natura wûrde es 
nimmer halten. Es fehlen da 
tatsâchlichdieHaupthôlzer: 
Eckpfosten , Schwellen , die 
Balken, die den Vorbau tragen 
und Sparren, von anderen 
kleineren Fehlern ganz abgesehen (Fig. 8). Wenn es halten sollte , mûsste es ungefàhr skizziert 
Wie Fig. 8 a aussehen. — Dass gerade hier, wo durch das Gebotene erzieherisch gewirkt und 
in denjungen Gemiitem der Sinn fiir das Rechte, Gute und Schône geweckt werden soU, eine 
gute Darstellung unserer echt elsàssischen Volksbaukunst, auch in Nebensàchlichem, sehr am 
Platze vvàre, diirfte keinem Zweifel unterliegen. 

Nach ail dem gesagten wird manchem Léser, der ein Freund der elsàssischen Kunst ist, 
klar werden, warum die restau ri erten Bauten so fadenscheinig aussehen und die echten alten 
Holzhàuser so vornehm, ruhig und erhaben; denn die Hauptsache beim Fachwerkbau ist 
nicht Anwendung von Holz, sondern wie dasselbe angewandt wird; und darin, wie in 
vielem anderen auch, waren die „ Alten" wirkliche Meister, die es verslanden haben, ihren 
Werken Leben und Geist, Naturlichkeit und Selbstverstàndlichkeit einzuhauchen. Darum miissen 
wir, trotz aller Erkénntnis, dass Weiterentwickelung die Triebfeder der Kultur ist, zuihnen 
zuriick, wenn es heisst in Neubauten unserem V^olkscharakter Ausdruck zu geben. Eine 
absolute, von der Geschichte losgelôste Entwickelung ist sinnlose Phantasterei, ist keine Ent- 
wickelung mehr, die nur da sich gesund vollzieht, wo sie organisch aus dem Alten heraus- 
wachst. Aile Wissenschaft ist heute in ihrer Méthode historisch begriindet. Nur die Baukunst 
scheint das nicht nôtig zu haben. 

Man betrachte nur die Holzbauten in unseren Vororten. Es ist ein Jammer, das hier 
geleistete zu sehen. Doch darf einen das nicht wundern, wo jeder Maurermeister und Bau- 
schiiler sich Architekt nennt und die grôssten Hâuser haut, nur um môglichst hohe Zinsen 
4ierauszuschlagen, ohne Idealismus fiir Land, Volk, Vergangenheit, Geschichte, ohne Herz, ohne 
Bildung, Viel Schuld haben auch die Verwaltungen (Eisenbahn, Post, Fortifikation und Kom- 
munalbaumeistertum), denen ailes dièses nicht unerreichbar und auch zum Teil nicht abzusprechen 
ist und die trotzdem — fur uns unbegreiflich — fast immer mit schlechtem Beispiel voran- 
gegangen sind. Wenn es mit dem Neubauen „im alten Stil" und dem „Ausbessern" der alten 
Stile noch lange so weitergeht, dann muss das alte Lied: „0 Strassburg, du wunderschône 
Stadt", so weit es das alte Strassburg preist, und nur von diesem reden wir, polizeilich ver- 
boten werden. 

Man pflegt heute uberall das V^olkstumliche. Wann geht durch die Bauherren und Bau- 
meister der Glutstrom, der durch die Litteratur des Jung-Elsass, durch die Mânnerchore und 
Musiktage Elsass-Lothringens rinnt: „0 Elsass, du mein schônes, liebes Heimatland"? 



— 88 — 



. Ruine der HohkCni^BburK 



WIE MAN NICHT RESTAURIEREN SOLL 

(DIE NEUE HOHKÔNIGSBURG) 



VON 

orro PIPER 



Die „WiederhersteIlung" der Hohkônigsburg war, bezw. ist jedenfalls eine f(ir den 
Architekten, auch vom maleriellen Gesichtspunkte abgesehen, ganz ungewohnlich dankbare Auf- 
gabe. Will da der Beschauer nun einmal von schmeizlichem Vergleich mit der alten schonen 
Ruine absehen, so muss auf ihn jeder neue Zubau an Tûmnen etc. bei den noch erhaltenen 
grossartîgen und zum Teil auf hohen Felsen liegenden Baulichkeiten (Fig. I) um so besser und 
gùnstiger wirken. Bei dem Neubau war das unier solchen Uinslànden schlechthin gar nicht 
zu vermeiden, selbst wenn, wie hier, ailes neue durchweg aus verfehitem besteht; ist doch 
unter den vielen Besuchern kaum jemals einer, der eingehendei-e Studien iiber unser Burgbau- 
wesen ûberhaupt, geschweige denn Uber die alte Hohkônigsburg im besonderen gemacht hâtte. 

Wenn trotz meiner und anderer Bemiihungen eine unversehrte Erhaltung der Ruine nun 
einmal nicht zu erreichen war, so konnte eine {wie sîch den Umstanden nach von selbst ver- 
stand) als das Ziel der Restauration angekUndigte môglichst getreue Wiederherstellung gerade so, 
wie sie von den Grafen Thierstein grosstenteils neuerbaut worden war, immerhin auch 
nicht ohne Interesse sein, da in jener Zeit (1480) Burgbauten schon selten geworden waren, 
und der Thiersteiner Bau dariiber hinaus, dass er dem Gebrauche der Pulverwaffen iiberhaupt 
schon Rechnung irug, noch mehrfache hervorragende Besonderheiten batte, die zum Teil spâter 
von den Sickingen wieder beeintrachtigt worden waren. 

Leider scheint jedoch fUr die latsachliche „Wiederherstellung" leitender Grundsatz geradezu 
der geworden zu sein, den Besuchern môglichst zu zeigen, wie die Hohkônigsburg 
jedenfalls niemals ausgesehen haben kônne. — 

Wenn es sich bei der verhàltnismassig wohlerhaltenen Ruine ja wesentlich darum han- 
delte, ihren ausgedehnten Ringmauern und sonstigen Baulichkeiten den oberen Abschiuss 
wiederzugeben, so mtissen wir beim Anblick der jetzigen Burg versucht sein zu vermuten, der 
Architekt habe bei Burgbauten nur einen solchen kennen gelernt. UnglUcklicherweîse muss 



er wohl jedenfalls der Meinung sein, dass es beim Burgenbau stilvoU sei, ein und dasselbe 
Schéma oder Modell gleichmàssig iiberall, wo nur môglich, auszufïihren. Es ist das wenigstens 
bei der so umfànglichen neuen Hohkônigsburg fast mit der âussersten Konsequenz geschehen. 
Die meistens ganz ungewôhnlich breiten Zinnen, in jeder die einfache lange, nach aussen enge 
Schlitzscharte , oben an den Laden plumpe Steinlager fur die Achse eines FalUadens und dar- 
unter in langer Reihe Maschikulis mit wagrecht Qberdeckten Kragsteinen — das wiederholt 
sich, unter nicht augenfàlliger Abweichung hier und da, mit fast unertràglicher Gleichfôrmigkeit 
allCiberall, an den Ringmauern, an den Hausbauten, an Mauer- und Batterietûrmen und am 
Berchfrit, und soll dann allem Anscheine nach auch an der Schildmauer mit ihren Eckbauten 
weiter wiederum ebenso ausgefùhrt werden. 

Es kommt hinzu, dass die vorhandenen elf halbrunden Tiirme der Zwingermauer, von 
welchen in der Ruine nur noch Stiimpfe, zum Teil kaum mehr aïs Spuren iibrig waren, nach 
ihrem Wiederaufbau, auch im Mauerbau an sich, aile einander wie ein Ei dem anderen gleiçhen, 
wàhrend hier doch einige Verschiedenartigkeit der Ausgestaltung ebenso leicht, wie besonders 
auf der sudlichen Schauseite der Burg, wiinschenswert gewesen wàre. Als ob der Restaurator 
von den Tûrmen seines Modells gar nicht hàtte genug bekommen kônnen, ist ein solcher noch 




Fig. 2. Grundriss der HohkOnigsburg. 



in dem sudlichen Zwinger der Hauptburg — etvva bei c des Grundrisses Fig. 2 — ganz will- 
kiirlich neu hinzugefCigt worden (vgl. auch Fig. 4 mit 3 und 5). 

Im Gegensatz zu der neuen Hohkônigsburg entspricht eine derartige Einfôrmigkeit durch- 
aus nicht dem deutschen Burgbauwesen , dessen Hauptreiz vielmehr zum guten Teil in der 
Mannigfaltigkeit zu liegen pflegt. Eine Einheitlichkeit der Gesamtanlage kommt da kaum anders 
zum Ausdruck als dadurch, dass etwa einmal ein Rundbogenfries an mehr als einem Bauteile 
angebracht worden ist. Beispielsweise sei nur daran erinnert, wie selbst die beiden miteinander 
gleichzeitigen Eckturme der Schildmauer von Ehrenfels am Rhein bei gleicher Hôhe und Starke 
doch in allem einzelnen môglichst verschieden ausgestaltet sind. 

Anstatt sich an die wahrhaft unerschopflichen Vorbilder unserer deutschen Burgbauten 
zu halten, scheint der Architekt sich geradezu die franzosischen Schlosser der gotischen und 
Friihrenaissancezeit zum Muster genommen zu haben, wie wir sie u. a. in VioUet-Le-Duc's 
Dictionnaire raisonné unter «Châteaux» und in V. Petit's «Châteaux de la vallée de la Loire» (1861) 
abgebildet finden. Da, wie in der franzosischen Schweiz und bei vereinzelten Beispielen Italiens, 
handelt es sich aber durchweg um prunkhafte Schlosser, bei welchen besonders die Maschikulis 
stark hervortreten, und ihre Bauweise bot um so weniger ein passendes Muster fiir unsere im 
ganzen einfach gehaltene Burg ; viel weniger war das hier, wie geschehen, noch in einer Weise 
auszudehnen, fur welche man selbst unter jenen kaum ein Beispiel finden dûrfte. 



90 — 



Was speziell die Maschikulis — Guss- und Wurflôcher zwischen den Kragsteinen -^ 
betriffi, so ist bei solchen ihre (besonders auch im Vergleich mit den Schiessscharten) recht 
beschrànkte Benutzbarkeit nicht zu ûbersehen. Sie dienten dazu, auf den gerade am Mauer- 
fusse befindlichen Feind hinab Steine , auch Balken , zu stossen oder zu werfen , siedendes 
Wasser, Pech oder Kalk zu schiitten. Ailes das musste ja erst zubereitet und auf die Hôhe 
geschafft werden und war natiirlich dann recht bald vvieder aufgebraucht. Wenn daher bei 
unseren Burgen gemauerte Gusslôcher auch wohl nicht derart selten waren, als die Fach- 
schriftsteller anzugeben pflegen, so fanden sie sich doch jedenfalls der Regel nach nur hie und 
da an einem Turme und ôfter in Form einer kleinen Pechnase iiber dem Eingange, anscheinend 
aber hatten durchaus die meisten Burgen deren nicht ein einziges. 

Wenn nun wohl nach den in der Ruine darauf hinvveisenden Resten auf der Hohkônigs- 
burg die Gusslôcher in einer Vielheit angebracht waren, die, soviel wir noch wissen kônnen, 
bei deutschen Burgen sonst ohne Beispiel ist, so versteht es sich von selbst, dass man sich 
bei der Wiederherstellung da uni so strenger in den Grenzen der wirklich unabweislich darauf 
hindeutenden Spuren zu halten hatle, und es war dabei nicht ausser Acht zu lassen, dass unsere 
Burgbauten auch nicht selten sogenannte blinde Maschikulis hatten, und dass Kragsteine u a. 
auch dazu dienten, einen zu V'erteidigungszwecken vorgeschobenen Dachfuss zu tragen. Schwer 
begreiflicherweise hat Ebhardt es im Gegenteil fur gut gehalten, das Anbringen von Gusslôchem 
ganz willkurlich noch weit ûber die in der Ruine allenfalls vorhanden gewesenen Spuren hinaus 
vollends ins Sinnlose zu ûbertreiben. So umgeben dieselben u. a. auch den neuen Berchfrit, 
anscheinend den ostlich ihm angefugten Phantasiebau e (s. weiterhin), ferner sàmlliche neuen 
Zwingertiirme, und selbst bei den kleinen, auf den Mauerecken reitenden Scharwachttiirmchen 
sind sie — im Gegensatz zu einem bei n vorhanden gewesenen — nicht vergessen. 

Dièse wahrhaft unerhôrle Menge von Gusslôchem hat noch umsoweniger Sinn, als ihre 
Verwendbarbeit hier noch eine besonders beschrànkte sein musste. Unnôtigerweise ist ihnen, 
sovveit ich habe messen kônnen, durchweg eine mir ausserdem noch nicht vorgekommene Weite 
von nur 14 — 15 cm gegeben, wàhrend dièse sonst gewôhnlich etwa das doppelte betràgt 
und selbst bis zu 65 cm geht. 

Solche aussergewôhnliche Schmalheit muss hier fiir eine Benutzung noch wieder um so 
hinderlicher sein, als infolge der Ûberdeckung der (tiefer sitzenden) Kragsteine durch einen 
wagrechten Sturz die Gusslôcher die Gestalt çntsprechend tiefer, sich nirgends ausweitender 
Schachte haben, wàhrend eine Oberdeckung durch Mauerbogen selbst ihre Benutzung als 
schrâg nach aussen gehender „Fussscharten" gestattet haben wurde. 

Mag es sich um einen Fries, Maschikulis und àhnliches handeln, so besteht die Verbin- 
dung in einer Reihe stehender Kragsteine untereinander, besonders im Westen des Deutschen 
Reiches (also einschliesslich des Elsass), aus gemauerten Rund- (seltener Spitz-)bogen. 
Wàhrend hier solcher, zumal der Rundbogenfries, ungemein gewôhnlich ist, geradezu als fur 
westdeutsche Wehrbauten charakteristisch bezeichnet werden kann, kommt da die einfache 
Oberdeckung von Kragsteinen durch wagrechte Steinbalken nur in ganz verschwindend ge- 
ringen Ausnahmen, bei Burgen iiberhaupt kaum jemals vor. Umgekehrt ist es dagegen in 
Frankreich, woz. B. von 56 im Loiretaie zumeist um 1500 erbauten Schlôssern, welche 
Maschikulis (zum Teil ,, blinde"?) haben, deren 51 wagrecht iiberdeckte Kragsteine aufweisen, 
wàhrend sich auch in der Schweiz, Italien, Ôsterreich wieder nahezu ausschliesslich bogen- 
fôrmige Maschikulis finden. Wir haben also auch hier entschieden die Anwendung franzôsischen 
Musters, wie ja denn der Architekt zum Studium des Burgbauwesens u. a. auch nach diesem 
Lande geschickt worden sein soll. 

Die Hohkônigsburg ist bis zu ihrer letzten Zerstômng eine gut deutsche Burg gewesen- 
und ihre „Wiederherstellung" sollte wesentlich ein Wahrzeichen des wieder deutsch gewordenen 
Elsass sein. Es wird da als ein besonderes Missgeschick bezeichnet werden diirfen, dass der 



— 91 — 



Restaurator ihr durch seine Ergànzungsbauten in ihren hervoi^stecliendsten Besonderheiten das 
unseren deutschen Bui^en fremde Geprage franzôsisclien Schiossbaiies gegeben hat, 

Anscheinend zur Rechtfertigung der wagrechlen Ûberdeckung der Kragsteine schreibt 
Ebhardt („Zur Baugeschichte der Hohkônigsburg", 1900, S. 7): „Am Hohschloss (d. h. dem 
Palas) liegt auch noch ein StUck von einem Steinbalken an Ort und Stelle, wie solche friiher 
aile Konsolen iinterelnander verbanden." Seibst wenn die erstere nicht mehr kontollierbare 
Angabe feststande '), vvtirde die daraus fOr ,.alle" Kragsteine der Burg gezogene Folgerung un- 
berechtigt sein, da hinlàn^lich vorhandenen Beispielen nach^l, wagrechte und bogenfôrmige 
Oberdeckungen sehr wohl nebeneinander vorkommen konnten'). Wenn hier endlîch, wie vorhin 
begriindet, die Rundbogen schon an sich wahrscheinlich und gebolen waren. so kommt noch 
hinzu, dass auch die von Ebhardt wegen ihrer Ziiverlassigkeit sonst so gertlhmte Abbildung 



von 1633 (Fig. 3), solche unverkennbar andeutet. Man wird sich da schwerlich ohne Grund 
die Miihe gemacht haben, die einzelnen, die Bogen darsteilenden Hakchen zu zeichnen. 

Was weiter die Einzelheiten des ICbhardtschen Mauerabsch lusses - von den Wehrgàngen 
vorlaufig abgesehen — betrifft, so ist es aucli befremdlich, dass den fast uberall nur angebrachten 
schmalen einfachen Schiessschlitzen nicht die hîibscher wirkenden unJ fur die Zeit des Thier- 
steiner Baues schon charakteristischen ,,Schlûsselscharten" vorgezogen worden sind, deren eine 
aus einer Steinplatte geschnitten, ich vor ejnem Menschenalter noch in einem der verfallenen 
Zwingerrondelle liegen gesehen habe. Eine vollends ùberraschende Idée des Restauratois ist 
aber das so massenhafte Anbringen von Klapp- oder Fallladen. Wahrend die uns von 
Burgen und Stàdten wahrhaft unzahlig erhaltenen Zinnen nur in ganz verschwindend seltenen 
Ausnahmefallen die Spuien solcher Laden zeigen, erscheinen dieselben bei der neuên Hoh- 
konijgsburg geradezu als ein unerlâssiiches Zubehor jeder Zinnenlùcke, und so ist da wohl 
kaum eine Mauer oder e i n Gebâude, an welchem sie nicht reihenweise angebracht, bezw. 
vorbereitet und projektiert wâren. Es muss einen wahrhaft wunderlichen Anblick geben, wenn 
sie einmal sàmtlich aufgeklappt sein werden. — 

Betrachten wir hiernach die einzelnen Neubauten fur sich, so haben bei dem grossen 
Hauptturme (dem Berchfrit) die Maschikulis zunachst keinen Sinn, da er grcisstenteils von un- 

') Wahrschemlicher. als dass man den Steinbalken, wahrend er îii der schwindeindcn Hohe auf der Spitze 
der Konsole lag, 30 Z«r3t:hlagen hatte, ware es dooh wotll, dass eïnma[ einer der vielen Besucher der Kuïne den Stein 
dorthin praktiiiert habe. Die Steinbalken, wclchc vereinzelt an twei Stcllen der Ruine auf ganz kurïen Konsolsteinen 
lagen, haben mit den Maschikulis nichts zu tun. Die Burg hat (oder hatte?; auch am westlichen Palastrakt einen 
Rundbogen Tries. 

°| So in Oherwesel an der Stadlunifassung und an der Martinsburg zu Obedahnstein, auch an verschiedenen 
SchlôBsern des Loi relaies. 

°) Nachtraglich scheînt mir nach einer Abbildung beim neuen Zwinger auch rundbogige Uberdeckung vor- 
zukommen. 



mittelbar anstossenden Gebauden umgeben ist und im iibrigen auf unersteiglichem Feissockel 
steht. Davon abgesehen aber, ist mir (Iberhaupt kein Berchfrit bekannt, dessen oberster Teil 
wie hier (s. Fig, 4) auf einer Reilie verhaltnismâssig kleiner, wagrecht ùberdeckter Kragsteine 
mit engsten Gusslochern vorgekragt ware, und sollte wirkitch ein gleiches noch anderwârts 
nachzuvveisen sein, so liandelte es sich damit jedenfalls uni eine derart seltene Aiisnahme, dass 
ihre Naciiahniung gerade hier, wo ja fur andere, gebrâuchlichere und ungleich 
hubschere Ausgestaltungen der weiteste Spielraum gegeben war, immer noch 
nicht zu billigen wàre. 

Eine besondere Oberraschung bereitet dann der Fùhrer denen, welche den Turm besteigen, 
daJurch, dass er eines seiner mittleren Geschosse — nach meiner friiheren Messung 4,7X5,6 m 
weit — als den kiinftigen ..goldenen Saal" bezeichnet mit dem HinzufOgen, die Wôlbung 
sotie vergoldet und die Wànde sollten mit Abbildungen elsâssischer Burgen bedeckt werden. 
Dies vielleicht mit der hiibsch glitzemden Glasmosaik, mit welcher der kaiserliche Bauherr 
uniângst auf der ohnehin durch die Restauration schon genug misshandelten Wartburg „die 
ICemenate der heiligen Elisabeth" ausgeschmuckc hat. Dass „goldene Sale" sonst in dem 
einfachen Hauptwehrturme der Burgen nicht Gebrauch waren. braucht nicht erst bemerkt zu 
werden- Das Inventar des unsrigen bestand 1527 aus zwei geringen Bettstatten und „zwey 
bôsyn {d. h. schlechten) trôglin" ! 



Fi^. t. Die Burg lu Anfung des Jahre» 1905. (PhoL von J. MsniBS II C", Slrusburgj. 

Auch der geràumige Dachausbau gegen SQden (Fig. 4), welcher offenbar allein den 
Zweck haben kann, den Besteigern des Turmes einen hùbschen Umblick zu bieten, kann 
durchaus nicht dort vorhanden gevvesenem entsprechen, da der Berchfrit, bis ihn um die Mitte 
des 16. Jahrhunderts die Sickingen „biss inn die zween landtsknechtspies hoch abgebrochen", 
jedenfalls lediglich ein Wehrturm gewesen ist, bei welchem man im Mittelalter an derartiges 
nicht dachte. — 

Wie allbekannt, tragt Fachwerkbau wesentlich dazu bei, das Malerische eines Burg- 
bildes zu erhohen. Von solchen ist denn auch in der ostlichen Vorburg, deren Gebàude fast 



vôllig nach Gutdùnken aufzufiihren gewesen sind, aiisgiebig Gebrauch gemacht, und soll das 
anscheinend noch weiter (beim Torbau) geschehen. Leider ist nur mit Sicherheit anzunehmen, 
dass auch hierin die Ebhardtsche Burg der alten Thiersteiner keineswegs entspricht. 

Zunàchst kam, vom Auslande zu geschweigen, auch im alten Deutschen Reiche der Riegel- 
bau bei Burgen (wenigstens spàterer Zeit) gewiss nur sehr ausnahmsweise vor^), und meines 
Wissens ist auch nicht nachzuweisen, dass solches bei einer der elsàssischen Burgen der Fall 
gewesen wàre. Kann man ihn nun schon an sich mit dem ungevvôhnlich grossartigen Steinbau 
der Hohkônigsburg nicht wohl vereinen, so kommt hier noch besonderes hinzu. Erstens iiegt 
noch heute, nach dem wiederholten Neuaufbau, in nàchster Umgebung der Burg eine Menge 
des besten Sandsteines in kleinen Blôcken bequem zur Hand, wàhrend Bauholz wohl erst 
von anderwârts her auf den damais kahlen Berg zu schaffen war, und zweitens hatten die 
Thierstein, zumal bei dem dort von jeher vorhandenen empfindlichen Wassermangel, augen- 
scheinlich einen môglichst feuersicheren Bau autfiihren woUen Man musste (Urkunde von 1560) 
das kostbare Nass selbst in Fàssern aufbewahren. Hôchst ausnahmsweise hatte man zur 
Vermeidung der Dachstuhle jedenfalls die Wohngebâude mit einem Gewôlbe und platten Dache 
abgeschlossen. Ebhardt selbst bemerkt „Zur Baugesch. der Hohkbg." 1900 S. 15, dass „der 
Stein bei der Erbauung in unerhôrt weitem Umfange die Anwendung des Holzes 
verdrângt hat, der zu Konstruktionen von einer Widerstandsfâhigkeit sondergleichen gegen 
. . . Feuer . . . herausforderte." Wie soUte man also dazu gekommen sein, im Gegensatz 
dazu ohne allen Anlass — es handelte sich ja noch nicht um eine hùbsche Theaterburg! — 
die Nebengebâude in Holzriegelwerk aufzufiihren ? 

Wo solches bei Burgbauten ùberhaupt angewandt wurde, pflegte das mit Vorliebe beim 
Oberbau der Hauptwohngebàude der Fall zu sein. Den Umstànden nach kann ein oben an 
dem sCidlichen Palas angeklebtes winziges Fachwerkhâuschen (vgl. Fig. 4) nur den Eindruck 
des an unrechter Stelle angebrachten und (iberwiegend komischen machen, zumal noch, wenn 
es, wie es den Anschein hat, auf drei alten, nun bis zur Karrikatur nach oben verlàngerten 
Kragsteinen ruht*). 

Nur noch nebenbei die Bemerkung, dass auch weder die „wertvollen alten Abbildungen" 
der Burg, noch die vielgepriesenen vorhandenen „Baurechnungen" irgendwo etwas von solcher 
Bauweise andeuten*). 

Von den auf den einigermassen Sachverstàndigen erheiternd wirkenden Einzelheiten noch 
in folgendem ein Beispiel. Dem durch das zweite Tor / in die ôstliche Vorburg Eingetretenen 
muss eine unten in dem neuen Eckturme r befindliche Geschûtzscharte mit 20 cm weiter 
„Schartenenge" und stufenfôrmig ausgeweiteter Wandung in die Augen fallen. Der Verteidiger 
konnte durch dieselbe aber nur etwa sein eigenes Tor von innen bombardieren, denn ein etwa 
eingedrungener Feind wurde da nicht erst eine Geschùtzkugel abwarten. Die Abtreppung der 
Schartenmûndung hatte ferner bekanntlich den Zweck, von aussen kommende Kugeln abzu- 
winkeln ; dièse Schaite konnte aber gar nicht von aussen her getrofiTen werden ! Wo hier solche 
Schartenmûndung Sinn hatte: an dem auf der Angriffsseite liegenden westlichen Bollwerk kommt 
sie nicht vor, wohl weil man sie zur Zeit des Thiersteiner Burgbaues (zu welchem ja auch der 
Turm gehôren .musste) ùberhaupt noch nicht gekannt hat. 

Ein besonderes Beispiel einer „Wiederherstellung", die in Wirklichkeit das Gegenteil einer 
solchen im engeren Wortsinne ist, zeigt uns der sogenannte „Thiergarten". Nach einem Bericht 
Friedrich von Sickingens war 1578 „an dem Thiergarten genannten ummauerten Bezirk, 

^) So fîndet er sich auf mehr als tausend mir bekannten meistens âlteren Abbildungen ôsterreichischer Burgen 
kaum einmal. 

^) Uber dièse und ihre nicht minder sonderbare frùher projektierte Verwertung s. meine Schrift «Die angebliche 
Wiederherstellung der Hohkônigsburg" 1902 S. 39 f. 

^) Wenn 1606 bemerkt wird, dass «das alte Haus ob dem Rossstall* unbewohnbar geworden sei, soll das 
wohl nur bedeuten: das alte Gebàude, welches (iber dem Rossstall Wohngelasse hat. 



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der aber im Notfalle auch zu Befestigungszwecken gebraucht werden kann", 
ein Stiick Mauer eingefallen. Wie auch schon an sich durchaus wahrscheinlich, kann es hiernach 
gar nicht mehr zweifelhaft sein, dass dieser langgestreckte „Bezirk", in welchem Rehe und 
dergleichen gehalten wurden, nur von der denkbar einfachsten Mauer eingehegt war. Nur an 
seineni ôstlichen, bis an den Abhang des Burgberges reichende Ende, an welchem man (wie 
jetzt) auch zur Burg hinaufsteigen konnte, war die Mauer zur Verteidigung eingerichtet. Wie 
die wenig verfallene Mauer noch zur Zeit zeigt, batte man ihr hier mit ein- und ausspringenden 
Winkein eine unregelmassig stemfôrmige Gesfalt gegeben mit sorgfâltig hergeslellten Schiess- 
scharten an den geeigr.eten Stellen und darQber einem auf kraftigen Kragsteinen rulienden 
Wehrgange auf der Innenseite. 

Die nWiederherstellung" bringt das Gegenteil. Die beiderseitigen Mauem sind 
in ihrer ganzen Lange nach dem auch bei den Zwingermauem ausgefiihrten Modell zu Wehr- 
mauem gemacht worden, also mit einem Wehrgange aus Steinplatten, die auf Kragsteinen ruhen, 
mit Zinnen und seibst den Klapplâden, die nach den steinernen Achsenlagern vor den Zinnen- 
lïiden auch hier wieder nicht fehien sollen. Der wehrhafte stern- oder bastionsfôrmige Ab- 
schluss aber soU, nur weil sich solcher hObscher ausnehmen wird, zu einem — Restaurations- 
gebâude {b) ausgebaut werden, wie man das mit seinem seitsamen Grundrisse auf allen ver- 



. Die hanftige HohkDniftaburE nach der Jlcnkichiiri' von I900. 



offentlichten Abbiidungen der kunftigen neuen Hohkënigsburg (Fig. 5) bewundem kann. Die 
fruhere Wehranlage da weiter unkenntlich machend, ist jetzt eine hàssiiche grosse Schuttterrasse 
an' die Stelle des Abhanges gekommen. 

Ein anderer, ebenso iiberflûssiger als unwahrscheinlicher reiner Dekorationsbau. an dessen 
Stelle jedenfails zur Thiersteiner und spateren Zeit nichts dergleichen gestanden bat'), ist das 
ostlich neben dem Berchfrit auf unzugangUchem Felsen errichtete Gebâude. 

Eine jedenfails bewusste und hôchst unnôtige Ânderung des Thiersteiner Baues ist auch 
an dem grossen Rondell p vorgenommen worden. Die Ruine zeigte da noch den geringen Rest 
einer ddnnen liederlichen Mauer, welche man offenbar spâter, vielleicht sogar erst in der Nach- 
sickingenschen Zeit, der nach dem Hofe hin offenen Seite desselben vorgezogen hatte. Un- 
begreiflicherweise hat man dièse Seite jetzt durch eine neue starke Mauer ganz geschlossen und 
dadurch zugleich auch hier das Innere des grossartigen , noch tief in die Erde hinabgehenden 
BoUwerks dem freien Ein- und Uberblicke entzogen. • 

Wie beim „Thiergarten", so kann man auch seibst bei der gesamten Zwingermauer 
mit Sicherheit annehmen, dass sie im G^ensatz zu der ihr jetzt gegebenen Ausgestaltung nur 
eine ganz einfache von geringer Hôhe war. Sie konnte dem Gelânde nach fur die Festigkeit 

') Siehe ,Die angebl. WiederhersteUung" S. 41, sowie Fig. 3. 



der Burg nur von geringer Bedeutung sein, und zu ihrer (sowie des Vorgelandes) Verteidigung 
genijgten, abgesehen von den sie hoch uberragenden Wehrbauten der Hauptburg, vollauf die 
halbrund vorspringenden Rondelle. Ja, bezeichnenderweise legte man (1594) selbst auf dièse 
letzteren so wenig Wert, dass man, da sie — gevviss unûberdacht, s. auch Fig. 3 — schon 
einzusturzen drohten, ihre vôllige Abtragung anheimstelite. 

Man darf nicht vergessen, dass die Hohkônigsburg ja nicht etvva eine mit einer grosseren 
Garnison belegte Landesfestung, sondem eine den wenig bemittelten Thierstein zu Lehen gë- 
gebene Burg vvar, dass noch im 16. Jahrhundert fur kriegerische Zeiten eine Besatzung von 
nur . „vvenigstens vierzig Mann*! fur sie fiir nôtig erklàrt wurde, und 1527 da ganze neun 
„handtpuchssen" vorhanden waren. In vvelchem Missverhàltnisse steht doch zu diesen Zahlen 
dieUnzahl'der Schiessscharten, Gusslôcher und durch Klapplâden geschiitzten Zinnenliicken der 
neuen Hohkônigsburg! 

Die Grafen Thierstein, welche sich zu ihrem Burgbau verschiedentlich erst Geld leihen 
mussten, haben sich aiso sicher nicht den zvvecklosen Luxus gestattet, dièse vierhundert Meter 
lange Zwingermauer — von der weitere 100 m langen „Ummauerung'' des „Thiergartens" 
vollehds zu geschweigen ! — mit einem so splendid aus lauter Hausteinen — Doppelkragsteine 
und Steinpliatten — hergestellten und in dieser Gestalt iiberhaupt hôchst seltenen Wehi"gange 
auszustatten ^). 

Hiermit nicht genug, sollen (nach Mitteilung des Fiihrers, sowie den veroffentlichten 
Wiederherstellungsansichten) die steinernen Wehrgànge ùberall mit burgwàrts auf einer Holz- 
konstruktion ruhenden Satteldàchern iiberdeckt vverden. Dièse unendlich langen horizontalen 
Linien der niedrigen Dàcher auf den Mauerzugen, meistens mehrfach iibereinander, mîissen sich 
auch (vgl. Fig. 5), wieder ausserordentlich einformig ausnehmen^). Dass sie frùhér nie vor- 
handen gewesen sind, ergibt sich, von der aUen Abbildung abgesehen, zum Uberfluss auch noch 
aus den Archivalien. Bei den da im 16. und 17. Jahrhundert vielfach bemerkten Ausbesserungen 
ist von diesen so ausgedehnten wle vergânglichen Anlagen nie etwas angedeutet, wohl aber 
erfahren wir, dass Teile der Mauern selbst eingefallen und die Zinnen ausgebessert und 
„gedeckt" worden sind, also nicht iiberdacht waren. 

Nahm sich das auch jedenfalls viel hiibscher aus, so wurde es auch wohl zu rechtfertigen 
gewesen sein, zur Abwechselung Zwinger mauern mit Sturmpfàhlen oder gar spanischen 
Reitem zu bewehren. 

Dass dièse Mauern auch nicht annàhernd die ihnen jetzt zumal auf der Sudseite gegebene 
Hohegehabt haben, ergibt sich aus der geringen Starke der erhaltenen Reste. Eine so hohe 
freistehende Bruchsteinmauer, und zumal mit der iiberhàngenden Belastung durch die schwere 
Wehrgangkonstruktion in der Hôhe, fùhrte man in alter Zeit jedenfalls nicht, wie hier geschehen 
nur 60 cm (unten) stark auf. 

Ebenso hàsslich als sinnwidrig ist die bis zu Turmhôhe steigende Mauer v, die absolut 
nichts hinter sich zu decken hat. (S. dariiber „Die angebl. Wiederherstellung" S. 42.) 

So wenig die bei wiederaufgebauten Burgen so beliebten platten Dàcher sonst fiir unser 
Land gerechtfertigt sind, so wâre es doch gerade hier, wo es nicht beliebt worden ist, ent- 
schieden geboten gewesen, weil die Hohkônigsburg, soviel bekannt, gerade die einzige 
deutsche Burg ist, bei welcher fur den Thiersteiner Bau der drei Wohnbautrakte das platte 
Dach urkundlich nachweisbar ist. Auch der spàter von den Sickingen aufgesetzte Dachstuhl 
scheint ein ganz flacher gewesen zu sein, da er auf der alten Abbildung gar nicht zu 
sehen ist. Die heutigen Dàcher geben also auch hier ein ganz anderes Bild als die alte Burg. 

^) Ober die im Schutt gefundenen Steinplatten s. „Die angebl. Wiederherstellung** S. 20. 

2) Angeblich kann Ebhardt ein Seitenstuck hierzu in der „kilometerweisen Holzwehrganganwendung" an- 
fùhren, die nach seiner Schrift „Eine Burgenfahrt" S. 8 sich auf dem bayerischen Herzogsschlosse Burghausen findet. 
Was er da meint, hat aber schon mit Holzwchrgangen uberhaupt nichts zu tun. (Meine Burgenkunde, 
2. Aufl., S. 304, Anm. 1.) 

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Fig. «. Dis Schildnuuer mil Rcslen d«s iptleren Vorbauea. (Phot van Csllarius Ifi!). 

Dasselbe gilt da auch von dem Mauerabschiuss unter dem Dache. Um der leidigen Gleich- 
fôrmigkeit wilien ist auch hier bei der Briistungsmauer ringsum das uberall angewandle Schéma 
mit den breiten Zinnen, Schiessschlitzen, Klappladen etc. ausgefuhrt worden, wàhrend doch auf 
der „vortrefflichen" Abbildung von 1633, Fig. 3, offenbar mit Bedacht da etwas ganz anderes 
dargestellt ist als bei der links anslossenden hohen Ringmauer. 

Nicht ungeschickt ist von dem jetzt neu Hinzugekommenen manches kunstlich ait gemacht; 
nur Iragt es sich, ob es geschmackvoll ist, solches G'schnas (wie man dergleichen Sdierze in 
Ktinsilerkreisen nennt) da anxubringen, wo sich der Besucher sagen muss, dass das ja den Um- 
slanden nach in Wirklichkeit gar nicht „noch ail" sein konne. Ubrigens hatte man anstatt der 
jetzigen auch „alt" angemalten Hohiziegel den Akten nach auf der Burg durchweg nur Hoizschindel. 

Der allerschlimmste, fast unglaubliche Teil des Ebhardtschen „Wiedeiherstellungs"-Projektes 
ist jetzt erst in Angriff genommen. 

Zur Zeit der Grafen Thierstein hatte das grosse, die Hauptburg westlich abschliessende 
Bollwerk, der „Mantel*', die auf dem Grundrisse, Fig. 2, angegebene Gestalt, in einer der 
Mauerdicke von ca. 8 m entsprechenden stattlichen Hohe aufsleigend und so auch noch bis 
heute fast unversehrt erhalten. 

Als es sich 1900 darum handelte, die massgebenden Faktoren fOr seine Idée eines Wieder- 
aufbaues der Hohktinigsburg zu gewinnen, verhiess Ebhardt u. a. auch die getreue Wiederher- 
stellung dièses BoUwerks in „der vollen Umrissiinie seiner ursprunglichen stolzen Erscheinung" 
und halte dazu von der Ruine sich môglichst bestechend iinterscheidende Turmaufbauten auf 
den beiden Eckabschliissen der Schildmauer - auf dem sudwestlichen, 15 m (incl. Dach) hoch — 
projektiert, beilaufig bemerki mit einer Verjiingung des Aufsatzes (Fig. 5), wie solche sonst 
meines Erinnerns bei derartigen Bauten unseren Burgen ubeihaupt fremd ist. 

Ausser mehrfachen, burgwârts auch nach aussen hervortretenden Besonderheiten des 
nordwestlichen Abschlu&ses ist bei diesem siidwestlichen die Art und Weise, wie der Rondell- 



bau mit abnehmender Mauerdicke und stumpfen Winkeln allmâhlich in die siidUche Ringmauer 
des „Hohen Gartens" iibergeleitet ist, eine so eigentumliche, dass sie, wie ich unbedenklich 
behaupten darf, in dem gesamten uns (iberkommenen Wehrbauwesen kein Seiten- 
stùck hat. 

Wenn es ja nun nichts zweifelloseres geben kann, als dass auf einem hohen Bau dieser 
Form nicht ein weiteres Stockwerk in Form eines (auch burgwàrts) in sich geschlossenen 
Turmes gestanden haben kann, so machen zum Uberfluss noch andere Besonderheiten der 
baulichen Ausgestaltung am oberen Abschluss das noch fiir sich allein undenkbar^). 

Zum Gluck fur den Architekten, der nun einmal seinerzeit diesen Turmaufbau aller Welt 
verheissen hat, haben nun (1557) die Gebrùder Sickingen der Schildmauer burgwàrts einen 
Anbau („anstoss*') hinzugeftigt, der uber „ettlichen gewelbten gemàchtiin" eine Backstube mit 
Zubehôr, sowie eine Badestube und dariiber „ain hiittin" zur Aufbewahrung des Geschûtzes 
enthielt. Besucher der Ruine werden sich erinnem, dass von diesem Anbau kaum mehr tibrig 
geblieben war (Fig. 6 im Vordergrunde), als um den gewachsenen Felsen als Kern ein Stein- 
und Schuttberg, zum Teil von Mauern begrenzt, die sich von dem sorgfâltigen Thiersteiner 
Buckelquaderbau recht unvorteilhaft abhoben. 

Dieser Anbau musste dann auch mit kompaktem Mauerwerk burgwàrts in schrâger Linie 
das so lange hierhin offen gewesene Eckrondell schliessen. Dass er jedenfalls fîir die Thiersteiner 
Burg gar nicht in Betracht komme, hat Ebhardt selbst auf zwei Grundrissen seiner „Denkschrift" 
von 1900 dadurch hervorgehoben, dass er ihn, wie Fig. 2 zeigt, im Unterschied von den ûbrigen 
schwarz ausgefuUten Bauten nur mit einigen Strichen andeutete. 

Fur eine uberhaupt ernst zu nehmende Restauration hâtte es sich ja nun durchaus von 
selbst verstanden, dass dièse bis etwa auf einen Tursturz, Fig. 6 links, vôllig wertlosen Reste 
des Sickinger Anbaues voUends wieder beseitigt und damit das auf dieser Seite so ganz eigen- 
tumliche Bild des grossartigen Baues, zweifellos der wehrbaulich interessanteste Teil der 
gesamten Burg vôllig wieder freigelegt wûrde. Anstatt dessen wird das denkbar entschiedenste 
Gegenteil stattfinden! Zwar war man bei meinem letzten Besuche der unglûcklichen Burg 
vor Ostern d. J. daran gegangen, den das siidvvestliche Rondell schliessenden , dort bis dahin 
unversehrten Sickingenschen Mauerklotz abzubrechen, aber jedenfalls nur um ihn in der anderen, 
rechtwinkeligen Form wieder aufzubauen, auf welche wir schon durch die an dieser Stelle 
gefàlschten, seit 1901 verôffentlichten Grundrisse ^) vorbereitet worden sind. Es soU nàmlich 
das Gebàude, welches die Sickingen der so einzigartigen Thiersteiner Schildmauer vorgeklebt 
haben, wieder aufgefiihrt werden, und zwar lediglich deshalb, weil Ebhardt schlechterdings nur 
so auf der 8 m weit offenen Seite des Thiersteiner Eckrondels den Unterbau fur seinen neuen 
Turm gewinnen kann. 

Allein auch damit noch nicht genug, soll nach Fig. 7 und einer Ansicht in dem „Fûhrer durch 
die Hohkônigsburg" der neue, entsprechend hohe Bau mit seinem Dache auch die ganze Schild- 
mauer, also eine Gesamtflâche von vierzehn Metern Breite, ûberdecken, wàh- 
rend, nebenbei bemerkt, die grossen Palastrakte nicht viel mehr als halb so breit 
sind. Der Sickingensche Anbau, der (1562) auch kurz als das „Backhaus" be- 
zeichnet wird, hat taxmàssig ailes in allem 1000 Gulden gekostet. In Vorbereitung 
auf den ungeheuerlichen Neubau, den uns da die „Wiederherstellung" bescheren 
wird, will man uns freilich glauben machen — Ebhardt, „Zur Baugeschichte der 
F'g. 7.») Hohkônigsburg" 1900, S. 12 — , dies Backhaus habe schon eine „Front von 
m o n u m e n t a 1 e r (!) Ausbildung" gehabt. 




*) Nâheres darûber in der „Angcbl. Wiederherstellung** S. 28 ff. 
^) Siehe dariiber ,Die angebliche Wiederherstellung** S. 34. 

^) Kunftige Oberdachung des westlichen Bollwerkes nach VerôfTentlichung in der «Deutschen Bauzeitung*^ 
1901. S. 25. 



- 98 — 



Dass dièse wunderbare, naturlich auch sonst noch nie dagewesene Einschachtelung der 
Schildmauer in ein neu aufzufuhrendes grosses Gebàude auch selbst dem N a c h thiersteinschen 
Bauzustande durchaus nicht entspricht ^), geht zum Ûberfluss noch in klarster, nicht wegzuschafiÎBnder 
Weise daraus hervor, dass 1569 ein Sickingenscher Bericht hervorhebjt, wie „aller oberst auf dem 
manntl die maur so dickh und der platz so weydf' sei, cfetss man ,.ohne allen schaden das Haus 
unter freyem Hymel ain nottschlanng darauf abschiessen môchte". Ebenso ist 1589 von 
der schadhaft gewordenen „brust-wehr uff dem mantl" die Rede. 

Endlich ist auch mit Zuhiilfenahme des Sickingenschen Anstosses der Ebhardtsche Turm- 
aufbau noch nicht auszufuhren, ohne dass — zumal da, wo er den noch in das Rondell hinein- 
reichenden Wehrgang der sùdlichen Ringmauer durchschneiden muss — ein teilweiser Umbau 
des Thiersteiner Baues selbst vorgenommen wird. Da obenein der Restaurator geradezu ein 
Interesse daran haben muss, ailes auf dièse Weise ungehôrig geànderte und zusammengeflickte 
als solches môglichst wenig erkennbar zu machen, wird kiinftig selbst ein speziell sachverstan- 
diger Besucher voraussichtlich nicht mehr die urspriingliche Form dièses unersetzlichen wehr- 
baulichen Unikums erkennen konnen ! Das Ebhardtsche Mantelgebâude wird dafiir freilich ein 
anderes und nicht das einzige Unikum sein, welches die neue Hohkônigsburg aufzuweisen hat 

Wie mancher Besucher, der kunftig unter Zwangsbegleitung des Fiihrers diesen Neubau 
besichtigen darf, mag sich schmerzlich der schônen Zeit erinnern, da man ungehindert zur offen 
liegenden Plattform jener Schildmauer und seiner Eckbauten hinaufsteigen und sich da der un- 
gehemmten Rundsicht erf reuen konnte ! Wenn nun an dessen Stelle der hier hinlânglich gekenn- 
zeichnete Neubau tritt, so sollte man in der Tat einen derartigen Vandalismus — die Bezeich- 
nung ist noch fast eine zu milde — in unseren Tagen nicht fur môglich hàlten in einem 
Reiche, in welchem ein reges Interesse fiir die Erhaltung der Baudenkmale in staatlicher wie 
gemeindlicher Fiirsorge, in zahlreichen Vereinen und einem beztiglichen, alljahrlich vielbesucht 
tagenden Kongresse seinen Ausdruck findet. 

Der Restaurator, welcher sich iiber seinen schon an sich der Form nach verfehlten Turm- 
bau als eine gewaltsame Neuerung naturlich ebenso klar ist als ich und aile die zustân- 
digen Beurteiler, welche mir ihre voile Zustimmung erklàrt haben , beruft sich zur Recht- 
fertigung desselben des Scheines wegen auf das Bild von 1633, wo drei Quadratmillimeter gross 
etwas derartiges (jedoch ohne Dach) angedeutet zu sein scheint^). Die vôUige Unzuverlâssigkeit 
solcher alten Bilder steht bei denen, die sich hinlânglich damit beschâftigt haben, derart fest, 
dass dariiber kein Wort mehr verloren zu werden braucht. Um seines Zweckes willen kann Ebhardt 
das bezeichnete — in der Regel ist zugleich eine angebliche Mehrzahl daraus gemacht — in 
seinen verschiedenen Schriften als „wertvoirS „ungewôhnlich richtig", „vorzuglich" u. s. w. 
nicht genug riihmen ; interessanterweise will er es aber nur in diesem einen Punkte, wo es dem 
ôrtlichen Befunde nach gar nicht richtig sein kann, als angeblich massgebend befolgen, wàh- 
rend er sich sonst uberall, und so auch da, wo es allem Anscheine nach richtig ist, unbedenk- 
lichst mit ihm in Widerspruch setzt, ebenso wie ja auch nahezu mit allem, was wir aus den 
Archivalien immerhin ûber den Thiereteiner Bau wissen konnen. 

Wâhrend der Restaurator der Hohkônigsburg mit einer bei derartiger Gelegenheit sonst 
unerhôrten Reklame in seiner „Denkschrift'' von 1900 u. a. verheissen hatte, dass seine „bis 
ins einzelne genaue Wiederherstellung" der Thiersteiner Burg auch „die berùhmtesten" bisherigen 
Restaurationen ubertreffen und uberhaupt „vorbildlich fur dies ganze Gebiet" sein werde, ist sie 
in Wirklichkeit — zugleich ja ein Millionenbau auf Staatskosten — jedenfalls fiir Burgen das 

^) Ein klares Bild von letzterem konnen wir uns auch deshalb nicht machen, weil in den Archivalien unter 
«ManteP auch der «Anstoss** verstanden wird, und die Massangaben, wie auch sonst, mit der Ortlichkeit nicht zu 
vereinen sind. 

2) In der Reichstagssitzung vom 15. Fcbruar 1904 erklârte Graf v. Posadowsky, er sei durch das ihm von 
Ebhardt daruber Vorgetragene ûberzeugt worden, dass ich mit meiner Anfechtung des Turmprojekts Un- 
recht habe. 



99 — 



Kervorragehdste Beispiel unserer Tage daftir, nWie man nicht réstaurleren 
soUe". 

Bei einem augenrâlligen Mangel an Verstândnis fur das deutsche Burgbauwesen hat der 
Architekt das seinige getan, der Hohkônigsburg in ihrer ausseren Erscheinung den fremdartigen 
Typus eines franzôsischen Schlosses aufzuprâgen, und neben einer damit zusammenhângenden, 
aber ins masslose iibertriebenen eintônigen Gteichfôiinigkeit der Ausgestaltung ist bezw. wird 
wieder an anderen Stellen, nur um einer hObscheren theaterburgmâssigen Wirkung willen, dem 
, Thiersteiner Baiie schlimme Gewalt angetan, ja seibst ein unersetzliches wehrbaùliches Unikum 
desselben in unverzeihiichster Weise bis zur Unkenntlichkeit umgebaut, Wie das Neugebaute 
auch sonst in allem der Thiersteiner Burg sicher nicht entspricht, so auch in manchen hervor- 
ragenden Einzelheiten iiberhaupt nicht einmal einem Burgbau, der statt dessen da — und zumal 
unter den gegebenen Umstanden — sonst etwa hâtte errichtet worden sein konnen. 

In der „Denkschrift" heisst es: „An den (se. bei den bisherigen Burgrestaurationen) ge- 
machten Fehlem haben wir gelernt." Musste man mit so besonders schweren Opfem noch dies 
in gleichei-, wenn auch vollends unCibertrefflicher Weise dazu dienliche Material herstellen? 



pt*)«ab 



pU.uh.- tir 



I,.i pc--.tc de Oi.cl-,viU,-r, 



LE PROBLÈME ALSACIEN ET LA LITTÉRATURE 

LETTRE A MONSIEUR CHARLES GRUBER 

A PROPOS DE SON RÉCENT LIVRE 

Monsieur, 

Il est des ouvrages qui valent et qui vivent par leur préface. L'anthologie, colligée par 
vous, des écrivains contemporains de l'Alsace ') nous paraît être de ce nombre. Votre intro- 
duction, véritable mémoire et qui embrasse un tiers du volume, est assurément la partie capitale 
du livre. Les fragments qui lui font suite — poésie, théâtre, roman ou fantaisie — peuvent être 
compris comme citations, exemples, pièces justif!catives. Car la littérature, si elle est le point de 
départ et le terme de votre étude, n'en fait point l'objet principal. De vos considérations littéraires 
jaillissent des idées générales qui atteignent à l'essence même du problème alsacien. Vous-même 
en avertissez le lecteur dès la première page: «Le mouvement qui, à la surface, se présente comme 
« un mouvement littéraire, est, au fond, affaire de culture ^ intéressant la race. » Par une voie 

') KARL GRUBER, Zalgenôssische Dichlutig des Elsasscs (La lilUrature contemporaine de r Alsace). Ludolf 
Beust, Strasbourg 1905. CXXV et 295 pages. 

^ 1^ mot de CHlIure (Kultur), dans l'acception présente, est presque un néologisme dont il nous faut nous excuser. 
Nous le risquons faute de mieux. Ni le terme de cj'riVisiid'o «, ni celui de^^ni'cn'en rendent suffisamment Be sens. 'Lacullure, 
dans son acception la plus étendue, dit M. Werner Wittich, embrasse la vte matérielle et mentale de l'homme, 
amenée à l'état de perfection par des soins incessants. Celte notion de culture s'étend unirormément a toutes les 
faces de l'existence. On parle de la culture économique, sociale, artiitique, scientifique d'un peuple; on parle de 
culture de la vie quotidienne en ce qui concerne le vêtement, ['alimentation, les plaisir*, la sociabilité etc. Tout 
cela désigne toujours le même perfectionnement de ces activités par des soins et des efforts ininterrompus.* — 
M. Witlicl) distingue deux formes principales de la culture: la «culture des sens» qui embrasse la musique, la peinture, 
la sculpture, les arts décoratifs et tout ce qui concerne l'ordonnance et l'ornement de la vie quotidienne ; et la 
«culture intellectuelle!, qui comprend la poésie, la sciencfi et la philosofihie. (WERNER WITTICH, Deutsche und 
/ranzôsiscke Kultur im Elsass. — Revue Alsacienne Illustrée, Tome II, 1900.) — Le lecteur voudra bien retenir 
ces notions, indispensables à l'intelligence de notre sujet. 



différente, vous aboutissez ainsi à une vérité que la Revue Alsacienne illustrée, — et vous êtes 
le premier à le reconnaître — depuis des années soutient et défend : La question alsacienne 
est une question de culture. Avec une logique, un esprit de suite remarquable, vous pour- 
suivez cette thèse jusqu'à ses ultimes conséquences. Qu'il nous soit permis de reprendre vos 
développements. Maintes fois, nous aurons sujet de louer vos aperçus ingénieux, de sous- 
crire à vos suggestives conclusions. D'autre part, nous n'hésiterons pas à vous opposer, à plu- 
sieurs reprises, notre point de vue différent et nos déductions divergentes des vôtres. La Revue 
Alsacienne saisit avec empressement une occasion aussi honorable de professer quelques unes 
des idées qui sont sa force directrice, voire sa raison d'être. Vous voudrez bien, Monsieur, 
trouver dans la chaleur que nous mettrons à justifier nos objections, un acquiescement à votre 
autorité et un hommage à votre talent. 



«Je ne crois pas à une mission artistique particulière à l'Alsace, mais, plus modestement, 
«au devoir, qui s'impose à tout Alsacien, de prendre fait et cause pour la culture de son pays.» 
— Ce propos simple et vaillant, vous le mettez à exécution avec la plus rare et la plus méritoire 
de toutes les hardiesses: l'insouciance de déplaire, même à vos partisans. Malgré vos accoin- 
tances avec l'un ou l'autre de nos cénacles littéraires, vous ignorez les complaisances et vous ré- 
pugnez à l'encensement. Il suffît, pour s'en convaincre, de lire votre jugement sur les «Expéditions 
vosgiennes» (Wasgaufahrten) du poète Fritz Lienhard. Et votre critique n'a rien de dogmatique. 
Là où votre admiration s'éveille, vous jetez allègrement au vent le bonnet du juge et dites votre 
impression avec une communicative chaleur. Nous n'en voulons pour preuve que votre appré- 
ciation des jumeaux-poètes Matthis, un des meilleurs morceaux de votre étude. Grâces aussi 
vous soient rendues d'avoir restitué à notre poète national Emile Erckmann les honneurs qui 
lui sont dûs, et que certains croient devoir lui contester. Enfin, nous n'avons garde d'oublier la 
place honorable que vous assignez à la Revue Alsacienne illustrée dans le mouvement artistique 
et intellectuel alsacien. Lors même que vos vues s'écartent des nôtres, vous ne vous départez 
jamais de cette courtoise impartialité, qui ramène toujours vers un terrain d'entente, parce qu'elle 
émane d'un commun sentiment, inaccessible à la discussion: le culte de l'Alsace. Il est, le 
vôtre, éclairé et raisonné. Vous avez tout lu, tout scruté. Vous possédez à fond un sujet com- 
plexe et épineux entre tous. Vous excellez à discerner les affinités, à dégager les idées con- 
ductrices, à répartir les ombres et la lumière. Tout en notant les «mouvements superficiels» qui 
se traduisent par la littérature, vous en analysez le foyer profond, la culture. Et grâce à 
cette méthode, vous arrivez à redresser des erreurs accréditées et à toucher du doigt 
le mal dont souffre la culture alsacienne. 



V éternelle intrusion de la politique dans le domaine de la culture, telle est cette maladie. 
Et l'erreur qui découle de ce malaise et qui l'entretient, c'est ce préjugé: la culture alsacienne 
réduite à V inertie durant les deux siècles de la domination française. Écoutons et méditons votre 
rectification. — Après une éclipse passagère, due à la guerre de Trente ans et à ses causes, et 
après l'annexion. de l'Alsace à la France, la culture alsacienne, si florissante naguère, ne tarde pas 
à prendre un nouvel essor. Seulement, l'évolution s'accomplit dans une voie opposée à celle 
de la culture allemande. L'Alsace, sous l'égide de la France et en communion d'intérêts et 



— 102 



d'aspirations avec la France, s'affirme dans le domaine positif, le domaine rationaliste, comme 
vous dites. Elle y développe deux des dispositions innées de sa race; elle y élève ses deux 
représentants les plus typiques : le soldat et industriel. La Révolution française trouve dans les 
esprits un terrain bien préparé et surexcite les facultés de TAlsacien. Aux légendes fantastiques 
dont rimagination populaire animait jadis les solitudes silvestres et les hurgs délaissés, 
elle substitue la poésie, vivante et vécue, des héroïques prouesses. Volontaires de Quatre- 
vingt-douze et grognards de Napoléon, les fils de TAlsace composent à leur pays une mer- 
veilleuse épopée nationale qui longtemps chantera dans les esprits et défraiera les contes de la veillée. 
Traduite en récits tour à tour familiers et épiques, elle a fait d'Emile Erckmann le poète national 
de TAlsace au XIX® siècle. Ainsi attirée par de multiples et intimes affinités, l'Alsace parfait sa 
fusion avec la France et participe activement à la «culture des sens» ^) française. La «culture 
intellectuelle » de TAlsace, par contre, reste fidèle à la tradition germanique, sans réussir pourtant 
à garder le pas avec la culture allemande rajeunie. Les représentants de ce traditionalisme sont 
des poètes, Ehrenfried Stœber, Lamey, Otte, Auguste et Adolphe Stœber, et les théologiens de 
la Faculté de Strasbourg. Mais — vous y insistez à bon droit — ce culte de la poésie et de la 
pensée allemandes reste exempt de toute velléité politique, et ils s'abusent étrangement, ceux qui 
veulent voir et faire voir, dans ces fervents de la culture allemande, des mécontents visant à 
une séparation politique d'avec la patrie française. 

Qu'il nous soit pardonné de vous interrompre par une constatation. Donc, jamais la France 
n'a imposé à l'Alsace un idéal étranger au génie alsacien. Elle n'a fait que stimuler les aptitudes 
de la race alsacienne, et dans ces aptitudes elle retrouvait les siennes. Cette vérité, si lumineuse- 
ment démontrée par vous, fera-t-elle taire enfin des déclamations rebattues et erronnées? Des 
hommes souvent érudits et parfois intelligents persisteront-ils à proclamer la sensibilité alsa- 
cienne hostile à la soi-disant futilité fvelche, et l'Alsacien incapable, à moins de faire violence 
à sa nature, de comprendre le génie français et d'en être compris? 

Mais reprenons le fil de votre discours. — Pendant que la France et l'Alsace s'acheminent, 
d'un commun accord, à la réalisation de leur idéal rationaliste, celui de l'homme d'action, l'Alle- 
magne a poursuivi, dans une voie diamétralement opposée, son idéal spéculatif, celui de l'homme 
de pensée, qui s'incarne dans ses quatre grands génies Goethe, Kant, Wagner, Bœcklin. Remise 
en possession de l'Alsace, l'Allemagne fait aussitôt appel à l'ancienne communauté de culture, 
depuis longtemps effacée et oubliée. Naturellement, elle n'est pas comprise, et elle suscite ainsi 
«des collisions de vues, qui sont l'essence même du problème alsacien. La question alsacienne 
^est une question de culture.^ 

Cette vérité, à se faire jour a mis trente années. Trente ans durant, les conflits de senti- 
ments et d'idées dont vous nous marquez la genèse ont affecté le caractère de luttes politiques 
aiguës. Enfin, les représentants d'une génération pensante nouvelle, dont l'avènement coïncide 
avec celui du siècle nouveau, portent le différend sur son véritable terrain, celui de la culture. 

Que nous ajoutions à votre exposé un court épilogue : Cette évolution ne s'accomplit pas sans 
efforts ni obstacles. De part et d'autre, elle est souvent méconnue. Renoncer à l'inertie, jadis 
décrétée par la Ligue d'Alsace, c'est, aux yeux dôfe uns, le reniement de tout le passé. Se 
refuser à une abdication pure et simple de sa personnalité, dénote, pour les autres, des arrière- 
pensées subversives. La politique, l'odieux refrain, comme dit Goethe, ne laisse de revenir 
à la charge, et son vieil arsenal fournit encore des dards, que la rouille néanmoins commence 
à envahir: Protestataires! Renégats! 

Ces malentendus, la Revue Alsacienne s'applique depuis longtemps à les dissiper et à main- 
tenir la question dans son véritable domaine. Un Allemand, le Professeur Wittich, un Français, 
M. Maurice Barrés, un Alsacien, Eugène Muntz, ont donné, ici-même, à ces conceptions une expres- 
sion précise et leur ont prêté des arguments persuasifs et des rhythmes éloquents. Qui de nos lec- 

^) Voir la note 2 à la première page de cette étude. 



103 



teurs n*a présent à la mémoire Témouvant appel que notre compatriote nous adressait du seuil 
de la tombe: 

. . . Notre tâche est obscure, elle exige toute Tab négation et toute la patience dont un peuple est 
susceptible, dès qu'il souffre avec espoir de guérison. Nous avons été jadis, nous sommes encore et nous 
devons toujours rester l'élément neutre entre Germains et Latins, nécessaire à la civilisation et au progrès. . . 

Il faut transporter la lutte sur un autre terrain que celui où nous Vavions placée après la guerre, . , 
En toutes questions de science, d'art ou d'industrie, l'avenir est aux forts qui savent utiliser les dernières 
conquêtes de l'esprit humain et, comme Antée, reprendre courage, à chaque défaillance, au contact du sol 
natal. jeunes Alsaciens, derniers représentants de notre antique force, restez auprès du dépôt sacré, veillez 
sur lui! . . Quel que soit l'uniforme des fonctionnaires entre les Vosges et le Rhin, ni la nature du sol, ni 
le souvenir de nos morts, ni les légendes de nos saints ou de nos héros ne peuvent et ne doivent changer. 
Que votre esprit et celui de vos enfants soit plus invariable encore ! (Eugène MQntz, Adresse aux Alsaciens. 
— Revue, T. VI). 



Nous avons indiqué, Monsieur, celles de vos idées qui se confondent avec les 
nôtres. Marquons maintenant les points où nos rayons visuels se séparent. Nous avons deux 
objections de principe à vous présenter. Premièrement, nous serions tentés de vous chercher 
une querelle . . d'Alsacien à propos de votre titre: La littérature contemporaine de l'Alsace. 
Qu'est-ce que la littérature de l'Alsace? Est-ce celle qui tire ses sujets de Thistoire ou de la 
légende alsaciennes, qui situe ses fables dans les paysages ou dans les logis alsaciens ou 
qui s'attache aux conflits de Tâme alsacienne? Mais à ce compte, de quel droit en exclure 
M. René Bazin que vous ne mentionnez qu'incidemment ou bien le Suisse Wilhelm Sommer, dont 
vous ne prononcez pas même le nom ? 

— C'est, répondrez-vous sans doute, que ces auteurs n*ont jamais été alsaciens. 

Mais que dites-vous de MM. André Lichtenberger, Edouard Schuré, Robert Scheffer, nés 
en Alsace de pères alsaciens? 

— Ces écrivains ne sont plus alsaciens, ayant «tourné le dos» à l'Alsace, ou n'em- 
pruntent pas leur inspiration à ce pays. 

En épluchant votre liste des « littérateurs de l'Alsace», c'est notre tour à n'être plus d'ac- 
cord. Vous écartez les uns comme n'étant plus des écrivains alsaciens? Nous récusons les 
autres pour ne l'être pas encore. 

Vous allez nous mettre en demeure, nous le pressentons, d'expliquer nettement ce que nous 
appelons un Alsacien. Cela équivaut à nous demander de définir le terme de race. Dans notre 
vie quotidienne, on a accoutumé de distinguer entre indigènes et immigrés. Mais ces 
expressions peuvent prêter à l'équivoque. L'Alsace , route des peuples et pays béni, de 
tous temps a alléché les étrangers, les immigrants. «On y accourt de Souabe, de Bavière, de 
Lorraine, de Bourgogne, et l'on se soucie rarement d'en repartir.» Ainsi s'exprime, en 1541, le 
cosmographe Sébastien Munster, et nous savons que le phénomène, à cette époque, n'était pas 
nouveau. Un grand nombre d'entre nous pourraient donc, en remontant le cours des temps, 
établir leur filiation avec des immigrés. Mais à travers les âges, un travail d'assimilation 
s'est poursuivi. Les nouveaux venus, et après eux leurs descendants, durent s'adapter au climat 
physique et moral de leur terre d'élection. Ils se nourrirent de ses fmits. Ils se soumirent à 
l'ascendant du sol et du milieu. Ils communièrent dans les souffrances et dans les joies avec 
les enfants du sol. Ils s'allièrent avec eux et en transmirent les caractères physiques et men- 
taux à leurs héritiers. Ainsi, leur manière de sentir et de penser, par une élaboration lente 
mais continuée à travers maintes générations , s'est transformée en pensée et en sentiment 
alsaciens. Et si, d'aventure, un de leurs descendants naquit avec le don des arts ou des lettres 



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et prêta des formes et des voix à 1 ame alsacienne, il fut, dans l'acception que nous donnons 
à ce nom, un artiste, un poète alsacien. 

Cette assimilation, les immigrés récents à leur tour la subiront, d'autant plus complète et 
plus fructueuse que, moins imbus de leur «supériorité» et moins préoccupés de leur «mission», ils 
sauront, avec une plus déférente docilité, se subordonner aux injonctions du climat alsacien. Mais 
pareille transformation ne peut être que lente et, forcément, embrassera plus d'une génération. 
Ceux qui, dès à présent, sont appelés à s'exprimer dans la langue des dieux, n'ont pu prendre 
encore un contact intime avec Tâme alsacienne. La plupart d'entre eux appartiennent ou re- 
montent à une caste, incapable, par ses privilèges et par ses préjugés, de communier avec Tâme 
populaire. Cette caste obéit à de lointaines consignes; comment entendrait-elle les commande- 
ments d'un sol parfois passagèrement foulé? Son idéal est d'essence politique: uniformité, 
centralisation, hiérarchie. L'indépendance provinciale lui est suspecte de séparatisme. La 
tradition populaire lui apparaît routine. Ses membres peuvent être interprètes de la culture 
allemande en Alsace et, à ce titre, s'imposer à notre considération: ils ne sont pas et ne 
peuvent pas être représentants de la culture alsacienne. 

Car nous croyons à l'existence et à la vitalité d'une culture alsacienne. Les géographes *) 
ont reconnu une individualité propre à notre terre d'Alsace et à son climat, c'est-à-dire au 
support de notre tempérament et de notre caractère. Cette originalité, comment la dénier dès 
lors à l'expression de notre vie matérielle et morale? Notre culture est distincte des cultures 
allemande et française, bien que fécondée par elles. De ces deux éléments combinés, le 
ferment alsacien a fait une substance nouvelle, d'une saveur à part; qu'on ne vienne donc pas 
se récrier sur une mixture panachée et indigeste ! — Dans quelles proportions les deux grandes civili- 
sations voisines contribuent-elles à la nôtre ? Ces rapports se dérobent à la toise et à la balance, 
et sont d'ailleurs variables. Peu importe. L'organisme sain opère une sélection: il digère et 
assimile ce qui est conforme à sa nature, il élimine ce qui la contrarie. 



Telle est. Monsieur, notre conception de la culture alsacienne, et voilà ceux pour qui nous 
acceptons ou déclinons la qualité d'Alsaciens. Et c'est pourquoi, quand vous affirmez qu'un 
romancier — de talent , pourquoi non ? — né dans la Prusse rhénane , transplanté, enfant, 
dans un lycée du «Pays d'Empire» et qui a quitté ce pays à l'âge de dix-neuf ans, a droit au 
titre «d'artiste du terroir alsacien», nous demandons quelle corrélation peut bien rattacher l'ins- 
piration de ce passant à un «mouvement littéraire qui procède du tréfonds de notre race.» 

Ce désaccord pourrait bien n'être qu'apparent. Veuillez vous rappeler votre jugement final 
sur la « littérature contemporaine de l'Alsace». Des trois groupes*) qui, selon vous, la résument, 

*) Le Professeur Gerland et M. Vidal de Lablache. — Voir la Revue, Tome VI, pages 75 et 77. 

^ M. Gruber discerne, dans la « littérature contemporaine de l'Alsace », trois lignes principales : 

1® La ligne allemande. Elle cherche à renouer le lien avec Tancienne Alsace germanique. Elle s'inspire le 
plus souvent du paysage alsacien, de son histoire, de ses légendes, «i?//^ n'est pas de souche alsacienne*. Elle 
se recrute principalement parmi les Vieux-Allemands et les Alsaciens appartenant au corps enseignant. Elle a son centre 
de gravité dans l'association dite Alsabund qui publie la revue Erwinia, Ses principaux écrivains sont: Fritz 
Lienhard, Christian Schmitt, Th. Vulpinus, Reginus, Hermann Stegemann. 

2® La ligne nationale alsacienne. Elle tire son principal lustre des peintres. En littérature, elle est réduite 
à l'usage du dialecte et puise de préférence ses sujets dans Tatmosphère des villes. Sa manifestation capitale est 
le «Théâtre alsacien». Ses principaux littérateurs sont: Gustave Stoskopf, Jules Greber, Ferdinand Bastian et les 
poètes lyriques Adolphe et Albert Matthis. 

30 « La pins Jeune Alsace > ^Das jûngste Elsass), Ce groupe n'a eu qu'une existence éphémère. Il a publié 
ses manifestes et ses œuvres dans la revue Der Siùrmer (L'Assaillant) qui a eu quatre mois d'existence. U se 



— 105 — 



un seul — celui qui cultive le champ limité du dialecte — est foncièrement alsacien, vraiment 
national. Des deux autres, Tun se confond avec la littérature de l'Allemagne, et l'autre ne se 
soucie pas de la tradition alsacienne. Telle est votre conclusion. 

Mais alors, que reste-t-il d'une littérature alsacienne? Quelques poètes du dialecte, qui 
nous ont donné des œuvres de mérite et qui autorisent encore de belles espérances. C'est 
un heureux début. Mais ces poètes eux-mêmes n'ont pas la prétention de constituer à eux seuls 
une littérature. Nous voulons donc bien qu'il se fasse de la littérature en Alsace, mais cette 
littérature, dans sa majorité, n'est pas et ne peut pas être une littérature alsacienne. 

Cet aveu ne nous cause nulle confusion. Nous nous élevons contre ceux qui, 
de ce fait, ont voulu ou voudraient conclure à une infériorité. Si l'Alsace a traversé 
des vicissitudes qui ont contrarié ou retardé l'éclosion d'une littérature, son génie, cepen- 
dant, n'est pas demeuré inactif: c'est votre mérite d'y avoir insisté Dût même ce retard se 
prolonger, qu'en faudrait-il conclure.^ Un peuple peut tenir une place considérable dans la cul- 
ture universelle, sans se signaler dans tous les domaines de l'art et de la pensée. Qu'un exemple 
prétentieux illustre notre idée: Après Durer et Holbein, la peinture allemande s'étiole et tombe, pour 
des siècles, dans la dépendance de l'Italie, puis de la France ; et l'Angleterre n'a jamais mis au 
monde un musicien ni un sculpteur. Ces deux nations se sont dédommagées sur d'autres 
terrains: elles ont produit Shakspeare et Beethoven. 



Nous arrivons. Monsieur, à notre seconde objection, que nous vous présenterons sous 
forme d'interrogation: Quel rôle assignez-vous, en Alsace, à la culture française? Nous ne 
discernons pas très clairement votre sentiment à cet égard. Sans doute, vous convenez — in- 
cidemment — que «nous portons en nous-mêmes les meilleurs éléments de la culture fran- 
« çaise. » Sans doute, vous traitez avec une ironie méritée le « préjugé » des « patriotes allemands » 
sur la « culture panachée » (Mischkultur) de l'Alsace moderne, « cette chose misérable et hybride 
«qui fait le fonds de l'œuvre presque tout entière d'un Conrad-Ferdinand Meyer. » Sans doute, 
nous vous avons vu réfuter victorieusement la formule, nous allions dire la rengaine, de «l'Alsace 
reposée» (der ausgeruhte StammJ^ et vous admettez la participation et la collaboration de 
l'Alsace à la brillante «culture des sens» française. [Et qui donc, après la magistrale étude 
publiée ici-même par le professeur Wittich ^), oserait désormais y contredire et dénier à l'Alsacien 
d'aujourd'hui le droit de maintenir cette culture des sens française qui lui confère une incon- 
testable supériorité?^] Mais à vous en croire, l'influence de la «culture intellectuelle» française 
sur les Alsaciens aurait été nulle, et c'est ici que nous ne nous entendons plus. D'abord, la culture 
des sens et celle de l'esprit sont-elles séparées de barrières infranchissables ? Non, assurément. Les 
rubriques et les catégories délimitées de gros traits rouges ou noirs sont la gloire de la paperasse ; 
la nature ne les connaît pas. M. Wittich le sait aussi bien que nous et, dans sa classification, à 
coup sur, n'a vu qu'un moyen d'ordonner et de simplifier, pour le rendre intelligible, un sujet 

désintéresse de la tradition alsacienne et aspire à régénérer la culture allemande par une « Renaissance alsacienne ». 
«^Ses membres, pour la plupart, ne sont pas de sang alsacien». Principaux représentants: René Schickelé, Hans 
Karl Abel et Bernd Isemann. 

^) Voir la note 2 à la première page de la présente étude. 

*) «... L'Alsacien puisera, dans le mouvement démocratique de l'Allemagne et dans la supériorité partout 
avérée de la culture des sens française, le droit et la force de maintenir, du moins provisoirement, ces idées et ces 
habitudes qui lui sont chères. Il ne dépendra pas tant du mouvement de la culture alsacienne dans la direction de 
la culture allemande, mais bien plus de révolution de la culture allemande dans le sens de la culture française, que 
les différences entre l'Alsace et l'Allemagne s'effacent plus ou moins rapidement » (Werner Wittich, 1. c.) 



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extrêmement complexe. Est-il possible de s'assimiler la «culture des sens» d'une nation au 
point d'y prendre une part active, et de se montrer réfractaire à sa «culture intellectuelle»? 
L'une et l'autre ne sont-elles pas reliées par des fibres ramifiées à l'infini? 

Sans doute, même après la Révolution, la culture intellectuelle du peuple alsacien d'abord 
demeure allemande. La différence de langage l'exige. La France n'a garde de compromettre, 
en la brusquant, une assimilation que l'avenir garantit infaillible. Et en effet, vers le milieu du 
XIX« siècle, la langue française a gagné du terrain, et en 1870 la re-latinisation des classes in- 
struites est à peu près consommée. Celle du peuple ne fait que commencer, mais elle eût pro- 
gressé rapidement, si le cataclysme ne l'eût brusquement arrêtée. 

Mais, objecterez-vous, où sont les œuvres et les écrivains attestant cette pénétration de 
l'esprit alsacien par la «culture intellectuelle» française? — Soyez équitable. Une période de 
transition (ne faudrait- il pas dire: deux?) n'est pas favorable à l'éclosion de chefs-d'œuvre. Et 
pourtant, dans la phalange peu nombreuse que représentent deux à trois générations d'Alsaciens 
nourris de pensée française, une foule de noms se présentent à la mémoire. Il n'est pas 
permis de négliger, dans le tableau de notre « culture intellectuelle », des historiens tels que Louis • 
Spach, Louis Schnéegans, Charles Schmidt, Jean-Henri Schnitzler, Gustave Rothan, Eugène Muntz, 
MM. Charles Diehl, Jacques Flach, Auguste Hanauer, Auguste Himly, Chrétien Pfister, Rodolphe 
Reuss, Gustave Schlumberger, Alfred Weber ; des philosophes comme G.-A. Hirn ; des juriscon- 
sultes comme Rau et M. Ernest Lehr ; des économistes comme Frédéric Schûtzenberger, Charles 
Grad et M. Léon Lefébure; des publicistes comme Nefftzer, Charles DoUfus, J.-J. Weiss, Joseph 
Liblin, Auguste Schnéegans; des critiques tels que MM. Paul Acker, Henri Albert, Femand 
Baldensperger, Adolphe Bossert, Auguste Ehrhard, Ernest et Henri Lichtenberger, Henri Schœn. 
Ce ne sont pas là, assurément, tous hommes de premier plan; mais parmi les écrivains, 
nourris de culture allemande, qui peuplent votre recueil, en pourriez-vous citer qui les surpassent? 

Vous ayant lu, nous prévoyons votre riposte : Les contemporains précités nous ont « tourné 
le dos» après 1870 et ne sont donc plus des nôtres. — Nous n'admettons pas cette exclusion, 
dont nous aurons à reparler. Bornons-nous, pour le moment, à constater avec vous que 
«l'option a signifié une déperdition de vie intellectuelle en Alsace, dont il faudrait tenir 
<^ compte davantage en étudiant l'époque consécutive à la guerre,» Vous avez mille fois 
raison. Monsieur, d'insister sur ce fait. Il saute aux yeux et pourtant fut toujours négligé 
de ceux qui ont abordé notre histoire ou notre psychologie contemporaine. Néanmoins, 
ne tombez- vous pas dans l'excès contraire, lorsque vous ajoutez: «Jusqu'à ce que l'avant- 
« garde de la germanisation, l'école, pût combler ce vide immense, il fallut qu'un quart 
« de siècle s'écoulât. En attendant, la culture absente fut représentée par le clergé, état de choses 
« d'un primitif presque moyenâgeux : le peuple et la bourgeoisie, déjà fâcheusement nivelés avant 
« la guerre, retombèrent dans le rôle des laïcs incultes. » — Ici, nous ne pouvons nous retenir 
de crier holà! et de protester contre cette persistance à nier ou à ignorer le rôle de la culture 
française. Ah certes! L'Alsace ne s'est point guérie, elle ne se guérira jamais du marasme où 
l'a plongée cette saignée néfaste. Mais elle trouva en elle-même la force d'y survivre. Parmi 
la bourgeoisie soucieuse des choses de l'esprit, une minorité demeura ferme au poste. Les 
minorités ne comptent pas dans les assemblées politiques; dans le domaine de l'intelligence, 
certaines minorités s'appellent des élites, et ces élites donnent le ton autour d'elles. Durant ces 
années de repliement, une élite, en Alsace, continua à se soutenir par la culture française, en 
attendant que s'éveillât en elle la conscience alsacienne. 



Réveiller et fortifier cette conscience alsacienne, telle est la tâche que s'est proposée la 
Revue Alsacienne illustrée. Peut-être n'est-il pas superflu d'opposer ce but aux réserves dont 



— 107 — 



vous restreignez, Monsieur, les éloges que vous voulez bien lui décerner. L'une de vos objec- 
tions, d'ailleurs, est moins une critique que l'expression d'un regret de voir la Revue laisser 
subsister une lacune dont nous ne songeons pas à nier l'existence: «La. Revue Alsacienne 
«... pourrait être l'organe littéraire centralisateur de toute l'Alsace-Lorraine. » Hé , sans 
doute! La Revue pourrait être cela et bien d'autres choses encore. Mais nous pensons qu'il 
est de plus pressants besoins. La littérature alsacienne, nous l'avons dit, viendra à son heure. 
Nous ne croyons pas que cette heure puisse avoir déjà sonné. Encore un coup, pour que 
fleurisse une littérature vraiment alsacienne, il faut — vous-même, Monsieur, nous en four- 
nissez la formule — que nous ayons renouvelé notre individualité intellectuelle et nationale. 
« La Revue, ajoutez-vous, ne peut encore se résoudre à s'avouer que la fécondation en doit venir 
« de l'Allemagne. » — De l'Allemagne seule, rectifierons-nous. Nous ne prétendons nullement 
répudier la culture allemande ni méconnaître son rôle dans notre mentalité; nous convenons 
qu'elle lui est indispensable. Mais il faut se restreindre et diviser le travail. Assez de bonnes 
volontés s'empressent aujourd'hui à faire bénéficier l'Alsace de la culture allemande. Nous 
pouvons, nous devons porter nos efforts là où ils sont plus urgents. Il s'agit de capter une 
source fertilisante qui menace de se perdre. Cette source, c'est la culture française. Ce n'est pas 
à dire que la Revue cherche « à faire durer l'illusion que Paris puisse, aujourd'hui encore, diriger 
« notre destinée intellectuelle. » Si tel était son dessein, elle s'y appliquerait bien mal, convenez-en, 
puisque, dans ses colonnes, «des articles critiques sur la littérature française font défaut.» Hél 
qu'y viendraient-ils faire? Nous ne prétendons nullement égaler ou supplanter les revues parisiennes 
qui se lisent dans notre pays. Notre principe directeur, plus encore, notre raison d'être, c'est 
— pour nous approprier un mot célèbre — d* envisager toutes choses par rapport à V Alsace, 
C'est par rapport à la culture alsacienne que nous envisageons la pensée française, et nous 
estimons que, nous voir sevrés de cette sève vivifiante, signifierait pour nous \in amoin- 
drissement. Pour parer à cette disgrâce, nous ne voyons pas de meilleur moyen que de 
mettre en lumière, en remontant au passé, tout ce pourquoi l'Alsace est la débitrice de la culture 
française. A une œuvre de salut nous allions ainsi un acte de justice et un témoignage de piété. 
Nous n'acceptons pas qu'une fraction de nos traditions soit ravalée au profit d'une autre. Nous 
vénérons de la même ferveur tout ce qui a contribué à notre physionomie mentale et mo- 
rale. Nous répugnons à voir susciter un antagonisme entre deux courants qui, , avec une 
égale générosité, ont fertilisé notre terre, ce sol dont la vertu propre, ainsi stimulée, a fait 
éclore des fleurs qui ne germent pas ailleurs. 

Pareil antagonisme serait néfaste pour la culture de l'Allemagne non moins que pour la 
nôtre. Est-il possible qu'on ne le comprenne pas? L'Alsace, dans le temps qu'elle collaborait 
à la civilisation française, a entretenu vivaces les racines qui lui transmettaient les sucs nourri- 
ciers germaniques -— et elle a rendu service à la France. Et l'Alsace allemande d'autrefois 
s'est incessament alimentée de substance française — et la culture allemande y a gagné. Faut-il 
vous en énumérer des exemples que vous connaissez bien? L'art roman d'Alsace s'est prêté à 
de fructueuses influences clunfeiennes. ^) Nombre de nos églises ogivales réalisent une harmo- 
nieuse association de gothique allemand et français. ^) La sculpture alsacienne du moyen âge, pour 
ses œuvres les plus parfaites — V Eglise et la Synagogue — cherche ses modèles à Chartres 
et à Laon ^). L'Alsacien Gottfrid de Strasbourg, auteur de « Tristan und Isolt » et l'un des trois 
grands poètes allemands du moyen âge, s'inspire de « Tristan et Iseut », poème français de 
Thomas de Bretagne. Le Strasbourgeois Jean Fischart, le plus grand poète allemand du XVI® 

^) Exemples : Marmoutier, Niedermiinster, Andlau, Schlestadt, Guebwiller, Murbach, Lautenbach. — Aux lecteurs 
que rebuteraient de volumineux traités, nous recommandons, à ce sujet, un instructif petit livre: A. v. HOFMANN, 
Historischer .Reisebegîeiter fur Deutsckland, II. Die bayrische Pfalz und dos Reichsland Elsass-Lolhringeu, 
Carlsruhe 1905. — Cette indication se rapporte aussi à l'objet de la note suivante. 

^ Les cathédrales de Strasbourg, Colmar, Wissembourg; St-Nicolas de Haguenau, St-Arbois de RoufTach. 

^) FRANCK, Der Meister der Ecclesia und Synagoge am Strassburger Munster. Dusseldorf 1903. 



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siècle, se nourrit de la « substantificque mouelle» rabelaisienne. Et l'Alsace enfante en Brant, 
Miirner, Fischart, Moscherosch les seuls poètes allemands dignes de figurer dans un genre plus 
proche de la malice française que de la sensibilité allemande: la satire. 

Dès lors, que signifient les rhapsodies de certains bardes et leurs nausées des moissons 
alsaciennes d'hier, « panachées » et « avariées par Tivraie welche » ? Sous les séculaires frondaisons 
teutonnes, dont les purs effluves surexcitent leurs enthousiasmes, voici que chaque tronc récèle 
une vivace greffe française. 



Que la langue française soit en honneur à la Revue, tel est, Monsieur, votre 
principal grief. Vous allez plus loin encore. Vous n'admettez point que le génie alsacien 
puisse s'exprimer autrement qu'en un idiome germanique. Nous avouons, quant à nous, 
ne pas comprendre pourquoi un écrivain, alsacien de race et d'inspiration, mais français de 
langue, pour ce fait se verrait exclu de la littérature alsacienne. Vous en jugez différemment. 
Sinon, comment expliquer votre silence sur le Henri Farel de Louis Spach, œuvre inégale 
peut-être, mais roman d'analyse d'une surprenante acuité de vision et, en tous cas, d'un intérêt 
considérable pour l'histoire de notre culture? Erckmann, lui aussi, aurait, par la langue 
française, nui à son œuvre et «manqué le public pour qui il écrivait.» Pareillement, la Revue 
Alsacienne : « S'il est désirable, dites-vous, que l'Alsacien d'élite maintienne intact son patrimoine 
« linguistique agrandi , et s'il est certain qu'il le maintiendra, ... il ne faut pas se dissimuler 
«pourtant que les besoins intellectuels des trois quarts au moins de la multitude bigarrée ne 
«peuvent plus être satisfaits par la langue française. . .» — Nous répliquons: L'obligation de 
conserver ce patrimoine et d'en prêcher la conservation suffirait à justifier la prépondérance 
de la langue française dans la Revue Alsacienne; car on ne prêche efficacement que par l'exemple. 
Et puis, êtes-vous bien sûr. Monsieur, de votre statistique? Pour qu'elle fût concluante, il faudrait, en 
bonne justice, de cette « multitude » éliminer tout d'abord tous ceux qui ne nous liraient pas 
davantage, si nous abandonnions la langue française. Faut-il vous rappeler le sort de certaines 
revues de langue allemande que nous avions vues naître autour de nous ces dernières 
années ? 

En dénombrant nos lecteurs, vous omettez une autre catégorie d'Alsaciens de langue fran- 
çaise (dont les écrivains n'ont pas trouvé place non plus dans votre tableau de la littérature 
alsacienne). Et cependant vous faites allusion, en quelque endroit, à ces «alliances et liens de con- 
«sanguinité qui se ramifient au-delà des Vosges et qui exercent sur l'âme alsacienne une influence 
<!:qu*on n'a pas suffisamment respectée,^ On ne saurait mieux dire, mais ne parlez-vous pas 
un peu pour vous? Veuillez vous rappeler, par contre, notre définition de l'Alsacien. Notre pro- 
gramme a toujours réclamé l'unité et l'indivisibilité de la famille alsacienne. Séparés de nous 
par les frontières, les absents restent nos frères par l'origine et la mentalité. La génération qui 
arrive à maturité est encore née en Alsace de lignées alsaciennes. Certes, nous professons le 
principe de Fritz Hartmann ^) : L'Alsace ne peut exister que chez elle ! — Mais «où qu'ils aillent 
et plongés dans les milieux les plus dévorants, a dit ici-même M. Barrés^), ils demeureront la 
continuité de leurs pères et, pendant un long temps encore, participeront de la conscience 
alsacienne.» C'est pour cette raison que nous refusons de voir exclus de notre vie intellectuelle 
les Alsaciens lointains, que nous suivons avec intérêt leurs efforts, que nous saluons avec orgueil 
leurs succès. Il y a là une part de notre patrimoine qui fructifie. Nous sentons que l'Alsace 

^) L'Industriel alsacien du 23 Septembre 1872. 

^ La conscience alsacienne. — Revue, Tome VI, page 43. 



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14 



est en droit d'attendre, de ces enfants dispersés, un tribut qui rachète un peu le mal que 
lui a fait leur abandon. 



De cette attitude, des détracteurs ont pris texte pour nous inculper de « loucher pai-dessus 
la frontière», pour nous traiter de «protestataires déguisés». Ces «délits» pouvant, dans ce pays, 
allumer la vindicte de la marécliaussée, on discerne sans peine l'objectif, déguisé aussi, de ces 
accusateurs: l'intimidation. Une fois de plus, c'est, dans l'asile des idées, l'irruption de la po- 
litique avec son instrument le moins noble, la suspicion. Que nous importe! Pareilles ma- 
nœuvres n'ont prise que sur les ambitieux. Et l'imputation d'apostasie ne nous atteint pas 
davantage. Nous ne quémandons pas les suffrages, et la défaveur ne nous émeut guère. Des 
mobiles nous animent, plus puissants que le souci de l'opinion: l'instinct de la conservation et 
la conscience de nos responsabilités. Nous ne songeons pas à déguiser notre pensée, et notre 
tâche est exempte d'équivoque. Nous avons repris l'œuvre des Siœber dans la direction nou- 
velle que nous imprima le coup de barre de l'annexion. Comme eux, nous tentons le sauve- 
tage d'un galion commis à notre fidélité par nos pères, et dont la perte serait pour nous une 
déchéance. Un Jour, quand, dans le domaine des idées, on dédaignera les prohibitions douanières, 
peut-être nous saura-t-on gré de nos obscurs efforts. Et dussions-nous ne plus saluer réclosion 
de cette aurore, nous ne tenons pas pour vain ce labeur. «L'essentiel en ce monde, dirons- 
nous avec Edouard Schuré, n'est pas de réussir, c'est d'avoir une haute volonté. Si nous rie 
pouvons être des moissonneurs joyeux, soyons des semeurs confiants et hardis ! » 

Au nom de la Revue Alsacienne illustrée: 
Df F. DOLLINGER 



LA MUSIQUE FRANÇAISE ET LA MUSIQUE ALLEMANDE 
EN ALSACE 



Les musiciens allemands vivent trop sur l'idée que la musique française est restée à 
la remorque de Wagner. L'influence wagnérienne, considérable en Fiance pendant une dizaine 
d'années, de 1885 environ aux approches de 1900, a été complètement battue en brèche par la 
jeune école de compositeurs et de critiques, ralliés autour du nom de Claude Debussy, Il ne 
faut pas croire que ce mouvement d'indépendance soit uniquement représenté par Debussy. 
Debussy n'en est que le champion le mieux doué. Le mouvement est à peu près universel. 
Plusieurs enquêtes, publiées dans ces dernières années par les revues françaises '), montrent la 
presque unanimité de cet esprit d'émancipation. Claude Debussy lui-même, dans la Revue blanche 
et le Gil Bios, a mené l'assaut contre l'art wagnérien; et la jeune critique a emboîté le pas 
à sa suite, La Schola catitorum, qui avait été d'aboid un des principaux instruments de pro- 
pagande en France des grandes influences étrangères, par son esprit éclectique et archaïque, a, 
dans ces dernières années, pris part vigoureusement à cette réaction contre l'art étranger. L'opi- 
nion courante à Paris, chez les musiciens et les critiques d'avant-garde, est que la musique 
française est entrée dans une ère de renouveau, qu'elle s'est réveillée de son long sommeil, et 
qu'elle peut désormais non seulement rejeter le secours des modèles étrangers, mais fournir à 
l'Europe des modèles à son tour. Cette opinion, que je n'ai pas à discuter ici, mais qu'il 
peut être intéressant aux Allemands de connaître, repose moins encore sur les travaux considé- 
rables, accomplis par les maîtres français de 1870 à 1900, à présent consacrés, sur les œuvres 
des Saint-Saëns, des Fauré, des Chabrier, des Bruneau, des Lalo, et des Charpentier, que sur 
la toute récente génération de musiciens: la moderne école de Franck et de Vincent d'Indy, 
et surtout quelques personnalités très indépendantes et très originales, comme Albéric Magnard, 
Dukas et Debussy. 

Albéric Magnard a écrit des symphonies, de la musique de chambre, des ouvertures, des 
poèmes symphoniques, un drame musical : Guercœtir, — toutes œuvres d'une audace singulière, 

') En particulier, celle de Jacques Morland, dans le Mercure de France de janvier 1003, sur l'influence de 
la musique allemande en France, et celle de Paul Landormy, dans la Reuue bleue du 26 mars et du 2 avril 1904, 
sur l'état actuel de la musique française. 



où l'on sent une âme forte, volontaire, pleine de fantaisie et d'âpreté, et tout à fait à part. Peu 
d*artistes se sont aussi constamment et fièrement tenus à Técart du public parisien, dédaigneux 
du succès, renfermés en soi et seulement occupés de créer leur œuvre. Et de tous les artistes 
français d'aujourd'hui, Albéric Magnard est peut-être le plus beethovénien, non pas au sens 
d'imitateur de Beethoven, mais pour sa violente personnalité, qui ne parle jamais pour parler, 
mais pour dire ce qu'elle pense. Aux Allemands, enclins à croire que la musique française ne 
peut sortir d'un formalisme élégant, et qu'elle manque de vie intime et d'expression morale, je 
ne puis recommander de lecture plus instructive que celle de l'œuvre tout expressive, intellectuelle 
et passionnée d* Albéric Magnard. 

Paul Dukas est un esprit large, pénétrant, réfléchi: il tint pendant plusieurs années, avec 
maîtrise, la critique musicale à la Revue hebdomadaire, 11 est en même temps un des plus 
solides musiciens qu'il y ait jamais eu en France. Ses œuvres sont peu nombreuses, mais 
toutes d'une perfection de forme admirable, extrêmement fouillées, substantielles, nourries de la 
moelle du passé et de l'esprit le plus moderne. Son Apprenti Sorcier d'après la ballade de 
Gœthe, sa symphonie, sa sonate pour piano, ses Variations sur un thème de Rameau^ sont 
des chefs-d'œuvre d'art français, savant et raffiné. Paul Dukas n'a pas rompu brusquement avec 
la tradition classique. Son écriture repose tout entière sur le contrepoint ; il conserve les grandes 
formes beethovéniennes ; mais il les renouvelle et les rajeunit, en y faisant pénétrer un souffle 
nouveau. 

Mais l'homme en qui s'incarne le mieux aujourd'hui la musique française, c'est Claude 
Debussy. Personnalité éminemment française en effet, capricieuse, poétique, spirituelle et sensuelle. 
D'une intelligence vive, primesautière, indépendante, il sema, pendant les années où il se mêla 
de critique, les idées neuves, fécondes, parfois paradoxales, ne craignant pas de reviser les 
jugements des siècles, mais surtout professant hautement ses préférences pour les vieux maîtres 
français. Rameau, Couperin, et rappelant à la musique française sa vraie mission et son vrai 
idéal: clarté, simplicité, naturel, grâce et beauté plastique, dégagée de toutes les prétentions 
intellectuelles et de l'énorme fatras pédantesque, qui l'alourdissent depuis un siècle. C'est aussi 
une révolte contre la rhétorique musicale, à laquelle une longue habitude nous a condamnés, 
«contre ces constructions symétriques, ces retours périodiques et prévus de motifs, ces artifices 
de déformation rythmique ou de modulation, et surtout ces exercices d'amplification, qui pour 
tant de musiciens sont devenus l'art du développement.» C'est un effort pour exprimer directe- 
ment, d'une façon immédiate et transparente, le sentiment tout pur, aussi bien par la ligne 
mélodique, d'une fluidité de ruisseau, que par l'instrumentation délicate, et par l'harmonie, où ne 
règne plus comme chez Vincent d'Indy et Dukas la logique tyrannique de la construction, qui 
superpose les accords d'une façon tout intellectuelle: ce sont, comme l'a dit un des critiques 
parisiens qui comprennent et analysent le mieux cet art nouveau, Louis Laloy, «des édifices 
d'apparence aérienne et fragile, que ne soutient aucune ossature.» Bref, un impressionnisme 
musical, d'une simplicité raffinée, d'une fraîcheur ingénieuse et subtile, d'une volupté poétique, 
qui rappelle un peu les artistes de la Renaissance italienne ou anglaise, de ces temps où les cœurs 
restaient jeunes et printaniers dans une civilisation surchauffée^). 

Je ne doute pas que l'art d'un Debussy ne soit plus difficile à comprendre des Allemands, 
que celui de Charpentier ou de Bruneau, parce qu'il est plus français, plus entièrement dégagé 
des influences germaniques. Mais justement l'intérêt des Musikfeste est de faire connaître ce 
qu'on ignore, et non pas ce qu'on connaît déjà. Avec quelle ardeur nous sommes-nous jetés, à 
Paris, depuis trente ans, sur les œuvres d'art allemandes et russes, — d'autant plus attirés par 
elles, qu'elles étaient plus différentes de nous, et parfois plus antipathiques à notre goût! — Il 

^) Claude Debussy a écrit de la musique de tous les genres et il a marqué tous les genres de sa personnalité. 
On a de lui de nombreuses et admirables mélodies, de la musique de chambre (quatuor, pièces pour piano), des 
poèmes symphoniques, et un opéra: Pelléas et Mélisande, qui a été, en 1901, le vrai manifeste de Técole nouvelle. 



112 — 



ne me semble pas que les Allemands d'aujourd'hui fassent de même. Je suis frappé de leur in- 
curiosité. Voici assez longtemps que je suis en relations avec des musiciens allemands, et non 
des moindres. J'ai presque toujours constaté chez eux une parfaite indifférence à tout ce qui 
n'était pas eux, une confiance paresseuse et orgueilleuse en eux-mêmes, nul sérieux effort pour 
chercher à connaître ce qu'ils ignorent. 



Il n'y a pas que notre musique contemporaine que vous ignorez; vous ignorez presque 
tout de notre vraie musique française. Certes, vous connaissez les Gounod'et les Auber, et 
même les Adam et les Maillart, que nous sommes, Dieu merci! en train d'oublier. Certes, nous 
ne saunons savoir trop de gré à ceux des musiciens allemands qui ont pris la cause de Berlioz. 
Mais, en réalité, vous en êtes restés, en général, à l'idée de la musique française, telie qu'elle 
fut entre 1840 et 1870, c'est-à-dire précisément à Tépoque où son niveau fut le plus bas, où, Berlioz 
excepté, la musique symphonique française n'existait pas. Quand les gens de ma génération se 
sont formés à la musique, ils se trouvaient sous la domination du goût et de la science histo- 
rique allemande, et ils avaient fini par en épouser les idées, même sur notre propre musique. Je 
croyais de bonne foi que la France n'était pas un pays musical; les histoires de la musique, 
dont le monopole avait été presque exclusivement laissé aux étrangers, ne nous montraient dans 
notre passé que quelques noms isolés, comme celui de Rameau, perdus dans une médiocrité 
générale, qu'on ne pouvait rapprocher sans honte de l'Italie, de Palestrina à Scarlatti et à 
Pergolese, et de l'Allemagne, de Schîitz à Wagner. Ce n'est que depuis une quinzaine d'années 
que nous avons eu vraiment l'idée, en France, de regarder par nous-mêmes dans notre passé. 
Quelle fut notre surprise, et combien elle croît de jour en jour! Quel émerveillement devant les 
découvertes de cet art disparu, dont la musicologie européenne ne nous avait pas soufflé mot! 
— Entendons-nous bien. Pas un instant, je ne mets en doute la bonne foi de la science his- 
torique allemande. Je ne l'accuse point. C'est nous-mêmes que j'accuse. C'est notre faute, à 
nous, Français, si notre musique est quasi inconnue. C'était à nous de nous faire connaître, et 
d'abord, de nous connaître. Il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, à un étranger de 
ne pas se tromper dans son appréciation de Tart d'un autre pays, surtout quand ce pays ne 
Taide en rien à rectifier ses erreurs. Il faut un vrai génie pour pénétrer la pensée d'une race 
qui n'est pas la sienne; et les génies de cette espèce sont rares en ce moment. Je crois même 
que cette haute impersonnalité de l'esprit est plus rare qu'autrefois dans TAllemagne d'aujourd'hui, 
où le sentiment national est trop fort, pour s'ouvrir volontiers à l'intelligence des autres peuples. 

Quoi qu'il en soit, l'histoire entière de la musique française est faussée et à refaire. C'est 
ainsi que l'Allemagne, qui se croit (et qui est à présent) la ten-e d'élection des liedery oublie trop 
que jusqu'au milieu du XVIII® siècle, la France fut le pays des chansons, et que ce furent ces 
chansons que s'assignaient pour modèles les fondateurs de la première école de lieder de Berlin. 
C'est ainsi que l'Allemagne, pays par excellence de la musique symphonique, oublie non seule- 
ment que la France d'aujourd'hui a l'école symphonique la plus vivante et la plus originale, 
mais que jusqu'à la fin du XVII® siècle se développa à Paris une école symphonique très 
brillante et assez avancée. C'est ainsi surtout que l'Allemagne, terre bénie de la musique poly- 
phonique et spécialement chorale, oublie que, dans ce genre, la France fut, au XVI® siècle, le 
premier peuple musicien : ceci est la découverte la plus éclatante de ces dernières années ^). Les 
Jannequin, les Costeley et les Claude le Jeune sont des maîtres d'une beauté et d'une richesse 
incomparables: qui les connaît à l'étranger? — Et je ne parle ni de notre école de violon du 

^) Découverte qui est presque entièrement l'œuvre d'un seul homme : Henry Expert. — Voir les vingt volumes 
déjà parus de sa magnifique publication : Les Maîtres Musiciens de la Renaissance française ; Leduc, Paris. 



— 113 — 



XVIII^ siècle, ni de notre école de clavecin et d'orgue du XVII^ et du XVllI' siècles, qui ont 
été en tant de choses des devancières, et dont les plus grands hommes de l'Allemagne, comme 
Bach, ont su profiter. Et je ne parle point non plus de l'ancien Opéra fiançais, plus connu, 
seul à peu près connu, — encore que si légèrement. Car combien de musiciens n'ont rien lu ou 
entendu du plus célèbre de ces vieux maîtres, de Rameau, en dehors de ses danses, et de deux 
ou trois airs — toujours les mêmes — de Castor et PoUux? 

Que les musicologues me pardonnent de leur rappeler des fails qu'ils connaissent sans doute, 
mais dont la majorité du public musical et des musiciens mêmes ne sait rien et ne veut rien 
savoir. J'ai voulu montrer seulement à l'Alsace quelle belle lâche elle aurait, si elle a vraiment 
l'intention, comme c'est son devoir, de faire connaître l'une à l'autre les deux civilisations, alle- 
mande et française, et de les fondre en elle. Ce serait pour elle la plus glorieuse des œuvres: 
sa personnalité y prendrait une grandeur unique en Europe; et l'Europe tout entière y gagnerait, 
comme elle. Dans l'état actuel de notre civilisation artistique, où le travail est si divisé, et les 
progrès si rapides, le peuple le plus fort sera toujours celui qui connaîtra et comprendra le 
mieux la grandeur des autres peuples, sans altérer son originalité propre. 

Je n'ai aucune envie de prêcher qui ne veut pas entendre. Croyez bien que je ne 
chercherai pas à vous convaincre malgré vous, musiciens allemands. Votre intérêt véritable me 
semblerait d'être moins indifférents aux tentatives nouvelles de l'art français. Vous pensez autre- 
ment? — Soit! Mais permettez-moi de le dire: Tant pis pour vous! Un Richard Strauss mis à part, 
qui est une exception, — votre musique s'épuise. Vous aurez un réveil désagréable, quelque jour. 
Il faut vous renouveler. 

Ouvrons nos portes largement les uns aux autres. Celui qui a besoin de s'enfermer, pour 
ne pas être envahi, est déjà bien près d'être un vaincu. Les grands musiciens allemands d'autre- 
fois: les Bach, les Haendel, les Mozart, les Beethoven, étaient avides de connaître, et connais- 
saient merveilleusement tout l'art de leur temps. 

Pour nous, Français, après avoir longtemps subi les influences de toute l'Europe, après 
avoir longuement reformé notre personnalité musicale, nous nous sentons de nouveau assez 
forts pour dire aux Allemands: «Nous vous connaissons. Connaissez-nous à votre tour. Nous 
avons un art nouveau. Que votre musique et la nôtre se mesurent! Quelle que soit l'issue de 
ces luttes pacihques, si elles se font loyalement, —comme je sais que, vous et nous, nous les 
ferons — nous y apprendrons à nous respecter et à nous estimer mutuellement. » 

ROMAIN ROLLAND 



BIOGRAPHIES ALSACIENNES 



HENRY WOLF 



Le nom d'un enfant de l'Alsace est intimement lié à l'histoire de la gravure sur bois 
contemporaine. Né à Eckwersheim, le 3 août 1 852, Henry Wolf est aujourd'hui sans rival dans 
un art qu'il a su mener jusqu'aux dernières limites de la perfection. Mais si le grand artiste 

est arrivé à conquérir la première place, il est à 
redouter aussi qu'il soit le dernier champion de 
la gravure sur bois que le procédé purement 
mécanique, avec ses applications multiples basées 
sur la photographie, tend à refouler toujours 
davantage. 

Les arts de reproduction, en effet, ont subi 
depuis le dernier quart du XIX» siècle une évo- 
lution considérable, surtout dans le sens de la 
production rapide et en masse, et par conséquent 
aussi, du bon marché. Les grands Weekltes 
(hebdomadaires) illustrés, les innombrables revues 
et magazines ne sauraient plus guère s'offrir le 
luxe de publier des bois qui sont de véritables 
œuvres d'art. Seuls quelques connaisseurs savants 
et délicats apprécient comme ils le méritent les 
remarquables travaux de Henry Wolf, qui cou- 
doient dans leurs cartons les plus précieuses 
eaux-fortes des maîtres et les gravures des buri- 
nistes célèbres ; ils paient couramment 20 dollars 
et au-dessus, les épreuves sur Japon. 

Dans sa quinzième année , Henry Wolf, 
quittant son village natal, vint se fixer à Stras- 
bourg pour y suivre les cours de l'École des 
Arts et Métiers. 11 avait de précoces et sérieuses 
ph.* w. i. c«p.r. K.-T»rk aptitudes pour le dessin et se destinait à la 
HENKY WOLF mécanique, quand il fit la connaissance du 



I 



graveur sur bois Jacques Lévy. Dès lors, sa 
véritable vocation lui apparut ; il s'initia avec zèle 
à la technique du graveur, tout en se perfection- 
nant dans l'art du dessin sous la direction de 
l'excellent professeur Emile Schweitzer. 

Après les événements de 1870, Henry Wolf 
se décida, la mort dans l'âme, à quitter comme 
tant d'autres de nos compatriotes, le sol natal 
et traversa l'Océan. 

Dès 1871, on le trouve à Albany d'abord, 
à New-York ensuite, travaillant sans relâche, 
apportant graduellement de nouveaux perfec- 
tionnements à son art. Il imagine des méthodes 
nouvelles, s'écarte de plus en plus des sentiers 
battus et du style de convention. Les fameux 
magazines américains qui sont des merveilles de 
typographie soignée , s'arrachent ses produc- 
tions, 

A partir de ce moment, Wolf a le sentiment 
très net que c'est surtout dans la reproduction 
HENRY WOLF ^* l'interprétation des œuvres des maîtres qu'il 

dïprè» un portrïii de irwing R.Wii« II90S) cst appelé à exccller. Animé d'un désintéresse- 

ment que ne connaissent que les véritables 
artistes, il a fait son proflt, ainsi qu'il le dit vo- 
lontiers lui-même, de la noble maxime de Diderot: «Du moment que l'artiste pense à l'argent, 
il perd le sentiment du beau. » 

Avec une virtuosité sans égale, il s'applique, dès lors, à reproduire tour à tour les œuvres 
les plus remarquées des maîtres contemporains, tels que Gérôme, Jules Breton, Corot, Bastien- 
Lepage, Dagnan-Bouveiet, Benjamin-Constant, Diaz, Lerolle, Aimé Morot, Meissonier, Cazin, etc. 
etc. Il s'assimile leurs pensées d'art, leurs sentiments, leurs techniques si diverses ; il les pénètre 
en quelque sorte et ces maîtres sont ravis d'être si bien compris de leur traducteur et ils lui 
prodiguent les éloges les plus enthousiastes. Ses correspondances avec les plus grands peintres 
des deux mondes forment le livre d'or du graveur alsacien. Aux noms des maîtres français 
que nous venons de citer, il convient d'ajouter ceux de toute la pléiade des allemands, des 
néeriandais, des anglais et des américains qui brillent au premier rang : v. Uhde, Menzel, Lenbach ; 
Aima Tadema, Israels, Chase, Harrison, Whistler, Blashfield, Sargent et tant d'autres, sans 
compter les maîtres du passé, tels que Frans Hais, Gérard Dow, van Dyck, Gainsborough, 
Reynolds, Lawrence, Hans Holbein. 

11 va sans dire que, dans cetle nomenclature déjà trop longue, nous n'avons pas cité les 
nonis d'un grand nombre dartistes éminents moins connus de ce côté-ci de la Manche et de 
l'Atlantique. 

Henry Wolf s'est également illustré en créant quelques œuvres tout-à-fait personnelles: 
son Étoile. du soir et son Étoile du matin sont de simples paysages d'un charme pénétrant où 
l'artiste a su mettre tout son sentiment et toute sa maestria. 

Heniy Wolf est un fidèle des expositions de l'Académie des Beaux-Arts de Philadelphie. 
Des envois aux expositions de quelques grandes villes du vieux et du nouveau continent lui 
valurent une série de distinctions méritées. C'est ainsi qu'il obtint une mention honorable au 
Salon des Artistes français, Paris 1888; une médaille d'or au Salon, Paris 1895; une mention 
honorable à l'Exposition Universelle, Paris 1889; une médaille d'argent à l'Exposition Uni- 



■PORTRAIT D'UNE DAME" 



■■LAMOUSMÉE" 



l'on de wHarptr's Magaziiu; ,\ini-Yori 

UN BOUCANIKB ABANDONNÉ SUR UN ILOT 



nission de ^Harpcr's Masa:in€«. Nin-Yor 



bOUCANIERS MORTS SUR LA PLAGE 

OB*ÏUHE DE HENRY WOLl-, D'APRES ». HÏLE 



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vei-selle, Paris 
1900; une pre- 
mière médaille 
à l'Exposition 

Universelle, 
Chicago 1893; 
une médaille 
d'argent à l'Ex- 
position des 
Beaux-Ar[s, 
Rouen 1903; 
un diplôme et 
[a grande mé- 
daille d'hon- 
neur pour ser- 
vices rendus à 
l'avancement 
de l'art de la 
gravure sur 
bois, décernés 
par le jury in- 
ternational su- 
périeur, à l'Ex- 
position Uni- 
verselle de S'- 
Louis 1904 
(Wolf est le 
seul membre 
du jury des 
récompenses 
qui ait obtenu 
une distinction 
à cette expo- 
sition). Le gou- 
vernement 
,. américain le 

Pubtii av€c ta permission dt ^Harptrs Mogazintu, Nim-iork 

nomma, tour à 
LES AMOUREUX tour, membre 

GRAVURE DE UKMKÏ WOLf, DUCRÉS FRXNS H*LS dU jUry Hatio- 

nal pour les 
Expositions 
Universelles de Paris de 1889 et 1900; membre du jury d'admission et de récompenses pour 
l'Exposition Pan-américaine de BuPTalo 1901; membre du Juiy d'admission (Aduisory Com- 
mittee) et du jury international des récompenses pour l'Exposition Universelle de Saint- 
Louis 1904. 

Le Cabinet des Estampes de Strasbourg possède une quaiantaine d'épreuves, la plupart 
sur Japon, des principales œuvres de Henry Wolf généreusement offertes par leur auteur à notre 
collection municipale. L'éminent graveur est encore représenté au Musée des Beaux-Arts à Boston, 



a permission Je «Harpir's Magazine; Keii'-Yort 

LES FAGOTEURS (THE WOODGATHERERS) 



à l'Académie des Beaux-Arts de la Pensylvanie à Philadelphie, à la Netv-York Public Library, 
à l'École du livre à Paris, au Musée National des Beaux-Arts de Budapest, à la Congressional 
Library de Washington, au Musée des Beaux-Arts de Buffalo, et dans quantité de collections 
privées. 

En mai dernier enfin, l'Académie Nationale des Beaux-Arts, dont le siège est à New- York, 
fit à noire compatriote l'insigne honneur de l'élire dans son sein où il est le premier et le 
seul représentant de l'art de la gravure. 

ADOLPHE SEYBOTH 



L'ART POPULAIRE EN ALSACE 

(4« et dernière partie) 



Parlons d'abord de l'architecture et reconnaissons, non sans tristesse, que les anciennes 
maisons de nos villages sont plus jolies et mieux comprises que les constructions prétentieuses et 
banales qu'on élève de nos jours. De cette décadence sont responsables, avant tout, les entrepre- 
neurs qui ne pensent qu*à trouver leur profit le plus rapidement possible, et avec la moindre peine, 
en évitant la recherche de nouvelles combinaisons et de nouveaux arrangements; les connais- 
sances techniques, les devis et les plans font, pour ainsi dire, partie du matériel, et se trans- 
portent d'un chantier à l'autre en même temps que les perches des échafaudages et les brouettes 
à mortier. Il faut accuser, en second lieu, nos paysans eux-mêmes, qui croient, hélas! que les 
nouvelles maisons doivent ressembler aux bâtisses des villes plutôt qu'aux habitations de leurs 
pères, et que les immeubles en maçonnerie, avec des chaînes d'angle en ciment et des mar- 
quises en tôle galvanisée, valent mieux que les anciennes demeures à poutrages apparents et à 
larges auvents. 

Et ce que je viens de dire des maisons villageoises s'applique également aux maisons de 
nos cités ouvrières, dont le village n'est, en somme, qu'une forme spéciale. Je regarde l'insti- 
tution des cités ouvrières, telle qu'elle est comprise de nos jours, c'est-à-dirs- avec la possibilité, 
pour le locataire, de devenir au bout d'un certain temps propriétaire de la maison qu'il habite, 
comme une institution très intéressante et qu'il serait facile de rendre plus féconde encore, si 
l'on voulait tenir compte de l'esthétique et faire quelques frais non seulement pour l'utilité, 
mais aussi pour la beauté. En édifiant toutes ces maisonnettes exactement semblables les 
unes aux autres, et qui s'alignent indéfiniment aux environs directs des usines, on n'a tenu 
compte que des besoins matériels et on n'a résolu qu'un des côtés de la question; on ne s'est 
pas souvenu qu'il fallait aussi faire quelque chose pour le goût et pour le cœur. « L'ennui 
naquit, un jour, de l'uniformité », dit le poète ; évitons donc la ligne droite froide et sèche, 
évitons la monotonie, tâchons du moins que sur le chemin, généralement trop court, qui de son 
travail le ramène chez lui, l'ouvrier sorte de cette perpétuité des mêmes besognes qui constitue 
toute son existence. En quittant l'usine où il vient de passer quelques heures à faire un travail 
toujours identique il suit, chaque jour, le même chemin bordé de maisons toutes semblables 
les unes aux autres, pour rentrer enfin chez lui où, n'étaient sa femme et ses enfants, il pour- 
rait se croire chez son voisin, tellement tout est pareil. Avouons que ce sont là de tristes 
conditions de vie, peu faites pour égayer un caractère déjà assombri, et qu'il serait vraiment 
nécessaire d'introduire un peu de diversion dans cette abrutissante unifonnité. Que faudrait-il 
pour cela? Il faudrait tout d'abord modifier le plan de ces cités, y ménager des places 
et des carrefours où les rues, au lieu de se couper à angles droits comme la trame d'un 
canevas, viendraient aboutir en formant des courbes harmonieuses, où les maisons seraient 
posées tantôt de face, tantôt de profil, où les architectures seraient variées, où l'on disposerait 
des fontaines jaillissantes, où Ton planterait des arbres à l'ombre desquels on pourrait s'as- 
seoir le dimanche, et où, en un mot, on chercherait à faire naître un peu de gaîté. Pourquoi 
l'alcoolisme prend-il les proportions que l'on sait, sinon parce qu'il fournit à l'ouvrier le moyen 
de s'oublier, et d'oublier l'existence monotone qu'il mène pendant six jours par semaine ! Mettez 



— 122 — 



de l'intérêt et de la variété dans la vie de Touvrier, et l'alcoolisme disparaîtra, sans qu'il faille 
faire appel à Tactivité des sociétés dites de tempérance, activité forcément stérile parce qu'elle 
ne met rien à la place de ce qu'elle supprime, et qu'elle ne distrait ni ne console. 

Et pour en finir avec l'architecture, je consacrerai quelques lignes aux bâtiments muni- 
cipaux et, en particulier, aux églises de village, en annonçant tout d'abord que je n'entends pas 
parier de ces anciennes et magnifiques églises abbatiales qui se trouvent en Alsace, depuis 
Wissembourg jusqu'à Thann, mais seulement de ces temples modestes où les paysans, comme 
autrefois les pâtres de Bethléem, vont adorer leur Sauveur. La plupart de ces églises existent 
depuis des siècles et de longues générations de laboureurs s'y sont prosternées; leurs murs 
sont, pour ainsi dire, imprégnés des prières des anciens, et c'est pourquoi il convient de les 
conserver et de les respecter, même lorsqu'elles ne paraissent plus répondre à nos modernes 
exigences. Les anciennes églises dont les cloches ont annoncé bien des bonheurs, et hélas ! plus 
encore de tristesses, vécurent la vie même des fidèles ; elles constituaient autrefois, avec leur tour 
et le cimetière fortifié qui les entourait, comme une sorte de citadelle où le peuple abritait ce 
qu'il adorait et ce qu'il vénérait : son Dieu et ses chartes. Il faut donc, je le répète, respecter ces 
vieux temples, et il serait sage de réprimer le zèle de curés trop ardents qui n'hésitent pas à 
jeter par terre ces souvenirs augustes, pour avoir la gloire d'inaugurer un édifice qu'ils estiment 
plus beau, parce qu'il est neuf et conforme aux idées, aussi modernes que saugrenues, que nos 
architectes se font souvent de l'art gothique ou roman. Donc, ici aussi, il y aurait lieu de tem- 
pérer des activités intempestives et de ne pas oublier que l'église de village doit être humble, 
comme le Christ lui-même, qui n'a pas dédaigné de naître dans une étable, et comme les gens 
pour qui elle est faite. Une vieille église, au milieu de l'antique cimetière ombragé de grands 
arbres, est plus religieuse et plus digne que ces bâtisses neuves qui élèvent dans le ciel une tour 
orgueilleuse, qui sont froides, tristes et banales comme les mobiliers et les ornements dont on 
les décore. En tout cas, il faudrait, lorsque des reconstructions sont devenues indispensables, 
que nos architectes et nos curés, au lieu de chercher leurs inspirations dans les ouvrages spé- 
ciaux où s'alignent de tristes échantillons de tous les styles à la mode, missent à contribution 
leur cœur, et demandassent à leur sentiment, ce que les catalogues sont incapables de leur offrir. 
N'oublions pas que l'église, qui est la maison de Dieu, doit être aussi la maison du peuple, et 
qu'il vaut mieux y trouver des chandeliers de bois confectionnés gauchement peut-être, mais 
avec intelligence et soin par le tourneur du lieu, que des flambeaux en zinc doré maladroite- 
ment copiés sur les originaux en argent de nos cathédrales. 

Donc, ici aussi, il y aurait lieu de réformer. L'excès de zèle est un défaut d'autant plus 
difficile à réprimer qu'il part du désir légitime et louable de bien faire. Méfions-nous, pour nos 
églises villageoises, du roman, du gothique et de la renaissance, méfions-nous des clochers trop 
hauts et trop pointus, méfions-nous des mobiliers et des accessoires de style, méfions-nous des 
statues polychromées , méfions-nous, en un mot, de la prétention et du faux, et sachons être 
simples et vrais. 

Et ce que je viens de dire des églises, je le dirai volontiers aussi des autres bâtiments 
municipaux: mairies et écoles. La mairie a pris, dans nos institutions modernes, une place 
importante en cumulant les attributions qui étaient autrefois réparties entre l'église et les cours 
colongères; mais elle n'a pas encore trouvé sa véritable forme architecturale, comme l'avaient 
trouvée les anciens hôtels de ville, et les maisons des corporations des grandes communes 
urbaines. La mairie et l'église villageoises ne doivent rappeler ni un palais, ni une cathédrale, 
et ces bâtiments manqueraient certainement leur but, si leur caractère se distinguait du caractère 
général des constructions qui les entourent. Ces mêmes remarques s'appliqueront également aux 
écoles. Comme l'église, comme la mairie, l'école devra être en harmonie avec les bâtiments 
voisins, elle sera commode et agréable, et contribuera, par sa construction même et par sa déco- 
ration, à élever l'enfant dans le culte des choses du pays et des traditions de son village. 



— 123 — 



Il s'agit donc de poursuivre, par tous les moyens possibles, un double but, qui consis- 
terait tout d*abord à corriger le goût de nos ruraux, en les ramenant à des notions plus 
justes de leurs propres besoins et à un sentiment plus exact de la beauté ; il faudrait, en second 
lieu, décider nos architectes et nos entrepreneurs à chercher dans Tétude des édifices élevés par 
nos pères, plutôt que dans les vagues fantaisies de leur imagination, l'inspiration de leur talent. 
Il conviendrait qu'une campagne de presse s'organisât dans ce sens, et que, dès Técole pri- 
maire, on inculquât aux enfants le respect des vieilles traditions dont on leur montrerait, avant 
tout, l'utilité; il conviendrait de ne négliger aucune occasion de s'adresser aux paysans eux- 
mêmes et d'essayer de leur ouvrir les yeux ; il conviendrait d'inspirer aux éducateurs du peuple, 
curés, pasteurs et instituteurs, le sens juste de ces choses, de façon qu'ils puissent, à leur tour, 
exercer sur l'âme et sur l'esprit des générations confiées à leur vigilance une action continue 
et progressive; il conviendrait enfin que, dans nos écoles officielles d'art et d'arts et métiers, 
des cours spéciaux fussent consacrés à l'art populaire et à ses applications pratiques. Nous 
avons perdu depuis 1870 un temps énorme, et nous avons assisté à bien des destructions irré- 
parables. L'administration a voulu trop vite et trop brutalement germaniser le pays, non seule- 
ment en relevant, aussi rapidement que possible, les ruines entassées par la guerre, mais aussi 
en faisant disparaître les traces d'un passé que l'on voulait définitivement effacer; comme si 
l'histoire pouvait être refaite en même temps que les murs d'une cité! Au lieu de demander 
à l'art indigène de retrouver les formules convenables, on s'est adressé à des étrangers qui, 
n'ayant aucune attache dans le pays, faisaient à la mode de Berlin, de Carlsruhe ou d'ailleurs 
les plans des bâtiments destinés à l'Alsace, sans autre souci que celui d'exagérer les dépenses, et 
c'est ainsi que nous avons vu s'élever le palais impérial, les nouvelles églises et tous les bâ- 
timents officiels du pays. Il serait temps maintenant que ce régime finît, que nos architectes 
indigènes, se resaisissant enfin, se missent à l'œuvre avec entrain, et qu'ils trouvassent dans 
l'étude de notre vieil art alsacien et dans le sang qui coule dans leurs veines l'inspiration qui 
créerait le style nouveau qui nous convient. Faisons donc des concours, organisons des expo- 
sitions, où l'on verrait des maisons paysannes, des cités ouvrières, des églises, des mairies et 
des écoles, distribuons des primes pour les meilleurs projets et exigeons que les concurrents 
soient alsaciens, fils et petit-fils d'Alsaciens. 

Et maintenant, après avoir fait voir dans quel sens il faudrait réformer l'architecture 
villageoise, je vais examiner par quels moyens on pourrait réformer le mobilier populaire 
et le mettre en rapport avec nos antiques traditions. J'ai suffisamment dépeint le charmant 
caractère des meubles et ustensiles qui se trouvaient autrefois dans nos villages, et j'ai expli- 
qué qu'ils devaient ce caractère à la manière dont ils étaient produits. A l'origine, les 
cultivateurs étaient obligés de se suffire à eux-mêmes, de pourvoir à leur subsistance, de 
construire les huttes rudimentaires qui les abritaient, et de fabriquer les objets mobiliers 
et les outils primitifs qui leur étaient indispensables. Ce n'est que peu à peu que se développa 
le régime des spécialités, et que, par des échanges bien compris, ceux qui avaient acquis une 
habileté quelconque à fabriquer des armes ou des outils, à construire des maisons, à confectionner 
des ustensiles purent se nourrir sans cultiver eux-mêmes la terre. De tous ces artisans primi- 
tifs, le potier, le forgeron et le constructeur de maisons furent ceux qui se spécialisèrent d'abord, 
plus tard seulement vinrent le tourneur, le menuisier, le tisserand et le tailleur, et il est aisé 
de comprendre qu'en raison de la difficulté des communications, ces différentes spécialités 
s'établirent un peu partout, non seulement dans les villes qui commençaient à se bâtir, mais 
aussi dans les villages qui prenaient une importance de plus en plus grande à mesure que la 
population augmentait et qu'il devenait nécessaire de fournir la nourriture à un plus grand 
nombre d'hommes. Il est inutile de s'étendre ici sur l'influence que les artisans des villes 
exercèrent bientôt sur ceux des campagnes, il suffit de constater que cette influence exista et 



124 - 



qu'elle agit d'une façon ininterrompue à travers les siècles, d'abord très lente, puis plus rapide 
à mesure que les relations devenaient plus faciles, jusqu'à nos jours où les artisans de village 
ont presque complètement disparu. 

C'est à cette nouvelle situation que j'ai attribué la décadence profonde où est tombé au- 
jourd'hui notre art populaire, comme j'avais attribué son éclat à l'activité des artisans campagnards 
qui rivalisaient entre eux d'ingéniosité pour satisfaire leur nombreuse et florissante clientèle. Si 
donc, comme on le doit, on veut rendre à l'art populaire sa prospérité de naguère, il faut 
d'abord faire comprendre au campagnard qu'il n'a aucun intérêt à rester indéfiniment le client 
obligé des grands bazars, il faut, en second lieu, décentraliser la petite industrie en lui faisant 
entrevoir la possibilité de trouver à la campagne des conditions d'existence plus favorables 
même qu'à la ville. 

Convertir le paysan, me dira-t-on, autant vouloir faire remonter le Rhin vers sa source, 
car comment empêcher nos braves cultivateurs d'aller, les jours de marché, à la cité voisine pour 
vendre leurs produits et y acheter ce qui leur est nécessaire? Aussi n'est-ce pas de cela qu'il s'agit: 
il s'agit de leur faire comprendre qu'à la ville ils sont exploités, et qu'on leur fait payer trop cher, 
même quand elle est bon marché, la camelote dont on les affuble. Ils ne pourront s'empêcher, 
un jour, de faire des rapprochements et de comparer ce qu'achetaient leurs pères avec ce qu'ils 
achètent eux-mêmes, ils ne pourront manquer de remarquer que tel meuble qui leur vient de 
leur aïeul, et qui avait été fabriqué par l'ancien menuisier du village, est encore solide et en bon 
état, alors qu'un autre meuble acheté à la ville, et ne datant que de quelques années, est déjà 
boiteux et disloqué; peut-être se rendront-ils compte aussi que les vêtements et le linge qu'ils 
tirent des magasins de la ville ne durent plus, et se reprendront-ils, comme autrefois, à tisser 
et à filer; les femmes, qui font chaque année l'acquisition d'un chapeau neuf, se souviendront 
peut-être que leur mère avait acheté, à l'occasion de son mariage, un beau bonnet brodé d'or 
et garni de dentelles ; ce bonnet, il est vrai, avait coûté un ou deux louis, mais après quarante 
ans de bon usage, on avait encore trouvé moyen de \e vendre, à raison de dfac francs, à un 
ramasseur d'antiquités. Peut-être reconnaîtra-t-on que les maisons modernes ne valent pas les 
anciennes, et que l'on est plus commodément installé dans l'antique chambre lambrissée et bien 
chauffée par le grand poêle de fonte, que dans une salle au plafond plâtré, aux murs tapissés 
de papier et où les fenêtres sont mal fermées et les portes disjointes. Qu'importe que la 
bâtisse soit ornée d'un balcon à rampe de fonte, que le soubassement soit en ciment bariolé et 
que l'encadrement des portes et des fenêtres soit en simili-pierre magnifiquement sculptée; qu'importe 
tout ce faux luxe, si l'intérieur est triste et froid. Pour quelques progrès que l'on a faits par 
suite de l'emploi des poutres en fer dans la construction des étables, que d'inconvénients les 
nouvelles méthodes de bâtir n'ont-elles pas introduits dans les habitations mêmes! Peut-être 
les animaux sont- ils mieux logés, mais les hommes le sont sûrement plus mal. Il n'est donc 
pas impossible que nos campagnards finissent par ouvrir les yeux et par voir clair, surtout si, 
comprenant enfîn leur rôle, les curés, les pasteurs, les médecins, les notaires, les instituteurs, 
tous ceux qui, par leur situation, sont en état d'exercer une influence sur le peuple des villages, 
voulaient se mettre au service de cette cause si belle et d'une si haute portée sociale, à savoir : 
la revanche économique du village sur la ville. 

Mais, dira-t-on encore, croyez-vous que même lorsqu'il se sera rendu compte de la vérité 
de ces faits, le paysan reviendra aux habitudes et aux façons d'antan, et ne savez-vous pas 
que le passé est irrévocablement passé, et qu'à moins d'un invraisemblable miracle on ne 
ressuscite pas les morts? Je répondrai qu'en réhabilitant le passé, je ne demande pas que l'on 
y retourne, car je sais très bien que l'humanité ne revient jamais sur ses pas; prise dans le 
terrible engrenage de la civilisation, elle avance fatalement vers les fins qui lui ont été assignées 
par la Providence. En réhabilitant les anciennes méthodes, j'entends simplement faire com- 
prendre la médiocrité des méthodes nouvelles, et le jour où cette décadence sera reconnue 



— 125 - 

16 



par ceux qui en souffrent, sera un jour de grande victoire; car notre industrie villageoise, une 
fois rentrée en possession d elle-même et ayant de nouveau conscience de sa dignité et de sa 
valeur, saura aussi trouver sa véritable forme et donner à ses manifestations Texpression qui 
convient. Après une première hésitation, elle entrera définitivement dans sa voie, semblable au 
pigeon voyageur qui, au moment du lâcher, décrit de grandes spirales pour s'orienter et prend 
tout-à-coup et d'une aile certaine son vol vers ses amours. Ne nous inquiétons donc pas de 
savoir ce qui arrivera, car il suffit, pour être rassuré, de se dire que la manifestation que nous 
attendons sera conforme aux tendances élevées de notre nature. 

Mais j'ai dit que la tâche était double et qu'après avoir enlevé au paysan l'habitude d'aller 
s'approvisionner à la ville où on l'exploite, il fallait lui donner l'occasion de trouver chez lui 
ce dont il a besoin en décentralisant la petite production industrielle qui trouverait à la cam- 
pagne des conditions d'existence plus favorables qu'à la ville. Il ne sera pas difficile de faire 
voir, en effet, que la ville est fatale à la plupart des petits patrons qui végètent misérable- 
ment au fond des ruelles sombres où ils sont condamnés à exercer leur industrie. Le sort de 
ces gens obligés de rechercher une clientèle qui devient de plus en plus mobile et capricieuse 
est, en somme, beaucoup plus triste que celui de l'ouvrier qui est toujours sûr du salaire de sa 
journée, alors que le patron qui l'occupe et qui le paye ne sait pas si, tout compte fait et 
tous frais déduits, il lui restera de quoi manger. Le petit patron est la triste victime de 
la grande industrie et des grands magasins, et déjà il ne songe plus qu'à s'engager lui-même 
dans l'innombrable armée du fonctionnarisme ou du salariat en demandant à des émoluments 
fixes le pain que son industrie ne lui fournit plus. La main d'œuvre devient difficile et 
peu soucieuse de ses devoirs, aussi est-il facile d'imaginer que lorsque le patron court la pra- 
tique, le travail de deux ou trois ouvriers livrés à eux-mêmes à l'atelier se ressent de cette 
absence forcée du maître. Et ce pauvre ménage, cette femme et ces enfants à entretenir quand 
il faut chaque jour, le porte-monnaie à la main, se procurer la moindre chose! Quelle misère 
dans cette existence, que de larmes, d'angoisses et de soucis! Toujours des difficultés, des 
froissements, de l'ombre et de la tristesse, et cependant le soleil resplendit et inonde de sa 
radieuse lumière le village natal que ces malheureux ont autrefois déserté pour faire plus rapide- 
ment fortune. Là-bas, dans un coin bien abrité, entre un jardin où poussent des fleurs et une 
cour où picorent quelques poules, s'élève la vieille maison où le père et le grand-père avaient 
leur petite industrie campagnarde, où ils travaillaient gaiement, tantôt à la boutique, tantôt aux 
champs et trouvaient, dans ce double métier de laboureur et d'artisan, sinon la fortune, du moins 
la vie, la santé et le bonheur. Mais bientôt l'affaire périclita, les clients ne venaient plus et la 
vieille maison fut vendue, vendues les quelques terres, vendus le vieux matériel et les primitifs 
outils, et, en voulant chercher la fortune, le fils de ces braves gens n'a trouvé que la misère. 

L'attraction vers la ville a été et est peut-être encore, en ce moment, toute puissante: elle 
devait se produire à son heure, mais maintenant qu'elle s'est produite on peut prévoir qu'un 
mouvement inverse se dessinera à son tour et qu'une réaction surgira, qui ramènera vers la 
pleine mer le flot qui s'était rué à la côte en s'y brisant. Déjà des symptômes sérieux de ce 
revirement se laissent percevoir et je vais examiner pourquoi ce mouvement est appelé à s'ac- 
centuer et ce qu'il convient de faire pour le précipiter. 

La production actuelle est gouvernée par une loi absolue, celle du bon marché. Mais il 
est certain que le bon marché lui-même est relatif, et qu'un objet cher, mais d'un bon usage, 
est plus avantageux qu'un objet de prix modique mal conditionné; rien n'est plus cher que la 
camelote, dit-on communément et avec raison. Il s'agit donc, pour répondre aux exigences de 
la clientèle, de fournir au meilleur marché possible la meilleure marchandise possible: telle est 
la vraie formule, celle qui est conforme à la morale et aux intérêts bien entendus du public. 
Mais comment réaliser cette production idéale, et dans quelles conditions doit se placer l'entre- 
preneur qui voudrait fournir au meilleur marché possible, le mieux possible? Pour pouvoir 



— 126 — 



livrer de bonne marchandise, plusieurs choses sont nécessaires: matières premières de choix, 
ouvriers intelligents et habiles, outillage perfectionné; pour pouvoir produire bon marché, une 
seule chose est nécessaire: réduction au minimum des frais généraux. Or je prétends qu'un 
patron qui s'établirait dans un village et qui travaillerait lui-même avec deux ou trois bons 
ouvriers, serait placé dans d'excellentes conditions pour remplir ce programme. Les frais géné- 
raux se trouveraient évidemment réduits au minimum, puisque la location de Tatelier, des 
chantiers et de l'habitation, et la vie de chaque jour reviendraient bien moins cher au village 
qu'à la ville; une existence plus gaie et plus normale éviterait aussi bien des dépenses et bien 
des tracas; il n'est pas douteux que la main d'oeuvre serait plus accommodante puisque l'on 
rencontrerait des ouvriers qui, ayant eux-mêmes quelques pièces de terre et une maison, se 
trouveraient dans des conditions de vie moins onéreuses; ayant moins de dépenses, ils exigeraient 
un moindre salaire tout en gagnant davantage. Le revers de la médaille serait constitué par les 
difficultés de certains approvisionnements et peut-être aussi par l'impossibilité d'employer des 
machines demandant à être actionnées par un moteur et l'obligation de tout faire à la main. 
Encore n'est-il pas téméraire d'admettre que l'électricité, dont l'usage se répand de plus en plus 
et qui semble faite tout exprès pour ces petites industries, pourrait apporter un perfectionnement 
sérieux et améliorer encore considérablement les chances de succès de ces entreprises si inté- 
ressantes, en mettant à leur disposition une force économique que ne sauraient leur donner, à 
cause de l'intermittence de leur emploi, ni les machines à vapeur, ni les machines à gaz. 

J'estime donc qu'un patron qui s'établirait dans un village bien choisi et qui travaillerait 
lui-même, avec deux ou trois ouvriers, pourrait lutter même sous le rapport du bon marché 
avec les grands entrepreneurs et qu'il lui serait possible de contribuer, lui aussi, pour une 
ou plusieurs spécialités de choix et demandant un travail soigné, à l'approvisionnement des 
magasins des villes ; enfin, ce dont je suis absolument sûr, c'est qu'à côté de cette clientèle cita- 
dine, il saurait encore acquérir une clientèle villageoise qu'il pourrait satisfaire d'autant plus fa- 
cilement qu'il connaîtrait mieux ses besoins puisqu'il vivrait, en partie, de sa vie. 

C'est donc en déshabituant peu à peu le paysan de prendre le chemin de la ville et en 
habituant les petits industries à reprendre le chemin de la campagne que nous pourrons faire 
refleurir l'art populaire, l'art du mobilier, l'art du costume, aussi bien que l'art de la construc- 
tion. Pour créer ce double courant, il convient de faire appel à tous ceux qui, par leur si- 
tuation, ont quelque influence sur le campagnard; que ces personnes, comme par une sorte de 
conjuration muette, s'unissent pour faire comprendre aux villageois que leurs ancêtres vivaient 
mieux qu'eux et que le campagnard qui s'établit à la ville est presque toujours un homme 
perdu. Souvenons-nous du roman si profondément vrai de M. René Bazin : La Terre qui meurt. 

En tout cas, ne craignons rien pour l'art populaire et ne nous préoccupons pas de ce qu'il 
sera; il sera ce qu'il faudra qu'il soit quand il aura retrouvé les conditions d'existence qui lui 
sont nécessaires. Notre art populaire est comparable à un grain de semence qu'un coup de 
vent aurait jeté sur un rocher aride au sommet d'une haute montagne et qui resterait là stérile 
et inutile jusqu'à ce qu'un autre coup de vent, venant en sens contraire, le reprenne et le 
dépose sur la terre fertile d'une vallée. La petite graine aura alors vite fait de germer et de 
donner une fleur qui réjouira nos yeux. Déjà le vent néfaste qui a entraîné la semence de l'art 
populaire sur son rocher aride a cessé de souffler et une brise légère annonce le retour du 
vent favorable. Ce que sera la fleur, nous ne le savons pas encore, mais la graine est encore 
bonne, la terre toujours féconde et le soleil toujours bienfaisant. 

ANSELME LAUGEL 



— 127 - 



Ferme habitée par Voltaire, à Strasbourg, de 1753 à 



ll(ki>|:rafïU fi Alfh. C 



UNE CORRESPONDANTE ALSACIENNE DE VOLTAIRE 

MADAME DE LUTZELBOURG 

Le souvenir de M™* de Lutzelbourg est lié à celui de deux personnages marquants du 
XVIII» siècle: Voltaire et M"» de Pompadour, dont elle .sut se concilier l'amitié et aveclesquels 
elle resta de longues années en relations. Leur aînée à tous deux (elle avait onze ans de plus 
que le premier et trente-huit ans de plus que la seconde), elle était de ces femmes qui, selon 
l'expression de Sainte-Beuve à propos de M"» Geoffrin ^), ne nous apparaissent que vieilles, mais 
qui, en sachant accepter l'âge avec une saine et souriante philosophie, ont réalisé un des types 
les plus accomplis dont la société de cette époque nous ait laissé l'exemple^). Voltaire l'avait 
en haute estime; toutefois, bien qu'il l'ait connue longtemps auparavant, il semble n'être entré 
en correspondance suivie avec elle qu'à partir de son séjour en Alsace, en 1 753. C'est dans les 
lettres qu'il lui adressa régulièrement depuis lore que nous trouvons les principaux renseigne- 
ments sur cette femme remarquable; les indications que nous possédons d'autres sources se 
réduisent à peu de chose et nous permettent à peine d'esquisser le commencement et le milieu 
de sa vie. 

La comtesse de Lutzelbourg, née Marie-Ursule de Klinglin, était la fîlle de Jean-Baptiste 
de Klinglin, nommé en 1706 préteur royal à Strasbourg, et sœur de Christophe de Klinglin, 
premier président du Conseil souverain d'Alsace. Son second frère, François-Joseph, qui succéda 
à son père dans ses importantes fonctions de préteur, acquit une triste célébrité par les préva- 
rications qu'il commit dans sa charge et par le procès retentissant auquel celies-ci donnèrent 
lieu ; sa sœur, Marie-Anne, se maria en premières noces avec le lieutenant-colonel comte Antoine 
d'AndIau, puis, après la mort de ce dernier, avec le maréchal comte Du Bourg, commandant 
militaire de la province d'Alsace. — Son mari, le comte Walther de Lutzelbourg, qu'elle épousa 
en 1704 à l'âge de 21 ans, était lieutenant-colonel du régiment de Royal-Allemand et appar- 
tenait à la plus ancienne noblesse de notre pays; il mourut en 1736, lui laissant un fils, oflicier 
comme lui et alors âgé de trente ans'). 

■) Causeries du Lundi, t. n. 

') E. et J. de Concourt, La Femme au XVI II' siècle, chap. XI. 

') Pour la généalogie des Tamilles de Lutzelbourg et de Klinglin voir: Ernest Letir, L'Alsace Koblt. Stras- 
bourg 1870, t. U. 

- 128 — 



Par la situation de sa famille, M™® de Lutzelbourg se trouvait ainsi appelée à jouer un 
rôle considérable dans la société alsacienne de son temps. Sa sœur, la comtesse d'Andlau, était 
très liée avec Tex-roi de Pologne Stanislas Leczinski, alors exilé à Wissembourg, qui logea chez 
elle lorsqu'on 1725 il vint à Strasbourg pour les cérémonies préliminaires du mariage de sa fille 
avec Louis XV ^) ; le duc d'Orléans, qui représentait le roi de France à cette occasion, demeura 
pendant ce temps chez son ami le maréchal Du Bourg, le même qui devait, six ans plus tard, 
épouser M™« d'AndIau en secondes noces. M^^ de Lutzelbourg elle-même prit certainement une 
part active à ces fêtes; il semble même, d'après une lettre de Voltaire à la présidente de Der- 
nières *), qu'elle ait eu l'honneur de recevoir la jeune reine chez elle. L'automne de la "même 
année, elle se rendit à Fontainebleau, où séjournait le couple royal. Voltaire y était en même 
temps qu'elle, et c'est sans doute alors qu'ils se lièrent d'amitié. Elle i*etouma assez souvent à 
la cour, préoccupée surtout de l'établissement de son fils, qu'elle adorait et pour lequel elle 
recherchait un brillant mariage. C'est évidemment sur son conseil que ce dernier épousa, en 1741, 
M"® Borio, fille du résident du duc de Guastalla, qui lui apportait 240000 livres de dot et la 
promesse de 10000 livres de rente après la mort de ses parents^). Le 25 février 1742, la nou- 
velle comtesse fut présentée par sa belle-mère au roi et à la reine à Versailles. Quelques années 
plus tard, nous retrouvons la jeune femme à Lunéville où, par son esprit et sa beauté, elle fut 
l'un des principaux ornements de la brillante petite cour du roi Stanislas*); lors du séjour qu'y 
fit Voltaire en 1748, elle eut entre autres beaucoup de succès en jouant avec M™® du Châtelet 
un des principaux rôles d'une pastorale de La Motte, intitulée Issé. Peu de temps après, le 
28 avril 1749, la jeune comtesse mourait à Paris de la petite vérole^). 

Le chagrin causé par cette mort ne semble pas avoir été bien profond, car dès l'année 
suivante. M™® de Lutzelbourg était en quête d'une seconde femme pour son fils; malheureuse- 
ment, la jeune fille qu'elle lui destinait, M^*« de La Faye, fut prise d'un accès de folie, ce qui 
rendit le mariage impossible®). — Deux ans plus tard, une nouvelle épreuve, plus sensible que 
les précédentes, attendait la comtesse. Son frère, le préteur royal François-Joseph de Klinglin, 
avait, comme nous l'avons déjà dit plus haut, commis de graves irrégularités dans l'exercice 
de ses fonctions; il fut arrêté au commencement de l'année 1752 et mourut dans la citadelle 
de Strasbourg le 6 février 1753, encore avant le prononcé de son jugement. Son fils, impliqué 
dans le même procès, mourut également en prison en 1756. Ce fut un coup terrible pour sa 
famille, jusque-là si considérée; aussi mit-elle tout en œuvre pour tâcher de le sauver, mais en 
vain, bien que la conviction avec laquelle elle affirma son innocence lui ait valu plus d'un par- 
tisan, parmi lesquels Voltaire lui-même^). 

L'auteur du Siècle de Louis XIV arriva en Alsace au moment où l'émotion causée par cette 
affaire commençait à peine à se calmer. Ne s'entendant plus avec son protecteur Frédéric II, 
il avait quitté Berlin au printemps 1753 sous prétexte d'aller faire une cure à Plombières, et, 
après s'être arrêté un peu partout en route, à Leipzig, à Gotha, à Francfort, puis à Schwetzingen, 
chez l'électeur palatin Charles-Théodore, il arriva à Strasbourg le 16 août de la même année. 
Il descendit d'abord à l'hôtel de l'Ours-Blanc, puis, cinq jours plus tard, il alla s'établir dans 
une petite maison située près de la Porte des Juifs et à proximité de l'Ile-Jard, où demeurait 
M™® de Lutzelbourg. Son premier soin fut d'aller rendre visite à sa nouvelle voisine, mais, à 
sa grande déception, il apprit qu'elle était absente et qu'elle se trouvait pour quelques semaines 

1) Cf. H. Gauthier- Villars, Le mariage de Louis XV. Paris 1900. 

2) Lettre du 8 octobre 1725. {Correspondance de Voltaire, éd. Armand-Aubrée. Paris 1830.) 
') Cf. Mémoires du duc de Luynes, publiés parJDussieux et Soulié. Paris 1865, t. III. 

*) Cf. Gaston Maugras, La Cour de Lunéville au XVIII' siècle, Paris 1904. 
*) Cf. Mémoires du duc de Luynes, t IX. 

®) Cf. Correspondance de M^^ de Pompadour, publiée par M. A. P. Malassis. Paris 1878. 
'') La mémoire du préteur de Klinglin fut toutefois réhabilitée par le parlement de Dauphiné en septembre 1753 
(cf. Journal et Mémoires du Marquis d'Argenson^ publiés par Rathery, 1867, t. VIII). 



- 129 — 



encore au château de Bollvviller, chez son amie la comtesse de Rosen ^). 11 s*empressa alors de 
lui écrire pour lui annoncer son arrivée à Strasbourg et lui exprimer ses regrets de ne pas Ty 
avoir rencontrée : « Ce serait pour moi, madame, lui dit-il dans sa lettre du 22 août, une satis- 
faction bien consolante de pouvoir vous entretenir, de vous parler de nos anciens amis (s'il est 
des amis), et de vous renouveler tous les sentiments qui m'ont toujours attaché à vous, malgré 
une si longue séparation. Que de choses nous avons vues, madame, et que de choses nous 
aurions à nous dire! Nous rappellerions tout ce que le temps a tait évanouir, et un peu de 
philosophie adoucirait les maux présents. » Ces « maux présents », c'étaient, pour lui, ses dé- 
mêlés avec Frédéric II, pour elle les soucis que lui causaient les affaires de son frère le préteur, 
qui prennent une large place dans la correspondance assez active qu'ils entretinrent pendant 
son séjour à Bollwiller. 

En attendant son retour, Voltaire, occupé à ses Annales de VEmpire^ qui étaient, s'il faut 
en croire son secrétaire Collini ^), le plus ingrat et le plus pénible travail qu'il ait jamais entre- 
pris, ne quittait guère sa «solitude»; il avait même décliné l'offre que le maréchal de. Coigni, 
qui avait succédé en 1739 au maréchal Du Bourg dans le commandement militaire de la pro- 
vince d'Alsace, lui avait faite de lui donner un appartement chez lui. Sans doute la perspective 
de voisiner avec son amie fut-elle pour beaucoup dans ce refus, car il ne cesse de lui répéter 
dans ses lettres qu'il meurt d'envie de la revoir; et lorsqu'enfin elle rentra vers la mi -septembre, 
son plus agréable délassement fut de venir passer ses soirées chez elle. 

A cette époque, M™® de Lutzelbourg avait soixante-dix ans; mais, grâce à son excellente 
santé entretenue par un genre de vie très régulier, elle était loin de porter son âge. Peut-être 
un peu dépourvue de sensibilité, elle se distinguait surtout par un grand bon sens joint à une 
énergie et une activité remarquables; elle avait beaucoup d'esprit, et son habileté mondaine lui 
avait fait nouer nombre de relations que l'ascendant de son caractère et les agréments de sa 
conversation savaient lui faire entretenir. C'est ainsi qu'elle fut très liée avec M"»® de Pom- 
padour, qui l'appelait familièrement «sa chère grand'femme», et avec laquelle elle fut en cor- 
respondance pendant plus de quinze ans. Depuis les affaires de son frère le préteur, il semble 
toutefois qu'elle n'ait guère quitté l'Alsace et qu'à part ses relations de famille elle ait mené 
une vie assez retirée dans sa maison de l'Ile- Jard, où elle n'avait généralement pour société 
que son amie intime }A^^ de Brumath \ ou son fils, lorsque son service permettait à ce dernier 
de séjourner à Strasbourg. 

Voltaire, fatigué par les pérégrinations des derniers mois et par le travail astreignant 
auquel il se livrait pour le moment, trouvait chez la comtesse précisément le genre de distraction 
qu'il lui fallait alors : la tranquillité de la campagne jointe au commerce agréable d'une personne 
avec laquelle il pouvait causer d'un passé plus heureux. Ces soirées de l'Ile-Jard, qu'il rappelle 
souvent dans ses lettres, lui laissèrent un excellent souvenir; et lorsque peu de temps après, 
au commencement d'octobre, il se rendit à Colmar, il semble qu'il soit parti dans l'intention 
de revenir bientôt à Strasbourg. En effet. M™» de Lutzelbourg s'occupait avant le milieu du 
mois à lui trouver une petite maison dans son voisinage, celle qu'il avait habitée auparavant 
ayant manqué de confort; mais ce projet de retour ne devait jamais se réaliser, car le philosophe 
s'arrêta dans la capitale de la Haute-Alsace beaucoup plus longtemps qu'il n'en avait eu primi- 
tivement l'intention. Il avait été appelé dans cette ville principalement par une question d'in- 
térêt; il avait abandonné une somme d'argent considérable au duc de Wurtemberg, qui s'était 

^) Sans doute la comtesse Jeanne-Octavie, née de Vaudrey de St. Remy (cf. E. Lehr, Notice sur la famille 
de Rosen, Strasbourg 1865). 

2) C. A. Collini, Mon séjour auprès de Voltaire, Paris 1807. 

^) Probablement la seconde femme de François-Antoine de Zuckmantel de Brumath, née Reine de Geyrn, veuve 
depuis 1740; elle avait été avant son mariage chanoinesse du chapitre de Prague, ce qui explique le nom de «sœur 
de Brumath» que Voltaire lui donne quelquefois. Le M. de «Zeutmandel», dont le philosophe s'excuse d'estropier 
le nom dans une de ses lettres, était sans doute un parent de cette dame. (Voir sur la famille des Zuckmantel 
E. Lehr, L'Alsace noble, t. III.) 

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engagé en échange à lui verser, à lui et plus tard à sa nièce M^^ Denis, une rente viagère 
hypothéquée sur des vignes qu'il possédait à Riquewihr; et Voltaire, très prudent en affaires, 
désirait se rendre compte lui-même de la valeur de cette propriété. D*autre part, ses Annales 
de r Empire^ dont il fit commencer l'impression à Colmar par Schœpflin le jeune *), demandaient 
certains renseignements juridiques qu'il estimait ne pouvoir trouver nulle part mieux qu'au siège 
du Conseil souverain d'Alsace. L'appui du frère aîné de M*»* de Lutzelbourg, Christophe de 
Klinglin*», qui était premier président de cette assemblée, lui fut très précieux en celte circons- 
tance; et les relations qu'il noua avec ce magistrat et sa famille resserrèrent encore les liens 
qui l'attachaient à l'Ile- Jard. Il eut à un moment donné l'idée de louer le château d'Oberherg- 
heim'), qui appartenait aux héritiers du préteur de Klinglin, et il invita la comtesse à venir y 
séjourner avec son amie M™® de Brumath ; mais cette combinaison n* aboutit pas. En revanche, 
M™® de Lutzelbourg vint chez son frère le président au mois d'août 1754, et alors encore il 
fut question du retour de Voltaire à Strasbourg*). Un mois plus tard toutefois, ce projet était 
définitivement abandonné, et le philosophe parlait de passer encore Thiver à Colmar; puis, 
brusquement, il se décida au commencement de novembre à quitter l'Alsace pour se rendre 
d'abord à Lyon, puis en Suisse, où il acheta au printemps suivant la propriété des Délices, près 
de Genève. 

Pendant ce temps. M"»® de Lutzelbourg menait une vie assez isolée à l'Ile- Jard; son fils 
était absent, et son inséparable amie elle-même, M™* de Brumath, était loin d'elle ; quant à \'ol- 
taire, préoccupé de son installation dans sa nouvelle demeure et de sa santé, de laquelle il 
trouvait toujours moyen de se plaindre, il ne lui écrivit que très rarement cette ànnée-là. En 
1756, leur correspondance reprit plus active, surtout quand commença la guerre de Sept ans, 
qui semble avoir beaucoup échauffé les esprits en Alsace à ce moment, les uns prenant fait et 
cause pour l'impératrice d'Autriche, les autres pour le roi de Prusse'^). On devine aisément de 
quel côté se portaient les sympathies de Voltaire, et M™* de Lutzelbourg elle-même paraît avoir 
partagé, au début, son enthousiasme pour Marie-Thérèse; plus tard toutefois, bien que son fils 
portât les armes contre Frédéric II, elle ne cacha pas son admiration pour ce dernier — trait 
assez caractéristique pour cette époque, oti les haines nationales étaient beaucoup moins vives 
que de nos jours. M. de Lutzelbourg lui-même semble d'ailleurs ne pas avoir pris la guerre 
trop au tragique, car celle-ci ne l'empêcha pas de poursuivre ses projets matrimoniaux, qui 
aboutirent, en 1757, à son mariage avec M™® de Crèvecœur, née Fargès, veuve de M. de Crève- 
cœur, fils du corrite de Saint-Pierre et chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans ®). Cette dame 
était plus âgée que lui, mais elle lui apportait de gros revenus, et M"** de Pompadour, qui 
s'était beaucoup occupée de cette alliance, avait fait assurer au nouveau couple 18000 livres de 
rentes sur la première place de fermier des postes vacante''). 

L'hiver de 1757 à 1758 fut mauvais pour M°*® de Lutzelbourg; elle tomba malade; toutefois 
sa bonne constitution et son énergie prirent assez rapidement le dessus. L'été suivant, elle eut 
le plaisir de recevoir la visite de Voltaire, qui logea chez elle au retour d'un voyage fait à 
Schwetzingen chez l'électeur palatin Charles-Théodore. Le philosophe ne. s*arrêta que peu de 
jours à Strasbourg, où il avait définitivement renoncé à venir s'établir; par contre, il fut beau- 
coup question alors de l'achat de la terre de Craon en Lorraine, mais les pourparlers qu'il eut 

*) Frère de Thistorien Schœpflin (cf. Collini, ouvr. cité). 

^) Voir au sujet de ce magistrat: Pillot et de Neyremand, Histoire du Conseil souverain d* Alsace. Paris 1860, 
p. 382 et ss. 

') Près de Colmar. 

*) Cf. la lettre du 27 août 1754 à M. de Thibouville (éd. Armand- A ubrée). 

*) Cf Lettres de Afne de Pompadour^ p. 112. 

®) Cf. Mémoires du duc de Luynes, t. XVI, p. 248. 

'^) Vu les exigences de la guerre, cette rente ne fut jamais payée, et M. de Lutzelbourg dut se contenter 
d'une gratification du roi et de vagues promesses de pension 'pour l'avenir (cf. Correspondance de M»»* de Pom- 
padour^ p. 116). 

— 131 — 



à ce sujet avec M"* de Mirepoix, à qui appartenait cette propriété, n'aboutirent pas. S'il faut 
en croire ses lettres, le désir de se rapprocher de M"* de Lulzelbourg fut pour beaucoup dans 
ce projet; il est bon toutefois de ne pas pi'endre toujours textuellement le désir qu'il exprime 
de venir vivre auprès d'elle. En effet, il connaissait son intimité avec M"" de Pompadour, et, 
en adroit politique, il se servait du crédit de son amie auprès d'elle pour ses propres intérêts. 
Il ne laissait échapper aucune occasion de faire sa cour à la toute-puissante favorite; ainsi, 
ayant appris qu'elle avait envoyé à la comtesse son portrait peint par Vanloo, il demanda et 
finit par obtenir à force d'instances de cette dernière qu'elle en fît faire une copie pour lui à Strasbourg. 

Les dernières années de M"" de Lutzelbourg furent assombries par le malheur. En 1762, 
elle perdit son fils, tué sur le champ de bataille ; ce fut là sans doute la plus grande douleur 
de sa vie, dont elle ne se consola jamais et qui fut aggravée encore par des démêlés qu'elle 
eut, peu après, avec sa belle-fille. Deux ans plus tard, son amie, M™* de Pompadour, mourait, 
à peine âgée de quarante-trois ans. «Nous ne comptions pas, madame, lui écrivait Voltaire à 
ce sujet, que M"^ de Pompadour partirait avant nous. Elle a fait un rêve bien beau, mais 
bien court. Notre rêve n'est pas si brillant ; mais il est plus long et peut-être plus doux ; 
car, quoi qu'elle eût toutes les apparences du bonheur, elle avait pourtant bien des amer- 
tumes, et la gêne continuelle attachée à sa situation a pu abréger ses jours. Au reste, la vie 
est fort peu de chose dans quelque état qu'on se trouve, et il n'y a pas grande différence entre 
la plus courte et la plus longue; nous ne sommes que des papillons dont les uns vivent deux 
heures, et les autres deux jours. Je suis un papillon très attaché à vous, madame; il y a long- 
temps que je n'ai eu la consolation de vous écrire. Une fluxion sur les yeux qui m'a presque 
ôté la vue a dérangé notre commerce, mais elle n'a point été jusqu'à mon cœur. J'ai resté de- 
puis dix ans dans ma retraite, comme vous dans la vôtre. Nous sommes constants; mais je 
ne suis pas si sage que vous : aussi vivrez-vous plus de cent ans, et je compte n'en vivre que 
quatre-vingts » 

Malgré cette prédiction du philosophe, M™^ de Lutzelbourg ne survécut que de quelques 
mois à son amie; elle s'éteignit le 23 janvier 1765, à l'âge de 82 ans. Jusqu'à la fin, elle avait 
conservé cette santé du corps et de l'esprit qui faisait l'adiniration de Voltaire; les malheurs 
n'avaient pas réussi à l'abattre, et elle ne s'était jamais départie de la sérénité et de la modé- 
ration qui la distinguaient, .... digne exemple en cela de la fermeté d'âme qui est une des 
principales qualités du caractère alsacien. D' m. mutterer 




s O M M 

FAITS ET DOCUMENTS: Les Embclltescments de 
Strasbourg (VI); D'r verboUe F'ahne. 

NÉCROLOGIE: A. Bartholdi ; Derendinger; Gerder; 
F. -A. Hetler; J.-V. Jacob; J. I.aurent-Lapp; H. Michel; 
G.-B. StiiU; E.-A. StrohI. 

DISTINCTIONS. 

CHRONIQUE MUSICALE: Les Concerts à Strasbourg; 
Le Sapin des Vosges. 

ART. 



AIRE 

BIBLIOGRAPHIE: Trois Primitifs; Les Grûnewald du 
Musée de Colmar, etc., par J.-K. Huysmans; Stras- 
bourg, par H. Wclschinger; A travers l'Alsace, par 
A. Hallays; L Alsace- Lorraine ; Sainte- Mari e-aux- 
Mines et environs, par E. Klein, L. U. et E. C. ; 
Portraits mulhousiens, par C. Schlumberger ; Le 
Manuel des Amphitryons au début du XX^ siècle, 
par A. Michel; Revue catholique d' Alsace ; Ernnnia; 
Elsass-Lothringen in 21 Karten, 

VARIA: Simples réflexions. 



FAITS ET DOCUMENTS 



LES BMBELUSSEMENTS DE STRASBOURG 

VI 

«La critique- est aisée, et l'art est difficile;», dit-on 
communément quand on entend un citoyen grincheux 
dénigrer systématiquement tout ce qui se fait dans la 
république. Il est facile, en effet, de dire d*un ouvrage 
qu'il est mauvais, mais il est souvent difficile de justifier 
ce jugement; et si l'on demanJe à celui qui prononce 
l'arrêt d'être à la fois compétent, impartial et d«' Bronne 
foi. je reconnaîtrai volontiers que ces qualités sont aussi 
rares chez les critiques que le sont chez les architectes 
le goût et la science des harmonieuses ordonnances. 

A Strasbourg cependant, on peut, hélas I critiquer 
à bon compte et ce n'est pas s*ériger en premier mou- 
tardier du pape, en docteur infaillible, que de prétendre 
que dans notre bonne ville de nombreuses et lourdes 
fautes ont été commises. Un peu de bon sens suffît 
pour apprécier à leur juste valeur, et la place Impériale, 
et les nouveaux ponts, et le peinturiurage des églises, 
et la plupart des monuments destinés à embellir et à 
orner les carrefours ; il n'est pas nécessaire de se livrer 
à de longues et spéciales études pour découvrir qu'avec 
moins d'argent on aurait pu souvent beaucoup mieux 
faire. 

Que dirons-nous aujourd'hui de l'aménagement de 
la place St-Pierre-le-Jeune ? 

On peut, avec quelque raison, soutenir que le 
remaniement de cette place était devenu indispensable 
parce qu'il fallait, à tout prix, ménager devant l'église 
un espace pour permettre aux voitures d'évoluer. 
L'édifice, en effet, par suite de l'exhaussement des 
terrains avoisinants, se trouvait enfoui à tel point que 
son pavé était de plus d'un mètre en contre-bas de 
celui de la place, et il devenait indispensable, pour ré- 
tablir l'ancien niveau, de décaper le sol jusque vers la 
rue de l'Église. Le sacrifice de quelques beaux mar- 
ronniers qui ombrageaient cet endroit n'est qu'un de 
ces inconvénients qu'il faut accepter sans trop gémir, 



en se souvenant qu'on ne saurait faire d'omelette sans 
casser des œufé. Mais encore convient-il que la cuisi- 
nière chargée de confectionner l'omelette sache la dorer 
à point, faute de quoi on- en serait réduit à regretter 
les bons œufs frais intempestivement cassés. 

Le problème à résoudre était donc le suivant: 
élargir l'espace livré à la circulation des voitures, 
maintenir les terres demeurées en contre<-haut, ménager 
des rampes ou des escaliers, établir autour de la partie, 
défoncée des parapets pour éviter les accidents et 
enfin imaginer des formes heureuses, caressantes à l'œil 
et largement développées. Or, la solution qui a été 
trouvée n'est ni élégante ni juste. Le mur de sou- 
tènement est muni d'une balustrade beaucoup trop 
lourde et trop massive, les pinacles en forme de pyra- 
mide dont il est orné sont absolument inutiles, sans 
aucune élégance et tellement nombreux qu'ils donnent 
à l'ensemble un caractère hérissé, rébarbatif et pointu 
du plus vilain efTet. Les escaliers sont, à mon sens, 
mal placés et celui qui se trouve du côté de la rue de 
la Nuée Bleue est beaucoup trop étroit. J'estime qu'il 
fallait ménager ces escaliers tout autrement et les dis- 
poser de façon à ce qu'ils s'orientassent vers le porche 
de l'église, qui forme le point saillant et comme' le 
centre d'attraction de la place. Au lieu de cela, on 
les a établis dissymétriquement à droite et à gauche 
d'une fontaine dont je parlerai tout à l'heure et 
sans s'occuper de les mettre en relation avec ' l'édifice 
qu*ils devaient desservir. On m'objectera probablement 
qu'il eût été dangereux d'ouvrir des degrés dans l'axe 
de la rue de l'Église, parce que le peu d'espace dont 
on disposait au débouché de cette rue, aurait pu occa- 
sionner des malheurs. Mais cette objection est d'autant 
moins sérieuse que d'une part on pouvait, à volonté, 
régler l'espace devant rester libre et que, d'autre part, 
il était facile, par un escalier à double révolution, en- 
cadré d'une rampe, de remédier à l'inconvénient signalé. 
En somme, la pensée qui devait dominer l'ensemble de 
cet arrangement, c'était de faire converger vers le porche 
de l'église tout l'intérêt de la construction ; au lieu de 



CEla, on n'a eu d'autre pensée que de faire beaucoup 
à'cffet, en prodiguant les ornements inutiles et en com- 
pliquant à plaisir les combinaisons. Il est vrai que le 
porche bariolé de 5t-Pierre-le-Jeune n'est pas une de 
ces merveilles sur lesquelles il faille à tout prix, et par 
tous les moyens, attirer l'attention des passants .... 
C'est là la seule raison que l'on puisse trouver pour 
justitier le plan qui a été adopté. 

Maintenant que dirai-je de l'effet décoratif de cette 
conatruction ? J'ai déjà parlé de la balustrade trop 
lourde et des pinacles superflus et trop nombreux, mais 
comment qualilierai-je la fontaine qui est placée contre 
le mur de soutènement et qui forme le motif central 
de la composition? Cette fontaine est constituée par 
un dauphin trop gros crachant de l'eau dans une vasque 
trop petite. L'idée du dauphin et de la vasque n'est pas 
très nouvelle et ne témoigne pas d'une fertilité d'imagi- 
nation bien extraordinaire, mais, en tout cas, aurait-il 
fallu, pour la rendre acceptable, l'interpréter d'une façon 
intéressante. Or la vasque a l'air d'avoir été copiée dans 
un catalogue de baignoires, et te dauphin ne se distingue 
que par sa taille de ceux |qui, de toute éternité, sont 
munis d'un petit robinet et figurent les r 
nos vieux lavabos d'étain. 

En somme, voilà une entreprise dont 1 
aura coijté beaucoup d'argent et qui sera manquée 
pour l'éternité, sens que les générations futures en 
puissent rien tirer, sinon la convictipn qu'au commen- 
cement du XX« siicle les Strasbourgeois étaient faciles 
a contenter et ne se souciaient plus guère de l'antique 
réputation de beauté qu'un chant populaire avait faite 
à leur ville. Peut-être eût-il mieux valu laisser subsister 
les beaux marronniers qui faisaient de la petite place 
une charmante oasis où les anciens expliquaient sur 
la poussière les batailles auxquelles ils avaient assisté, 
où les enfants confectionnaient des pâtés de sable 
pendant que leurs bonnes suivaient d'un regard attendri 
de trop volages tourlourous. L'omelette ratée fait re- 
gretter les œufs. R. 

D'R VERBOTTE FAHNE 
(L* draptau lnt«dlt) 

Comédie alsacienne en 3 actes de Oustave 9TiigKi>rF, 
repréMntée pour U immicrc fois >ur tu scène de L'L'nion par le 
Théllre AIskM 



Noue voïd de Mxmau dans la bourgade d'Alsace 
que nous connaissons d^ tiu dans Mie autre qui lui 
ressemble. C'est la veille de Vérénement qai révolutionne 
une petite ville Inen phis enoore tju'un concours régional 
ou un festival de chanteurs: je veux parier des élections 
municipales. Comme toujours, deux partis sont en pré- 
sence, grinçant des dents et se montrent le poing: le 
clan du maire sortant et celui de l'adjoint, qui convoite 
la magistrature suprême. Il va presque sans dire que 
les deux rivaux sont voisins, séparés seulement par un 
mur mitoyen. (Ce mur est indispensable pour égaver le 



.)En 



t Schlesi 



' A SchH'cik hardi, i 



paradis par les épisodes tragi-comiques dont il est le 
théâtre.) Naturellement aussi, les deux rivaux ont l'un 
un tils, l'autre une lille, et ces jeunes gens se prêtent 
d'autant moins à épouser les querelles de leurs parents 
qu'ils ont une plus grande envie de s'épouser l'un 
l'autre. L'adjoint est soutenu par les fonctionnaires 
immigrés . . des deux sexes. Ce précieux appui ne lui 
est point venu sans efforts ni sacrilices. Ju^ez-en 
plutôt : Le candidat s'est lait recevoir membre du 
Krieger'Verein (Société de Vétérans), membre de la 
1 Société pour l'augmentation de la flotte *, membre de 
1'' Association pour l'élevage de serins allemands de 
race pures (ce n'est pas moi qui intervertis les adjectifs): 
tandis que Madame son épouse a accepté la vice- 
présidence de la -Ligue des femmes allemandes-, 
laquelle lient sous nos yeux une verbeuse séance 
Inondée de café au lait et encombrée de p.îtisEerie. 

Monsieur le Maire, de son côté, a fait de la popu- 
tarité, en olTr«Dl a la Société de chant «la Concordia», 
uD superbe dr«p««u aux couleurs alsaciennes. C'est ce 
drapoau qai Moène la péripétie du drame. Pour porter 
un coup mortel au parti ennemi, un membre du comité 
de l'adjoint, fonctionnaire immigré, grand dignitaire du 
Krirger-Verein et qui par conséquent a le bras long, 



s'avise de faire interdire, par le commissaire de police, 
Texhibition de l'emblème alsacien, «les couleurs rouge 
et blanche dénotant des tendances particularistes qu'il 
est urgent de réprimer»^). Mais ô surprise! L'effet de 
cette mesure policière est diamétralement opposé à ce 
qu'en espérait le promoteur. Une effervescence éclate. 
L'adjoint est désavoué par ses partisans indigènes. On 
lui endosse la responsabilité de l'interdiction. Honni de 
ses amis, repoussé par ses protecteurs, dont il a eu la 
maladresse de ne pas admirer le tact, le malheureux 
vient à résipiscence. Il sacrifie tout à l'estime de ses 
compatriotes. Il renonce à ses rêves de grandeur et fait 
sa paix avec son ennemi. Tout le monde s*embrasse 
et acclame le drapeau alsacien. 

Voilà le canevas de la pièce nouvelle. Autour des 
personnages, très vivants, qui conduisent l'action, gra- 
vitent des comparses qui ne compteront pas, sans doute, 
parmi les créations les plus parfaites du poète. Pour 
exposer plus à l'aise tout ce que je trouve louable 
dans l'œuvre de M. Stoskopf, j'en finirai tout d'abord 
avec les critiques qu'elle me suggère. Critiques de détail 
d'ailleurs et que bien des spectateurs ne ratifieront pas. 
Donc, il y a là un malheureux sourd traînant avec 
lui toute la kyrielle des coq-à-l'âne que peut faire surgir 
cette infirmité. Il y a un faquin de domestique, mi- 
partie loustic de chambrée et valet de l'ancien réper- 
toire, par trop envahissant et à qui volontiers on 
allongerait le . . geste classique, aujourd'hui tombé en 
désuétude de maître à serviteur. Il y a un Roméo et 
une Juliette quelque peu remâchés, et de qui les amours, 
évoluant aux abords du fameux mur mitoyen, ont du 
mal à nous émouvoir. — Mais c'est là le lest indis- 
pensable, semble-t-il, au théâtre populaire. Il y a mieux 
que cela dans la pièce, et j'ai hâte d'y arriver. 

D'aucuns ont critiqué la simplicité de la trame et 
certaines redites de la donnée. Je tiens ces reproches 
pour peu justifiés. Sans aucun doute, M. Stoskopf 
eût été parfaitement habile à nous offrir quelque vau- 
deville 

Où rintrigue, enlacée et roulée en feston, 
Tourne comme un rébus autour d*un mirliton. 

11 a su résister à ta tentation du succès facile, et 
il convient de Ten loocr. Il a préféré suivre la voie 
où le poussent ses dons naturels les plus heureux. 
Abstraction faite du grossissement exigé par la scène, 
il nous a donné une peinture de milieu fidèle et vivante, 
et où l'action s'élève à la hauteur d*un éloquent sym- 
bole. Dans le microcosme où le confine le dialecte 
alsacien, il a brandi «le fouet de la satire» et s'il a 
frappé fort, il a touché juste. Il n'a ménagé ni la chèvre 
ni le chou. Immigrés et indigènes, il a administré à 
chacun la volée qui convenait. Une fois de plus, il a 

1) L'interdiction du drapeau rouge et blanc n'est pas une 
fantaisie éclose dans l'imagination de M. Stoskopf. Elle a été bel 
et bien prononcée récemment dans un arrondi^isement de la 
Basse-Alsace, dans des conditions, il est vrai, toutes difTérentes 
de celles que nous expose la pièce. — On en revient toujours 
au mot de Boileau: «Le vrai peut quelquefois n'être pas vrai- 
semblables. 



pris à partie certain type de «bon bourgeois j>, ses 
effarements qui ne sont point d'un héros et ses prédi- 
lections que réprouverait un ascète. Il a persiflé ses 
aspirations dépourvues d'envolée et ses familiarités 
voisines du sans-gêne. D'autre part, il a livré aux 
quolibets les fantoches offusqués de s'entendre appeler 
par le nom de leur père et qui se croient grandis 
par un titre, même saugrenu. Il a raillé le goût 
qui préside à la décoration de certains appartements 
et le penchant irrésistible à les déserter pour aller 
siéger dans d'innombrables associations et y engloutir 
sans mesure bière ou café au lait. Il s'est gaussé de 
mainte autre bizarrerie. Il a expliqué le mécanisme de 
bien des dissonances. Pourquoi le fossé qui sépare les 
enfants du sol et les nouveaux venus est si lent à se 
combler, il en a mis en relief les causes réelles, n*en 
déplaise à ceux qui — aveuglement ou parti pris — 
s'obstinent à eh incriminer des excitations venues du 
dehors. Sans aigreur ni pesanteur de touche, il a 
écrit une page nouvelle de l'histoire sociale contem- 
poraine en Alsace. Et aussi de Thistoire politique. Le 
recours à la contrainte policière, le succès qu'on s*en 
promet, la déconvenue qui en résulte : de ce phénomène, 
indéfiniment expérimenté dans notre pays, les ondes 
lumineuses et sonores ont été soigneusement enre- 
gistrées par l'auteur, et, selon la formule traditionnelle, 
«les clichés sont conservés» à la dispositon des his- 
toriens futurs. 

De Téclat de rire qui vibre d'un bout de la pièce 
à l'autre se dégage une grave et haute leçon de solidarité 
alsacienne. Cette leçon jaillit de Taction même, sans le 
secours d'un homme de paille discoureur et moraliseur 
(et par là, l'œuvre de M. Stoskopf s'élève à la hauteur 
de la vraie comédie). Cette morale apparaît au spectateur, 
comme elle s'impose aux personnages de la pièce qui 
pour en avoir méconnu l'objet, ont failli renier leur 
nature et compromettre leur dignité, sans qu'une com- 
pensation honorable les attendît. Mais comme les comé- 
dies finissent gaiement, ils ont pu se raviser avant qu'il 
fût trop tard. 

Cette fois encore, M. Stoskopf s'est vu imputer 
de mettre en scène des .Alsaciens mesquins ou piteux. 
En réponse, il eût pu s'élever contre la généralisation 
et invoquer le but de la satire, qui n'a que faire, des 
chevaliers sans peur et sans reproche. Montrer des 
ambitieux et des rivaux oubliant leurs rancunes et 
sacrifiant leurs hochets pour défendre la personnalité 
alsacienne menacée, c'est là, en somme, une glorification. 
La méritons-nous, ô mes compatriotes?... La méri- 
terons-nous un jour? Il n'est pas trop téméraire de 
Tespérer, si tous nos efforts y tendent. C'est pourquoi 
j'applaudis et je remercie l'éloquent poète d'avoir voulu 
mêler sa parole, autorisée et écoutée, aux voix des 
hommes de bonne volonté qui jamais ne se lasseront de 
professer avec ferveur le culte de «^ l'Alsace éternelle*. 

Dr F. DOLLINGEK 



3 - 



FRÉDÉHIC- AUGUSTE BflHTHOLDI 
NÉCROLOGIE 

BARTHOLDI, AUGUSTE, sculpteur, commandeur 
de la Légion d'honneur, né à Colmar le 'J avril iS34, 
mort à Paris le 4 octobre mM. 

Bartholdi était issu de l'une des plus anciennes 
ramilles de Colmar. Son grand-père était médecin, son 
përe, conseiller de préfecture. Ce dernier mourut fort 
jeune, et sa veuve s'établit à Paris, alin de donner i. 
ses deux enfants une instruction plus complète. Elle 
désirait ardemment que son lils Auguste se vouât au 
barreau, mais le jeune homme se sentait irrésislible- 
ment attiré par l'Art, et pour ne point contrecarrer 
sa famille, il choisit l'architecture qui le rapprochait le 



plus de I 



Il I 



que 



suivant des cours d'architectuie, il fréquenlHll l'atelier 
d'Ary SchefTer. Mais la sculpture exerçait sur lui une 
fascination plus grande encore, et bientôt il se lança 
résolument dans cette voie. Son premier maître, Soïtoux, 
était un médiocre. C'est à lui sans doute que Bartholdi 
doit ce goût de la sculpture monumentale qui carac- 
térise la plupart de ses travaux. 

Au début, il s'inspire de l'art gothique alsacien; il 
imagine, entre autres, l'efligie de l'une des fondatrices 
du couvent des Unterlindcn, puis la Légende des Sept 
Souabes, un groupe polychrome, que lui refuse le Jury 
du Salon en 1855. 

L'année suivante, son général Rapp, inauguré au 
Champ-de-Mars de Colmar, obtient le plus grand succès; 
en 1H61, il élève à Sch<£ngauer une statue dans la 
cour du musée de celte ville; en 1864, il exécute le 



le l'amiral Brual, toujours k Colmar; plus 
tard encore il signera, tantôt a Colmar, tantôt dans 
d'autres villes d'Alsace, une série de mooumenti, bustes, 
médaillons, etc. 

La guerre interrompt ses travaux ; il fait vaillam- 
ment son devoir et après la paix, trouvant l'Alsace 
occupée par les vainqueurs, Pans fermé par la Com- 
mune, il s'embarque pour l'Amérique. Il en rapporte le 
projet de cette statue gigantesque, dressée dan* U rade 
de New- York : la Liberté éclairant le monde, qui lui 
assura une réputation universelle. — Qu'il nous soit 
permis cependant de donner la préférence a oe Lion 
monumental, taillé dans le granit au flanc du roc qui 
supporte le Château de Belfort, ce symbole éloquent de 
l'héroïque défense de la garnison française en 1870. 
Bartholdi a en outre exécuté toute une série de monu- 
ments en mémoire de la guerre ; l'un, à Bàle, a été 
élevé en souvenir des secoure apportés par la Suisse 
à Strasbourg; un autre, à Schinioach, est dédié aux 
soldats français morts en 18T(i; au Salon de 1891. il 
exposait un groupe allégorique de l'Alsace- Lorraine et 
récemment encore il travaillait à une icuvre patriotique 
qu'il ne devait plus voir terminée, le monument au 
sergent HolT, inauguré le 20 novembre dernier au 
cimetière du Père- Lâcha ise, à Paris. 

Nous passons sous silence bien des ceuvres qui 
mériteraient d'être citées : le Vercingétorix du Musée 
de Clermout-Ferrand , la Fontaine monumentale de 
Bordeaux, le Champollion du Collège de France, etc. 
La liste en serait longue. Mais pour nous il importait 
de rappeler combien Bartholdi était resté alsacien. 
L'Alsace était tière de sa célébrité, et les Musées de 
Strasbourg, Mulhouse et Colmar possèdent tous de ses 
oeuvres. Ce dernier a consacré une salle aux moulages 
cl aux maquettes de l'ar liste. C'est témoigner de la 
façon la plus louchante l'admiration que U ville de 
Colmar porte a son grand sculpteur et lui prouver en 
même temps sa reconnaissance d'un attachement qui 
ne s'est jamais démenti. 

DERENDINGER, général de division du cadre de 
réserve, commandeur de la Légion d'honneur, né à 
Haguenau le 10 août 1837, mort à Paris le 4 no- 
vembre 1904. 

Le général Derendinger, qui sortait de l'Ecole poly- 
technique, suivit les cours de l'Elcole d'application de 
Metz, en 18A9, comme sous- lieutenant. Au moment de 
la guerre, il était capitaine et subit le siège de Betfort. 
Il fut élevé au grade de général en 1894 et nommé 
commandant supérieur de la défense en Algérie. 

Le général Derendinger laisse trois fils qui ont 
également fait choix de la carrière militaire; l'aîné, 
M. Robert Derendinger, est actuellement lieutenant au 
2* régiment de tirailleurs sénégalais ; les deux plus 
jeunes, MM, Emile et Henri Derendinger sont encore 
élèves de Sainl-Cyr. 

GERDER, général de brigade en retraite, comman- 
deur de la Légion d'honneur, né à Metz le 27 mars 
1826, mort à Amélie-les-Bains le 23 novembre 1904. 



l\ Ht les campagnes d'Algérie et de la Grande* 
Kabylie de 1854 à 185^ comme capitaine, celle d*Italie 
Tannée suivante, où il fut nommé chevalier de la Légion 
d'honneur. Chef de bataillon en 1870, il fut blessé 
à Gravelotte et cité à l'ordre du jour de Tarmée. En 
1879, le colonel Gerder passa au 3® régiment de tirail- 
leurs algériens et fit campagne en Tunisie, en 1881, 
avec ce même régiment. La même année, il fut nommé 
général de brigade et commanda une colonne dans le 
Sud-Oranais, puis la subdivision de Montpellier et enfin 
celle de Dellys. En 1888, il fut admis à la retraite. 

Il était décoré de la médaille de la valeur sarde, 
de la médaille d'Italie et de la médaille coloniale. 

HELLER, FLORENT-ANTOINE, artiste-graveur, né 
à Saverne en 1840, mort à Paris le 23 novembre 1904. 

Heller débuta en .Msace comme graveur sur cris- 
taux ; mais bientôt Edmond About, qui pressentait dans 
le jeune ouvrier un futur artiste, obtint pour lui une 
subvention du conseil général du Bas-Rhin qui lui 
permit de se rendre à Paris pour y suivre les cours 
de l'École des Beaux-Arts (de 1 865 à 1 868). Il entra peu 
après comme graveur héraldique dans les ateliers du 
graveur Stem, un compatriote, ancien élève de l'Ecole 
Israélite des Arts et Métiers de Strasbourg. Là il ren- 
contra Jules-Clément Chaplain, avec lequel il partagea 
une médaille d'or au salon de 1870. 

Un mois plus tard, la guerre éclatait. Heller partit 
aussitôt avec About pour Saverne, où il s'enrôla dans 
les ambulances du Château épiscopal. Après la guerre, 
il s'embarqua pour l'Amérique et travailla successive- 
ment pour le compte des célèbres maisons Tiffany et 
Gorham. Ses travaux, très tôt remarqués, obtinrent 
aux Expositions de Vienne, de Philadelphie et de Paris 
plusieurs récompenses. 

Heller cependant ne résidait pas exclusivement aux 
États-Unis; de 1871 à 1900, on le retrouve tantôt à 
Paris, tantôt en Amérique, créant sans cesse de char- 
mantes œuvres d'art, telles que médaillons, plaquettes, 
couverts, etc. Parmi tant de travaux, nous citerons le 
médaillon de M™* Agar (1870); la médaille commé- 
morative de l'élection du président Carnot (1888) ; 
la mort de Carnot (1895); Marie Stuart; Minerve; 
l'Arbre de la Science; une allégorie de Saverne; le 
médaillon qui orne la tombe d'un ancien maire français 
de Saverne, au cimetière de cette ville, etc. Enfin le 
Musée des Arts décoratifs de Strasbourg possède une 
série de médailles, de plaquettes et de spatules de son 
fameux service «Paris», qui lui furent gracieusement 
offertes par l'auteur, il y a quelques années. 

Heller aimait à revenir en Alsace; il fut l'un des 
hôtes habituels de la Schlittenbach au temps où About 
l'habitait. Plus tard encore, il revint fréquemment dans 
sa ville natale et, il y a peu de mois, y faisait un 
dernier séjour. 

Nous comptons bien consacrer à cet excellent 
artiste une étude plus détaillée. 

JACOB, JEAN -VICTOR, avocat, né à Metz le 
30 juillet 1826, mort dans cette ville le 9 décembre 1904. 



Après avoir été avocat, M. Jacob fut bibliothécaire 
de la ville de Metz jusqu'en 1870. D'une érudition 
profonde, il consacra à l'histoire du pays messin de 
nombreux travaux dont voici quelques titres: La Légende 
de Saint'Genest ; les Mémoires de la Société d'archéo- 
logie et d'histoire de la Moselle; la Suppression du 
Parlement de Metz en 177 î, cïc. 

LAURENT-LAPP, J., directeur de la politique étran- 
gère au journal le «Temps», né à Eckbolsheim, près 
Strasbourg, en 1836, mort à Paris le 20 octobre 1904. 

C'est à Strasbourg qu'il fît ses études, d'abord au 
Gymnase protestant, où il se distinguait déjà par une 
imagination très vive et une grande facilité d'écrire, puis 
à l'Université où il étudiait à la fois la théologie et 
les lettres. 

Ces dernières l'emportèrent et Laurent-Lapp vint 
à Paris chercher une occupation plus conforme à ses 
goûts. C'était en 1859. 11 se lança d'abord dans la 
critique d'arts le théâtre, la musique et se lia avec des 
hommes tels que Massenet, Colonne, qui étaient alors 
des débutants. Enfin la politique le prit et le garda. Il 
fît partie de la rédaction de plusieurs journaux notables 
auxquels il rendit de grands services par sa connais- 
sance des langues et des choses de l'étranger, au temps 
où les spécialistes aussi bien préparés étaient rares. Il 
marqua ainsi sa place, avant 1870, au «Courrier du 
Dimanche», ce célèbre organe d'opposition, et il fut 
condamné dans un procès de presse de ce journal, avec 
Eugène Pelletan et Scheurer-Kestner. Il appartint plus 
tard à la «Presse», puis au «Parlement» fondé sous 
l'inspiration de M. Dufaure, par M. Ribot en 1879. Enfin, 
depuis 1884, il était au «Temps», où jusqu'à ses 
derniers moments, il consacra, au service des affaires 
extérieures, ses qualités de minutieuse exactitude, de 
discernement et de précision. 

En dehors de son travail quotidien de journaliste, 
J. Laurent-Lapp a traduit, entre autres, les volumes 
modernes de r«Histoire universelle», de G. Weber; il a 
aussi beaucoup écrit sur la littérature classique et l'his- 
toire d'Allemagne dans l'Encyclopédie Larousse et sur 
les choses d'Alsace dans la Revue alsacienne d*E. Sein- 
guerlet. II était particulièrement versé dans l'histoire, 
les traditions et les coutumes de cette Alsace, à laquelle 
le liait un profond amour, et où il avait conservé de 
vieilles et fîdèles amitiés. 

MICHEL, HENRI, professeur à la Sorbonne, rédac- 
teur au «Temps», né à Metz en 1857, mort à Paris 
le 14 décembre 1904. 

Ancien élève de l'École normale supérieure, agrégé 
de philosophie, M. Michel professa d'abord à Bourges, 
puis au Lycée Henri IV, à Paris, devint professeur de 
morale à l'École normale de Sèvres, enfin professeur à 
la Sorbonne, où il occupa la chaire des doctrines poli- 
tiques qui venait d'être créée. 

Il avait été appelé à succéder à Edmond Schérer 
au «Temps»; c'est donc à lui qu'incombait la tâche 
souvent délicate de rendre compte des séances solen- 
nelles de l'Académie française et des discours qui y 



5 — 



sont prononcés. De plus il donnait régulièrement à ce 
même journal ces «Menus propos i> dans lesquels se 
trouvaient spirituellement résumés les événements de la 
semaine, grands ou petits. 

La Sorbonne cependant occupait la majeure partie 
de son temps ; il mettait une conscience extrême à la 
préparation de ses cours, car il ne concevait pas de 
satisfaction plus grande que d'éveiller l'esprit des jeunes 
gens à la réflexion. 

Il laisse une série de travaux de philosophie et de 
morale, parmi lesquels nous citerons surtout L' Idée de 
l'État, inspirée par la philosophie de Renouvier dont il 
était un fervent disciple. Il est mort au moment où il 
mettait la dernière main à une Histoire de la Loi 
Fàlloux, riche en documents inédits, qui avait fait 
l'objet d'un de ses meilleurs cours. 

STILTZ, GEORGES-BERNARD, général de brigade 
du cadre de réserve, commandeur de la Légion d'hon- 
neur, né à Strasbourg le 11 mars 1836, mort à 
Sain te- Colombe (Isère) le 9 novembre 1904. 

Le général Stiltz ayant exprimé le désir de reposer 
en terre d'.Alsace, l'inhumation a eu lieu à Strasbourg, 
au cimetière St-Urbain. Les généraux en retraite Tra- 
vailleur, de Nice, et Marin, de Blamont, accompagnaient 
le convoi. 

STROHL, É.MILE-ALKREI), général de division du 
cadre de réserve, commandeur de la Légion d'honneur, 
né à Strasbourg le 26 octobre 1834, mort à Paris le 
24 octobre 1904. 

Il fit presque toute sa carrière en Algérie. Rappelé 
en France après la chute de TP^mpire, il servit comme 
capitaine à l'armée de la Loire avec le régiment d'éclai- 
reurs algériens, qui fut d'un si précieux secours au 
général Chanzy. La paix conclue, il retourna en Algérie 
avec le grade de chef de bataillon. En 1879. il fut 
nommé lieutenant-colonel, colonel en 1883, général de 
brigade en 1888, et en 1894, il recevait les trois étoiles. 

Nous remettons à notre prochaine Chronique les 
nécrologes de M. Alfred Ritlen/f, notaire à Strasbourg, 
et de M. l'abbé (rény^ bibliothécaire à Schlestadt. 

DISTINCTIONS 



Ont été nommés commandeurs de la . Légion 
d'honneur: 

Le général Durand, de Strasbourg, commandant 
la 4« division de cavalerie à Sedan ; 

le général Pislor^ de Metz, connnandant la ô^ bri- 
gade d'infanterie à Rouen ; 

le général Vinckel-Maycr, de Metz, commandant 
la 2» brigade d'lndo-('hine ; 

le général de brigade Wariou^ de Metz, comman- 
dant la 42c brigade d'infanterie à La Rochelle. 

Notre compatriote, M. Jost, inspecteur honoraire 
de l'Instruction publique à Parts, vient d'être nommé, 
par le roi de Suède, commandeur de l'Ordre Royal de 
Wasa. Il doit cette décoration à d«s rapports officiels 
sur tout ce que la Suède et la Norvège ont fait, depuis 
trois siècles, pour l'instruction et Téducation populaires. 



M. Henri Wolf, d'Eckwersheim, graveur sur bois, 
a obtenu à l'Exposition de Saint-Louis la plus haute 
distinction , une grande médaille d'honneur, décernée 
par le jury «pour services distingués rendus à l'art de 
la gravure sur bois/^. 

M. Wolf, établi à New-York depuis 1870, n'est guère connu 
en Alsace. Toutefois le Cabinet des Estampes de la ville de Stras- 
bourg possède une admirable série de ses œuvres, tirées sur 
papier de Chine, qui permettent d'apprécier le talent de l'artiste 
dans ses manifestations les plus diverses. 

M. Emile Schwœrer, ingénieur à Colmar, vient 
d'obtenir une grande médaille d'or de la «Société d'en- 
couragement pour l'industrie nationale» à Paris. Cette 
distinction, ' réservée aux auteurs français ou étrangers 
dont les travaux ont exercé la plus grande influence 
sur les progrès de l'Industrie française pendant le cours 
des six années précédentes», lui a été octroyée pour 
un surchauffeur de vapeur, dont il est l'inventeur, et 
qui réalise une très grande économie de combustible. 

Le premier prix de ."►()(.) mes vient d'être décerné 
au concours du Théâtre Alsacien de Mulhouse à 
M. Dinter pour la pièce •' D' Schmuggler j*. Nous rap- 
pelons que ce prix, ainsi qu'un second de 300 mes, a été 
institué en 1901 par M. Pierre Schlumberger, président 
honoraire de la Société du Théâtre Alsacien de Mul- 
house, et qu'il n'avait pu être décerné jusqu'à présent. 

On vient de représenter avec succès à Paris, au 
Châtelet, la légende de M. Marcel Schwob intitulée: 
«La Croisade des Enfants», récemment mise en musique 
par M. Gabriel Pierné, 

Les deux auteurs sont d'origine alsacienne-lorraine: 
le premier est natif de Haguenau, le second est né à 
Metz en 1863. 

CHRONIQUE MUSICALE 

(Octobre à Décembre IÇ04) 

LES CONCERTS A STRASBOURG 

La saison musicale a été magnifiquement ouverte 
par l'orchestre des Concerts- Lamourcux en un concert 
qui sera certes la plus haute manifestation d'art de 
l'année. Il me semble difficile d'imaginer un plus bel 
ensemble d'artistes conduits par un meilleur chef que 
M. Chevillard. Souple à souhait, l'orchestre, compose 
uniquement de virtuoses, se trouve en communion 
intime avec son directeur qui n'a besoin que d'un 
signe pour que sa pensée soit subitement traduite de 
façon parfaite. Le public strasbourgcois n'avait été 
depuis longtemps à pareille fête , peu habitué à des 
cuivres impeccables, à des flûtes immuablement justes, 
peu habitué aussi à l'allure vraiment héroïque imprimée 
par Chevillard à r«Eroica» de Beethoven. 

L'ouverture de < Benvenuto ('ellini /> suivie du 
prestigieux «Apprenti-sorcier», ce fantastique scherzo 
où Dukas, tout en sachant garder la beauté de la 
forme, s'est laissé aller à la fantaisie la plus débridée, 
ont réuni tous les suffrages, qui se sont reportés plus 
tard sur l'exécution du prélude de ?; Tristan », exécution 
modèle que je ne puis m'empecher de comparer à celle 
qu'en a donnée autrefois Richter ici-même. 



- 6 



î)eux jours plus lard, l'orchestre municipal inaugu- 
rait la reprise de ses concerts au Sœngcrhaus. La so- 
norité exceptionnellement belle de l'orchestre Lamoureux 
pouvait donner lieu à une comparaison au désavantage 
du nôtre. Il n'en a pas trop souffert et m'a semblé, au 
contraire, plus homogène et plus attentif que par le 
passé. Serait-ce déjà le résultat du transfert des concerts 
dans la salle de la rue des Vosges et de l'excellente 
acoustique de cette salle, ou bien un effet de la concur- 
rence artistique que semblent pourtant si fort redouter 
nos édiles? 

Pour le premier concert on a voulu faire grand, et 
j'ai hâte d'ajouter qu'on y a réussi. La «ÎX* Symphonie », 
ce sommet qu'il est si périlleux d'escalader, en était le 
morceau capital. J'y ai goûté particulièrement l'exécu- 
tion du scherzo et celle du final, où les chœurs ont 
retrouvé l'excellence d'autrefois. Un « Te Deum j> de 
Diepenbroek, qui ouvrait la séance, a été très diversement 
apprécié. Une seconde audition aurait peut-être modifié 
l'impression peu profonde que j'en ai emportée. 

Le second concert, sérieux jusqu'à la sévérité, a été 
à peine égayé par le charmant « concerto » pour vio- 
loncelle de Saint-Sacns, où M. Mawei^ le professeur 
nouvellement élu au Conservatoire, s'est fait chaleu- 
reusement applaudir. L'*-' Ouverture tragique», un des 
morceaux les moins bien venus de Brahms, et le sombre 
<!^Manfred» de Schumann formaient le fonds du programme. 
Les rôles de déclamation étaient confiés au D^ WùUtter^ 
incontestablement meilleur rccitateur que chanteur, au- 
quel il ne manque qu'une qualité essentielle, la simpli- 
cité, pour être de premier ordre ; à Ml'« Felsegj^^ très 
dépaysée sur une estrade de concert et à M. Ackermann, 
complètement inintelligible, quoique professant au Con- 
servatoire l'art de bien dire. 

Un pianiste du plus grand avenir, M. Schnabcl, 
prêtait son concours au troisième concert. S'attaquer 
au X Concerto en si bémols de Brahms était déjà un 
titre à notre attention. M. Schnabel a triomphé des 
difficultés de l'aride et graiidiose morceau, comparable 
à un paysage cilpestre superbement désolé, où ne 
croissent plus que de rares fleurs, mais où l'air qu'on 
respire est parfaitement pur et sain. Même choix 
judicieux et uniquement musical pour ses morceaux 
détachés joués par M. Schnabel avec des doigts et un 
sentiment exquis. L'orchestre, fort relâché cctt<; fois, 
a été médiocre dans la ^Symphonie en ré mineur /., très 
connue, de Haydn, œuvre au rythme pourtant si net 
et aux mouvements si bien accusés. 

Nous l'avons retrouvé a sa hauteur habituelle au 
quatrième concert, apportant des soins minutieux à la 
•f V« Symphonie » de Tschaïkowsky qui en était le 
plat de résistance, un plat malheureusement démesuré, 
où dans une sauce compliquée et prétentieuse nage un 
médiocre poisson. J'ai pris plus de plaisir à l'ouverture 
du <•' Carnaval w de Dvorak enlevée avec verve par 
M. Stockhausen et ses instrumentistes. M"»® Marie (ray, 
la soliste du même concert, est une chanteuse de grande 
et belle voix, relex'^e par un style et un tempérament 
remarquables. Son succès, très grand dans des airs 



classiques, a été légèrement amoindri par l'adjonction 
fâcheuse de mélodies provençales, déplacées au concert. 

Avant de quitter l'orchestre municipal, je voudrais 
mentionner deux séances qui à des titres divers m'éritent 
l'attention. C'est le concert populaire organisé par 
la ville et celui qu'a organisé un groupe d'artistes al- 
saciens. Tous deux paraissent avoir atteint leur but, 
s'étant fait écouter par deux publics nettement différents 
l'un de l'autre, en même temps que différents de celui 
des concerts d'abonnement. Sur le programme du 
premier étaient inscrits la' « Symphonie inachevée » de 
Schubert et des fragments de la « Damnation i>, que 
M. Slockhausen a dirigés de façon très distinguée bien 
qu'un peu froide. M'^® Haas a témoigné de réels pro- 
grès en jouant, avec un tempérament qui jusqu'ici ne 
lui était point habituel, le «Concerto en ut mineur» de 
Beethoven. 

Le second concert, vraiment populaire, ne compre- 
nait que des œuvres de compositeurs et de poètes 
alsaciens, parmi lesquelles on avait choisi celles qui, 
par leur forme et par leur simplicité, pouvaient frapper 
le plus facilement un intellect non entraîné musicale- 
ment. Le but a été atteint: un nombreux public a 
acclamé, comme elles le méritaient, les œuvres de musi- 
ciens tels que Erb. Lorentz, Riff, Fritsch, de poètes 
tels que Stoskopf, Matthis, Bastian, Abel, etc. La ten- 
tative était intéressante; avant été couronnée de succès 
elle ne manquera pas de se reproduire. 

Le « TonkUnstleryerein » avait appelé pour sa pre- 
mière séance M. Geloso, le violoniste souvent apprécié 
ici, qu'accompagnait le violoncelliste Saîmon, dont le 
jeu a fait sensation. Avec le solide appui du talent 
de M. Blumcr, ces artistes nous ont donné des repro- 
ductions parfaites d'un trio de Beethoven et de la 
Sonate de César Franck. Je n'ai emporté qu'une im- 
pression non satisfaite du second concert où se produi- 
sait le quatuor Fetri, Un quatuor de Mozart et 
une sonate de Leclair ne nécessitent pas l'excessif 
déploiement de son que ces messieurs se sont crus 
obligés d'employer, le plus souvent au détriment de la 
délicatesse, parfois aussi de la justesse. Leurs qualités 
les ont mieux servis dans le quatuor de Hugo Wolf, 
puissant et grand. Entre temps M. Pétri a joué, 
correctement et sèchement, un fragment d'un concerto 
bien démodé de Spohr: Bellini et Lortzing amalgamés! 

Une pure jouissance artistique, par contre, nous 
était réservée par le quatuor tchèque, l'ensemble le plus 
remarquable qui ait jamais passé par Strasbourg. Des 
trois morceaux de Brahms, Dvorak et Beethoven je ne 
saurais auquel donner la palme, tous trois ayant été 
rendus à la perfection. Je ne saurais non plus oublier 
la révélation qu'a été le quatuor de Dvorak, joué précé- 
demment par d'autres exécutants ; les artistes tchèques 
l'ont présenté avec un feu, une passion n'excluant pas 
la finesse, qui défient toute comparaison. 

M. Miinch, le consciencieux directeur du chœur de 
St-Guillaumc, continuant son apostolat en faveur dé 
Bach, son auteur préféré, avait exhumé pour la célé- 
bration de la Kéformation quatre cantates, dont deux, 



intitulées ' Ihr werdel weincn t et ' O Ewigkeit, du 
Donnerwort», sont d'authentiques chefs-d'œuvre. Le 
chœur dont la bonne volonté est à toute e'preuve, quoi- 
que dépassant quelquefois le but, s'est tiré fort bien 
de la lourde charge qui lui était dévolue. Les solistes, 
M'i» Hindermann, MM. Walttr et Sistermamis, ont 
pleinement Justîtié leur réputation. BŒS 



Stc-Odile se prosternent et prient. Malgré les suppli- 
cations de sa femme et de sa fille, Kunz est résolu à 
faire abattra cet arbre. Il exécute sa décision au moment 
où, traqué par les gendarmes, il est sur le point d'être 
arrêté pour voies de fait commises envers le garde 
forestier. Aidé de son fils, il porte la hache sacrilège au 
sapin, qui, en tombant, l'écrase et le tue. Seule, l'image 
sainte eal restée indemne. En voyant ce miracle, le 
forestier pardonne au mourant et bénit, devant les 
pèlerins agenouillés, l'union de son lîls avec la dlle du 
braconnier repentant . . . 

Histoire simple et poignante, dont M. Erb a su mettre 
en valeur tous les effets dramatiques, poétiques et har- 
moniques. 

La musique d'Erb, bien moderne, mais absolument 
originale, est portée par une inspiration égale à elle- 
même à travers toute la partition, [.es motifs sont 
nettement caractérisés, les moments de passion et de 
tendresse sont soulignés par une ordiestration maitre- 
ment traitée, peut-être parfois un peu louiTue, mais 
toujours d'un cachet bien personnel. 

Certaine mélodie populaire, chantée par la fille du 
schlilteur, est d'un exquis sentiment d'ingénuité ; le 
chœur de pèlerins est remarquable. Sans abuser du 
• Leitmotiv t wagnérien, la musique met admirablement 
en relief les caractères des personnages, mieux même 
que le poème, un peu décousu, un peu factice, parfois 
même un peu brutal. Mais comme les petites déraiUances 
du librettiste sont largement compensées par le talent 
du compositeur! La partition du 'Sapin des Vosges > 
évoque avec une merveilleuse intensité les tieautés de 
nos forets, leur sombre fraîcheur, tous leurs murmures. 
Et c'est cet accent du pays, sincère el passionné, qui 
fait la grande originalité de la musique d'Erb, son 
charme le plus pénétrant. H, N. 

ART 



LE SAf IN DES VOSOXS 

par M.-J. Bb». 
pour la première foie m 1Vllr« nraniclpal 
de Slrasbnurjt, le lî nov«iibr» IK». 
En de nombreuses compositions musicalM,M. M,-J. 
Erb avait affirmé un talent très riche et très personnel. 
Mais aucune de ses œuvres précédentes n'tvaft l'en- 
vergure, l'originalilé et la perfection de forme du 'Sapin 
des Vosges», 

Ce drame musical, non seulement marque une date 
décisive dans la carrière d'Erb, mais est vraiment une 
du paysage et de 1 atmosphère 



œuvre de terroir, issi 
morale des Vosges. 

C'est l'histoire d' 
ivn^ne, qui a vendu maison et 
de la misère dans laquelle il pl< 
tille. Une seule 



l'argent: vendre un sapin 
et devant lequel les pèleri 



schlitteur" Kunz, braconnier et 

;e sa femme et sa 
;te pour obtenir de 
: dresse devant sa 
d'une image votive, 
rendant au Mont 



L' AssotialioH des Amis-des-ÀrIs des pays rhénans, 
dont nous avons signalé la récente fondation, avait 
organisé sa première exposition à Darmstadt en décembre 
dernier. L'Alsace y était représentée par MM. Braunagel, 
Cammissar, Daubner, Hornecker, Muschweck. Marzolff, 
Riogel d'illzach, Sattler, de Seebach, Schneider, Schnug, 
Spindier. Une prochaine exposition de cette Société aura 
lieu à* Strasbourg, dans le courant du mois de mars. 

Exposition de la Société des artistes, dits ' de 
S^-Kicolasi, au Salon d'art Grombach, à Strasbourg, 
du I"- décembre 1904 au 15 janvier 1905. — Quatre- 
vingts toiles environ suffisaient à constituer un en- 
semble des plus satisfaisants. Parmi les artistes alsa- 
ciens les plus en vue de ce petit groupe, nous citerons 
MM. L. Horntcier, E. Schneider, G. KrafI, G. Rit- 
Uttg, M. Achener, Th. Haas. Quelques étrangers 
avaient été invités à se joindre à nos peintres indi- 
gènes, ce sont les professeurs B. Beeker. P. Halm, 
L. von Lofftz et Willmann de Munich, MM. M. vo» 
Fichard. actuellement en Italie, £. Velteriei» de Darm- 
sUdt, etc. 



BIBUOORAPHIE 



TROIS PRIMITIFS. Les Grûnewald du Musée de Colmar, 
le maître de Flémalle et la Florentine du Musée 
de Francfort'Sur-le-Mein, par J.-K. Hutsmans. Paris, 
librairie Léon Vanier, 1905. 106 pages avec illus- 
trations, 5 frs. 
Sous ce titre, M. J.-K. Huysmans a réuni en un 
volume des notes sur deux tableaux du musée Stsdler, 
à Francfort-su r-Le-Mein, et une étude sur Mathias GrQ- 
newvld. 

Grûnewald, relativement peu connu encore, et qui 
déploie dans l'ancienne église du couvent des Unter- 
linden, à Colmar, la féerie chatoyante de ses couleurs, 
est l'un des maîtres les plus habiles, mais aussi les 
plus tragiques et les plus poignants du XV« siècle. 
Sa vie privée, ses origines sont à peine élucidées. 
Aucune certitude absolue ne relie son nom aux œuvres 
qui lui sont attribuées. Mais ce peintre mystérieux est 
de ceux qui s'imposent et que l'on n'oublie point: 
le nom de Grûnewald est attaché à de merveilleux 
trésors d'art. 

Ainsi le polyptique de Colmar, provenant de Tabbaye 
d'Isenheim, est la plus importante et peut-être la plus 
belle de ses œuvres. Un génie étrange, profond et 
toujours changeant en diversifie les panneaux. Ce peintre, 
réaliste terrible, sait allier à la profondeur mystique la 
fantaisie et un coloris prestigieux. Autant son Christ 
mort et, sur un panneau représentant la tentation de 
St-Antoine, un homme atteint du mal des ardents sont 
effrayants, autant des robes d'anges, aux nuances arc- 
en-ciel comme un tissu japonais, sont d'un éclat délicieux. 
Pour sa Résurrection, Grûnewald a osé et réussi 
ce que nul autre ne tenta: exprimer directement la 
spiritualisation du corps du Christ. Il l'a représenté se 
dissolvant dans un halo de couleurs lumineuses, la 
face déjà toute en rayons, alors que les teintes du 
linceul, qui vont s'alourdissant vers la terre, le relient 
encore aux destinées humaines. Comme intensité d'ex- 
pression, comme sûreté de moyens, aucun des contem- 
porains de Grûnewald n*est comparable à oe peintre 
prodigieux. 

M. Huysmans était plus que tout autre appelé 
à nous donner une signification de Grûnewald, qu*il 
admire et commente en mystique autant qu'en érudit. 
Mysticisme érudit, érudition mystique, c'est le 
double intérêt des critiques de Huysmans, leur saveur 
particulière et leur note personnelle. 

Car louer le style, affirmer le talent de l'auteur de 
«Là-Bas», de la «Cathédrale», de la «Vie de Sainte- 
Lidwine», ne peut être qu'une redite. Nous nous bor- 
nerons donc à dire l'élégance de la plaquette qu'il nous 
présente aujourd'hui , et que de belles reproductions 
contribuent à rendre précieuse. 

STRASBOURG, par Hbnbi Wblschingbr. (Collection 

des «Villes d'art célèbres».) Paris, H. Laurens, 1905. 

In-4« de 152 pages, avec 1 15 gravures. Broché 4 frs; 

relié 5 frs. 

M. Welschinger, dont tout le monde connaît les 



remarquables travaux d'histoire, est ne à Strasbourg. 
Et il nous le dit dans sa préface : « Je n'écris pas sans 
émotion ce nom qui sonne si fièrement. Il y a longtemps 
déjà que je l'entends vibrer dans ma mémoire. Depuis 
l'enfance, j'ai été accoutumé à prononcer ce nom avec 
joie ...» 

Cette ardeur, laffection fidèle que l'auteur porte à 
sa ville natale donnent son caractère à ce livre; on 
sent que M. Welschinger l'a écrit avec son cœur plus 
qu'avec son talent et qu'il s'émeut lui-même en ravi- 
vant tant de chers souvenirs. Il est d'autant plus 
regrettable qu'il n'ait pas contrôlé tous ses documents 
et revu plus attentivement son texte. Outre quelques 
graves erreurs de faits, son livre contient de nombreuses 
fautes d'interprétation et d'impression. L'auteur permet 
qu'on imprime Sleidau pour SI et dan; Fichmarki pour 
Fischmarkl; Kolner et SchilHgkeimer pour Kœlner 
et Schiltigheimer Ring; Hansecker pour Hornecker ; 
Marzoll pour Marzolff, Enfin l'antique chanson citée 
à la page 105 ne dit pas: 

Storik! Storik langabeln 
Dra mi ufin Sahel (?) heinv! 

que l'auteur traduit par: 

Cigogne, cigogne, porte^moi en fauteuil à la maison. 

mais: 

Dra mi ufm Buckel heim ! 

Porte-mot sur ton dos à la maison. 

Comment une cigogne s'y prendrait-elle pour vous 
transporter en fauteuil! 

Dans la description du portail sud de la Cathédrale 
(page 58), M. Welschinger place le Salomon au-dessus 
du Christ. Puis il signale les statues des douze apôtres 
placées à droite et à gauche de r« Eglise» et de la 
«Synagogue», alors que ces statues n'existent plus 
depuis la Révolution. Enfin, ce qui est plus gravé, il 
attribue à un sculpteur Gerber de Kaysersberg sur les 
dessins de Jean Hammerer la chaire de la Cathédrale, 
dite chaire de Gailer de Kaysersberg, en souvenir du 
célèbre orateur (page 67). 

Voilà de fâcheuses fautes d'inattention. Ajoutons 
cependant que nous trouvons dans cet ouvrage tout 
ce que Strasbourg offre d'intéressant ou de pittoresque: 
l'histoire de la ville, ses monuments, ses édifices anciens 
et nouveaux sont tour à tour passés en revue, et leur 
description, agrémentée de curieuses anecdotes, n'est 
jamais ennuyeuse. Enfin de très bonnes gravures ornent 
en grand nombre cette jolie brochure qui donne à 
Strasbourg une bonne place dans la collection des 
«Villes d'art célèbres». 

A TRAVERS L'ALSACE, par André Hallays. Journal 
des Débats des 23 et 30 septembre et du 7 oc- 
tobre 1904. 
Dans ses chroniques «En Flânant», dont se ré- 
galent chaque vendredi les lecteurs des «Débats», 
M. André Hallays a repris la suite des charmants articles 
qu'il publia l'année dernière sur l'Alsace. Le premier 
de ces articles, Wissembourg, est une petite merveille 
de grâce et de bon goût. « On retrouve à Wissembourg 
quelque chose de la grâce de ces petites cités flamande^ 



9 — 



où partout les heureux hasards de la lumière et du 
temps composèrent, pour la joie des yeux, des tableaux 
divers et charmants ...» 

Et l'auteur évoque devant nous le dramatique sou- 
venir de Stanislas Leczinski et de sa fille, de leur vie 
pauvre dans une modeste maison bourgeoise, de leurs 
espoirs et de leurs fiévreuses anxiétés jusqu'au jour 
où Marie Leczinska partit pour devenir reine de France. 

Une seconde étude est consacrée à la Tradition 
alsacienne. Elle nous cause une joie profonde. M. Hallays 
est un artiste et un fin lettré, il sait les mots qui 
touchent et il faut qu'il aime TAlsace d'une affection 
sincère pour avoir su si bien la comprendre 6t la 
décrire avec tant de sympathie. 

Dans un troisième article, M. Hallays nous conduit 
au pied de Sie-Odile. Il a parcouru Rosheim, Bœrsch 
et St-Léonard et rendu visite à notre ami, M. Charles 
Spindler, dont il apprécie, en termes flatteurs, le talent : 
«C'est la matière même du bois qui, délicatement 
étudiée, lui fournit les effets les plus heureux de ses 
panneaux. Virtuosité admirable, mais qui produirait 
seulement de précieux bibelots, si le goût n'obéissait 
à une forte discipline ... La force de l'artiste a résidé 
dans sort attachement à sa patrie, dans sa tranquille 
obstination à demeurer alsacien.» 

L'ALSACE-LORRAINE (Elsass-Lothringen). Publication 
bi-mensuelle, paraissant en 60 livraisons de 5 gra- 
vures et de 5 pages de texte français et allemand. 
Mulhouse et Metz, Alph. Wioland 8c C**, 1906. 60 frs. 

Nous possédions déjà Strasbourg, Metz et les 
Vosges de M. Bernhœft, Du Donon au Ballon d* Alsace 
de MM. Geisler et Franck, les Ruines des Vosges de 
M. Wagner, les Monuments d'architecture en Alsace- 
Lorraine de MM. Haussmann et Polaczek, etc. 

Encouragé par le succès qui accueillit tous ces 
ouvrages, la maison Wioland a voulu donner une suite 
à cette collection, mais une suite conçue suivant une 
formule nouvelle. Pour le choix des reproductions, les 
éditeurs se sont montrés éclectiques dans le meilleur sens 
du mot : à côté de vues célèbres, ils ont fait place à des 
sites et à des monuments moins connus ou plus récents. 

Dans le choix du procédé de reproduction, l'auto- 
typie, on sent la préoccupation de se mettre à la portée 
de toutes les bourses et il convient d'ajouter que le 
tirage a été exécuté avec un soin parfait. 

Une des plus jolies planches réprésente !*« Engels- 
bourg», près de Thann, avec son curieux donjon brisé. 
Le «Landsberg», dans son cadre de verdure, atteste 
l'Alsace romantique, et l'église de « Scy-Chazelle » est 
aussi pittoresque qu'intéressante au point de vue 
archéologique. Plusieurs belles vues du «Hoh-Kœnigs- 
bourg» ont un double intérêt, artistique et documentaire. 

Quelques mots de texte français et allemand com- 
mentent chaque planche, en termes précis et clairs, et 
nous ne reprocherons aux éditeurs que le néologisme 
«château-ruine» dont ils abusent. 

Cette publication réjouira tous ceux qui sont sen- 
sibles au pittoresque de notre beau pays. 



SAINTE-MARIFC-AUX-MINES ET ENVIRONS, par E. 
Klein, L. U. et E. C. Guide du touriste, illustré de 
f)5 vues en photogravure, par E. Cellarius et 
accompagné d'une carte du rayon. Sainte-Marie-aux- 
Mines, D. Cellarius, 1904. 176 pages, 3 mes. 

Travail probe, écrit avec conscience et minutie, 
accompagné d'une très bonne carte régionale et de 
figures nombreuses et très soignées. A côté d'un his- 
torique des monuments, il comporte un itinéraire dé- 
taillé et très complet, avec lequel on pourra visiter en 
toute sécurité cette magnifique vallée et tout le massif 
qui l'entoure. 

Le plan adopté nous paraît fort rationnel ; toutes 
les excursions, aller et retour, peuvent se faire en une 
seule journée en prenant Sainte-Marie pour point de 
départ. 

Nous savons trop l'insuffisance ordinaire des 
Guides, pour ne point encourager de toutes nos forces 
des tentatives de ce genre. Depuis quelques années, un 
mouvement se dessine en faveur des promenades en 
Alsace, et les touristes étrangers se décideront peut-être 
à découvrir ce pays si peu connu qui est le nôtre et 
que Louis XIV a si justement appelé : un beau jardin. 

Venant à son heure, ce guide, d'un prix modique, 
édité avec soin et avec goût par la maison Cellarius, 
est non seulement une œuvre agréable, mais une publi- 
cation de mérite. 

PORTRAITS MULHOUSIENS de la fin du XVI^ au corn- 
mencement du XIX^ siècle, par Camille Schlum- 
BERGER. Chez l'auteur, «La Calandre», Ribeauvillé. 
Prix: format 32 X 25, 50 frs; format 35 X 28 
(exemplaires sur Japon numérotés, n® 1 à 50) 100 frs. 

Cet album ne prévoyait au début que 150 à 200 
portraits. Mais des recherches consciencieuses ont permis 
de trouver plus de 600 portraits, «parmi lesquels», dit 
l'auteur, «faire un choix eût été très difficile, vu que 
l'intérêt de l'ouvrage consiste à donner des groupements 
'très complets, et qu'il n'y a pas de raison pour sacrifier, 
au bénéfice de telle famille, des portraits qui en inté- 
ressent une autre». 

Les planches, tirées en phototypie par la maison 
Braun de Dornach, reproduisent des portraits, des scènes 
d'intérieur et des groupes, des tableaux généalogiques 
en portraits d'une vingtaine de familles de Mulhouse, 
enfin des groupements intéressants par le costume, etc. 

Il n'a été tiré que très peu d'exemplaires en dehors 
du nombre souscrit, et les planches seront détruites 
après tirage. 

Il convient de féliciter M. Camille Schlumberger 
d'avoir pris Tinitiative d'un travail qui ne pouvait 
aboutir que grâce à de longs et consciencieux efforts. 
Le nom de l'auteur, artiste très distingué lui-même, se 
porte garant de la qualité de l'ouvrage dont l'exécution 
est à tous les points de vue parfaite. 

LE MANUEL DES AMPHITRYONS AU DÉBUT DU 
XX® SIÈCLE, par Auguste Michel. Préface par 
Chatillon-Plessis. Avec 56 gravures et dessins. 



10 - 



Paris, aux Bureaux de l'Art culinaire, et Strasbourg, 
chez fauteur, 1904. 171 et 140 pages. 3.50 frs. 

On dit que les Alsaciens sont un peuple de gour- 
mands — félicitons-nous, car la gastronomie délicate 
est un signe de haute civilisation! Brillât-Savarin, 
dont Tautorité est invoquée au début de ce Manuel, 
affirme même que la destinée des nations dépend de 
la manière dont elles se nourrissent. Dans ce cas. 
Alsaciens, mes frères, nous sommes appelés à de hautes 
destinées, car c'est ici le lieu où naquit le divin Pâté 
de foie gras, et si vous voulez vous convaincre que 
nous n'avons point démérité de nos pères, consultez, 
je vous prie, les cent soixante manières d'accommoder 
le savoureux viscère que M. Michel a recueillies dans 
son ouvrage. Il y a là de petites croustades de foie 
gras, des pyramides de briques de foie gras, des nec- 
tarines de foie gras, qui sont de véritables poèmes, 
plus succulents encore que celui où M. Ad. Morpain 
chante les origines de l'illustre Pâté. Mais, je vous en 
conjure, n'affrontez cette lecture quç le ventre creux : 
vous risqueriez une congestion! 

La plus grande partie du Manuel est consacrée 
à l'ordonnance d'une invitation à dîner: aux préli- 
minaires, à l'art des menus, au choix des services et 
des boissons, enfin au soin qu'il faut prendre des 
invités. Mais le code des devoirs ne s'adresse pas seu- 
lement aux amphitryons : les invités en ont leur bonne 
part et s'y voient prodiguer, nombreux et minutieux, 
les conseils «pour se bien tenir». — «Ce qu'il convient 
de ne pas faire à table», représente la matière de tout 
un chapitre : «Ne mastiquez pas avec bruit ni ne buvez 
en gargouillant » ; — « ne vous accoudez pas à tabU » ; 
— « ne mangez pas avec le couteau » . . . . 

Et l'expérience d'où découlent ces sages préceptes 
inspire à M. Michel une psychologie que, digne émule 
de Brillât-Savarin, il condense en de judicieux apho- 
rismes. <i Fais-moi voir comment tu manges, et Je 
saurai d'où tu viens »... 

Ah! Monsieur Michel, puissent les victimes de 
votre clairvoyance . . . géographique goûter le piment 
de vos préceptes autant que le foie de vos recettes ! 
Puissent-elleç surtout, sans se faire de bile, les digérer 
et en tirer profit! C'est la grâce que je vous souhaite. 
Et si elle vous échoit, vous aurez, je n'hésite pas à le 
proclamer, accompli une œuvre magnifiquement civi- 
lisatrice, p. K. 

REVUE CATHOLIQUE D'ALSACE, XXIII» année, 1904. 
— Rixheim, imprimerie F. Sutter et C*«. 

Dans ceux de ses articles qui traitent .de l'histoire 
de notre pays, la Revue catholique se rapproche beau- 
coup de la Revue d'Alsace, d'autant plus que nous y 
retrouvons plusieurs des collaborateurs de cette dernière. 

La plupart des travaux publiés cette année-ci sont 
des ouvrages d'assez longue haleine déjà commencés 
antérieurement. Nous avons eu l'occasion de signaler 
dans notre compte rendu de 1903 l'excellente mono- 
graphie de M. Sitzmann sur la Cité gallo-romaine d'Ehl 
près Benfeld, et la notice de M. A. M. P. Ingold sur 



la Mère de Rosen. — Deux autres études importantes, 
achevées cette année, et qui mériteraient chacune une 
analyse à part, sont celles de M. Hanauer sur Marlen- 
heim, Tantique «villa» mérovingienne, et celle de 
M. Dietrich sur Sigolsheim. — Nous trouvons plus loin 
deux articles bien documentés de M. J. Lévy, l'un sur 
la vente des chapelles et oratoires du district de Colmar 
après 1789, l'autre sur le pèlerinage de Notre-Dame de 
Thierhurst près Heiteren (Hte-Aisace), puis d'intéres- 
santes recherches du P. Ubald, d*Alençon, sur les 
Franciscains d'Alsace pendant la Révolution. — Nous 
citerons enfin une longue lettre adressée en 1765 par 
Jean d'Aigrefeuille, l'inspecteur général des manufactures 
d'Alsace dont M. Angel Ingold a retracé d*une façon 
si vivante la carrière aventureuse dans la Revue d'Alsace, 
à l'intendant de la province, pour lui donner des ren- 
seignements confidentiels sur «MM. les subdélégués et 
baillis de Départements»,.... ce qui nous prouve que 
le fameux système des «fiches», employé ces derniers 
temps au ministère de la guerre en France, est loin 
d'être une invention moderne. D' MUTrERER 

„ERWINIA', Monatsblatt des literarischen Vereins „Alsa- 
bund**. Herausgegeben von G. Stïss, Jahrgang XI. 
Strassburg, Schlesier u. Schweikhardt, 1903/04. 

Der Jahrgang bringt wieder eine Reihe von interes- 
santen Beitragen. Einen wichtigen Platz nimmt die 
Lyrik ein. Hans Karl Abel gibt Probcn seines liebens- 
wurdigen Talents fur volkstûmliche Dialektgédichte. 
Auch die beiden Matthis in ihrer krâftigeren Originalitat 
kommen zu Wort — Von Louise Curtius stammen 
einige zarte, feine Stimmungsbilder. Am erfreulichsten 
aber wirken die Gedichte von Marguerite Wolf. Es sind 
«Mâdchenlieder*' im besten Sinne des Worts, uber- 
quellend von junger Lebensfreude : Freude am noch 
unbekannten, aber als unendlich reich und gross ge- 
ahnten Leben. 

Von literarischen Aufsâtzen sind die von Karl 
Gruber am interessantesten. Er hat einen grossen 
Reichtum an Gedanken und eine eigene Ausdrucksweise, 
die allerdings hie und da etwas unklar wird. Denn er 
gehôrt zu jenen ailes als bekannt voraussetzenden 
Literaten, die jedes ruhige Auseinandersetzen ângstlich 
vermeidcn und mit der Technik der Streiflichter und 
der Anspielungen arbeiten. Das ist wohl gerechtfertigt, 
wenn er z. B. einen Rûckblick auf das Elsâssische 
Theater gibt. Hier redet er zu einem Kreis von Ein- 
geweihten. Sind seine Léser aber wirklich ebenso 
orientiert ûber die Berliner Theaterkritiker, sodass er, 
in einem Essai ùber Mauthner, von Rôtscher reden 
kann mit dem einfachen Zusatz: , Dessoirs Freund"? 

Jedenfalls sticht Grubers origineller Stil vorteilhaft 
ab von dem fast zu einheitlichen Ton, in dem die an- 
deren Artikel fast ausnahmslos geschrieben sind. Sie sind 
erfiillt von dem Geist liebevoller Pietat gegen ailes, was 
mit dem Elsass — nein mit yUnserem lieben Alsagau" 
— auch nur die entfernteste Beziehung hat. Es wird 
selten kritisiert oder auch nur objektiv geschildert, die 
Tendenz ist meistens ein wenig sehr ,wohlmeinend** 



— 11 



— ein Ausdruck, der ganz unironisch lobend auf den 
«TUrmer'* angewendet wird. Was dem Berichterstatter 
«die Fedcr in die Hand drtickt", ist oft nur der Wunsch 
,die Dichterhand froh bewegt zu drûcken'' dafûr, dass 
sic ,dte Saiten der Leyer geriihrt" hat. Dieser weich- 
lich- triviale Ton feiert Orgien in einem Sang zur Ein- 
weihung des Gœthedenkmals: «Das wonnige Wehen von 
Himmelsduften, die musenholde Stadt, der Erwinsdom, 
die schimmernd feine lil, die dem stolzen Alpensohn, 
dem Rheine, inniglich und wundertraut zueilt, Weimar 
und die geweihten Hôhen des Olymps** — ailes funk- 
tioniert hier ausgezeichnet. 

Von dem «Heraustreten in den Lârm und Streit 
des Tages**, wovon der Herausgeber in der ersten 
Nummer des Jahrgangs redet, ist wenig zu spûren 
Man sehnt sich oft nach einem krâflig verurteilenden 
Wort. Er klagt darilber, dass «unser liebes Elsassiand 
an zu starker Zersplitterung seiner literarischen Krâfle 
leidet". Diesem Cbelstand abzuhelffen — das vermag 
nur ein kraftvoUerer Geist, als der ist, der durch die 
Blàtter der ,Erwinia" sâuselt. S. 

KLSASS-LQTHRINGEN IN 21 KARTEN. 1:250000. 
Zusammengestellt aus Heinrich Kieperts Spezial- 
karte des deutschen Reichslandes Elsass-Lothringen 
1 : 250000. Nftbst l Obersichtskarte und 2 statis- 
tischen Tabellen iiber Elsass-Lothringen, seine Kreise 
und Bezirke, aufgestellt im Statistischen Bureau des 
Ministeriuras fur Elsass-Lothringen. — III. Auflage, 
vermehrt durch ein Ortsregisier zum Atlas Elsass- 
Lothringen in 21 Karien. Berlin, Dietrich Reimer, 
1903/1904. Einzelpreis 2 Mk. und 1.40 Mk. Zu- 
sammen 3 Mk. 

In kurzer Zeit ist die III. Auflage dièses Kartenwerkes 
erschienen, was Zeugniss ablegt fur dessen VoUkom- 
menheil. Diesc Auflage ist vermehrt durch ein voll- 
stàndiges Register aller in dem Atlas verzeichneten 
Gemeinden und Ausserorte, das unter Benutzung amt* 
lichen Materials hergestellt ist. Es bildet so ein aus- 
gezeichnetes Nachschlagebuch und gibt die Kreise, 
Kantone, Postbestell- und Amtsgerichtsbezirke, sowie 
die Einwohnerzahlen an. Beide Bândchen sind auch 
gesondert zu beziehen und durften ihrer Billigkeit halber 
grosse Verbreitung flnden. 

VARIA 



SIMPLES RÉFLEXIONS 
Un homme qui sollicitait un emploi officiel vint 
dernièrement me demander mon appui. L'homme était 
actif, intelligent et honnête, l'emploi était modeste; et 
comme j'avais eu quelques relations, l'ayant rencontré 
à la chasse, avec le fonctionnaire de qui dépendait la 
chose, je me mis volontiers au service du solliciteur. 
Ce n'est pas que je m'illusionnais, outre mesure, sur 
le poids de mon influence, mais je me disais qu'après 
tout, dans un petit pays comme le nôtre, ma protection 
et celle de quelques lapins que j'avais généreusement 
laissé tirer, pouvaient, à la rigueur, suffire pour fkire 
obtenir une situation de douze cents marks. 



Mon fonctionnaire, homme naturellement aimable, 
me reçut parfaitement, cela va sans dire. Cependai^t 
lorsque j'abordai l'objet de ma visite, j'appris, non 
sans stupeur, que les chances de mon< protégé étaient 
à peu près- nulles : sa demande- était la trente^troisième, 
et l'on en attendait encore une, particulièrement intéres*- 
sante, parce qu'elle avait su éveiller la sollicitude d'un * 
personnage auquel on ne peut rien refuser. 

Je rentrai chez moi avec ma coucfte honte et, pour 
me consoler, je ma livrai à un travail de statistique 
que je demande la permission de publier. 

Compulsant notre budget d!Alsaoe-Lorraine, je dé* 
couvris que du Statthalter au plus humble appariteur, 
nous ne rémunérons pas moins de quinze mille deux 
cent cinquante-sept dignitaires, fonctionnaires et em- 
ployés de toute nature; je considérai, en second lieu, 
que dans ce nombre déjà fort respectable, assurément, 
ne sont compris ni les agents des postes et télégraphes, 
ni ceux des chemins de fer, ni ceux qui, en* qualité de 
gardes, de receveurs, de greffiers et de commis sont 
appointés par les dix-sept cents communes du pays, 
en sorte que je ne crois rien exagérer en comptant, 
pour l'Alsace- Lorraine, un total de trente miUe fonc- 
tionnaires de tout grade. 

(^.hiffre admirable, me dis-je, chiffre magnifique ! Et 
combien consolant de savoir que trente mille hommes, 
choisis avec le soin que j'avais appris à connaître, 
sont chargés de veiller au bonheur de seize cent 
mille Alsaciens-Lorrains, de les administer et de les 
maintenir dans la voie de la constitutionnalité et des 
bonnes mœurs. 

Cependant, à la réflexion, une autre pensée me 
vint, moins réjouissante que la première. 

M 'inspirant de l'expérience que je venais d'acquérir 
par mon infructueuse démarche, je pus, sans crainte 
de me tromper, affirmer que, pour chacune- des trente 
mille fonctions dont j'avais découvert l'existence, se 
présentèrent, en moyenne, une vingtaine de candidats, 
et je trouvai ainsi que six cent mille, au moins, de 
nos concitoyens ambitionnaient l'honneur de travailler, 
moyennant juste salaire, au bonheur de leurs semblables. 

J'avoue que cette constatation me fut pénible. 

Comment, me dis-je, dans ce pays où la population 
passe pour intelligente et laborieuse, où la terre est 
fertile, où l'industrie est développée, sur une population 
masculine de huit cent mille âmes, six cent mille citoyens 
majeurs estiment que labourer et produire ne sont 
qu'un pis aller auquel on ne se résigne que par dépit, 
quand l'on n'a pu obtenir aucune des rares fonctions 
qui soient réservées à notre humble ambition d'Alsaciens- 
Lorrains, et que l'on n'est devenu ni garçon de bureau, 
ni facteur, ni garde-champêtre! Que sera-ce donc quand, 
jouissant enfin de cette autonomie tant convoitée, et 
pourvus du suffrage universel réclamé par tous les 
partis, nous pourrons prétendre aux ministères et aux 
ambassades ! Alors, oh alors ... on sera peut-être obligé 
d'instituer des charges de candidats-journaliers. 

ATTICUS 



VerantwortHch : Dr. BI'CIIF.R. pérant. 



SOMMAIRE 



FAITS ET DOCUMENTS: L«a Embellisse menta de 
Strasbourg (Vil); la Société Schongauer et la Délé- 
gation; les Députés d'Alaace-Lomiine, 

NÉCROLOGIE: G. Dollfus; J. Gény; Ch. Lallemand; 
A. RiUeng; M. Schwob. 



DISTINCTIONS. 

ÉCONOMIE POLITIQUE, COMMERCE ET INDUSTRIE : 

La Canalisation de la Moselle. 
VARIA. 



FAITS ET DOCUMENTS 



s DE STRASBOURG 
Vil 

On est généraiemenl d'accord aujourd'hui pour 
reconnaître et déplorer les lourdes Taules dont, sous 
prétexte d'embell «sèment, on s'est rendu coupable à 
Strasbourg. Ces fautes sont malheureusement irrépa- 
rables, et l'on ne peut que constater avec mélancolie 
que les soi-disant splendeurs de la nouvelle ville ne 
sauraient nous consoler de ta disparition de tant de 
monuments intéressants, de tant de coins pittoresques. 

Dans mes précédents articles, j'ai signalé quelques- 



s des e 



i fait V 






un peu de réflexion et de prudence, on 
er. Au lieu de se laisser séduire par la 
veine et puérile gloriole de faire surgir, le plus rapi- 
dement possible, une ville nouvelle , il fallait agir avec 
une sage et prudente lenteur, ménager les transitions 
et se soucier de donner aux nouveaux quartiers un 
peu de cette savoureuse couleur locale qui a toujours 
fait le charme du vieux Strasbourg; il fallait se sou- 
venir que nous ne sommes pas en Amérique, où les 
villes d'un million d'habitants se créent, de toutes 
pièces, en moins de dix ans, mais dans un pays où 
régnent des traditions qui veulent être respectées et 
où il s'agit constamment de se montrer digne de son 

Il faut tâcher aujourd'hui de recueillir quelque 
Iruit des fautes qui ont été commises, car j'estime que 
les tristes expériences que nous avons faites nous 
coûtent assez cher pour que nous ayons le droit d'en 
lirer des enseignements. 

Nous jouissons, à Strasbourg, d'une 'Bauordnung*, 
c'est-à'dire d'un règlement qui soumet les propriétaires 
d'immeubles à une longue série d'obligations. Il y est 
stipulé, entre autres, que tous les travaux exécutés 

la durée dépassera six jours, ainsi que toutes les cons- 
tructions nouvelles, devront être soumises à l'examen 
et à l'approbation de la municipalité. Cette prescription 
qui semble faite tout exprès pour exercer un contrôle 



sur la qualité des travaux que l'on exécute, n'a mal- 
heureusement qu'une portée fiscale et ne constitue 
qu'une source de recettes. Or, c'est précisément cela 
qu'il faudrait changer tout d'abord, en exigeant que 
cette approbation ne fût donnée qu'en connaissance de 
cause, par une commission compétente, qui se serait, 
au préalable, entendue sur l'exécution d'un plan d'en- 
semble bien étudié et qui aurait des vues très nettes 
sur ce qu'il convient de faire dans les différents quartiers 
de la ville, 11 ne suffit pas, en effet, qu'un fonctionnaire 
mette son visa au bas d'un plan pour que ce plan 
soit parfait ! Les bâtiments nouveaux qui ont été élevés 
par la ville même et par l'État nous permettent mal- 
heureusement de douter de l'excellence du goût qui 
préside aux destinées esthétiques de Strasbourg. 

Il conviendrait donc, tout d'abord, de nommer une 
Commission choisie avec soin, qui aurait la charge 
délicate de protéger les anciens quartiers contre le 
vandalisme des démolisseurs, et les quartiers nouveaux 
contre la routine ou les tentatives hasardées des archi- 
tectes. Nous avons vu avec plaisir entrer dans le 
Conseil municipal un certain nombre d'éléments nou- 
veaux, et il ne faudrait pas que, hypnotisées par la seule 
question du canal latéral au Khin, les forces vives de 
notre représentation strasbourgeoise négligeassent' de 
songer à la beauté de la ville. Les intérêts artistiques 
sont aussi importants que les intérêts matériels, et ce 
n'est pas un de nos moindres devoir^ que de veiller 
à l'intégrité du patrimoine que noua ont légué nos 
ancêtres, de sauvegarder l'antique réputation de beauté 
que Strasbourg s'était acquise parmi les villes de 
l'Europe. 

La commission dont je viens de parler et à la- 
quelle devraient être soumis les plans détaillés des 
maisons particulières, aussi bien que ceux des bâtiments 
publics, jugerait en dernier ressort et veillerait à ce 
que l'argent des contribuables ne fût plus gaspillé 
comme il l'a été jusqu'à présent; et, pour lui donner 
toute son autorité, il conviendrait que ses attributions 
fussent nettement définies et qu'elle eût pour but; 

lo de maintenir son caractère à la vieUle ville; 

l'a d'adopter, pour les quartiers neufs, un plan 
qui, tout en tenant compte des nouvelles ma- 



nières de construire et des besoins nouveaux, 
se préoccupât cependant des exigences si légi- 
times de l'esthétique. 
' Je compte, dans un prochain article, m'expliquer 
plus longuement sur cette double question et je me 
contenterai aujourd'hui de donner un exemple de ce 
que je voudrais que l'on fît. 

Nous avons conservé, par un hasard presque mi- 
raculeux, un des quartiers citadins les plus intéressants 
qui existent, je veux parler du quartier dit la Petite 
France, ou du Bain-aux- Plantes. Des rues tortueuses, 
des canaux au bord desquels étaient installées d'antiques 
tanneries, de vieilles maisons étrangement appuyées 
les unes aux autres, donnent à cette partie de la ville 
un caractère que l'on chercherait en vain ailleurs, qui 
fait rétonnement de tous les étrangers et qui a déjà 
inspiré bien des artistes. Or, au lieu de conserver à 
ce quartier la physionomie qui lui est particulière et 
qui est peut-être unique au monde, on s'acharne à 
lui faire subir les modifications les plus barbares: la 
démolition des anciens ponts-levis en bois et la cons- 
truction de la petite église de la place Zix sont des 
fautes impardonnables et qui nous prouvent combien 
on a raison de se méfier du talent des architectes et 
de la science des ingénieurs. J'ai aussi déjà déploré la 
destruction de l'ancienne Monnaie avec son magnifique 
escalier en spirale et sa façade qui ne manquait pas 
d'intérêt. Ce bâtiment formait comme un trait d'union 
entre les beaux hôtels bourgeois du quai St-Thomas et 
les modestes maisons du «Pflanzbad» ; et voilà que les 
démolisseurs ne paraissent pas vouloir s'en tenir là, 
car j'ai eu la douleur de constater, l'autre jour, que 
l'on abattait également l'ancienne maison Trawitz-Ehr- 
mann, et j'ai appris qu'à sa place allait être élevée 
une chapelle. Nous ne connaissons hélas ! que trop le 
style de ces chapelles, catholiques ou protestantes, dont 
les gens de goût ne suivent la construction qu'avec 
terreur — et tout est à redouter. N'oublions pas qu'il 
s'agit ici du coin le plus curieux du vieux Strasbourg 
et ^que la moindre faute causerait un préjudice irré- 
parable; il faut donc veiller avec un soin jaloux et 
empêcher, à tout prix, qu'une modification imprudente 
enlève à cette partie de la ville ce qui lui reste de 
pittoresque. Aujourd'hui il en est temps encore, dans 
un mois il sera peut-être trop tard, et si nous devions 
avoir à enregistrer un nouveau manque de goût, nous 
en serions tous responsables. 

Ce serait donc à cette commission municipale, dont 
je réclame instamment la création, qu'il appartiendrait 
d'examiner les plans de la chapelle projetée et de 
veiller à ce que le nouveau bâtiment ne déparât pas 
cet ensemble auquel les siècles ont donné une si admi- 
rable harmonie. 

Tel est l'exemple que je voulais citer, et on ne 
saurait douter, en voyant les nombreuses fautes qui 
ont déjà été commises et qui se commettent encore, 
tant dans la nouvelle que dans l'ancienne ville, que notre 
commission ne manquerait pas de travail si elle voulait 
rester fidèle à sa mission. Au besoin, elle pourrait 



s'adjoindre les bonnes volontés d'une société qui se 
constituerait sur le modèle de la Société du Vieux-Paris 
— elle pourrait se nommer la Société du Vieux-Stras- 
bourg — et qui aurait pour but de veiller à la conser- 
vation de. tout ce qui avait valu autrefois à notre bonne 
ville sa réputation de merveilleuse beauté. p 

La Société Schongauer et la Délégation, La So- 
ciété Schongauer avait sollicité la Délégation d'Alsace- 
Lorraine d'ajouter 500 mes à la modeste subvention allouée 
à son œuvre par l'État^). Mais la commission chargée 
d'examiner cette pétition « n'a pu se convaincre de l'in- 
suffisance de ia somme accordée jusqu'ici 9. Faute de 
crédits et faute du désir d'en trouver, l'Assemblée a 
rejeté, dans sa séance du 5 avril dernier, la requête 
de la Société Schongauer. 

Au premier abord, les débats qui ont précédé ce 
refus font sourire. Il y eut là, pour établir sur quel 
fonds on pourrait ou ne pourrait pas pratiquer une 
petite saignée, des distinguo qui feraient honneur à 
maître Thomas Diafoirus. Mais on redevient vite grave 
en songeant à tout ce qui, en faveur de la pétition, n'a 
pas été dit et aurait dû l'être. Eh quoi ! L'Alsace-Lor- 
raine, pour son train de maison, dépense bon an mal 
an cinquante millions, et elle ne trouverait pas, en grat- 
tant le fond de ses tiroirs, un humble denier pour 
mieux assister ceux qui veillent sur Unterlinden, joyau 
unique, parcelle de notre patrimoine à tous! Et une 
amertume monte aux lèvres, à se rappeler quelles entre- 
prises « artistiques » nos honorables jugent dignes de 
leurs faveurs. 



NECROLOGIE 



DOLLFUS, GUSTAVE, agronome, ancien industriel, 
né à Mulhouse le 17 juillet 1829, mort dans sa propriété 
de DoUfusville en Algérie, le 13 janvier 1905. 

M. Dollfus était élève de l'Ecole centrale de Paris ; 
il en sortit en 1 85 1 avec le diplôme d'ingénieur des arts 
et manufactures pour entrer dans la maison Dollfus- 
Mieg & C*o; dès 1856, il devint associé de cette maison. 

Mais à la mort de son père, M. Daniel DoUfus- 
Ausset, survenue en 1870, il alla s'installer à Riedis- 
heim et se consacra à l'agriculture, sans négliger toute- 
fois l'industrie qu'il n'abandonna qu'en 1890, au moment 
de la mise en actions de la maison DoUfus-Mieg & C^e. 
Dès lors, il partagea son activité entre ses travaux 
agricoles à Riedisheim et la surveillance de ses pro- 
priétés d'Algérie qui l'occupaient depuis 1875. Il était 
à la tête d'une vaste exploitation de liège, fit bâtir 
plusieurs villages qu'il dota d'églises, d'écoles, etc., et 
construisit de nombreuses routes. 

A Riedisheim, M. Dollfus contribuait au perfec- 
tionnement des machines agricoles, organisait une in- 

1) Depuis 1880, la Société Schongauer était inscrite au budget 
d'Alsace-Lorraine pour une somme de 1000 mes. Cette subvention 
fut diminuée de moitié en 1900, puis, l'année suivante, portée à 
7.50 mes et, en 1902, réduite de nouveau à 5(X) mes. 



14 — 



LES DEPUTES " D'ALSACE- LORRAINE 



M. EUGÈNE RECKUN 

docteur en médecine à Dannemarie 
1*™ CIRCOXSCHIPTION : ALTKIHCH-THANN 



M. THEODORE SCHUIMBERGER 
indualHel à Mulhouse 

2* CIHCONSCR[PTI0K: MULHOUSE 



Xé à DinneoMrit It 1! nui 1882. il fil h« éludei lu lycée 


Né i Mulhouse tn jM4K. ri (il kb éludes, jusqu'en 18W, au 




collège de Mulhouse, puis à l'iicolc Cenlrile des Arts cl Menu- 




faclurei t Paris, où il ohlinl son diplAme d'ingénieur. Après un 


Briïg.ii. <]« Munich a d'ErlsnEen. Médecin dans u ville 


«jour d'un »a en Angleterre, il enlr« comme directeur technique 


Kl« depui* 1«#. 


dans l'élablissemtDl de Hlature et de tisane de son pi-re, dont il 


Aide-m.ior de l*™ cluse d« I> réwrve. 


est encore le chef. 


Mtmbre du fonwil généril de l> HauW-AlMc* depuis IR96, 


Président du Sjndicat Induatriel Alsacien, membre de 1* 


e la DéléfWlion d'Al.ice-Urr«ine. depuis IBOa 


Chnmbre de Commerce de Mulhouse, membre ou présidenl des 


Élu dépuU lu Reich>[iig en 1B(B (en remplncemeiH d« 




Winterer) par 15531 voix conlre 4023. données i >on con- 


piques Ou induslriels, banque», compagnies de immway, eic. L'Em- 



ie de la <r Kliiass-LotliringiKchi 



rrrur lui > décerné le litre de "Gehein 

Membre du Reichaïag depuis 1900. réélu en 1903 par I 
intre laSM, données à son concurrent socialiste, M. 1 

Aftilié l'HoBpitanli) au p.ini nalionsl-libénil. 



dusirie de lait stérilisé el, à Ferrettc. créait un important 
élevage de bétail. Enfin, de concert avec M. Oslcr- 
meyer de RoufTach, il s'occupait d'améliorer dans le 
Haut-Rhin la culture de la vigne et la préparation 

Très 1,'énêreux, M. Gustave Dollfus était toujours 
prêt à soutenir les œuvres pour lesquelles on le solli- 
citait. Parmi ses dons les plus considérables, nous 
citerons celui de KXJOno fre à la Société industrielle 
et un autre de 100000 frs à la souscription ouverte 
pour l'acquisition du Hasenrain, près Mulhouse, Oti lui 
doit l'initiative de la restauration des magnifiques ver- 



rières de l'ancien temple de Si-Etienne, à Mulhouse; 
enfin il a gratifié le Musée des Aris décoratifs de cette 
ville de sommes importantes et de nombreux dons. 

M. DoUrus n été du Conseil municipal de Mulhouse 
en 1871, mais il refusa sa réélection en 1872. 

GÉNV, l'abbé JOSEPH, docteur en philosophie, 
historien, bibliothécaire municipal et aumônier de l'Hôpital 
de Schleatadt, né dans cette ville le 2 février 1861, mort 
le 9 janvier 1W>5. 

J. Gény était l'aine de douze enfants. Après avoir 
fait ses premières études au Petit Séminaire de Mon- 



JOSEPH GBNY 

tJgny-lcS'Metz ^ le jeune homme les termina par un 
brillant examen. Ce fut le premier séminariste alsacien 
qui passa son examen de maturité sous le régime 
allemand. Il entra ensuite au Grand Séminaire de 
Strasbourg en 18flO et fut ordonné prêtre en 1885. 

Mais au lieu d'entrer dans le ministère pastoral, 
l'abbé Giny résolut de se consacrer à ses études de 
prédilection, celles de l'histoire, et tout en professant 
au Gymnase catholique, il suivait assidûment les cours 
de l'Université de Strasbourg. 

En 18ST, sur les instances de M. Ignace Spies qui 
était alors maire de Schlestadt, M. Gény succéda à 
M. Wendling comme archiviste et bibliothécaire de la 
ville de Schlestadt et entreprit aussitôt le transfert et 
le classement des précieuses archives que possède la 
vieille ville impériale. Il apporta à ce travail une ardeur 
infatigable et une conscience minutieuse auxquelles les 
savants qui sont venus puiser dans ces trésors n'ont 
cessé de rendre hommage. 

A partir de 1891, il joignit à ces fonctions celles 
d'aumônier de l'hôpital. Il ne négliges jamais te côté 
professionnel de ces deux emplois et, tout en fouillant 
avec passion les vieux manuscrits, il se tenait au cou- 
rant de la littérature contemporaine et voulait connaître 
totis les livres qui venaient enrichir la bibliothèque. 

Sa première étude historique, " Die GesekichU der 
Sladibiblioikek zu SchUllsiadl'. parut en 1889 dans 
une plaquette publiée pour l'inauguration de la 
bibliothèque transférée dans la vieille halle aux blés. 
Un an après, il publia un t Mémoire historique sur la 
Ville de Schlcstadl • ; puis la " Chronique de Sckle- 
sladl de H. Guebivilert, ainsi que les aGcsprâehe des 
Dominik Roos ûber SchleHstadi * ; en 1894, un petit 
livre sur ' Sainle-Foy > ; l'année suivante, de 189.^ à 
1S96, un ouvrage qui comprend deux volumes, 'Die 



I, tant français 
le. Nos lecteurs 
savoir dans la 



Jahrbiicker der Jtsutlen zu SchUHstadt und Rufach ». 
En 1899 parut son premier "Guide pour Schlesladl 
et tes environs >; au commencement de 1900 -^ Die 
Rtichssladt Schlettstadt und ihr Anleit an de» sozial- 
potiiischtH und retigiôsen BenieguHgen der Jakre 1490 
bis 1536i qui lui servit de thèse pour passer, en 1900, 
ses examens de doctorat à l'Université de Strasbourg. 
Deux ans après, il publiait «Die Pahuen der Sirass- 
burgir Bûrgermekr im XVII. Jakrhundert* et enfin, 
en 1903, il relit un nouveau guide ou ' Pùhrer dureh 
SclUtttstadt •. 

11 serait trop long de citer par le menu les nom- 
breux articles de journaux et de revue 
qu'allemands, qui sont sortis de sa plur 
ont pu apprécier la diversité de son savt 
Revue Alsacienne qui s'enorgueillit de l'avoir compté 
parmi ses collaborateurs. Nous avons le triste privilège 
de publier ici même sa dernière étude que la mort ne 
lui permit point d'achever. 

Mais son travail le plus remarquable furent deux 
volumes sur les droits et privilèges de la ville de 
Schlestadt, * ScMellsIadler Stadfrtckte j> (1902), publies 
sous les auspices de la Commission d'histoire du Grand' 
Duché de Bade. Cet ouvrage, qui est le résultat d'un 
labeur énorme, est une des meilleures études qu'on ait 
écrites sur l'histoire des villes au XV< et au XVI* siècles. 
C'est un magnifique monument élevé par l'auteur à se 
vïUc natale, mais l'intérêt que présente le sujet dépasse 
de beaucoup celui d'une monographie locale. En effet, 
nulle part, à cette époque, l'épanouissement des éludes 
ne fut plus brillant qu'à Schlestadt. En décrire le 
mouvement, c'était retracer quelques belles pages de 
l'histoire de l'humanisme, mais c'était aussi consacrer 
un chapitre a une période des plus glorieuses pour 
l'histoire littéraire de l'Alsace. 

J. Gény s'était acquis dans le monde des historiens, 
où ses qualités d'érudition et de conscience étaient 
hautement appréciées, une réputation doublement con- 
sacrée par la mesure et l'impartialité de son jugement. 
Des distinctions llatteuses témoignent de l'estime 
où le tenaient ses confrères. En 1900, la Faculté de phi- 
losophie de rUniversité de Strasbourg lui accorda le 
grade de docteur. La même année, il fut nommé membre 
de la commission chargée de publier les sources de 
l'histoire de l'Alsace. En 1901, la Société industrielle de 
Mulhouse l'élut à l'unanimité membre correspondant, et 
en 1902, la Commission d'histoire du Grand Duché de 
Bade l'admit dans son sein. 

La mort l'a surpris dans la plénitude de son talent 
et nous laisse l'amer regret de nombreux travaux in- 
achevés, L'abbé Gény ne sera point seulement regretté 
des travailleurs qu'il faisait bénéficier généreusement de 
son grand savoir, mais encore de tous ceux qui l'a- 
vaient approché et pu apprécier ses rares qualités 
d'esprit et de cceur. 

LALLEMAND, CHARLES, journaliste et desrinateur, 
chevalier de la Légion d'honneur, né à Strasbourg en 
1826, mort à Bordeaux le 20 octobre 1904. 



LES DEPUTES D'ALSACE-LORRAINE 



M. JACQUES tKEISS 

8* CIRCONSCRIPTION; COLMAR 



;e d« térénndtin k Strub 
■vocal à Colmar, sn 18B6. 
nbre du Reich(1*g depuis it 
1)7, donn«n i M. Pcirolei 



M. l'abbé ALPHONSE- ALEXANDRE RŒLLINGER 

curé à GuebwiJIer 
4- CmCONSCKlPTION : GUEBWILLEH 
Né le :9 décembre tH<» 1 Eachentzwiller (Hau le- Alsace), il fli 
Ht* études aux peliu séminaires de Lachapelle-sous-Raugenianl. 
de Strasbourg el de Zillishelm. aux grands séminaires de Besanfon 
el de StrnibourK. De 187) i 1S90, vicaire de la parnlsse Si-Étienne 
à Mulhouse: de 1890 i I»96, curé k [senhelm et, depuis, curé de 
Noire-Dame i Guebwiller. 

A tail la «ropagne de ISJO comme volontaire, fut promu 



: du Reichiiag depuli 



réélu « 



M. Lallemand avait fait son droit, mais il était né 
journaliste, et cette vocation triompha. Pendant près 
d'un demi-siècle il fut rédacteur et dessinateur à 
!'• Illustration t et collabora, en outre, à une série de 
revues françaises et étrangères ; on retrouve de ses 
articles dans te < Magasin pittoresque >, le < Monde 
moderne», IVIIluslrierte Welt • et « Ober Land und 
Aleert de Stuttgart, le <Waldheim> de Vienne, etc. 

S'étant fixé a Bordeaux, il ne pouvait manquer de 
s'intéresser à l'industrie viticole: il lui consacra quatre 
volumes illustrés qui furent réunis sous le titre de 
Lts ricktsses gastronomiques de la France et il créa 
une revue mensuelle, La Vigne el le Vin eu Gironde. 

Il est ^^lement fondateur de plusieurs journaux; 
une reutlle tltuslrée, Le Bordelais, puis la Charente et 
YAvenir de la Vienne. 



Enfin, une série de voyages d'études dans te nord 
de l'Afrique firent l'objet de plusieurs ouvrages que 
M. Lallemand illustra de nombreuses aquarelles: Tnnis 
el ses environs, La Tunisie, Le Caire, etc. 

Jusqu'à la fin de sa vie, M. Lallemand garda celle 
remarquable et féconde activité. 

ALFRED RITLENG, notaire, chevalier de la Légion 
d'honneur, né à Strasbourg le 16 avril 1828, décédé à 
Strasbourg le 17 Janvier 1W5. 

Alfred Ritleng n'a jamais visé à la popularité, et 
pourtant sa mort a été, pour tes Strasbourgeoïs, un 
deuil public et laisse un vide qui ne sera peut-être 
.pas comblé. 

S'il nous incombait de résumer tout d'atwrd d'un 
mot la figure de cet homme remarquable, nous dirions 



ALFRED Rll'LENG 

qu'il fut un «honnête homme >, non seulement, cela 
va sans dire, comme l'entendent les éloges Tunèbres, 
mais avant tout dans le sens que prêtait à ce terme le 
grand siècle, c'est-à-dire qu'il se montra doué de qua- 
lités aimables et siires' dont il sut Taire bénéficier ceux 
qui l'entouraient. Parmi ces dons heureux, plaçons au 
premier rang J« jOûf sous ses formes les plus diverses: 
aussi bien ce tact exquis qui établit une harmonie par- 
Taile entre les aspirations et les aptitudes, que le pou- 
voir d'association qui égale les plaisirs des sens aux 
jouissances les plus élevées de l'esprit. Alfred Rillengaima 
les beaux arts el en sut développer l'amour autour de 
lui (en quoi son activité fut un contrepoids ellicace 
au culle absorbant de la musique où le S Iras bourgeois 
incline à contcnler trop exclusivement son besoin d'idéal). 
Amateur el connaisseur, il s'enloura de ces mille objels 
qui sont la joie des yeux et la consolation des plati- 
tudes journalières. Son cabinet de notaire même n' 
pas le lieu banal qu'attristent des cartons verls ti 
par la poussière des . . minutes, mais un petit sanc' 
tuaire embelli de tentures curieuses, d'esUmpes rares 
et de bibelots de bon aloi, cadre digne de l'élégant pa- 
tricien que Hornecker a peint vêtu du pourpoint de 
velours et paré de la fraise, des dentelles aux poignets 
et, au côté, une épée de prix '). Durant des années, 
Alfred Ritleng fut, à Strasbourg, l'organisateur et l'arbitre 
de la vie artistique, 1 âme et l'oracle de la Société des 
Amis des Arts dont il a occupé si souvent le siège prési-. 



dentîel. Tout en respectant les traditions honorables, il 
suscita des impulsions nouvelles et fécondes. Sans 
étroitesse, il s'appliqua à la glorification de l'Alsace. 
En des fêles artistiques demeurées mémorables '), il 
obtint que refleurît un passé qui nous est un en- 
seignement et un réconfort. Mais sa ferveur de l'art 
ancien Jamais ne le fît injuste à l'égard des Jeunes 
ni indifférent à leurs efforts. Il a donné jusqu'à sa 
Un ce spectacle miraculeux d'un vieillard qui n'opposa 
jamais les idées de • son temps i à l'impatience des 
chercheurs de formules nouvelles. Les jeunes artistes, 
ceux-là surtout à qui n'avait point encore souri le succès, 
ont toujours trouvé auprès de lui une clairvoyante 
sympathie et ces encouragements palpabifes, faute de 
quoi de beaux talents ont sombré parfois dans la dés- 
espérance ou le charlatanisme. Enfin, les fondateurs 
de ce Musée Alsacien' créé il y a deux ans, qui, 
comme toute œuvre nouvelle, ne laissa pas de heurter 
des préventions et de déranger des inerties, n'oublieront 
pas avec quelle bienveillante compréhension de leur 
but cet homme infatigable prodigua à la jeune entre- 
prise les trésors de son expérience et le crédit de son 
patronage. 

En tous lieux, en tous temps, ces titres comman- 
deraient la reconnaissance et le respect Mais si 
Alfred Ritleng fut plus qu'un notable épris d'art, qu'un 
.Mécène intelligent, c'est que les circonstances et le milieu 
où évolua son activité en rehaussent singulièrement le 
mérite et la portée. Pour lui rendre pleine justice, il 
faut évoquer l'état de notre pays après le cataclysme 
qui y a anéanti tant de forces vives. Devant Alfred Rit- 
leng, comme devant tous les hommes de sa génération, 
se dressa la redoutable alternative. Dans sa conscience 
aussi, un douloureux combat dut se livrer. Ses origines, 
son éducation, ses attaches ne pouvaient que l'inciter 
au départ. Et pourtant il demeura fidèle au pays natal 
et ne résigna pas ses fonctions. Il eut ce discernement 
de ne pas confondre les préférences personnelles avec 
les devoirs civiques, et il montra cette force d'âme de 

1 poussée d'une opinion surexcitée. 

e qu'il choisit ne fut certes pas la moins 
lâche digne de lui. Dans 
migration, il exerça une aclion 
'X reconstituante. Il fut le régisseur scrupuleux 
el avisé d'un patrimoine laborieusement amassé et qui 
risquait de s'éparpiller dans la tourmente. Pour acquérir 
l'autorité dont il devait faire un si judicieux usage, il a 









■} Outi. les Salo™ triennaux de la Scsi 


é des Amii 


I», voici les principaux jalons de la carrl 




lilileng: Uae expoiiiion de Ubleaux ancien 


à l'Aubelfe 


9, l'exposition alaiclenne rélroapeclivt de la 


liaison Kamm 




bourgeois da 


^ien palaii de la Délégation en 1994, un 


e exposition 


leaux modernes en IS9S, L'expoEiilon alist. 




rangerie, la même atinit, l'exposition d'arme 




Chlteau en im et celle des b^oux en imt 




4 une représenutlan du «Lundi de Penlecâ 


e> d'Arnold 


gea, à l'Eiposition universelle de 1900, la re 






à la formai 



') La Revu 






LES DEPLJTKS D'ALSACE-LORRAINE 



M. l'abbé EMILE WETTERLÉ 

journaliste à Colmar 

S* ClRCONSCRlPnOK ; RIBËAUVILLÉ' 

N« t Colmar Je 2 avril lUi, Il fil aee inidcs aux coltègea 
ires de Calmar si de LactiapelIt-ious-Rougimont el aux uni' 
rsiiés de Salaman^ue et d'Inasbruck et fui ordonné priirs en 
»i. Prëcepleur Jusqu'en laa», il fui vicaire 1 Lièpvre, puîa li 
DepuLi, il rédige à C 



M. LÉON VONnEKSCHEEB 

docteur en droit, avocat-avoué à Strasbourg 

8* CIRCXJNSCRIPTION: SCHLESTADT 

Né le 6 octobre IS64 à Ville (irr. de Schlntadt), il Ht 
udes au collèse dei Père* du Saint-Eiprit i Beauvala, au col 
! Panl-i-Mouaaan, au Realgymnasium de Ste-Marie-aux-Mi 
1« de SIra 



Membre du Reichstag depui^ 



), réélu I 



le -Journal de Colmar. et le ^Elrtawr Kurier.. 


eonlre Î78S, données à son 


oncurrent socialiste. 




Auieurde: .!.« presse catholique en Aliaca-Lorraine.: .Farli 




inriuenUde la .Dsass-Loi 


rmgische 


catholique et coteries.; .Vérités et paradoxes.. 




au Beichstag comme .Alsi 




Membre du Conseil général de la Haute-Alaace de ISÏ7 à 1«X>, 
















de Ribeauïillé). 








Membre du Reiihgng depuis ihSh, réélu en iwn par SHîi vols 








contre îfl90, données h son concurrent «ocioliïle. 

















r de rester lui-même. 11 a allié à la bon- 
homie et à la droiture alsaciennes l'esprit et le goût, la 
délicatesse et l'urbanité françaises. Ainsi, il demeure une 
figure représentative de toute une évolution; la péné- 
tration de l'âme alsacienne par le gértie français, réalisée 
sans que l'intégrité de l'un ou de Tautre en fût entamée. 
Cette harmonieuse fusion, il en a attesté l'accomplis- 
sement et fait apprécier la valeur là où ce témoignage 
était le plus utile et le plus méritoire: en Alsace. 

D' F. DOLLINGRB 



SCHWOB, MARCEL, homme de lettres, 
ville (Seine-el-Oise) le '.';< août IMiT, mort à Paris 



Cha- 



Les lettres françaises viennent de perdre en notre 
compatriote Marcel Schwob un écrivain subtil et rare, 
un érudit dont la vaste intelligence était curieuse el 
avertie de toutes choses. 

Il est né aux environs de Paris peu après que ses 
parents eussent quitté Haguenau. Après un court sé- 
jour a Chaville, sa famille alla habiter Tours; son 
père, qui avait le goût des lettres, achetait bientôt le 
grand journal politique de Nantes ' Le Phare de la 
Loire», qu'il dirigea jusqu'à sa mort et où lui succéda 
son fils aîné, M. Maurice Schwob. 

Fils et frère de joui^aliste, M. Marcel Schwob fut jour- 
naliste lui-même à ses moments perdus, quoique une de ses 
dernières productions littéraires, les Mizurs des Diur- 



DISTINCTIONS 



M. Emile Gebhart, professeur à In Sorbonne, vient 
d'ëlre reçu à l'Académie française en remplacement de 
M. Gréard. 

Son ilude sur Kabtlais, ses livres &ur In Rtnalssanci tn llalir. 
Vllallt mysllqiit, srH romins Autour <t'uni llari. An M« dis 
clochti, D'Ulyat à Paaiirge, Lis i 



Ulyssx 



: Monlparn 



On vient d'inaugurer, au 
û Paris, un monument en l'honneur du général de Li- 
yoivsii, notre compalnole, dont tout le monde connaît 
la brillante conduite bu siège de Châteaudun, en 1870. 
(Voir son nécrologc, page 18 de la Chronique de IWM'l. 



MARCEL SCHWOB 




nalts. qu'il publia sous le pseudonyme de Lr 


.yson Bridel. 


en 1903, soit une satire contre la mëdiocril 


é du joumnl 


actuel, il fit ses études à Paris, au Lyi 


:ée Uuis-le- 


Grand, en vue de l'École Normale, Son ni 


inée de sc- 


conde oyant été malheureuse, il échoua à 


l'cxamen cl 


son père l'obligea au service militaire. A s. 


on retour, il 


prépara de nouveau l'École Normale, ne 


réussit pas 


davantage et suivit alors les cours de 1 


a Sorbonne. 




;-lettres, puis 


étudia la paléographie grecque à l'École 


des Hautes- 



Études, et la philologie sous M. Michel Bréal. Son 
oncle, M. I.éon Cahen, orientaliste remarquable, conser- 
vateur de la Bibliothèque Mazarine, affermit encore ce goût 
des langues. Marcel Schwob débuta, en 1 HSy, à « L'Événe- 
ment > par des articles de littérature, à • L't^ho de Paris » 

titre de Casur double. Puis suivirent Le Rot au Masque 
d'Or, Mimes, Le livre de Monelle, La Croisade des Eh- 
fanls. Vies imaginaires, Spicilige, une traduction de 
Moil Flauders de Daniel de Foe, une autre à'HamIel. etc. 
Tous ces ouvrages ont été écrits de 1890 à 16<>6. Dès 
cette époque, la maladie le prit qui devait parfois lui inter- 



Sa facu 



: d'i 



juffril. 



aussi ne s'occupa-t-il guère plus que de travaux d'éru- 
dition. Il préparait un ouvrage sur Le Parnasse aaly- 
rique du XV' siècle. Le X\'« siècle d'ailleurs avait 
toujours eu pour Marcel Schwob un intense attrait. 

la littérature et les écrivains. Ses travaux sur Villon 
allaient lui ouvrir la Sorbonne. 

entrevoyait sa réalisation prochaine. L'homme n'est 
plus, mais l'ceuvre subsiste. Les hvres de Marcel 
Schwob demeureront des joyaux merveilleusement ciselés, 
d'un arl rnflîné et discret que seuls go ijteront quelques 
élus. Les teintes en sont elTacées comme en de vieux 
tissus précieux et les pensées profondes y empruntent 
le gesle menu de Monelle, furtive et mélancolique. 

Marcel Sch«'ob, terrasse por' une maladie traîtresse, 
enlevé trop jeune, laisse une place vide parmi les 



ECONOMIE POLITIQUE, COMMERCE 
ET INDUSTRIE 

CANALISATION DE LA MOSELLE 

Le rapport de la Commission du Landtag prussien 
concernant les grands travaux, publié récemment, con- 
tient d'utiles renseignements sur la canalisation de la 
Moselle. 

Dans sa séance du '1 décembre, la Commission 
prussienne avait rejeté ce projet, mais avait adopté 
une résolution invitant le gouvernement â étudier la 
question dans le plus bref délai, pour soumettre en- 
suite au Landtag un projet de loi établissant les cré- 
dits nécessaires et hxani la participation aux frais qui 
devra être demandée, pour l'ensemble des travaux, à 
chacun des pays intéressés, y compris l' Alsace-Lorraine 
et le Luxembourg. Il résulte de la discussion au sein 
de la Commission, que le total des frais pour l'amé- 
nagement de la Moselle est estimé à 72 millions de 
marcs, dont ;i4 200000 marcs pour le parcours prussien, 
et 47 8(10000 marcs pour le parcours lorrain. 

Or, les représentants des provinces rhénanes avaient 
proposé que l'Alsace -Lorraine soit tenue de participer 
pour la moitié à l'ensemble des Trais, étant donné que 
la production métallurgique de la Lorraine représente 
In moitié de la production totale dans la région indus- 
trielle du sud-ouest de l'Allemagne. En défalquant de 
la moitié de ces frais (soit :i6 millions) la participation 
incombant à l'Alsace- Lorraine pour le parcours lorrain, 
il y aurait à demander â la Terre d'empire une parti- 
cipation d 8 UO m p les travaux sur le 
parcours p 

Le r pp d mm s n, ainsi que le gou- 

m que cette partici- 

nî e, étant donné que. 



pour l'A 



reprisi 



si on la compare à l'intérêt que peut y avoir la Prusse, 
n'était pas proportionnée au tiers de la contribution qui 
serait exigée de la Terre d'empire, pour le parcours 
prussien, mais lui était au contraire bien supérieur. 

Le représentant du gouvernement a déclaré en 
outre qu'il fallait évaluer la perle que subiraient les 



LES DEPUTES D'ALSACE-LORRAINE 



M. l'abbé NICOLAS DELSOR 
curé à MarlEnheiin 

7* CIRCONSCRIPTION: MOLSHËIM-ERSTEIN 






: i octobre Li 

1869. ProfcSBeur au petil ■éminalre 
préctpleur ju9qu'«n ih;?, vicaire i I 
Wablenhtim jusqu'en LSatj. à Nord 
Marlcnheim. Fondateur el rédicleui 
liquc d'AIuEt, nouvelle série > el Font 






Membre di 



Bourg. 



g depuis lii9a. réélu en 1903 pi 
lsa«-Lolhrtngisi:h« Landespatiei: 



M. ADOLPHE RIFF 

avocat-avoué à Strasbourg 

a- CIRCONSCRimOK: STRASBOURG-VILLE 
Né à Bischhelm (Bat'Rhin) le 19 Juin lUO, Il Ht ses études 
nu Gymnasa protestani el à la Faculté de droit de Straibourg 
et. de 1871 à 1S72, ii la Faculté de droit à Paris. Avocat stagiaire 
nu Tribunal de Strasbourg en ig7î et avocat-avoué au mime 
Tribunal depuis 1*7S. En 1891, il obilnliewre de conseiller dejustlce; 
en 18ST, il tut élu membre du connell de l'ordre de» avocau 
d'Alsace-Lonaine. 

Membre ou président de plusieurs i 

Depuis 1H99, membre du Conseil général de la Basse-Alsace 
pour le canton Nord de la ville de Strasbourg. Depuis 1902, 
membre du conseil municipal de Strasbourg qui l'élut adjoint au 
maire et membre de la Délégation d'Aliace- Lorraine. 

Membre du fieichstag depuis 1898, réélu en ]9oa par U74« 
voix contre ]30e7, données à M. BOhle, socialiste. 

Fait parti* de la iFreisinnige V'ereinigungi (parti libéral 
modéré). 



chumins de Ter prussiens du (ail Je ces travaux à au 
moins 12 milliotis de marcs par an, cl que les princi- 
paux intéressés, qui sont les industriels lorrains, seraient 
obligés, bien entendu, de subir une partie de ce déficit, 
au prorata de leurs intérêts. 

On s'attend donc à voir les négociations au sujet 
de cette affaire se prolonger indéfiniment, avant que 
l'on obtienne, pour notre pays, une solution satisfai- 
saute. Dans les sphères gouvernementales , on veut 
faire croire que l'intérêt que peut avoir la Prusse à la 



réalisation de cette entreprise est excessivement minime. 
De cette façon, on espère en Taire supporter la plus 
grosse part au budget d'Alsace-Lorraine. 



D'après les publicatio 



itrielles que fait pa- 



le journal officiel du gouvernement d'Alsace- 
Lorraine (Central- und Bezirksamtsblall), 376 personnes 



LES DEPUTES D'ALSACE-LORRAINE 



M. DANIEL BLUMENTHAL 
avocat à la Cour d'appel de Colmar 

9" CIRCONSCRIPTtON: STRASBOURG-CAMPAGNE 

Né à Ttiann le 2S Jtnviet 1360, 11 Hl ki étudei lu collège <1 

luIhouH et k l'unit-crsilé de Strubourg. Après un sUge d« rêfi 

tndilre à MulhouM ci à Slrubourg, il K fil inscrire en IBG 

u barreau de Mulhouse, d'au il puu h 



la Cour d'ippi 
icipsi de CoImBr, 



Depuis 1899, membre du conseil 
lequel il fui élu k la Délégation d'Alsaci 
du ConwU généial de la Haule-Alsace depuis IWO. 

Fondateur et présideni de la • Elsais-Lothringisclie Vollcs- 

sanl t Colmar. 

Élu dépulé au Reicliilag par rarrondissemenl de Strasbourg- 
campagne en I9Q3, par 944; voix contre 906?, données à M. Hausu, 
de la «Eliass-Loltiringieche Landespnnel >. 

Affllié(>Hospi(anlJi) au parti démocralique allemand (nDeuiHlie 
Volkeparlei»). 



M. HEINRICH WILTBERGER 

notaire à Lauterbourg 

lO- CIRCONSCRIPTION: HAGUENAU-WISSEMBOURG 

Né i Colmar le I3 mars LS;3, il Bl ses éludes au Realgym- 

isium de Schlesudi, au lycée de Colmar et aux universités de 

■ibourg en Briagau, Leipiig et Slrasbourg. Notaire à Lauter- 

)urg depuis 1900, 

Élu député au Reichstag en 190}, par 133»; voit contre li93i. 
innées à son concurrent, le prince Alexandre de Holienlolie, 

Fait partie de la • Elsass-Lothringische Landespanei*. 



ont, au cours de l'annE'e 1904. acquis la nationalité 
alsacienne-lorraine par voie de naturalisation, dont 98 
dans la Haute-Alsace, 135 dans la Basse-Alsace et 143 
en Lorraine. 

Nous constatons en parcourant ces publications 
que, d'après leur lieu de naissance, la grande majorité 
de ces personnes sont d'origine alsacienne-lorraine et 
n'ont fait que reprendre leur ancienne nationalité. Sur 
la totalité de 376 naturalisés que nous avons indiquée, il 
n'y en a pas moins de 242, qui étaient nés dans le 
pays. La plupart d'entre eux après avoir émigré, avaient 



acquis la nationalité française ; quelques-uns seulement 
s'étaient faits suisses, belges ou luxembourgeois, ou 
figurent comme • émigrants alsaciens-lorrains ■•<, n'ayant 
pas pris d'autre nationalité. 

Nous comptons, de plus, une vingtaine de Pran- 
i;Bis, nés en France, qui, après s'être établis dans la 
région, se sont fait naturaliser Alsaciens-Lorrains. Le 
reste se compose d'Italiens, d'Autrichiens, de Belges ou 
de Luxembourgeois, la plupart ouvriers dans les districts 
industriels de Lorraine qui s'attactient à leur nouvelle 
patrie, sans aucun esprit de retour. 



LES DEPUTES D'ALSACE-LORRAINE 



M. JEAN HŒFFEL 
docteur en médecine à Uouxwiller 
II* CIRCONSCRIPTION: SAVERNB 



Né le 



e <H!iu 



-AlBB< 



il flt » 



lU Gymntie prole«t«nl cl lui Pscullés de mÉdfcine de Strubourg 
CI de Nancy. De IS7: h iHTi médecin d'uiins h An-sur-Moielle. 
Vint ■'établir 1 Bouiwiller en 1873; médecin d'srrondisaemeni 
depuit I8BS, Moira de Bouiwiller depuis IMi; membre du Con- 
»lslnir« lupérlcur de l'Église de l> Confession d'Augsbourg depuis 
IMS. pont I< dire de •Gehelmer Sinillilsrali, 

Membre de U Déléitetion d'Alsave-Lorriine depuia 189:, el du 
ConMil d'ÉUt depuis imS. 

Membre du Reichsisg depuis 1S90; réélu en I90J pu 7709 
voix contre 7s6è, données 1 M. Lévit, libéral 

Appaiiienl ï la CracUon des conservaleurs dile • Reichspartei t. 




M. le bwon KBANÇOIS-XAVIEB DE SCHMID 

directeur de salines à Sairalbe 
12» CIRCONSCRIPTION: SARfiEGUEMlNES-FORBACH 
Né 1 SarraltH le !l septembre ISSS, il a étudié les sciences 
llurelles à Paris; après avoir servi dans la cavalerie franfaise, 
ï'eat établi à Sairalbe en 1M3 L'Empereur, lui a décerné, le 
mai IWI. l'Ordre de la couronne de f classe el. le 21 mal 1901. 
litre (•Chankleri) de iKCniglJcher Rinmeister>, 

Membre du Reichstag depuis IS9B; réélu en 190) par 131M 
lia contre «IS, donnée* à un partisan du Centre, et 4T»3, don- 

S'est Fait incrire au Reichstag comme (Lorrain indépendant! 



Les Oberlé au Théâtre de la Gatli, à Paris. — On 
se souvient que, l'année dernière, le drame des Oberlé, 
que M. Ed. HaraucourI a tiré du célibre roman de 
M. René Bazin, avait été interdit par ta censure, sous 
prétexte qu'il provoquerait de fâcheuses manirestations. 
Aujourd'hui le spectacle est autorisé, grâce à quelques 
retouches, notamment au dénouement (M. Coquelin a 
imaginé de terminer la pièce par la réconciliation du 
déserteur Jean Oberlé et de l'officier allemand) et la 
première représentation doit avoir lieu prochainement. 
Souhaitons-lui le succès du roman. 

L'AliOce à l'Equateur. — Une revue française, pti- 
bliée à Libreville (Gabon), nous apprend, dans un de ses 
3 de 1904, l'existence d'une "Nouvelle-Alsace», 



ainsi baptisée par des missionnaires, qui s'étend au 
sud de rÉquateur ; elle occupe le bassin du Ngounié, 
aflluent de l'Ogâoué, et couvre une superRcie sept fois 
plus grande que notre Alsace. C'est une région formée 
de vastes étendues de plaines incultes et de for^s 
vierges, entrecoupée de montagnes 
de 6 à aX) mètres; toutefois, on 
là des sommets de 1200 mètres. Le pays est habité 
par différentes tribus nègres, auxquelles les missionnaires 
apportent l'Évangile et la civilisation. Trois stations 
sont déjà fondées : celles des Trois-Épis, d'Ammer- 
scknit'hr et de Ste-Croix, et sans doute, grâce au lile 
des serviteurs de Mgr Adam, évêque du Gabon, notre 
compatriote, l'époque n'est plus éloignée oij l'Alsace 
africaine aura son Monl SaiuU-OdiU. 



LES DEPUTES D'ALSACE-LORRAINE 



M. PIERRE MÉROr 

ancien brasseur à Fonloy 
IS- CIRCONSCRIPTION: BOULA Y-THIONVILLE 



M. MAX JAUNEZ 

docleur en droit, industriel â Sarreguemincs 
H* CIRCONSCRIPTION: METZ 



B i Fonloy, Bl ses études 



M. JEAN-FRANÇOIS-AUGUSTE LABROISE 
!&• ClHCOXSCfillTION: SAHREHOfBO.CHATKAl'-SAI.l 



M. Jtan-Fraufoh- Auguslt Labrohi, né à Wuisse Le li dé- 
:enibre 1I1S«. lii los éludes au collège de Chaiemu-SaLins el à 
a Reilscliule de Trêves. Ancien lieuienanl de Landwehr dins 



Membre du ConMcll génen 
Élu dépulê au Rtictisiat; ei 



9 Lorraine el de la Dêlé- 



SOMMAIRE 



FAITS ET DOCUMENTS: Les Embellissements de 
Strasbourg (VITI). 

NÉCROLOGIE: Ch. Appell; A.-A. Chassepot; E.-G. 
Dannreuther ; Ch. Farny ; D.-D.-E. Jœglé ; Ph. Laplace ; 
Cte de Reiset ; Bon Ad. Schlincker ; Ad. Sée ; A. Spitz. 

DISTINCTIONS. 

BIBLIOGRAPHIE: Au Service de r Allemagne, par 
M. Barrés; Geschichie der Kirche SU Niklaus in 
Strassburgy par Th. Gerold ; J.-S. Bach, le musicien- 
poète, par A. Schweitzer; La Légende dorée de 
l'Alsace, par M"« iM. Diemer; Le Mont S^'-Odile et 
ses Promenades et Neuesier Fûhrer von St. Odilien 



und Umgebung, par M. l*abbé Ch. Umbricht; Revue 
d'Alsace; Zeitgenôssische Dichtung des Elsass, par 
K. Gruber. 

ART : L'Exposition de la Société des Arts de Mulhouse. ' 

ARCHÉOLOGIE: Colmar; Kôstlach; Ste-Odile. 

CHRONIQUE MUSICALE: Le premier « Musikfest » 
d'Alsace-Lorraine; Congrès de chant d'église à Stras- 
bourg. 

ÉCONOMIE POLITIQUE, COMMERCE ET INDUSTRIE : 
La question du canal latéral au Rhin ; Production, 
importation et exportation de vins en Alsace-Lorraine. 

VARIA. 



Nous avons le plaisir d'informer nos 
lecteurs que l'Académie française, présidée par 
M. Gebhart, chancelier, a décerné, au cours 
de sa séance du 22 juin dernier, un prix de 
1000 frs (prix Marcellin Guérin) à la Revue 
Alsacienne illustrée. 



FAITS ET DOCUMENTS 



LES EMBELLISSEMENTS DE STRASBOURG 

vin 

Dans mon dernier article, j'ai préconisé la création 
d'une commission municipale compétente qui aurait la 
charge de veiller aux intérêts esthétiques de la ville de 
Strasbourg et d'empêcher le retour des lourdes fautes 
qui ont été trop souvent commises. 

Veut-on un nouvel exemple de ces fautes? 

Il y a quelques années , l'administration mettait 
en vente l'ancien bâtiment où étaient conservées les 
Archives départementales. Donnant, d'un côté, sur la 
rue Brûlée, et s'étendant, de l'autre, jusqu'à la rue du 
Parchemin, où, soit dit en passant, il forme un angle 
saillant du plus malencontreux effet, ce bâtiment n'a 
pas, en lui-même, grand caractère, mais il est solide- 
ment bâti, vaste et en bon état, et fait, pour ainsi dire, 
partie intégrante de l'Hôtel de l'Évêché. Rien de plus 
naturel donc que de s'opposer à l'aliénation définitive 
de cet immeuble et de le réserver aux bureaux de 
l'administration diocésaine qui, depuis longtemps, se 
trouvaient trop a Tétroit. Au lieu de cela, on le vend; 
le charmant palais épiscopal reste défiguré par 
le voisinage immédiat d'un affreux mur mitoyen, et, 
pour faire encore bien ressortir l'imprévoyance qui a 



présidé à cette opération, on désaffecte une partie du 
jardin de l'évêque pour y construire les fameux bureaux 
qui avaient été reconnus nécessaires. 

En présence de ces erreurs qui se commettent aux 
dépens du bon sens d'abord et des contribuables en- 
suite, ne serait-il pas temps que ces derniers s'insur- 
geassent et demandassent raison de ces folles prodi- 
galités ? Est-ce ainsi qu'agit une administration prudente, 
et ne serait-on pas autorisé à conclure, de ce nouveau 
fait, que, chez nous, tout est livré au hasard, sans 
aucune prévoyance, sans aucun contrôle? On vend, 
pour peu d'argent, un bâtiment pouvant être immé- 
diatement utilisé et dont l'acquisition augmenterait sin- 
gulièrement la valeur d*un immeuble appartenant déjà 
à l'État, et, d'autre part, on dépense des sommes 
énormes pour construire, un peu plus loin, une bâtisse 
qui empiète sur un jardin déjà trop petit. 

J'en reviens donc à ce que je disais dans mon 
dernier article en déclarant, une fois de plus, que rien 
ne serait plus nécessaire que la création d'une commis- 
sion chargée de régler toutes les questions qui touchent 
à l'embellissement de notre cité. Cette commtssioil 
devrait, je l'ai déjà dit, mais je le répète, non seule- 
ment maintenir son caractère à la vieille ville, mais elle 
devrait aussi adopter, pour le quartier neuf, un plan 
qui, tout en tenant compte des nécessités modernes, se 
préoccuperait aussi des exigences légitimes de la beauté. 

La plupart des grandes villes se sont déjà, dans 
ces derniers temps, inquiétées de la façon dont on 
pourrait transmettre aux générations futures un spec- 
tacle plus agréable que celui de nos rues s'étendant à 
l'infini, sans autre repos pour l'œil que la maigre sil- 
houette des arbres maladifs plantés le long des trot- 
toirs, ou celle des poteaux portant les fils transmet- 
teurs de la force électrique. Les architectes ont beau 
s'ingénier à trouver, pour les maisons qu'ils construisent, 



25 — 



des formes intéressantes ou nouvelles, leurs efTorta sonl 
perdus et se noient dans la morne monotonie de l'en- 
semble. On ne voit rien, on ne distingue rien, tout se 
brouille et ae confond, et le seul souci des malheureux 
piétons qui s'engagent dans ces interminables couloirs 
qui constituent nos rues modernes, c'est d'en sortir le 
plus vite possible, pour trouver ailleurs un peu de va- 
riété capable d'égayer leur regard. 

D'après le plan qui règle l'agrandissement de Stras- 
bourg, on a prévu, derrière l'église protestante de la 
garnison, un certain nombre de nouvelles rues qui, 
elles aussi, se coupent à angle droit et sont tirées au 
cordeau. Or, je voudrais que, dans ce quartier, qui ne 
sera jamais un quartier de grande circulation, on appliquât 
un plan spécial, moins géométrique el moins banal. Parmi 
des jardins, on élèverait là des maisons qui ne seraient pas 
astreintes à l'obligation de s'aligner indéfiniment sur 
des boulevards rectilignes. Les perspectives pourraient 
être ménagées de façon à présenter des motifs intéres- 
sants, rompant l'abominable parallélisme des habitations 
qui bordent nos rues. Les places et les carrefours 
n'y seraient pas forcement rectangulaires, les rues 
y formeraient des courbes harmonieuses, la ligne 
des toits se proférait sur le >^iel en silhouette amusante 
et variée, les pâtés de maisons ne ressembleraient pas 
à des cubes que les enfants tirent de leurs boites de 
construction, les églises ne s'y présenteraient pas for- 
cément aux endroits les plus apparents, elles forme- 
raient d'agréables surprises pour i'ceil qui aime à se 
distraire, et il serait interdit d'élever des statues gro- 
tesques sur les ronds-points des avenues. 

Voyez notre vieille Grand'rue, par exemple, n'esl- 
elle pas mille fois plus intéressante que la rue des 
Vosges ; l'enfilade des quais des Pêcheurs el des Bate- 
liers n'esl-elle pas plus agréable à voir que la triste 
perspective des lioulevarda de Savcrne et de Kronen- 
bourg? Et combieq plus amusant de flâner dans les 
rues du vieux Strasbourg que dans les nouveaux 
quartiers de l'Orangerie ', 

Si, en somme, nous préférons le vieux Strasbourg, 
cela ne tient pas seulement aux boutiques, aux maga- 
sins, à la plus grande animation des rues, aux brasseries 
et cafés, cela lient aussi et surtout à ce que l'œil eslagréable' 
ment diverti, et qu'au lieu de l'inexorable ligne droite' 
il trouve des arrangements qui reposent et qui plaisent- 

Je voudrais donc que la commission municipale 
qu'il s'agirait de nommer se mit résolument à l'œuvre, 
qu'elle examinât les plans et qu'elle soumit à un nouvel 
examen les projeta qui ont été formés immédiatement 
après la guerre et qui ne répandent déjà plus à nos 
exigences. Je ne doute pas, pour ma part, qu'avec un 
peu de bonne volonté et d'intelligence pratique, et en 
tenant compte des expériences qui ont été faites ailleurs, 
je ne doute pas, dis-je, que l'on arrivera à changer la 
direction des choses et qu'au lieu de créer, comme on 
l'a fait jusqu'ici, un Strasbourg triste, ennuyeux et 
d'une somptuosité de mauvais goût, on nous donnera 
un Strasbourg qui héritera de la gaité el du pittoresque 
qui étaient l'apanage de notre vieille ville. H. 



NECROLOGIE 



APPELL, CHARLES, i 
bourg le 20 avril 1842, 
22 mars 190r>. 



ville 



Le nom de Charles Appell évoque la période la 
plus aiguë du régime dictatorial en Alsace- Lorraine — 
les élections au Reichstag de 18H7 — Appell lui-même 
fut te héros d'un procès sensationnel qui lui coûta 



et, è 



quin 






il s'engageait dans la légion étrangère cl faisait partie 
de I expédition d'Italie olj il gagnait ses premiers galons. 
Il suivit son régiment en Corse, puis en Algérie, mais 
dut bientôt revenir à Strasbourg épuisé par les fièvres. 
Survint la guerre de 18"U. Appell se dépensa 
comme aumônier laïque sur le champ de bataille de 
Frœschwiiler ; il parvint à entrer dans Strasbourg in- 
vesti et s'enrôla dans une compagnie franche. Le jour 
même de la reddition, il s'évadait projetant un plan 
hardi: celui de faire sauter les tunnels de la ligne de 
Saverne et de barrer ainsi la roule aux troupes alle- 
mandes. Après mille dangers, il avait réussi à ras- 
sembler à Bâk les 2<X) l<ilos de dynamite qui lui étaient 



nécessaires pour cette entrcprisi 
Mahon, lorsque la conclusion de 
de la réaliser. 

La déception fut dure, mais 
battre. Il accepta bientôt de ti 
français au courant des opérations 



, négligée par Mac- 
misiice l'empêcha 



en Alsace. Reconnu au Hohwald, il fut obligé de fuir 
et se rendit à Bordeaux où Gambetta lui confia une 
nouvelle mission. Enfin il rejoignit à Lyon le 2« régi- 
ment de marche auquel il fut définitivement affecté. comme 
lieutenant. La médaille militaire récompensa ses ser- 
vices. 

Après la guerre, il revint à Strasbourg et prit la 
succession paternelle en 1875. En 1888, le 27 janvier, 
une nouvelle foudroyante se répandait dans Strasbourg : 
Charles Appell était arrêté sous l'inculpation de haute 
trahison. Il avait été dénoncé par un nommé Cabannes, 
agent appointé du bureau de renseignements français 
qui venait d'être condamné par les autorités allemandes 
à dix ans de travaux forcés et qui espérait ainsi se 
faire gracier. Après six mois de prison préventive, 
Appell s'entendit condamner, par la haute cour de Leipzig, 
à un an de prison et neuf ans de forteresse. Il purgea 
le première peine dans la prison centrale de Cottbus, 
puis fut interné dans la forteresse de Magdebourg en 
1889. Il obtint cependant une légère commutation de 
peine et après sept ans, il revenait à Strasbourg. Les 
chagrins de la détention et le rude climat du nord 
l'avaient entièrement ruiné, aussi ne devait-il plus se 
remettre. Il est mort âpre*» avoir vu un à un s'écrouler 
tous ses rêves, mais avec la suprême consolation d'avoir 
souffert et d'être mort pour ses convictions. 

CHASSEPOT, ANTOINE-ALPHONSE, ancien ar- 
murier, officier de la Légion d'honneur, né à Mutzig le 
4 mars 1833, mort à Gagny le 22 février 1905. 

M. Chassepot est l'inventeur du fusil de guerre qui 
porte son nom. Il était le fils d'un ouvrier armurier. 
Après avoir été ouvrier lui-même, il entra dans les 
manufactures de l'Etat et fut nommé contrôleur prin- 
cipal en 1864. Ayant apporté d'importants perfectionne- 
ments au fusil à aiguille prussien, il réussit à constituer 
une arme excellente qui fut employée pour la première 
fois à Montana. 

DANNREUTHER, EDOUARD-GEORGES, composi- 
teur et chef d'orchestre, professeur de piano au Collège 
royal de musique à Londres, né à Strasbourg le 4 no- 
vembre 1844, mort à Londres le 12 février 1905. 

C'est Dannreuther qui fit le premier connaître 
Wagner au public anglais par une série de concerts 
qu'il dirigea lui-même. En 1872, il fonda une «Wagner- 
Society ». Quand Wagner vint à Londres, il fut l'hôte 
de son admirateur auquel il communiqua le libretto de 
Parsifal, qu'il était en train de composer. M. Dann- 
reuther laisse quelques œuvres personnelles, des articles 
et des livres de technique musicale. 

M. CHARLES FARNY, le doyen de la population 
de Strasbourg, est mort en cette ville le 30 mars 
dernier dans sa quatre-vingt-dix-neuvième année. 

Le deuil était conduit par son fils, le général 
Farny, ancien commandant du 5® corps d'armée à 
Orléans, aujourd'hui retiré à Versailles, et par le neveu 
du défunt, le général Larcher, qui commanda le 19<' corps 
à Alger et le 18« corps à Bordeaux. 



J.EGLÉ, DAVID-DANIEL-ERNEST, professeur, che- 
valier de la Légion d'honneur, née à Dorlisheim 
(Bas-Rhin) le 10 octobre 1843, mort à Versailles le 
17 avril 1905. 

Il fit ses études au gymnase protestant de Stras- 
bourg et prépara son agrégation d'allemand en rem- 
plissant les fonctions de maître répétiteur, d'abord au 
Lycée de Colmar (1864—1865), puis à Paris, au Lycée 
S^-Louis (1866). Après avoir obtenu le certificat d'ap- 
titude à l'enseignement des langues vivantes, il fut 
nommé professeur au Collège de Lorient Reçu agrégé 
en 1868 et nommé au Lycée de Grenoble, il y occupa 
la chaire de professeur d'allemand jusqu'en 1871, année 
de sa nomination au Lycée de Versailles qu'il ne 
quitta qu'à sa retraite (1904). En 1872, il avait été 
nommé professeur d'allemand à l'Ecole spéciale militaire 
de S*<^yr où il professa jusqu'en 1904. 

M. Jœglé s'était acquis une grande notoriété par 
ses remarquables traductions de publications militaires 
allemandes et d'ouvrages littéraires ou historiques: 
Mémoires de Moltke, Lettres de Moltke, Mémoires de 
Bismarck, Pensées et souvenirs de Bismarck, traduc- 
tions des ouvrages du général von der Goltz, etc. 11 
collabora à la Revue des Deux-Mondes et, comme cri- 
tique d'œuvres littéraires françaises, à des revues de 
langue allemande. 

LAPLACE, PHILIBERT, général commandant le 
1er corps d'armée, commandeur de la Légion d'honneur, 
né à Thionville (Lorraine) le 16 septembre 1847, mort 
à Lille le 2 avril 1905. 

Le général Laplace comptait de très beaux états 
de service : il avait pris part, en 1870, comme lieutenant 
à l'expédition de l'Oued-Guier et d'Aïn-Chaïr (Maroc) 
et, comme aide-de-camp du général Gaudil, à la bataille 
de Sedan où il fut fait prisonnier. Après sa rentrée en 
France, il prit part aux opérations de l'armée de Ver- 
sailles, fut blessé à l'affaire de la Pépinière. 

Colonel en 1894, général de brigade quatre ans 
plus tard et divisionnaire en 1902, il fut nommé en 
1904, au commandement du l®' corps d'armée à Lille. 
H laisse un fils actuellement lieutenant à l'École supé- 
rieure de guerre. 

REISET, comte de, ancien ministre plénipotentiaire 
et ambassadeur extraordinaire, né en 1821, mort en 
son château du Breuil, près Dreux, le 19 mars 1905. 

Le comte de Reiset était issu d'une très ancienne 
famille d'Alsace ayant exercé, dès le XIV® siècle, des 
charges importantes dans cette province et dont le plus 
illustre représentant fut le général de Reiset, né à 
Colmar en 1775. 

Retiré depuis une vingtaine d'années dans son 
château du Breuil, le comte de Reiset y avait réuni 
de précieuses collections d'art. Ecrivain distingué, il 
laisse d'intéressantes études historiques. L'un de ses 
ouvrages, Marie-Antoinette, fut couronné par l'Académie 
française, et ses Mémoires, publiés il y a deux ans, 
eurent dans le monde diplomatique un juste letentisse- 
ment. 



— 27 



de la Caisse des écoles du V[|e arrondissement de 
Paris. 

Le dérunt apportait à toutes ses charges un de- 
vouement et une abnégation sans bornes. Esprit dégagé 
de préventions, libre de toutes compromissions, il ne 
se laissait guider que par l'équitc, la droiture et la 
ferme volonté d'agir en homme de bien, dans l'unique 
intérêt de ses concitoyens et particulièrement de ceux 
qui, comme lui, s'étaient expatriés. 

L» D. GOLDSCHMIDT 



. Epflg i 



SPITZ, ALOiSE, 
Duppigheim, publiciste, 
Strasbourg le 5 mars I 

M. Spitr. fut l'un des rédacteurs de i'Union d'Al- 
sace- Lorraine, le premier quotidien catholique de Stras- 
bourg, supprimé par les autorités en ISS4. En dernier 
lieu, il collabora activement à VBIsâssisckir Voîksbolt. 
Il Tut aussi, pendant de longues années, correspon- 
dant de la Deutsche Reichsteitung , des Hisioriseht 
Blâller et d'antres journaux. 



SCHLINCKER, baron ADOLPHE, anden maire 
de Kreuzwald (Basse- A Isa ce), né en ltlI9, mort le 
4 avril 1905. 

Le baron Adolphe Schlincker était le dernier re- 
présentant d'une famille qui est venue s'établir à Kreuz- 
wald du temps de Louis XIV. Son père, Joseph 
Schlincker, reçut le titre de baron en 1805 sur le 
champ de bataille et fui l'un des plus brillants officiers 
de cavalerie de Napoléon ]". 

Le défunt fut pendant 20 ans maire de Kreuz- 
wald; il démissionna en 1870 et ne s'occupa plus dès 
lors que de son industrie et de la science. 

SÉE, ADOLPHE, né à Ribeauvillé te 19 avril 1819, 
mort à Paris le 2b février 1905. 

Après de fortes études à la Faculté de droit de 
Strasbourg, .\. Sée se fit inscrire au barreau de Colmar, 
où il eut l'honneur de compter parmi les membres du 
Conseil de l'ordre des avocats et d'être appelé par ses 
coreligionnaires à la présidence du Consistoire Israélite 
du Haut-Rhin. 

Après la guerre de 1870, il quitta l'Alsace pour se 
fixer à Paris, où il fut avocat à la Cour d'appel jus- 
qu'en 1894. A côté de ses travaux professionnels, il 
remplissait les fonctions de vice-président du Comité 
directeur de l'Association Générale d'Alsace- Lorraine, 
de membre du Consistoire central des Israélites de 
France, de membre de la Délégation cantonale et 



DISTINCTIONS 



Le général Le Joindre, de Wissembourg. c 
dant la 32' division d'infanterie à Bordeaux, et M. Simon, 
de Metz, intendant général, président du Comité de 
l'intendance, ont été promus au grade de grand-oflicier 
de la Légion d'honneur. 

Le général Camille, de S< Louis, gouverneur de 
Langres, a été nommé commandeur de la Légion 
d'honneur, 

L'Académie française a décerné les prix suivants 
à trois de nos compatriotes; 

sur le prix Juteiu-Du vigneaux : 1000 frs à Mgr. 
Kannengieser, pour son ouvrage: •Catholiques alle- 
mands >. 

Prix Bordin : 500 frs, à M. A. Bossert, inspecteur 
général honoraire de l'instruction publique, pour son 
étude sur «Schopenhauer >. 

Prix Stanislas-Julien au Père Léo» Wieger, de 
Strasbourg, missionnaire a Tsché-Li, pour son ouvrage ; 
• Rudiment du parler chinois >. 



BIBLIOGRAPHIE 

AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE, par Maubiok 
Babrèb. Paris, Anihème Fayard, 1905. ln-8", 
1 2S pages et gravures. 

Placer le devoir régional au-dessus des obligations 
nationales est une des traditions de l'Alsace. La France 
du XVlll" siècle le comprit et celle du XIX" siècle ne 
l'oublia pas. Kléber refusant d'obéir à Bonaparte du- 
rant l'expédition d'Egypte, comme Jacques Sturm me- 
naçant la Dicte de Spire d'une rupture, expliquent le 
'rude orgueil alsacien» d'aujourd'hui, sa 'séculaire 
colonie de ne pas subir *. Après l'annexion, ce devoir 



subit une éclipse: les forces vives de l'Alsace venaient 
couler dans les veines de la France, au détriment du 
pays voségo-rhénan. Puis, la génération d'après la 
guerre se reprit au culte du devoir régional. Désormais, 
faction de déserter céda le pas à celle de rester, dans 
la hiérarchie du sacrifice. 

En écrivant VAu service de VAllemagne^ M. Mau- 
rice Barres veut le démontrer. Son livre est TEvangile 
d'un dogme nouveau en France: le régionalisme. Il 
confirme la Justesse de ses assertions longtemps taxées 
de paradoxes. A ce point de vue, la thèse de VAu 
Service de V Allemagne perd en spontanéité ce qu'elle 
gagne en portée générale. 

Quand nous affirmons, avec M. Maurice Barres, 
que le premier devoir de l'annexé est de ne pas 
émigrer, nous ne pouvons pas renfermer ce devoir dans 
les frontières de l'Alsace-Lorraine. Nous convenons 
qu'il y est à son apogée: loin de nous la pensée d'en 
réserver le privilège. Il s'impose à toute province, 
c'est la condition essentielle de son existence. Nous 
obéissons à une loi dont la sanction nous déplaît ; nous 
émigrons pour nos affaires, mais la désertion est une 
banqueroute qui nous répugne. A déserter l'armée 
française ou l'armée espagnole, par excès d'indépen- 
dance, la race basque s'éteint. La Corse serait déserte, 
si ses indigènes avaient quitté leur île pour la Sar- 
daigne ou l'Italie. Il nous plaît de réclamer la pensée 
maîtresse du livre de M. Maurice Barrés, mais aux mêmes 
titres que le Breton, l'Irlandais, le Tyrolien, le Savoyard, 
le Flamand, le Polonais et autres. Toute race doit 
vivre avec l'illusion qu'elle peut constituer un État in- 
dépendant. En principe, Y Au Service de l'Allemagne 
ne recommande le culte du patrimoine ethnique de 
l'Alsace que pour cette raison. Elle est impérieuse, à 
tel degré, que la personnalité et la vie d'un André Hofer, 
par exemple, distribuées dans les chapitres du livre, 
n'en détruiraient pas l'économie. Un Basque, un Corse, 
un Niçois ou un Savoyard, au service de la France ^) ; 
un Irlandais ou un Canadien, au service de l'Angleterre; 
un Polonais ou un Finlandais, au service de la Russie 
etc., etc , ne font pas autre chose que le geste d'un Al- 
sacien au service de l'Allemagne. Sur ce terrain du devoir 
régional, Français et Allemands tombent d'accord. Quant 
à nous, dont le but a toujours été celui de VAu Ser- 
vice de V Allemagne, il nous semble que la force de ce 
livre résulte de la qualité de ses fondations. Avant 
de parler du devoir alsacien, l'auteur l'élève au sommet 
des idées généralement admises, rattachant ainsi la 
question d'Alsace à la philosophie de l'Histoire uni- 
verselle. 

Mais, en Alsace, le culte du patrimoine ethnique, 
commun à toutes les races, se renforce d'un deuxième 
devoir particulier au pays voségo-rhénan, pour le- 
quel il existe depuis les âges les plus reculés. L'Al- 
sace est une frontière. Tout affirme qu'elle fut et 



1) Nous citons, à dessin, ces trois dernières provinces que 
les patriotes italiens considèrent comme Vltalie hors du royaume 
et qui, sur leurs cartes, ont une coloration identique à celle de 
l'Alsace-Lorraine sur les cartes de France. 



qu'elle est encore la frontière latine par excellence. En 
conséquence, on peut dire que l'Alsacien qui déserte ne 
trahit pas seulement la province de sa race, mais en- 
core la nation dont il livre les frontières à des éléments 
dissolutifs. Le feu est aux. livres d'Alexandrie : je puis 
les sauver, je fuis néanmoins en pleurant les pertes 
que fait la Science I Dans VAu Service de l'Allemagne, 
d'accord avec nombre de sociologues, l'auteur affirme 
la suprématie du génie français, en Alsace. Cette vé- 
rité, nul sophisme ne pourra plus rien contre elle, 
l'ouvrage de M. Maurice Barrés ayant démontré que 
la force du génie français peut soutenir l'Alsacien 
jusque dans les situations les plus morbides. 

♦ » 

« 

Au Service de l'Allemagne fait partie d'une col- 
lection populaire dont les volumes coûtent le prix d'un 
almanach. A l'instar de ce genre de livres, il a pénétré 
dans les plus humbles villages de France, afin de les 
initier au devoir alsacien. C'est merveille que l'auteur 
ait réussi à condenser tant d'idées difficiles à dire dans 
un nombre de pages aussi restreint. Rien n'est plus 
abrupt que l'art des manuels I Afin d'atteindre son 
but, M. Maurice Barrés a voulu surtout incarner des 
caractères qu'il groupe autour d'un récit sans intrigue, 
dans un cadre exact. Les personnages types qu'il 
avance sont peints au naturel. Leurs faits, leurs 
gestes dérivent de personnalités qui vivent, en Alsace, 
l'existence de VAu Service de l'Allemagne, 

On doit les subdiviser en trois catégories. 

» « 

A la première appartient d'abord l'auteur. Écrivain 
de tradition fortement française, par la pensée et par 
le rythme, il soude les incidents de son livre à l'aide 
de soliloques dans lesquels apparaît un Barrés historien 
et archéologue dont chaque phrase plaît à l'érudit en 
séduisant l'artiste. Dépouillé du prestige de l'écrivain, 
son rôle, très discret, est celui d'un Lorrain français, 
de Thomme de l'Est un peu rude, d'enthousiasme ré- 
servé. 11 organise l'avenir que d'autres rêvent. 

Ces rêveurs, M. Pierre Le Sourd, frère d'une jeune 
Provençale devenue l'épouse de M. d'Aoury, Lorrain 
annexé, les représente. Français robuste, mais nature 
toute en façade. Le Sourd ne comprend rien aux sub- 
tilités de la vie alsacienne. Son patriotisme est l'égal 
de ces béliers qui, jadis, faisaient crouler les murailles. 
Homme du Midi, préparé a toutes représailles par la 
chaleur de son sang, l'activité de ses muscles, Le Sourd 
marche avec l'idée fixe que le cycle de la gloire mili- 
taire de ses ancêtres doit se dérouler encore à travers 
les âges. La majeure partie des Français est ainsi 
constituée. Pénétrés de l'importance de cette vocation, 
il va sans dire que ni Le Sourd, ni la fragile M™« d'Aoury, 
princesse du décor si grave de Lindre-Basse, ne peuvent 
qualifier que d*allemand l'Alsacien-Lorrain annexé, celui 
qui, à vingt ans, n'émigre pas. 

Au fait, VAu Service de V Allemagne fut écrit pour 
les en corriger. 



— 29 — 



A la deuxième catégorie de personnages appartient 
le conquérant allemand. Dès 1871, M. A. de Quatre- 
fages écrivant son traité : La race prussienne, préparaft 
le livre de M Maurice Barrés. Entre Tanalyse du vieil 
anthropologue et celle de l'écrivain d'aujourd'hui, une 
masse d'opinions furent émises, toutes sentimentales et 
sans arguments démonstratifs. Ils abondent dans 
1*^4» Service de V Allemagne qui est une galerie 
à laquelle ne manque aucun des types de raii- 
nexion. Leur classement importe peu, mais les descrip- 
tions que M. Maurice Barrés nous en donne doivent 
retenir l'attention. Depuis que la littérature française 
s'occupe des vainqueurs de 1870 et de leurs héritiers., 
nul écrivain ne fut jamais plus perspicace, plus loyal 
et surtout plus impartial que M. Maurice Barrés. 

Dans VAu Service de l'Allemagne, trois types 
émergent du monde des casernes qui commandent le 
glacis alsacien : l'officier supérieur, le jeune officier et 
le sous-officier. 

Le premier, qui a fait la guerre, est d'une men- 
talité courte, d'une force brutale que l'on serait tenté 
de rapprocher de celles de Le Sourd si elles avaient 
plus de densité que de volume. Tel paraît le Major 
Fritz, dans un kiosque qui domine la route de Sainte- 
Odile à Barr, un soir de beuveries. Nous devrions 
citer la scène qui jette une femme au cou de ce colosse 
un peu flasque , devant le crépuscule tombant sur 
la plaine d'Alsace. Jadis, de la côte de Saverne, 
Louis XIV avait dit simplement: ^ Quel beau jardin / t^ 
Aujourd'hui, l'épouse d'un Major ajoute, plus précise : 
« Fritz ! Fritz ! Quelle province tu conquis ! » Elle 
fait ainsi la distinction entre les conquêtes de la mo- 
narchie française incorporant des provinces en mettant 
« le fait politique d'accord avec la situation morale » ^) 
et celles qui se réduisent à une fortuite annexion par 
la force des armes. Le poméranien Fritz représente 
tel type bientôt préhistorique dont on trouve une 
casquette, une canne, un autographe et un portrait, par 
Lenbach, dans la plupart des musées germaniques. Sa 
conquête l'enivre comme la perte de l'Alsace enivre le 
français Le Sourd. 11 piétine une province dont l'esprit 
l'importune. 

Autrement compréhensif est le lieutenant « à peine 
majeur^ rose et joufflu, les cheveux ras, très raide et 
très sanglé» du livre de M. Maurice Barrés. Lui n'a 
pas fait la guerre: il l'a connue par les livres, les on 
dit, les documents souvent falsifiés qui apprennent la 
France aux classes moyennes d'Allemagne. Sa menta- 
lité est plus vivante que celle du Major Fritz ou, pour 
mieux dire, elle est plus jeune, à l'aube de la ferveur 
pangermanisante. Ce lieutenant, les Oberlé de M. René 
Bazin nous en avait donné l'esquisse. Cependant, le 
dénouement du drame, donnant à Farnow l'ossature 
physique et morale de Lohengrin, laissait à préciser 
ses gestes à la caserne. M. Maurice Barrés, assumant 
cette tâche, nous montre donc le jeune officier soucieux 
de posséder ses hommes — les volontaires alsaciens 
en particulier — jusqu'à la limite de leur <i^ privé » et 
») F. de Villenoisy. La Formation historique de la France. 



même au-delà. Fort adroitement, il laisse deviner la 
cause de ce besoin de certitude psychologique: les in- 
quiets interrogent, quand ils ne frappent pas. Si le Major 
Fritz appartient à la première phase de cette inquiétude 
du conquérant, en Alsace, la seconde réclame notre 
jeune officier. 

En principe, il est acceptable, ce *bel officier»^ 
avec sa < conscience professionnelle». M. Maurice 
Barrés ne cache pas que ce < brave petit guerrier du 
pays rhénan » n'est pas un « mangeur d'Alsaciens » 
comme le major Fritz et tant d'autres. En deux épi- 
sodes, il nous le montre généreux, pardonnant au « bon 
soldat» son mépris de l'uniforme eu égard à cette 
souplesse, à cette initiative qui révèlent cependant le 
tempérament français. Malheureusement pour lui, il est 
en Alsace. Il faut peu de chose pour transformer ce 
libéral en fonctionnaire du sabre et lui restituer son 
visage caché. Il suffit que le volontaire, pour des 
raisons d'ordre «privé» se dérobe à l'obligation d'être 
retrouvé « quelque Jour au cercle militaire » quand il 
sera « devenu officier». En deux secondes, le Lohengrin 
des Oberlé gagne la boursouflure du Major Fritz. On 
l'imagine vieilli, lourd, autoritaire, possédé de l'inquié- 
tude des débuts de la conquête. Dans l'émouvant 
dialogue qui engloutit cette figure, laissant Le Sourd 
converti et le volontaire alsacien plus conscient de sa 
force, on voit à nu le rouage de l'âme militaire alle- 
mande avec son mélange de féodalité et de piétisme, 
ses gestes de chevalier teutonique soigneusement con- 
servés, pour les besoins d'une cause, par les prédicants 
du Nord. Certes, ce ne sont point les « lieu.x communs 
allemands sur la désagrégation de la France qui ba- 
foue son arfnée, sa religion et toute autorité» voci- 
férés par le lieutenant au volontaire, qui séparent à 
jamais les deux jeunes bourgeois. C'est le bon vouloir 
maladroit de l'officier moraliste, c'est la lourdeur de sa 
sincérité, c'est son chant d'une victoire que l'on veut 
gagnée, en Alsace, dans le domaine intellectuel et moral, 
alors qu'elle n'est qu'une crise politique et industrielle. 
Il est fâcheux, pour l'Alsacien, d'entendre un lieutenant 
allemand déclarer, par exemple : « Vous nous devez 
l'ordre, la santé physique et morale». Outre le mau- 
vais goût du panégyrique de la vieille Alsace , c'est 
évoquer le souvenir du chant d'amour qui retentissait, 
autour de Strasbourg, durant le siège. Quand cet 
Alsacien est un des pèlerins qui, chaque année, vont 
célébrer le véritable héroïsme autour de la statue de 
Kléber, plus regrettable est le conseil suivant : « Chez 
nous, il faut toujours tâcher d'obtenir un grade élevé 
dans l'armée: le grade apporte la considération et le 
prestige». N'insistons pas sur le véritable sens de ces 
mots, après M. Maurice Barrés. 

Dans VAu Service de l'Allemagne, ils précèdent 
l'efTrondrement d'une gigantesque brute, synthèse du 
sous-officier allemand. De lointains atavismes ont dé- 
terminé «ce géant osseux, à la grosse moustache 
broussailleuse, aux yeux infiniment bleus », ce maréchal- 
de-logis qui est la doublure du lieutenant. Inutile de 
s'appesantir sur le rôle qu'il joue et de décrire les 



30 — 



scènes que l'auteur dédie aux mceurs de ce monde de 
subalternes. L'ordre, la santé physique et morale ne 
sont point à leur charge : maints écrivains professionnels 
le constatèrent, avant que fut écrit I'.-1m Serttce de 
i'Allemagnt. Il convient toulerois de signaler la dcr- 

réchal-de-logts prononce, vaincu, entre deux sanglots : 
* Vous Hes vraiment un grand cœtir, Monsieur Ekr- 
mann. On doit le dire, les Français oui plus d'hu- 
manité que les autres. • Os mots marquent le |rfos 
puissant relief du livre. 



e manteau, 
ine longue 

r le décor 



lis s'inscrivent sur le fond où paraissent les Al- 
saciens de \'An Service de l'Allemagne : Werner et 
Ehrmann. Jadis, les vieux peintres d'AUace imaginaient 
leurs saintes debout, vêtues d'un grand manteau que 
relevaient des anges. Sous les aties de i 
l'artiste groupait parfois des paysages et 
file de personnages agenouillés. M. Mau 
s'est souvenu de cet usage. Il a projeté si 
de la montagne de Sainte-Udiie l'admirable c 
de l'âme des choses qu'il porte en lui. Avant de tracer 
les images souvent cruelles, toujours exactes du devoir 
alsacien, il a voulu qu'Odile soit debout, sous le ciel 
bleu d'Alsace, ouvrant ses bras, comme la Vierge de 
l'ancienne bannière da Strasbourg. 11 a mis toute 
l'effusion de la Prière sur l'Acropole, avec quelque 
chose de plus, dans le chapitre qu'il consacre à dé- 
trôner riphigénie allemande rêvée naguère par Taine, 
au même endroit, pour lui substituer la vierge méro- 
vingienne. Nul autre que lui, Lorrain de Krance, 
ne pouvait rendre au manteau de Sainte-Odile le rôle 
votif et protecteur qu'il doit conserver. Aussi bien, 
les paysages que M. Maurice Barrés inscrit, autour de 
SCS personnages alsaciens, doivenl-ils èlre considérés 
comme les meilleurs et les plus ressentis de son ceuvre. 
Nous aimerions les désigner, les uns après les autres, 
parler des montagnes, ces 'reines de ta nature > qui 
• reposent heureuses dans une atmosphère lilas*, de la 
€très mince silhouelle de la Hohkeenigsbourg. dans 
un glacis de couleur paille i ou des deux impressions 
d'automne et d'hiver à Sainte-Odile. Par ces seuls 
paysages, le livre vivrait dans le cccur de l'Alsacien, 
s'ils n'avaient encore te mérite de rendre plus précises 
les deux personnalités de Werner et d'Ehrmann. 

Sous le manteau de Sainte-Odile, ces deux jeunes 
bourgeois de l'Alsace de demain apparaissent d'une 
énergie qui confine au mysticisme. L'un se souvient 
de ce qu'il a vu avant l'annexion. L'autre, pierre par 
pierre, essaie de reconsiruire l'édifice ruiné. Leurs 
raisons de croire sont aussi belles que l'idéal des pre- 
miers chrétiens. Ils ont une religion qui eut ses 
martyrs et ses triomphateurs; le passé alsacien. Du 
duel de Lindre-Basse à celui qui termine la dernière 
journée de son séjour à la caserne d'Austerlitz, le vo- 
lontaire Ehrniann ne se départit pas de ce mysticisme. 
Il a vraiment la taille des conducteurs d'hommes que 
Rome elle-même n'effrayait pas. 



L'église S> Nicolu k Sirwbourg, «n 1099 



Il ne nous appartient pas de détailler les menus 
incidents de son volontariat, ses heures de fièvre et 
celles plus terribles de passivité réfléchie, ses jours de 
dégoiit encadrant quelques minutes de joie, lors d'une 
victoire de l'esprit sur la matière. La médaille que 
M. Maurice Barrés nous en présente, frappée à l'effigie 
du 'rude orgueil alsacien', est lourde et précieuse. 
Il faut la classer à côté de l'effigie des grands huma- 
nistes du XVI« siècle et des victorieux du Premier Em- 
pire. Moins encore nous appartient-il, ici, de pouvoir 
résumer la conclusion de \'Au Service de l'Allemagne. 
Qu'il nous suffise de saluer celui qui, te premier, ose 
envisager les destinées futures de l'Alsace, en tenant 
compte de sa • séculaire volonté de ne pas subir ». 
ANDRÉ GIRODIE 

GESCHICHTE DEB KIRCHE ST. NlKLAUS IN STBASS- 
IIURG. Ein Beitrag zur Kirchengeschichte Strass- 
burgs. Quellenmiissig bearbeitet von D. Thbodob 
Grrold, i'farrer iiu St. Nikiaus. Mit 4 Radierungen. 
Strassburg, l'KH. In-folio. 

En l'an de grâce 1 182, Walter Spender, économe de 
l'évéque de Strasbourg, fonda hors l'enceinte de la ville 
d'alors, sur la rive droite de l'Ill ou, comme on disait en 
ce temps-là, de la Bruche , une chapelle qui fut dédiée 
à 5» Marie-Madeleine, à S' Maurice, à St Nicolas et à 



S*« Cécile. Jusqu'au XIV« siècle, ce sanctuaire fut 
désigné du nom de S^ Marie-Madeleine ; il s'est appelé 
par la suite S* Nicolas. La chapelle, desservie d'abord 
par un chapelain nommé par le fondateur, ne fut, à 
Torigine, qu'une annexe de S^ Thomas. Aussi le cha- 
pitre en coniia-t-il plus tard le culte à son propre 
custode. En 1314, il en incorpora les biens, qui durant 
le XIIIo siècle s'étaient enrichis de nombreuses do- 
nations, aux biens de S^ Thomas. Désormais, le cha- 
pitre désigne comme desservant un « vicaire perpétuel » 
à qui il sert un traitement. Vers la fin du XIV® siècle, 
la prospérité de l'église décline: la peste décime la 
population; le nouvel hôpital nécessite l'expropriation 
de tout un quartier dont les habitants vont s'établir 
ailleurs; enfin, un couvent de Carmélites, fondé dans 
le voisinage, dérobe à l'église séculière un important 
contingent de fidèles Au commencement du XVI« siècle, 
les émoluments du vicaire ont diminué et ses do- 
léances augmenté au point que le chapitre, pour se 
débarrasser de cette charge, se décide à donner la 
paroisse en location aux vicaires, c'est-à-dire à leur en 
abandonner tous les revenus moyennant une rente à 
payer par eux au receveur capitulaire. 

Ici, comme ailleurs dans le cours du moyen-âge, 
la discipline ecclésiastique et l'attitude du clergé su- 
bissent un relâchement considérable. Les nombreuses 
prébendes attachées à l'église servent à l'entretien d'un 
grand nombre de chapelains et de prébendiers de 
qui les devoirs religieux sont le moindre souci et dont 
la tenue souvent peu édifiante appelle plus d'une fois 
l'intervention épiscopale. Les statuts promulgués en 
1396 par l'évêque Guillaume II de Diest en disent long 
à ce sujet, mais n'ont point un effet durable. En 1437, 
les curés de S^ Nicolas et de S^ Aurélie se voient 
contraints à porter leurs doléances devant le concile 
de Bâle, qui reconnaît le bien-fondé de leurs récrimina- 
tions et intervient en coupant les vivres aux coupables. 
Peine perdue. Il faut encore une fois renforcer les 
statuts et les proclamer publiquement en 1505. Des 
contestations sans fin continuent néanmoins à diviser 
curé et prébendiers. 

Cependant le grand mouvement de la Réforme à 
gagné Strasbourg. Le gouvernement, qui d'abord s'était 
cantonné dans une prudente réserve, cède enfin à la 
poussée de l'opinion publique et promulgue, le !«' dé- 
cembre 1523, le décret mémorable, statuant « que do- 
rénavant rien que le saint Évangile et la doctrine de 
Dieu et ce qui concourt à augmenter l'amour de Dieu 
et du prochain ne devra être librement et publiquement 
prêché au peuple chrétien*. S'« Aurélie, la première, 
élit un pasteur. S* Nicolas suit de près: dans les pre- 
miers jours de l'année 1525, Jean Steinîin (Laiomus) 
est nommé ministre évangélique de S^ Nicolas. 

La Réforme, au début, procède à Strasbourg avec 
une sage modération. Les réformateurs et les péda- 
gogues strasbourgeois, Bucer, Capiton, Hédion, Sleidan, 
Jean Sturm, font preuve de la plus large tolérance. 
Même après la suppression de la messe, on conserve 
les icônes, les reliques, les autels consacrés aux saints. 



et ce n'est qu'en 1530 que les autorités se décident à 
les supprimer. Antoine Firn^ le pasteur de S* Nicolas, 
dont le zèle avait devancé les injonctions gouverne- 
mentales, fut même cité à s'en justifier devant le Conseil. 

Mais vers le milieu du XVl® siècle, une réaction 
s'accuse contre la modération initiale. Jean Marbach, 
le fougueux doctrinaire luthérien, qui exercera sur la vie 
religieuse de la république une action si profonde, est 
pasteur à S' Nicolas. Il y institue une discipline sé- 
vère qui s'étend sur les croyances aussi bien que sur 
les mœurs; il fait établir les « visitations », qui bientôt 
dégénèrent en une véritable inquisition et il confond 
dans une même croisade papistes, dissidents et réformés. 
Il quitta S* Nicolas dès 1557, mais eut des successeurs 
qui persévérèrent dans sa voie. 

L'influence de Marbach persiste dans tout le cours 
du XVIlo siècle, ère de l'orthodoxie luthérienne sévère, 
«qui attache plus de prix à la rigidité de la doctrine 
et aux exercices de piété qu'à la pureté du cœur et à 
l'intégrité des mœurs». L'influence dissolvante de la 
guerre de Trente ans oblige pourtant l'église à sévir 
souvent contre les désordres et la licence. Vers la fin 
du siècle, le bien-être renaissant fait affluer à Téglise 
de nombreuses libéralités, mais elles sont toujours 
absorbées par la décoration du lieu saint et les besoins 
du culte : les indigents n'en ont point leur part « L'or- 
thodoxie luthérienne du XVII« siècle, dit M. Gerold, 
insistait sans cesse sur la foi, c'est-à-dire sur l'obser- 
vance et la profession de la vraie doctrine, mais elle 
oubliait presque toujours la charité, qui pourtant est 
l'essentiel dans le christianisme». Ce n'est qu'au 
XVIII® siècle que nous trouvons une sollicitude plus 
efîîcace pour les miséreux. 

Au point de vue religieux, le XVIIJe siècle marque 
une ère de luttes contre les sectes qui menacent d'ac- 
caparer les croyants, surtout les piétistes et les frères 
de Herrnhut. Ce mouvement est général à Strasbourg, 
mais il semble avoir eu son foyer le plus intense à 
S^ Nicolas. Un des prédicateurs même de cette paroisse, 
Frédéric Schmutz, fut convaincu de propagande 
« herrnhutienne » et attira sur sa tête les foudres de 
l'autorité ecclésiastique. Il ne fut pas le seul. Mais 
ces rigueurs ne firent qu'affermir les convictions dissi- 
dentes. Ce furent les laïcs qui durent prêcher la tolé- 
rance, et, en 1745, les conseils presbytéraux invitent 
leurs pasteurs à user de mansuétude envers les adeptes 
de Zinzendorf. 

La tourmente révolutionnaire sévit à S* Nicolas 
comme sur toutes les églises. La Commune commence 
par mettre en réquisition les cloches, puis les vases 
sacrés et autres objets de valeur. Finalement, le 26 no- 
vembre 1793, le culte est aboli et l'église transformée 
en étable aux vaches; certains indices font même sup- 
poser qu'elle herbergea des pourceaux. Mais l'ouragan 
passe. L'exercice de la religion est rétabli et le culte 
repris le dimanche de Pâques de l'année 1795. 

Les luttes entre l'orthodoxie et le libéralisme qui 
agitèrent les esprits vers le milieu du XIX® siècle n'ont 
pas un grand retentissement à S* Nicolas. Cette église 



— 32 — 



reste attachée aux idées libérales, et les anathèmes 
lancés par certains zélateurs contre le < temple de la 
Raison ^^ ne provoquent guère de défections. Mais 
d'autres circonstances concourent à éclaircir les rangs dans 
rancienne paroisse allemande: La diffusion de la langue 
française détermine un grand nombre de personnes à 
préférer Téglise française récemment érigée en paroisse ; 
plus tard, l'émigration consécutive à la guerre arrache une 
foule de fidèles à la vieille église ; enfin, la création d'une 
paroisse au Neudorf vient encore décimer le troupeau. 
U église française de S* Nicolas mérite une mention 
spéciale. Il ne faut pas la confondre avec la paroisse 
réformée, de langue française, fondée par Calvin en 
1538, supprimée en 1577 à l'instigation de l'intransigeant 
Marbach et qui ne renaît que cent ans plus tard. 
L'église française de la confession d'Augsbourg, fondée 
en 1680 à l'intention des gens du Ban de la Roche et 
du pays de Montbéliard résidant à Strasbourg et à 
qui vinrent se joindre plus tard des militaires fran- 
çais, ne fut à l'origine qu'un prêche dont les ministres 
ne remplissaient aucune autre fonction pastorale. Il 
se célébra d'abord à S* Thomas et fut transféré ù 
S' Nicolas en 1726. Les fidèles de ce culte étaient 
inscrits à une paroisse allemande de leur choix ou bien 
appartenaient de plein droit à celle de S* Nicolas. Ce 
n'est qu'en 1845 que l'église française fut érigée en 
paroisse administrée par un conseil presbytéral et 
desservie par deux pasteurs titulaires. La diffusion de 
la langue française fut pour elle — nous l'avons vu 
— un élément de prospérité, et le talent oratoire de 
quelques-uns de ses pasteurs — notamment Timothée 
Colani — accrut encore son prestige. Par contre, 
l'option sévit avec une rigueur particulière dans les 
rangs de ses paroissiens, et c'est peu après que com- 
mença une lutte pour le maintien du second pasteur, 
lutte qui dure encore et qui se ravive à chaque va- 
cance. Des pourparlers engagés en 1895 pour amener 
une fusion avec la chapelle de la rue de l'Ail n'ont pas abouti. 
Parmi les pasteurs qui, dans le cours des siècles, 
exercèrent leur ministère à S^ Nicolas, il n'en est que 
peu de qat le nom appartienne a l'histoire, mais quel- 
ques-uns d'entre ceux-ci furent des hommes de premier 
plan. Il a déjà été parlé de Jean Marbach. Au XVII« 
siècle, relevons le nom d'Osée Schad, l'auteur du «Munster- 
bQchlein» (Summum Argentoratensium templum) et qui 
a publié les œuvres allemandes de Sleidan. A la fin du 
XVin® siècle, nous voyons en fonctions à S^ Nicolas 
deux hommes qui ont exercé par la suite sur les 
destinées religieuses de Strasbourg et de l'Alsace une 
action prépondérante: Jean-Laurent Blessfg et Isaac 
Haffner, tous deux orateurs brillants, savants éminents 
et hommes d'une rare élévation de caractère. Tous 
deux risquèrent leur tête en refusant, sous la Terreur, 
d'abjurer leur foi. Haffner fut châtié, pour sa fermeté, 
d'une longue détention. 

Il n'est que juste d'ailleurs de rendre hommage au 
courage et à l'indépendance dont firent preuve maintes 
fois les plus ignorés mêmes d'entre ces serviteurs de 
la religion. En 1594, le pasteur de S' Nicolas ameute 



contre soi les puissants du jour pour avoir accusé le 
Magistrat de faillir à ses devoirs envers les pauvres. 
« Si de pareils hommes, s'écrie-t-il en chaire, avaient 
été au pouvoir il y a quarante ans, on les aurait jetés 
au bas de l'escalier de l'Hôtel de ville I -» Et plus d'une 
fois par la suite, on retrouve des exemples de cette virilité 
de caractère, se manifestant par cette énergie de langage. 

Au XIX« siècle, citons Daniel Théophile Schuler, 
le père du peintre, Geoffroy Diirrbach, le poète de 
« Rappoltstein » et le professeur Jean-Frédéric Bruch qui 
a bien mérité de l'Église protestante d'Alsace au lende- 
main de la guerre de 1870. 

Pour finir, quelques mots sur l'édifice. La cha- 
pelle primitive, dont on ignore la physionomie, dura 
jusqu'à la fin du XI V« siècle. La nef fut rebâtie en 1381 
et le chœur ainsi que la tour en 1454 par l'architecte 
Thiébaut Mosung. En 1585, on démolit et reconstruit 
«le sommet» du clocher; enfin en 1600, un couvreur 
de Lahr, Nicolas Schwartz, est chargé de décaper la 
tour à une certaine hauteur. C'est de cette époque 
sans doute que date son aspect actuel ^). 

En 1899, la maison attenante au chœur de l'église 
est démolie pour livrer passage à une rue, ce qui né- 
cessite la construction d'une nouvelle façade septentrio- 
nale. F'élicitons l'architecte qui a exécuté ces travaux 
d'avoir respecté le caractère et la silhouette de l'antique 
édifice, si pittoresque en sa simplicité, si harmonieuse- 
ment adapté à son entourage, et que nous ne voudrions 
voir remplacé par aucune des églises écloses à Stras- 
bourg en ces dernières années. — 

Nous n'avons pu que glaner ça et là dans l'excel- 
lent ouvrage dont nous cherchons à donner une idée 
à nos lecteurs. Ce résumé sommaire ne saurait suppléer 
à la lecture de l'original. M. le pasteur Gerold, qui a 
voué toute une laborieuse carrière de quarante années 
au ministère de S^ Nicolas, n'a pas voulu voir son 
église, parmi toutes celles de Strasbourg, seule privée 
d'une monographie. Il a élevé à l'humble sanctuaire 
un monument que pourraient envier tous les autres. 
Un destin propice lui a fait trouver dans sa famille 
des artistes dignes de seconder sa tâche. Ne regrettons 
pas le format un peu encombrant de ce livre, puisque 
tel l'ont voulu les magistrales eaux-fortes qui l'en- 
noblissent. Elles nous offrent une vue du quai avec 
l'église et les portraits de Marbach, de Haffner et de 
Bruch. 

Les pages de M. Gerold respirent une piété toute 
filiale dont l'émotion se communique au lecteur. Et 
nous n'y suivons pas seulement les vicissitudes d^une pa- 
roisse unique; la promesse, donnée par le sous-titre, d'une 
contribution à l'histoire de l'Église de Strasbourg, s'y 
trouve pleinement réalisée. Il n'est besoin de dire ni 
combien le sujet ainsi élargi gagne en intérêt, ni quelle 



1) Ces indications laissent subsister des doutes. L'étage io- 
férieur de la tour, avec ses fenêtres géminées et sa frise, est 
franchement roman. A quelle époque appartient cet étage? 
L'époque gothique tertiaire ni celle de la Renaissance ne cul- 
tivaient le pastiche des styles anciens, qui est tant en honneur 
aujourd'hui. 



— 33 — 



somme de labeur, de science et de jugement pareil 
travail représente. La clarté et l'élégance du récit 
pourraient laisser ignorer ou faire oublier ces mérites; 
aussi faut-il savoir gré à M. le professeur Rodolphe 
Reuss de les avoir mis en lumière dans une intéressante 
préface où les curieux d'alsatiques trouveront en outre 
des renseignements bibliographiques précieux. 

D' F. DOLLINGER 

J. S. BACH, LE MUSICIEN -POÈTE par Albert 
SoriWEiTZKR^). Préface de Ch.M. Widor. Leipzig, 
Breitkopf & Hœrtel, 1905. Paris, Fischbacher. 
1 volume de 455 pages. 10 francs. 
Un nouvel ouvrage consacré à Bach peut paraître, 
au premier abord, superflu; les remarquables travaux 
de Forkel et de Spitta ne suffîsent-ils pas à mettre en 
lumière la vie et Tœuvre de ce colossal génie, le père 
de la musique moderne, « notre Saint Père le Bach », 
comme l'appelait volontiers Ch. Gounod? Voici pour- 
tant comment s'exprime M. René de Récy dans un article 
publié par la Revue des Deux-Mondes, en novembre 1 885 
«Spitta, dit-il, a noté les moindres incidents de la vie 
de Bach, .... il commente en détail chaque composition 
en retrace la genèse, en établit Tordre chronologique 
en donne l'analyse . . . c'est un vaste chantier où sont 
préparés avec art les matériaux d'une œuvre qui, malgré 
tout, reste à faire ; car rien n'est fait tant que la critique 
s'attache à détailler à la loupe les beautés de tel ou tel 
passage, au lieu de s'élever à la vue d'ensemble, son 
véritable domaine». 

C'est précisément cette vue d'ensemble qu'offre la 
remarquable étude consacrée à «Bach, le musicien-poète» 
par M. Albert Schweitzer et dont voici les principales 
divisions : 

1® La musique sacrée en Allemagne avant Bach; 

2» La vie et le carectère de Bach; 

3^ La genèse des œuvres de Bach; 

4^ Le langage musical de Bach ; 

5» Sur la façon d'exécuter les œuvres de Bach. 

^) Albert Schweitzer est né à Gûnsbach (vallée de Munster), 
comme fils de pasteur, le 14 janvier 1875. II fit ses classes au 
collège de Mulhouse et, dès l'âge de douze ans, commença l'étude 
de l'orgue sous la direction de M. Eugène Mûnch. Après le 
baccalauréat, en 1893, il fit un séjour à Paris pour y faire de 
sérieuses études d'orgue sous la direction de M. Ch. M. Widor. 
C'est ce maitre dont il devint l'ami qui lui demanda d'écrire 
son livre sur Bach. 

En octobre de la même année, il entra à la Faculté de théo- 
logie de Strasbourg. Ses études terminées, en 1898, il se con- 
sacra tout particulièrement à la philosophie et à la musique. Il 
suivit des cours à la Sorbonne lout en travaillant assidûment 
l'orgue avec Widor, 

En 1899, il fit à Strasbourg son doctorat en philosophie; 
sa thèse portait sur la philosophie de la religion de 
Kant. En 1902, il fut agrégé à la Faculté de théologie de 
Strasbourg et nommé, en 1903, directeur du Séminaire protestant 
(Thomasstifl). Depuis plusieurs années, il est attaché comme 
prédicateur à la paroisse allemande de S* Nicolas. De 1899 à 
1903, il fit tous les ans à la Sorbonne des conférences sur la 
littérature et la philosophie allemandes pour la Société des langues 
étrangères à Paris. 

Depuis de longues années, il tient Torgue aux Passions et 
aux Cantates exécutées à l'église S<-GuillAume de Strasbourg 
sous la direction de M. Ernest MQnch. 



L'intérêt principal de l'ouvrage de M. Schweitzer 
se concentre sur l'étude du langage musical de Bach. 
Ce chapitre-là est destiné à détruire bien des idées 
apprises et à faire connaître un Bach que la plupart 
des musiciens ne soupçonnaient même pas. On voyait 
en Bach le représentant de la musique «classique», de 
cette musique qui consiste dans la beauté de la forme, 
de la musique «pure», qui ne veut être que musique, 
sans tendances descriptives et symboliques. C'est ainsi 
que Spitta avait représenté le maître de Leipzig. 

Mais voici que M. Schweitzer entreprend d'étudier 
le langage musical de Bach, d'analyser les thèmes, de 
préciser leurs rapports avec les textes qu'ils traduisent, 
de suivre Bach dans la façon dont il choisit et inter- 
prète les paroles : et il lui découvre des intentions tout 
à fait modernes. 

L'intérêt pictural domine dans l'invention de Bach. 
La musique est plutôt vue que sentie. Il a plus d'affi- 
nité avec Berlioz qu'avec Wagner, qui est plutôt un 
lyrique dramatique. C'est une étude presque mathéma- 
tique que M. Schweitzer consacre aux thèmes de Bach. 
Sa méthode consiste à extraire des cantates et des 
paissions tous les thèmes caractéristiques, à les classer 
pour découvrir les « racines » de ce langage musical si 
grandiose et si simple à la fois. 

Voici la conclusion à laquelle il arrive: «Il existe 
une quinzaine ou une vingtaine de ces catégories dans 
lesquelles on peut faire entrer tous les. motifs expressifs 
caractéristiques de Bach. La richesse de son langage 
ne consiste pas dans l'abondance des thèmes différents, 
mais dans les différentes inflexions que prend le même 
thème suivant les occasions. Sans cette variété de 
nuances, on pourrait même reprocher à son langage 
une certaine monotonie. C'est en effet la monotonie 
du langage des grands penseurs qui, pour rendre la 
même idée, ne trouvent toujours qu'une expression 
unique, parce qu'elle est la seule vraie. » 

Bach a même parfois sacrifié l'intérêt pictural à 
l'intérêt musical. Il y a de ses œuvres qui à la lecture 
sont admirables, mais dont l'exécution ne produit pas 
l'effet auquel on s'attendait, qui désenchantent, parce 
que l'invention des thèmes procède de la vision pic- 
turale et non du sentiment de la ligne musicale. 

Telle est la théorie de M. Schweitzer. Elle sera 
discutée certainement ; mais elle l'emportera sur les idées 
apprises, car dès maintenant tous nos musiciens qui se 
sont occupés particulièrement de Bach adhèrent à cette 
nouvelle conception qui au fond n'est pas neuve, 
parce que le véritable musicien instinctivement ne peut 
«sentir:» autrement la musique de Bach. Le mérite de 
M. Schweitzer, c'est d'avoir énoncé clairement le 
véritable sentiment du musicien à l'égard de Bach: 
d'avoir écrit le premier ouvrage sur ce maître du point 
de vue du musicien et non de celui de l'historien. Ainsi 
s'explique l'enthousiasme que soulève ce livre en France 
aussi bien qu'en Allemagne. 

Peu d'individualités ont la chance de joindre aux 
connaissances philosophiques les plus élevées une va- 
leur artistique indéniable: tel est pourtant le cas de 



— 34 — 



M. Schweitzer; c'est ce qui lui a permis de traiter avec 
la même autorité les chapitres consacrés à l'histoire des 
chorals et ceux où il parle de la genèse et de la réa- 
lisation des œuvres de Bach. S'il n'avait possédé ces 
connaissances aussi multiples que variées, il n'aurait 
pu échafauder sa curieuse théorie du symbolisme et 
du langage musical de Bach, qui nécessite une com- 
préhension égale du texte musical et poétique des chorals. 
En faisant connaître en France la vie et l'œuvre 
du grand maître de S* Thomas, M. Schweitzer a été 
fidèle aux traditions alsaciennes ; n'est-ce pas par l'entre- 
mise de l'Alsace que les hautes conceptions philoso- 
phiques allemandes pénètrent en France, que la clarté 
et l'élégance du génie français s'introduisent en Allemagne ? 
Tous les musiciens qui estiment, avec raison, 
que Bach est le père de la musique moderne liront et 
reliront cette étude; ils en feront leur livre de chevet 
et remercieront l'auteur du superbe monument qu'il a 
élevé à la gloire du célèbre cantor de Leipzig. 

Paris, avril 1905. A. BERTELIN 

LA LÉGENDE DORÉE DE L'ALSACE, par M"» Marib 
DiEMEB. Préface de Edouard Schuré. Paris, 
Perrin & O®, 1905. Frs 3.50. 

Mii« Diemer a groupé ses légendes chronologique- 
ment et leur a donné pour fond la fresque grouillante 
et bigarrée de l'Histoire. Ses personnages, soigneuse- 
ment tracés, évoluent parmi les paysages variés, et 
tendrement décrits, de notre plaine et de nos montagnes ; 
ils passent à travers des foules bariolées et chacun 
d'eux représente une époque. 

En suivant S^Materne, nous assistons à l'éveil du 
christianisme dans l'Alsace romaine. Avec S*-Arbogast, 
S^Armand, S'-Florent, nous pénétrons à la cour de 
Dagobert, nous voyons naître et prospérer l'évêché de 
Strasbourg. Plus tard St«-Odile, S^e-Attale, Herrade, 
nous montrent le moyen-âge dans le doux miroir de 
leur piété. 

Longuement, M>i« Diemer nous parle de S'^-Odile : 
mais peut-être nous la montre-t-ellc un peu trop 
femme . . . Femme sublime, mais un peu dépouillée du 
nimbe mystérieux de la sainte qu'on vénère sur la 
montagne. 

Historien plus que poète ou légendaire au sens 
mystique du mot, M^J® Diemer a fait de sa Légende 
Dorée un commentaire de l'histoire d'Alsace. Ses 
tableaux, s'ils n'ont peut-être pas toute la grâce et la 
touchante naïveté des pieuses petites images populaires, 
sont d'un style simple et clair, d'une belle sobriété. 

En somme, M"® Diemer nous donne un livre en 
tous points intéressant, soigneusement construit, très 
agréable et bien écrit. 

M. Edouard Schuré, dans le style puissant et riche, 
et avec ces mots presque spiritualisés dont il a le secret, 
nous présente l'auteur et nous aide à suivre l'idée 
maîtresse qui anime son livre. Sa préface est un ré- 
sumé philosophique de nos origines, et chaque page y 
trahit le profond amour qui l'attache lui-même à l'Al- 
sace, son pays natal. 



Aux yeux de M. Schuré, les œuvres individuelles 
n'ont de valeur que par leur puissance générale, et l'on 
comprend que l'œuvre sincère de Mii« Diemer l'ait cap- 
tivé. « Par ses lectures comme par ses sensations pro- 
fondes au contact de la nature », écrit-il dans sa pré- 
face, «elle apprit à saisir le lien mystérieux qui unit 
l'histoire d'un peuple à son sol et l'individu à sa race. 
Ainsi elle découvrit sa propre âme à travers l'âme de 
son pays. » 

LE MONT SAINTE-ODILE ET SES PROMENADES par 
M. l'abbé Ch. Umbrioht. Nancy, A. Barbier et 
F". Paulin, 1904. 112 pages avec de nombreuses 
illustrations. ~ NEUESTER FUHRER VON ST.- 
ODILIEN UND UMGEBUNG. Von Abbé Ch. Um- 
brioht, Lunéville. Mit Titelbild, 30 Abbildungen 
im Texte und 2 Karten. Nancy, A. Barbier et 
F. Paulin, 1904. 1 Mk. 

L'auteur nous avertit qu'il n'a point voulu faire 
de sa plaquette un traité scientifique, mais un guide 
aussi pratique et aussi exact que possible de S^^-Odile 
et de toute la région voisine. En réalité, M. Umbricht a 
ajouté à toutes les indications indispensables au tou- 
riste, un grand nombre de renseignements géographiques, 
historiques et légendaires. L'édition allemande, plus 
récente, résume même, en un précieux appendice, la 
géologie, l'entomologie et la flore particulière à S^-^-Odile. 

Les cartes qui accompagnent le texte sont excel- 
lentes. On sent que ce guide est écrit au retour de lentes 
promenades par un amoureux de la nature, soucieux 
d'être exact. 

Il nous semble qu'il n'en existe pas de plus com- 
plet et de plus certain pour approfondir les secrets de 
la montagne sacrée, ou les civilisations se superposèrent 
sans se détruire, tant on y retrouve la marque des 
siècles sur les pierres. 

REVUE D'ALSACE 1904 (nouvelle série, cinquième 
année). Paris (A. Pioard), Mantoche et Colmar. 

Nous avons déjà eu l'occasion de mentionner, il y 
a un an, quelques articles commencés en 1903 et con- 
tinués ou achevés depuis lors, entre autres la corres- 
pondance entre le duc d'Aiguillon et le pdnce-coad- 
juteur Louis de Rohan, publiée par M. le Di* Ehrhard, 
l'histoire de la Congrégation de Notre-Dame de Saverne, 
par M. Adam, et les recherches de Mgr Chèvre sur 
les suffragants de l'évêché de Bâle au XIV® siècle. Malgré 
l'importance de ces divers travaux, le cadre restreint 
de notre aperçu ne nous permet pas d'y revenir, pas 
plus qu'au Journal de M. de Latouche, de Cernay, si 
riche en détails piquants sur les événements dans le 
Haut-Rhin pendant les invasions de 1814 et de 1815. 

Parmi les articles parus entièrement en 1904, nous 
citerons d'abord une bonne monographie de M. Gendre 
sur l'église St-Martin de Colmar. L'origine de cette 
dernière remonte à l'époque mérovingienne; d'abord 
placée sous la dépendance de l'abbaye de Munster, elle 
fut transformée en collégiale en 1234 pour redevenir 
église paroissiale après la Révolution. L'édifice actuel 



— 35 — 



fut commencé au XIÎI» siècle par un architecte français, 
Maître Humbretj'qui conçut le plan général et exécuta 
le transept, peut-être aussi une partie de la nef, tandis 
que le chœur était construit un siècle plus tard seu- 
lement par Guillaume de Marbourg. Détruite en partie 
par un incendie en 1572, l'église fut restaurée peu après, 
et les revenus attachés à sa situation de collégiale lui 
permirent de s'enrichir peu à peu d'une série d'œuvres 
d'art, parmi lesquelles la célèbre Madone aux Rosiers 
de Martin Schongauer suffirait à l'illustrer. — Comme 
pendant au travail de M. Gendre, M. Bourgeois publie 
une Notice historique sur l'ancienne église paroissiale 
de St Louis à Ste-Marie-aux-Mines, sérieuse étude qui 
tient plus que son titre ne promet, en nous donnant 
un tableau de l'histoire religieuse de cette contrée depuis 
le moyen-âge jusqu'au siècle dernier. 

L^un des collaborateurs habituels les plus actifs 
de la Revue est le savant bibliothécaire de Haguenau, 
M. Hanauer, et nous avons lieu de lui en savoir gré, 
car nul ne sait mieux que lui revêtir une vaste éru- 
dition d'une forme agréable et spirituelle. Cette année-ci, 
nous lui devons d'abord un intéressant travail sur le 
chroniqueur strasbourgeois Jacques Twingcr de Kœnigs- 
hoffen ; puis des recherches sur les imprimeurs modernes 
de Haguenau; enfin, un article intitulé «: Mœurs judi- 
ciaires et autres en Alsace vers l'an 1400», où il nous 
raconte, avec la fine bonhomie qui caractérise son style, 
l'histoire d'un procès qui eut lieu à Haguenau à cette 
époque. — Un autre nom que les lecteurs de la Revue 
aiment à retrouver dans ses colonnes est celui de 
M. Rod. Reuss; cette fois-ci, l'éminent professeur à la 
Sorbonne nous fait connaître des extraits de Souvenirs 
inédits d'un commerçant strasbourgeois, Jean-Everard 
Zetzner, qui vécut au commencement du XVIIIo siècle et 
nous a laissé de curieux détails sur les voyages qu'il 
fit dans sa jeunesse en Allemagne, en Pologne, en 
Hollande et en Norvège. 

M. A.-M.-P. Ingold, dont on connaît la compétence 
pour tout ce qui se rapporte à Grandidicr, nous apprend 
que si les manuscrits du célèbre historiographe ont péri 
lor^s du bombardement de 1 870, il existe encore des co- 
pies d'une partie d'entre eux ; ces dernières lui ont 
fourni la matière d'un article sur Grandidier liturgiste, 
où il reproduit entre autres un intéressant calendrier 
ecclésiastique du XI® siècle, le plus ancien du diocèse 
de Strasbourg. — M. J. Wirth, l'auteur de la biographie 
du maréchal Lefebvre qui a été analysé dans le fasci- 
cule d'octobre de la Revue Alsacienne, nous fait assister 
aux fêtes qui furent données au futur duc de Danzig 
lorsqu'il vint en 1804 à Colmar, en qualité de prêteur 
du Sénat, pour présider le Collège électoral du Haut- 
Rhin. Les discours prononcés à cette occasion sont 
remarquables comme modèles du style emphatique de 
l'époque; c'est surtout au dessert d'un banquet offert 
le 2 floréal, que les « âmes sensibles » s'en donnèrent à 
cœur joie, et le toast porté par le citoyen Wœlterlé, 
conseiller de préfecture, «aux larmes versées par le 
général Lefebvre au milieu de ses compatriotes, lors de 
la prestation de son serment», eut un tel succès, qu'une 



souscription eut lieu pour faire faire un tableau repré- 
sentant cette mémorable scène d'attendrissement patrio- 
tique. — A côté des Lefebvre, des Kléber, des Keller- 
mann, notre pays a donné le jour à nombre de héros 
restés plus obscurs et dont la Revue d'Alsace s'efforce 
de conserver le souvenir dans les chapitre^ qu'elle 
consacre chaque année aux «Soldats alsaciens». Ainsi 
M. Engel nous parle cette fois-ci du lieutenant-colonel 
de Hugel, vaillant officier de l'armée des Indes françaises 
au XVITI« siècle, qu'une mort prématurée empêcha de 
fournir une carrière plus brillante, et M. Lortet nous 
fait connaître en Reinhard Forster, de Wolfisheim, sous- 
lieutenant de hussards sous Napoléon 1% un de ces 
hommes dont la bravoure épique caractérise si bien 
cette étonnante génération. 

Nous signalerons enfin , en nous réservant d'y 
revenir plus tard, une étude, encore inachevée, de 
M. C. Hoffmann sur les élections aux Etats-généraux 
de 1 789 à Colmar et à Belfort , et un article de 
M. A. Casser sur l'agriculture, l'industrie et le commerce 
à Soultz,- faisant suite à une série de travaux que 
l'auteur consacre depuis plusieurs années à cette ville 
et que nous aurons un jour l'occasion d'analyser dans 
leur ensemble. D' MUTTKRER 

ZEITGENÔSSISCHE -DICHTUNG DES ELSASS von 
Karl Gruber. Strassburg, L. Beust. 1905. 
Ceci est une chrestomathie alsacienne. Nous tenons 
à signaler dès maintenant cet ouvrage, dont l'intro- 
duction, très importante, tente pour la première fois 
d'établir avec quelque précision les origines et l'exis- 
tence, les aspirations et les limites d'une culture alsa- 
cienne. Nous partageons plus d'une opinion de 
M. Gruber et nous divergeons avec lui en plus d'un 
point. Il ne sera pas sans intérêt de dire pourquoi, 
aussi consacrerons-nous à ce manifeste les développe- 
ments que méritent et l'importance du sujet et la ma- 
nière habile dont il est traité. 



ART 

L*EXPOSITION DE LA SOCIÉTÉ DES ARTS 
DE MULHOUSE 

Quatre groupes d'exposants participèrent à cette 
remarquable fête d'art. D'abord, des peintres apparte- 
nant, soit à la Société des Artistes Français, soit à la 
Société Nationale des Beaux-Arts, soit même à la caté- 
gorie d'artistes que Ton qualifie d'Indépendants. A ce 
propos , signalons la nouvelle tendance de la Société 
des Arts de Mulhouse. Le prestige. du hors concours , 
qui sévit généralement en province, ne suffit plus à 
l'éclectisme des Mulhousiens. Ils reconnaissent la su- 
périorité des efforts de l'art moderne français qui n'est 
pas « art officiel », à tel point que la Société Nationale 
eut la place d'honneur en leur dernier Salon triennal. 
Après les artistes d'origine française, venaient des ar- 
tistes étrangers consacrés par les Expositions de la 
Société Nationale, des artistes alsaciens fixés en France, 



— 36 



en Allemagne, ou en Alsace et des artistes allemands 
de Munich, de Carisruhe, de Berlin, etc. 



Dans le premier groupe, V Italien et Vllalientie, de 
M. Léon Bonnat, datés de 1860 et 1861 — belle époque 
du maître — et les Savants^ de M. Robet n'apprirent 
rien de neuf à ceux qui connaissaient les toiles de 
même genre du Musée de la Société Industrielle de 
Mulhouse. Il en fut autrement du Sourire, de M. Al- 
bert Besnard, et de la Douleur d* Orphée, de M. Dagnan- 
Bouveret. Si le flamboyant Besnard de V Apollon et les 
HeureSy du Salon de cette année, n*cst plus le por- 
traitiste très tempéré du Sourire, mieux valait, à Mul- 
house, ce visage d^une patine ambrée que le bcsnar- 
disme des Fleurs sous la lampe, de M. Paul Albert 
Laurens. L'envoi de M. Dagnan-Bouveret fut le plus 
important du Salon de la Société des Arts. Il com- 
prenait deux peintures et deux dessins. La Douleur 
d'Orphée était un précieux document sur les débuts de 
l'artiste. Aux qualités du dessin et du modelé s'ajoutent 
déjà la morbidesse, l'idéalisme des attitudes qui feront 
la Cène et les sujets bretons. Un petit Buveur, à côté 
de cette toile , évoquait la savante gaucherie des 
Conscrits: autre aspect du talent de M. Dagnan-Bou- 
veret. Avec MM. Besnard et Dagnan-Bouveret, à Mul- 
house, MM. Roll, Garolus Duran et Eugène Carrière 
représentaient les deux tendances futures de l'art fran- 
çais : la luminosité des couleurs et le néoclairobscurisme. 
On regrettait de ne voir représentés ces trois beaux 
peintres que par des demi-fîgures : Eugène Carrière en 
particulier. MM. Jules Breton, Jean Paul Laurens et 
Jules Lefebvre, avec des toiles plus complètes, carac- 
térisant mieux leurs techniques et le groupe de la So- 
ciété des Artistes Français, l'emportèrent sur les nova- 
teurs. Chose singulière, si la bataille fut gagnée, à 
Mulhouse, au profit du modernisme, une partie de 
l'honneur en revient aux adeptes de Vart officiel. 
Comme toujours, Vépisode fut leur arme, tandis que le 
morceau était celle des peintres de la Société Nationale, 
('omparées au Besnard, aux Dagnan-Bouveret, même 
aux insuffisants Roll, Carolus Duran et Eugène Carrière, 
les peintures anecdotiques signées de noms bien connus, 
en Alsace, pâlissaient. Fort heureusement, des artistes 
invités, pour la première fois, furent plus brillants. 
Militaires, le Combat de la Campagne de Russie, de 
M. Détaille, contribuait à les amoindrir. On regrettait 
cette erreur du maître, en regardant la Bataille d'Ess- 
ling, de M. Cormon, son rival, pour lequel l'impression 
d'ensemble est moins esclave du costume peint par 
le menu. En réalité, les amateurs furent plus attentifs 
à la Revue ou, mieux encore, au Versailles en Î805, 
curieux groupement de soudards et de belles imaginé 
par M. François Flameng. Maritimes, ce ne sont point 
les Filets volés, de M. Tattegrain, qui pouvaient ré- 
clamer, pour les peintures anecdotiques, le droit de 
préséance. Fort heureusement, Mulhouse avait convié 
M. Johanson qui glorifia la mer, tant par les grandes 
vagues huileuses d'un bleu verdâtre de son Bateau dt 



Sauvetage que par le miroir nocturne d'un deuxième 
envoi. Historiques, M. Devambez les imposa. Jamais 
M. Rochegrosse ne fit plus grouillant, plus fouillé que 
VEnlèvement du Pape Léon IIL Restent les demi- 
fîgures ou les études, sans autre but que serrer de 
près la nature. M. Tattegrain poursuit une iconographie 
des loups de mer réformés, mâchant une chique ou 
tétant un brûle-gueule en radoubant leurs vieux os à 
l'Hôpital de Berck. Le philosophe, qu'il exposait à 
Mulhouse, était admirable de réalisme. Citons encore 
M. Maxence, non pour louer ses demi-fîgures de prin- 
cesses chimériques, toujours trop propres, trop raclées, 
trop reprises au petit poil comme un panneau brugeois 
de la fîn du XV® siècle. A peu de choses près, ce 
genre de productions ressortit aux essais myslico-litté- 
raires exposés, à Mulhouse, par W^^ Sonrel, d'après 
Edgar Poë, par M. Guinand de Scévola, d'après Mau- 
rice Maeterlitick ou par l'italien M. Napoleone Parisani, 
probablement d'après Jean Lorrain, avec un mélange 
d*H^bert et de Gustave Moreau. Désertant le Sillage 
des princesses, M. Maxence a regardé les paysans, du 
mc|ne regard que M. Tattegrain pose sur les gabiers en 
retraite. Sa Vieille fileuse si écrite, si réaliste était 
un des meilleurs envois de l'art français au Salon de 
Mulhouse. Placée à côté de la Venise, reine des tners^ — 
erreur de M. Aman-Jean, — elle eût augmenté l'insuffi- 
sance de sa technique, la faiblesse de ses lignes et la 
fadeur de ses chairs. Cependant, cette façon bien française 
de peindre sans en avoir l'air, de cerner les formes 
d'un trait précis, de frotter les carnations et les vête- 
ments d'une brosse amoureuse et propre, tout cela reste 
l'apanage de M. Aman-Jean. Peu importe qu'à Mul- 
house, les Crêpes de M. de Richemont, ou la Sœur 
aînée de M. Priant aient groupé, autour d'elles, les 
hommages qu'il faut rendre, le plus souvent, à la 
suavité du peintre de Venise, reine des mers. 

Nous n'essaierons pas de détailler les œuvres 
variées, nombreuses, de toutes les techniques qui furent 
rassemblées, à Mulhouse, par la Société des Arts. Des 
colorations blondes que M. Bail rénove de Pieter de 
Hooch au profit des cuisiniers et des jolies servantes, 
on sautait à l'orientalisme de M. Dinet. Sa Dispute 
ramenait l'esprit à Decamps : un Decamps familier des 
procédés de Gérard David. Si M. Ziem sévissait — en- 
core et toujours ! — avec ses perpétuelles veniseries, 
si M. Didier-Pouget persistait à tirer du gaufrier qui 
lui sert de palette, bruyères roses et cirques de Ga- 
varnie dans le brouillard du matin, la Grand'mère^ de 
M. Lucas faisait revivre les tons cuits des Anglais au 
profît d'un souvenir des Philosophes de Rembrandt. 
Le franc modernisme y paraissait aussi dans toute sa 
hardiesse. M. Forain, peintre médiocre, de couleur bien 
triste — si tant est que l'on puisse parler de couleur, 
à propos de ses Magistrats. L'ironie de M. Jean 
Veber, avec la silhouette d'un petit Chaptal, guêtre de 
fauve, récitant la Leçon à sa mère, dans un décor à la 
Paul Hervieu. On y voyait même le mondain M. Hoff- 
bauer, peintre des snobs et des demi-vierges. Ce fut le 
côté parisien très pimenté du Salon de Mulhouse, que 



— 37 — 



Ton ne trouve jamais dans aucune exposition de pro- 
vince! Déjà séduite par l'art de M. Henri Martin — 
l'un de nos beaux peintres, avec MM. Besnard et RoU 
— la Société des Arts de Mulhouse accueillit ses deux 
envois de coloration vraiment trop féroce: les bateaux 
vert, jaune et orangé dans une eau violette, en parti- 
culier. Ayant goûté le Raffaëlli des banlieues de Paris, 
elle voulut le suivre dans l'évocation des Paysages de 
France, Enfin, continuant son enquête sur Tart du 
prochain siècle, la Société des Arts avait invité 
MM. Monet, Renoir, Cottet, d'Espagnat, Lebourg 
Maufra, Thaulou, Pointelin, Osterlind, Petitjean, etc. 
La section de sculpture montrait, parmi des envois 
de moindre importance, deux œuvres de M. Bartholomé : 
la pleureuse prosternée du Monument aux morts et, 
tout spécialement, une Jeune fille pleurant^ dans' le 
sentiment de Y Adam et Eve, du Salon de cette année. 
Il faut louer la Société des Arts d'avoir compris que 
l'art de M. Dagnan-Bouveret est le frère de celui de 
M. Bartholomé, et que rien ne saurait mieux représenter 
l'idéal de notre génération. Près de ces œuvres de 
noblesse, la tête de moine un peu caricaturale, trop 
inspirée des grotesques du XIII<> siècle, de M. J. de 
Charmoy, existait à peine. Les amateurs de sculpture 
fantaisiste lui préféraient VAne ruant, de M. Froment- 
Meurice, le plus curieux de sa série des Gestes 
d'ânes. 



Comme d'habitude, la Société des Arts avait fait 
une place d'honneur à l'art alsacien. On trouve toujojurs 
quelque chose de curieux ou d'imprévu de M. Henner, 
aux Salons de Mulhouse. Cette année, en plus d'une 
grande Biblis et d'une Salomé^ prêtée par M»® J. Meyer- 
Zundel à laquelle nous devions, par le prêt d'une 
Pastorella, de M. Hébert, la réunion des deux glorieux 
amis, ce fut une étude de petite lîlle, les cheveux épars, 
le masque d'expression perverse, assise, tenant une 
pomme. A côté des envois de M. Henner, ceux de 
M. Zwiller furent une redite. Laissons son Adam et 
Eve, mais retenons sa Douleur qui démontrait la vir- 
tuosité du peintre, sa souplesse de technique, toutes 
qualités dont on a le droit d'exiger plus d'indépendance. 
La douceur des demi-teintes est toujours l'apanage de 
M. Rieder, spécialiste de l'intimité familiale et du soir. 
Telle fut, à Mulhouse, la jeune femme étendue près de 
sa fenêtre ouverte, au Crépuscule, Mais, on ne conçoit 
pas la vision de M. Hornecker aussi éthérisée que 
voulut nous la montrer son paysage : Le Soir, M. Hor- 
necker est, à l'heure présente, le meilleur peintre de 
l'Ecole de Strasbourg. Son tempérament rude et précis, 
la solidité brillante de sa pâte, tout l'oblige à ne pas 
oublier que le portrait est sa vocation. Il dérouta les 
admirateurs du portrait de M. A. N,y exposé à Mul- 
house, en leur montrant un sujet peu compris, d'une 
technique qui déplaît. Nous devrions passer sous 
silence le fâcheux roybetisme que M. Umbricht qualifiait : 
Passe-temps et les envois de MM. Martin et Petit • 
Gérard: ils furent indignes du bon renom de l'Ecole 



d'Alsace. Le voisinage des toiles de MM. Henner et 
Hébert, dont ils dérivent, nuisait aux envois des deux 
Benner, à l'Alsacienne, de M. Jean Benner, aux types 
d'Espagnole et d'Italienne, de M. Many Benner. Aussi 
bien, entre la Vague et la Perle, de M. Gorguet et les 
Baigneuses, de M. Wencker, les amateurs décrièrent 
le peintre strasbourgeois. Après Théophile Schuler, il 
est difïicile de saluer le Souvenir d'Alsace que M. Jacques 
Scherrer peignit, dans l'esprit de V Alsacienne, de 
M. Jean Benner. MM. Perboyre et Touchemolin, 
peintres militaires, partageaient les qualités et les défauts 
de leurs maîtres MM. Détaille, Cormon et Flameng. 
Entre toutes les toiles de genre ou d'histoire exposées 
par l'Ecole d'Alsace, nos sympathies restent au Saint 
Louis portant la couronne d'épines, de M. Feuerstein, 
à la science tempérée de son dessin, à la précision de 
sa mise en scène, à la sobriété de ses colorations. 

Le paysage est l'un des aspects les plus curieux 
de l'Ecole d'Alsace moderne: l'Alsace, la Bretagne ou 
le Midi de la France attirent ses peintres. Nous ne 
voulons pas connaître les raisons qui éloignent la plu- 
part de ces artistes du pays qui les vit naître. Devant 
V Abreuvoir à Mun, d'une composition et d'un éclairage 
si poignants exposé, à Mulhouse, par M. François 
Millet fils, les Alsaciens ne pouvaient oublier que le 
grand Millet fut à la veille de déserter Barbizon pour 
la vallée de Munster et les sapins des Vosges. Il con- 
vient donc de louer tout d'abord MM. Blumer, Daubner, 
Stoskopf et Georges Spetz de s'être groupés autour de 
la Hauteur de Sondersdorf, de M. Zuber, afin de dé- 
montrer que l'on ne peint bien que ce que l'on aime. Nous 
envions à la Bretagne la passion qu'elle inspire,depuis Ca- 
mille Bernier, à des artistes de la valeur de MM. Gros et 
Suau ou de M^n^ Eulodie de La Villette. Leur groupe possé- 
dait cette année M. Thurner, peintre aux aspects multiples, 
rival de M. Kreyder comme peintre de fleurs, peintre 
de paysages et d'intérieurs, qui l'emporta par la juste 
tonalité des meubles et l'effet d'éclairage qu'une porte 
entrebaillée introduisait dans son Débit de boissons en 
Bretagne, Cet efTet de soleil d'été que M. Zuber 
voulut très calme, avec des arbres gris argent sur fond 
bleu, dans VAu dessus de Monaco, M. Gagliardini le 
fit violent, d'une fougue qui dépassait même celle du 
marseillais, M. Olive. Le blanc, le violet, le vert 
craquaient et rissolaient autour de son Gros platane 
provençal. 

Plus nombreuse encore, dans la section des Aquarelles, 
dessins et pastels où se trouvaient réunis le graveur 
Kœrttgé, avec deux Vues de Strasbourg, épreuves avant 
la lettre, les fantaisistes Cari Jordan et Emile Schneider, 
le dessinateur Ganier-Tanconville, etc., l'Ecole d'Alsace 
présentait encore, à la sculpture, avec des œuvres de 
MM. Marzolff, Mûhlenbeck et Schultz, une précieuse 
suite de médaillons de M. Ringel d'Ulzach. Bartholdi 
disparu; que n'avons-nous trouvé, à Mulhouse, son 
compatriote M Wadéré? Pourquoi faut-il que nous 
regrettions l'absence des décorateurs Charles Spindler 
et Carabin, des céramistes Carrière et Elchinger, des 
vitraux qui combinent l'art de M. Cammissar et la verve 



38 — 



de M. Braunagel ? Car le Salon de la Société des Arts 
fut aussi l'inauguration officielle du Musée des Arts 
décoratifs que la Société Industrielle de Mulhouse doit 
au dévouement de M. Haensler. A cette occasion, en 
combinant un très curieux ensemble d'émaux anciens 
appartenant à M. Forrer et un choix d'émaux modernes 
de Dammouse, de Grand'homme, d'Armand Point, de 
Ringel d'Illzach, de Thesmar, de Tourette, de quelques 
autres artistes du feu, M. Haensler démontra la supé- 
riorité de l'émail moderne. 



Dans le remarquable discours qu'il prononça, le 
3 mai dernier, à l'Assemblée Générale de la Société des 
Arts, M. Ernest Zuber a trop bien défini l'art et les 
procédés de conquête des artistes allemands qui ex- 
posèrent à Mulhouse, pour qu'il nous soit utile d'in- 
sister. Nous ne reviendrons pas sur les polémiques 
qui se sont élevées autour des toiles brutales d'intention 
et de facture de MM. Max Liebermann, Ludwig Dett- 
mann, Hans Olde, Franz Stûck et leurs disciples ; autour 
de l'idéalisme de M. Hans Thoma et de quelques autres 
envois des peintres de Carlsruhe, de Munich ou de 
Berlin. Le lourd résultat tangible ne justifia pas les efforts. 
Mais, ces efforts, il serait injuste d'en méconnaître 
l'emploi. Est-ce la faute des artistes qui les ont donnés 
s'ils n'apprirent rien de neuf à Mulhouse, pas plus qu'ils 
n'en apprennent, à Munich, dans la 9^ Exposition inter- 
nationale d'art, agrandissement de notre Salon alsacien ? 
Autant nous saluons le Romantisme allemand, autant 
son Impressionisme nous laisse indifférents. A de rares 
exceptions près, les violentes enluminures de cet art, 
l'indiscrétion calculée de ses œuvres, son oubli des 
lignes au profit de la tache et la crudité de cette der- 
nière impliquent plus le désir d'accrocher le regard que 
de plaire à l'esprit *C*est une volupté pour le talent 
vulgaire que d'éblouir et d'enchaîner le spectateur^ 
observait Emerson. Le vrai génie, au contraire, cherche 
à nous défendre de lui-même,* Après Strasbourg, 
Mulhouse a fait l'expérience de l'art moderne allemand. 
Elle a compris que la tristesse qu'il engendre avait pour 
cause l'oubli du génie de la nature au profit de la 
simple mémoire des couleurs. Si l'œil de l'art moderne 
allemand, comme son oreille, avait le don de Tharmonie, 
les dissonnances qui furent montrées au Salon de Mul- 
house tomberaient sous les éclats de rire. 

ANDRÉ GIRODIE 



ARCHEOLOGIE 



Colmar. — L'étrange manie qu'ont nos voisins ba- 
dois d'enluminer leurs constructions par les couleurs 
les plus inattendues, prend une expansion dangereuse 
à Colmar, grâce à un architecte municipal. Tant qu'on 
ne badigeonnait que les bâtiments neufs, le mal n'était 
pas grand : le temps se chargera bien de mettre un 
peu de discrétion dans ces orgies de couleurs. Mal- 
heureusement on commence aussi à s'attaquer à des 



maisons anciennes et à leur enlever leur cachet par 
des peintures violentes. Un tourelle renaissance de la 
rue des Augustins a été bariolée d'une façon barbare 
et enfantine qui annihile complètement la délicatesse 
des sculptures. A présent on parle de la maison 
Pfister. Ici le fait serait plus grave encore. Nous 
comprenons fort bien que la discrète nuance grise de 
ses peintures, qui se marient à ravir au vieux bois 
des balcons, soit peu goûtée de nos coloristes mo- 
dernes; mais cette charmante maison — d'ailleurs en 
très bon état, nous semble-t-il — est une des rares con- 
structions renaissance possédant sa peinture extérieure 
à peu près intacte. Or ces fresques, conservées comme 
par miracle, seraient détruites. Cette considération à 
elle seule devrait arrêter les expériences de ces artistes 
que nous avons vus à l'œuvre ailleurs (l'antique maison 
de S*- Jean a été remplacée par une copie moderne; 
après une restauration à outrance du Kaufhaus, on l'a 
surmonté d'une couronne de supports télégraphiques 
qui en anéantissent complètement la curieuse silhouette). 
Heureusement que nous conservons encore un peu 
d'espoir dans le simple bon sens du propriétaire et 
nous comptons qu'il saura résister aux offres de ser- 
vice de gens qui ne peuvent voir un monument ancien 
qu'affublé d'un costume d'Arlequin. F. W. H. 

Kôsllach. — On a découvert, à l'entrée de ce vil- 
lage, les fondations d'une grande villa romaine dont on 
distingue encore fort bien la distribution intérieure. Un 
pan de muraille de 1 m 50 de haut subsiste à la partie 
occidentale où étaient aménagées les salles de bains 
qui s'ouvraient sur les charmilles et l'arrière-cour. On 
a retrouvé quelques objets, notamment une belle urne 
d'argile décorée de figures humaines et une série de 
monnaies du IV® siècle après J.-Chr. 

Une deuxième découverte, plus importante encore, 
a été faite aux environs du village sur la montagne 
dite Kaslelberg: c'est un triple refuge celtique mesu- 
rant environ lOôO mètres de diamètre, qui certainement 
doit être cité en seconde place après le Mur païen de 
S*® Odile. La première enceinte est solidement fortifiée 
par des remparts de pierres échelonnés en terrasses; 
la deuxième n'est protégée que par une seule muraille 
faite de pierres superposées; enfin la troisième n'est 
fortifiée qu'au nord, les rochers formant en d'autres 
points un rempart naturel. Divers tumuli ont été re- 
trouvés dans l'enceinte, l'un deux, attribué à l'époque 
de Hallstatt. contenant trois squelettes et de nombreux 
ossements, ainsi qu'un bracelet, des boucles d'oreilles, 
des débris de poterie, etc. 

Sainte-Odile. — Le D' R. Forrer, de Strasbourg, a 
fait, dans le courant de Tannée dernière, de nouvelles 
découvertes fort intéressantes quant à la topographie 
du Mur païen. De plus, il a trouvé une série d'objets 
dont un fragment d'urne de l'époque des Grandes In- 
vasions; une fibule du XV® siècle portant une inscrip- 
tion en caractères gothiques; un denier d'argent du 
X® siècle, quelques pfennings du XVIII® ; enfin et sur- 
tout une hachette en bronze datant d'environ quinze 



— 39 — 



siècles avant J.-Chr. Ces objets ont été déposés au 
musée du Couvent. 



CHRONIQUE MUSICALE 



LE PREMIER «MUSIKPESTj» D* ALSACE-LORRAINE 

Les fêtes musicales de Strasbourg qui ont eu lieu 
du 20 au 22 mai dernier, sont un grand fait artistique. 
Elles ont d*abord montré quelles ressources musicales 
ont peut trouver en Alsace- Lorraine, et ce que peuvent 
rénergie et le dévouement de quelques hommes, qui, 
comme le professeur Ernest Miinch, travaillent depuis 
des années au développement de la culture musicale à 
Strasbourg. Les chœurs qu'il a formés ont été un 
élément remarquable de ces fêtes; et je ne crois pas 
que, nulle part ailleurs, on puisse mieux chanter qu'ils 
ne Tont fait certaines scènes des Béatitudes, et la 
scène finale des Meistersinger. 

Mais l'intérêt capital des fêtes d* Alsace- Lorraine et 
ce qui leur donne leur physionomie particulière entre 
tant d'autres Musik/este, c*cst Teffort qui y fut fait 
pour mettre impartialement en présence Tune de l'autre 
les deux civilisations musicales de l'Europe, qui do- 
minent à l'heure actuelle et absorbent plus ou moins 
toutes les autres: la musique allemande et la musique 
française. 

Le programme annonçait très nettement cette in- 
tention « de rassembler ce qu'il y avait de grand, 
d'auguste et d'éternel dans l'art des différentes époques 
et des pays différents». C'était une sorte de concours 
institué entre les nations, ou du moins entre les deux 
nations qui représentent aujourd'hui la musique, de la 
façon la plus vivante et la plus opposée: l'iAUemagne 
et la France. 

Rien de plus intéressant. Rien de plus utile pour 
l'une et l'autre des deux rivales. Si l'on ne se forme 
bien que dans la solitude, on ne se juge bien qu'en se 
comparant aux autres; et chacun a profit à une com- 
paraison sincère et à une joute loyale. 

Les organisateurs du Musikfesi se sont appliqués, 
— je n'en doute point — à réaliser leur programme 
en toute impartialité. Mais il faut bien dire qu'ils n'y 
ont pas réussi. 

Qu*on me permette d'exprimer ici, très franche- 
ment, sur ces fêtes, les observations d'un musicien 
français, qui à Paris défend la musique allemande, mais 
qui à Strasbourg croit de son devoir de défendre la 
musique française, puisqu'elle lui semble y avoir été 
imparfaitement présentée. 



De la partie allemande du programme, je dirai peu 
de chose, — sauf que les musiciens allemands me 
semblent perdre, de jour en jour, le sens des œuvres 
classiques. J'ai rarement entendu une exécution plus 
cahotante, plus désordonnée, plus neurasthénique, si 
j'ose dire, de la Symphonie avec chœurs, que celle que 
dirigea Gustav Mahler. Je ne puis dire non plus 



l'horreur que m^a inspirée l'interprétation déclamatoire 
et prétentieuse des admirables Lieder de Beethoven : 
An die ferne Geliebte» J'ai été frappé, en général, du 
manque d'intimité qui se fait de plus en plus sentir 
dans l'interprétation de la musique classique. Aussi 
bien la musique allemande nouvelle en est-elle presque 
totalement dépourvue. Un des exemples les plus frap- 
pants en était justement la Sinfonia Domestica de 
Richard Strauss, qu'on exécuta à l'un des concerts, 
et qui est d'ailleurs, à mon sens, — je le dis sans 
hésiter — une œuvre admirable de richesse, de force 
et de joie, mais blessante souvent par son mauvais 
goût, et presque odieuse parfois par l'étalage indécent 
de ce qu'il y a de plus intime et de plus sacré en soi. 
— Je n'insiste pas sur ce point: quand les hommes 
et les œuvres s'élèvent au-dessus de la médiocrité gé- 
nérale, il faut les prendre en bloc, défauts et qualités, 
sans chicaner sur leur grandeur; et mes critiques de 
Richard Strauss ne m'empêchent pas de le regarder 
comme le premier musicien d'aujourd'hui ; — car je ne 
vois aucune comparaison possible entre lui et Mahler. 
que j'estime, mais qui me paraît une nature poétique, 
écrasée sous le fatras d'une érudition pesante et com- 
posite, une personnalité plus élégiaque et plus gracieuse 
que forte, qui vise à un héroïsme, pour lequel elle n'est 
point faite. 

Mais j'ai dit que je ne voulais point parler de la 
musique allemande. Malgré le grand amour que j'ai 
pour elle, et qui me fait, à Paris, travailler à la faire 
mieux connaître, je sais combien il est difficile à un 
étranger de pénétrer l'art d'un autre pays; et il y a 
plus d'intérêt, sans doute à dire ici ce que je pense 
de la musique française. 



On avait eu la courtoisie de consacrer à la musique 
française le premier jour de concerts. A la vérité, pour 
je ne sais quelles raisons, qui ne me semblent pas très 
artistiques, on avait imaginé d'intercaler les œuvres 
françaises entre deux œuvres allemandes, bien surprises 
d'un tel voisinage: la belle ouverture d'Obéron, admi- 
rablement exécutée, mais qui préludait étrangement 
aux Béatitudes de Franck; et la scène finale des 
Meistersinger^ qui, — outre qu'elle n'est point faite 
pour un concert, mais pour le théâtre, et que c'est 
trahir les intentions de Wagner, qu'en user autrement, 
— est maintenant si connue, qu'il n'est vraiment pas 
urgent d'organiser des Musikfesie pour l'y faire en- 
tendre; et peut-être ne s'en fût-on pas avisé, si l'on 
n'avait attaché plus de prix aux paroles — à certaines 
paroles — qu'à la musique. Je laisse au bon goût alle- 
mand le soin de juger s'il était très à propos et 
surtout très justifié de se livrer à cette manifestation, 
qui date un peu, contre « wâlschen Ditnst mit wàl- 
schenTand», après les Béatitudes de Franbk, qui étaient, 
avec la Symphonie de Beethoven, l'œuvre la plus grave 
et la plus religieuse des trois soirées de concerts. 

Laissons cela, et passons aux œuvres mêmes. 
Deux seules partitions représentaient l'art français: les 



— 40 



Béatitudes de César Franck, et les Impressions d'Italie 
de Gustave Charpentier. 

On ne pouvait mieux choisir que les Béatitudes, 
Aucun concert ne peut donner à l'étranger quelque 
idée de la musique française contemporaine, si Franck 
n'y a point sa place. On ne saurait imaginer tout ce 
que Franck a été pour nous. Par sa seule grandeur 
morale et sa haute culture musicale, il fut, en dehors 
de toute situation officielle, et sans l'avoir cherché, le 
maître de toute la génération nouvelle de musicieiis. 
Il a régénéré la musique française. La classe d'orgue 
au Conservatoire de Paris, où il succéda à son ancien 
maître Benoist, en 1872, fut vraiment, comme le dit 
M. Vincent d'Indy, « le centre des études de com- 
position du Conservatoire Son enseignement, 

fondé sur Bach et Beethoven, mais admettant aussi 
tous les élans, toutes les aspirations nouvelles et géné- 
reuses, attira à lui les jeunes esprits, doués d'idées 
élevées et véritablement épris de leur art Sans s'en 
douter lui-même, il draina, pour ainsi dire, toutes les 
forces artistiques qui étaient éparses dans les diverses 
classes du Conservatoire, sans parler des élèves du 
dehors.» Ses principaux disciples furent, par ordre 
chronologique: Henri Duparc, auteur de charmants 
Lieder, Arthur Coquard, Alexis de Castillon, Vincent 
d'Indy, Camille Benoit, M"»* Augusta Holmes, Ernest 
Chausson, Pierre de Bréville, Paul de Wailly, Henri 
Kunkelmann, Louis de Serres, Charles Bordes, Guy 
Ropartz, Guillaume Lekeu. Si l'on ajoute que l'influence 
de cet enseignement se fît sentir plus ou moins sur 
ceux des élèves du Conservatoire, qui reçurent ses conseils 
à la classe d'orgue, par exemple: Samuel Rousseau, 
Gabriel Pierné, Auguste Chapuis, Paul Vidal, Georges 
Marty, Dallier, Dutacq, Galeotti, et aussi sur des vir- 
tuoses qui, comme Eugène Ysaye, vécurent dans son 
intimité; — si l'on note enfin que des artistes, comme 
Gabriel Fauré, Alexandre Guilmant, Paul Dukas, Em- 
manuel Chabrier, sans avoir été précisément ses élèves, 
n'échappèrent pas à son ascendant, — on voit que la 
musique nouvelle, presque entière, à Paris, est sortie 
de César Franck. 

L'influence et l'action de Franck fut double: ar- 
tistique et morale. D'une part, il était un admirable 
maître d'architecture musicale, si je puis dire, et il 
forma une école symphonique et une école de musique 
de chambre, sans analogue en France, sans précédents, 
et peut-être à beaucoup d'égards, plus hardie que celles 
des symphonistes allemands. D'autre part, il exerçait 
par son caractère une séduction irrésistible sur tous 
ceux qui l'approchaient. Entre tous les traits de sa 
belle nature morale, le plus remarquable était sa foi: 
elle devait frapper une époque artistique, qui en était 
assez dépourvue, et qui commençait à en souffrir; elle 
n'a pas été sans influence sur certains de ses disciples, 
groupés autour de Vincent d'Indy dans la Schola can- 
torum^ fondée quatre ans après sa mort, en 1894, et 
sur la renaissance de la musique religieuse en France. 
Mais, au lieu que dans les autres domaines de l'art: 
dans la symphonie, dans la musique de chambre. 



Franck a été continué Qt peut-être surpassé par certains 
de ceux qui vinrent après lui, aucun n'a hérité de 
son génie religieux: sa foi est restée unique; elle est 
la source la plus forte et la plus pure de son inspi- 
ration. 

Nulle œuvre ne le montre mieux que les Béatitudes, 
Il n'y a là rien, ou presque rien pour l'art. C'est l'âme 
qui parle à l'âme. Comme Beethoven l'écrivait à la 
fin de sa Missa solemnis : <^Vom Herzen — zu 
Herzen! — — — Et en vérité, je ne connais que 
Beethoven, qui ait eu, depuis un siècle, à un tel degré, 
cette vertu d'être vrai, de ne dire rien que de vrai, de 
ne parler que pour soi, sans penser au public. Jamais 
la foi ne s'est exprimée avec plus de sincérité. Franck 
est le seul musicien avec Bach, qui ait réellement vu 
le Christ, et qui le fasse voir. J'oserai même dire que 
son Christ est plus simple que celui de Bach, chez qui 
la grandeur de la pensée est parfois entraînée par la 
richesse de la forme et par une sorte d'habitude d'écri- 
ture à des répétitions et à des artifices de virtuosité 
qui l'affaiblissent. Chez Franck, c'est la parole toute 
pure du Christ, sans ornement parasite, dans sa force 
vivante; et l'accord est merveilleux de la musique et 
de cette auguste parole, où résonne la conscience du 
monde. J'entendais dire une fois, à Mn>« Wagner, qu'il 
y avait dans certaines phrases de Parsifal, en parti- 
culier dans le chœur: Durch Mitleid wissend, une 
vertu proprement religieuse, la force d'une révélation. 
Je trouve cette force plus efficace et -cette vertu plus 
évangélique dans les Béatitudes. — Je ne sais trop, 
dans la musique allemande d'aujourd'hui, où l'on 
pourrait trouver ce sérieux et cette foi. 

C'était donc à juste titre qu'on avait fait place à 
cette œuvre dans le programme du Musik/est, Mal- 
heureusement, les conditions dans lesquelles on la pré- 
senta furent assez malheureuses. En premier lieu, on 
s'était adressé à M. Camille Chevillard, qui est assuré- 
ment le meilleur chef d'orchestre français, mais que 
rien ne désignait pour diriger un oratorio de César 
Franck, dont il ne comprend pas l'esprit, et dont il ne 
donne presque jamais les œuvres à Paris. C'était à 
Edouard Colonne, qui depuis vingt ans a toujours été 
le champion de l'art franckiste, ou à Vincent d'Indy ou 
bien à Guy Ropartz, tous deux disciples de Franck 
et pénétrés de son esprit, qu'il convenait d'offrir la 
direction. 

Et surtout, il était inconcevable qu'on eût fait subir 
à la partition des Béatitudes des mutilations que rien 
ne peut autoriser. Si je me souviens bien, on a joué 
au Musik/est cinq Béatitudes sur huit ; et on avait fait 
des coupures dans la troisième et la huitième. Si du 
moins ces coupures s'étaient attaquées aux parties mé' 
lodramatiques de l'œuvre I Mais il n'en était rien ; et 
c'était une sorte de choix arbitraire de quelques frag- 
ments. C'est là un manque de respect pour l'art: il 
faut donner les œuvres comme elles sont, ou point 
du tout. 



— 41 -- 



l'our faire passer l'austère grandeur des Béatitudes, 
on les avait fait suivre immédiatement des Impressions 
d'Italie de Gustave Charpentier. Je ne veux point dire 
du mal de cette œuvre. Elle est brillante et vivante; 
elle a de la couleur et de la verve. Mais elle est super- 
ficielle, déclamatoire; et la faveur extraordinaire, — 
unique entre les musiciens français, ~ dont Charpentier 
jouit auprès du grand public allemand et même de 
musiciens comme Strauss, me semble prouver moins en 
sa faveur qu'en défaveur du goût allemand contempo- 
rain. Dans tous les cas, il est absolument inexact de 
prendre les Impressions d'Italie, comme type de la 
musique française d'aujourd'hui; et l'on ne saurait 
croire en Allemagne combien un Français, qui suit de 
près le mouvement musical, est surpris et un peu 
choqué de voir représenter son art par les deux seuls 
noms de César Franck et de Charpentier, bizarrement 
associés. Il y a une disproportion singulière à mettre 
en face de Strauss et de Mahler, qui sont les champions 
les plus notoires de l'art allemand le plus avancé, 
Franck, qui est déjà pour nous « un grand-père 5^, comme 
dit Vincent d'Indy, et Charpentier, qui, quel que soit 
son talent, représente chez nous un art issu de Wagner, 
que notre école actuelle a renié. Vous ne pouvez, par 
ces deux noms, avoir aucune idée de notre musique 
nouvelle. Ce qu'est vraiment cette musique, je vou- 
drais essayer de l'indiquer dans un prochain article. 

ROMAIN ROLLAND, Paris 



CONGRÈS DE CHANT D'ÉGLISE A STRASBOURG 

A la suite des décisions du Pape sur le chant 
d'église, la commission pontificale chargée des éditions 
grégoriennes du Vatican a manifesté le désir de voir 
se réunir en congrès tous les musiciens que leurs 
fonctions appellent à s'occuper du chant d'église. Ce 
congrès se réunira à Strasbourg, sous la direction du 
docteur Wagner, professeur à l'université de Fribourg 
(Suisse), les 16, 17 et 18 août. Un comité international 
chargé de préparer le Congrès comprend Dom Pothier, 
président de la commission pontificale; Mgr. Perosi, 
directeur de la chapelle Sixtine; le docteur Haberl, di- 
recteur de l'Ecole de musique sacrée de Ratisbonne, 
etc. On pourra s'adresser pour toutes demandes de 
renseignements à Strasbourg à M. J. Victori, maître de 
chapelle de la cathédrale, 5, rue des Veaux. Les langues 
officielles admises au Congrès pour les communications 
scientifiques ou pratiques sont le latin, le français, 
V allemand. 

ÉCONOMIE POLITIQUE, COMMERCE 
ET INDUSTRIE 

La question du canal latéral au Rhin a pris, de- 
puis qu'elle a été traitée pour la dernière fois dans 
cette chronique, une importance telle que nous dépas- 
serions de beaucoup la place qui nous est réservée, si 
nous voulions la traiter à fond. Elle a passé, depuis 



un an« par des phases si variées que nous devrons 
nous borner à uiie courte énumération des principaux 
faits qui en ont marqué l'évolution. 

3 mai 1904. La Délégation d'Alsace-Lorraine, 
après un discours très énergique du maire de Stras- 
bourg, M. Back, en faveur de la construction d'un 
canal latéral au Rhin, adopte à l'unanimité la résolution, 
proposée par sa IV® Commission, «d'inviter le gou- 
vernement à se mettre en rapport avec la Bavière, 
afin de savoir si, et à quelles conditions, oelle-ci auto- 
riserait la construction du canal sur territoire palatin.» 

12 juillet 1904. La 2« Chambre du Landtag 
badois reprend la question de la régularisation du 
Rhin, elle abandonne les conditions qu'elle avait posées 
il y a deux ans et qui avaient été déclarées inaccep- 
tables par le gouvernement et la Délégation d'Alsace- 
Lorraine, et donne son consentement au projet de ré- 
gularisation, à condition que, sur la part de 40% des 
frais, incombant au Grand-Duché, la somme de 1 million 
de marcs au moins soit portée par les intéressés 
alsaciens. 

6 octobre 1904. La société « Qberrheinischer Kanal- 
vereim» émet un vœu en faveur du canal et demande 
une enquête sur les pertes occasionnées au commerce 
alsacien par l'insuffisance de la navigation du Rhin su- 
périeur. (Cette navigation a chômé du 1«*" août 1904 
au 15 mars 1905.) 

Octobre 1904, Toute la presse allemande cite et 
commente un article du « Journal des Débats » suivant 
lequel l'enthousiasme de M. Back pour le canal ne 
serait que façade : « M. Back se souvient trop bien 
d'une conversation particulière, où Guillaume II lui 
marqua, très brutalement, la répugnance que lui inspire 
le <stupide canal*. Le fait n'est pas. démenti. 

4 novembre 1904. A la Délégation d'Alsace-Lor- 
raine, sur une interpellation de M. Blumenthal, M. Zorn 
de Bulach, sous-secrétaire d'état, déclare que les né- 
gociations au sujet de la régularisation sont sur le 
point d'aboutir, que M. Back, maire de Strasbourg, 
s'est chargé de trouver, auprès des intéressés, le million 
que le pays de Bade ne veut pas payer, et que, dans 
ces conditions, le gouvernement n'a pas jugé nécessaire 
de s'adresser à la Bavière au sujet du canal. 

7 décembre 1904. Le <!i Qberrheinischer Kanal- 
verein» adresse une pétition au conseil municipal de 
Strasbourg, l'engageant à ne pas voter la somme que lui 
demanderait le maire pour la régularisation. 

20 décembre 1904. La Chambre de commerce de 
Strasbourg soumet au Conseil municipal un rapport de 
la « Société d* Etudes pour l'amélioration des voies na- 
vigables en Alsace- Lorraine >, Cette société est d'avis 
que la régularisation offre si peu d'avantages qu'elle 
ne serait à poursuivre qu'à partir du moment où toutes 
les démarches en faveur du canal seraient épuisées. 
D'après elle le canal est réalisable; un groupe de 
banquiers de la place a établi un programme fi- 
nancier, suivant lequel 20 millions de marcs seraient 



— 42 



mis à la disposition de TEtat pour la construction du 
canal. 

28 décembre 1904. Le maire saisit le Conseil mu- 
nicipal d*un long rapport sur la régularisation, concluant 
à une demande de crédit de 1 million de marcs, comme 
contribution de la ville de Strasbourg aux frais de cette 
entreprise. 

5 janvier 1905, La Chambre de commerce de 
Strasbourg adresse une pétition au ministère d'Alsace- 
Lorraine, lui demandant de donner suite au vote de la 
Délégation du 3 mai 1904. 

7 Janvier 1905. Environ 200 commerçants, réunis 
au local de la Bourse-aux-Marchandises, se prononcent 
en faveur du canal et contre la régularisation. 

9 janvier 1905. Première séance de la commission 
spéciale du Consçil municipal : le maire est seul à dé- 
fendre son projet; voyant l'opposition des membres 
les plus influents du conseil, il fait ajourner la décision. 

20 janvier 1905, Le maire fait publier son rapport 
dans les journaux. 

21 janvier 1905, La Chambre de commerce, de 
son côté, publie sa pétition du 5 janvier, ainsi que la 
réponse qui lui a été faite, en date du 10 janvier: 
le ministère refuse d'entrer en pourparlers avec la 
Bavière au sujet du canal, « d'autant plus que les pro- 
positions de la Chambre de commerce ne se prêtent 
pas à être discutées». 

24 janvier 1905. En séance extraordinaire, la 
Chambre de commerce décide d'adresser une pétition au 
Statthalter pour protester contre la façon dont elle est 
traitée par le gouvernement. Ce mémoire, publié quelques 
jours plus tard, donne un exposé complet de la question 
et se termine par un appel à TEmpire dont le commerce 
alsacien demande la protection. 

29 janvier 1905. Le « Oberrheinischer Kanaî- 
verein» adresse une pétition à la Délégation d'Alsace- 
Lorraine, conforme au vote de l'assemblée du 7 janvier. 

30 janvier 1905. Une autre pétition en faveur 
du canal, signée par plus de 900 commerçants stras- 
bourgeois, est remise au Conseil municipal. 

6 février 1905, Une délégation de la Chambre de 
commerce est reçue en audience chez le Statthalter, 
en présence de tous les ministres. Le gouvernement 
oppose une .fin de non recevoir catégorique à toutes 
les demandes du commerce; il se dit lié vis-à-vis des 
étals voisins et ne peut agir en faveur du canal que 
s'il ne se trouve pas d'intéressés pour payer le 
million. 

12 février 1905, Elections complémentaires au 
Conseil municipal. M. Ungenuich qui, lors de la réunion 
du 7 janvier et dans de nombreux articles de jour- 
naux, a pris une attitude très énergique en faveur du 
canal et contre la régularisation , est élu dans la 
3e section avec une énorme majorité. D'autre part, 
ces élections renforcent considérablement le parti 
socialiste au Conseil, de manière à lui donner presque 
la moitié des' sièges. 



2 mars 1905. Vu l'attitude du gouvernement, 
la Chambre de commerce décide de ne plus faire de 
démarches en faveur du canal avant le vote du Conseil 
municipal ; elle engage ce dernier à créer une situation 
nette, en rejetant toute subvention pour une entreprise 
qui ne profiterait qu'aux Badois. 

3 avril 1905. Le « Oberrheinischer Kanalverein » 
retire f>a pétition du 29 janvier à la Délégation et 
enlève, par ce fait, à cette assemblée l'occasion d'émettre 
le vœu défavorable au canal qu'attendent les partisans 
de la régularisation, pour exercer une pression sur le 
Conseil municipal. 

4 avril 1905. Banquet offert par le Statthalter 
aux membres de la Délégation. Le Statthalter prononce 
un discours dans lequel il critique en termes très vifs 
les agissements de la Chambre de commerce et des 
partisans du canal, qui remettent toute la question en 
jeu, au moment où la régularisation allait enfin aboutir ; 
il espère « en Dieu » que ce but sera atteint et que la 
ville de Strasbourg n'aura pas un jour à se reprocher 
d'avoir fait avorter l'amélioration de la voie navi- 
gable. 

14 avril 1905. M. Adolphe Schleiffer, fondateur 
et vice-président du « Oberrheinischer Kanalverein » 
est élu membre de la Chambre de commerce. La 
< Strassburger Post», jusqu'ici seul organe du parti 
de la régularisation, attribue une haute portée à cette 
manifestation en faveur du canal. 

2S juin 1905, La « Freie Presse », l'organe des 
socialistes strasbourgeois, commence la publication d'une 
série d'articles en faveur de la régularisation. On en 
conclut que les avances, faites depuis des semaines par 
le maire aux conseillers socialistes, sont en train de porter 
leurs fruits. 

Quand ces lignes paraîtront, le Conseil municipal 
aura voté le million pour la régularisation, et le canal 
sera enterré, (is juillet i906). 

Production, importation et exportation de vins 
en Alsace-Lorraine. — L'Alsace-Lorraine a produit en 
1904 1,034,948 hectolitres de vin, ce qui représente sur 
l'année précédente une augmentation de 332,585 hecto- 
litres. En prenant un prix moyen de 29.36 mes par 
hectolitre, les statistiques officielles qui viennent de pa- 
raître évaluent la récolte de 1904 à une somme totale 
de 30,387,401 mes, tandis que la valeur de la récolte 
de 1903, dont les vins n'ont atteint qu'un prix moyen 
de 22.92 mes, se montait, d'après la même source, à 
16,099,405 mes. Il y aurait donc une augmentation 
de rendement de 14,287,996 mes. Malgré cette belle 
récolte, l'Alsace-Lorraine a importé en 1904 409,246 hecto- 
litres de vin (54,059 de plus que l'année précédente), 
dont 140,685 du Palatinat (soit 9,188 hectolitres de moins 
qu'en 1903), et 197,535 de l'étranger (contre 241,916 
en 1903). Les exportations ne se sont chiffrées qu'à 
167,462 hectolitres (13,978 de plus que Tannée précé- 
dente), dont 156,060 hectolitres en Allemagne (11,843 
de plus qu'en 1903. 



— 43 — 



VARIA 

Le 1 1 mal dernier a été inauguré à Gravelotte, en 
présence de Guillaume II, un monument à la mémoire 
des soldats allemands morts au champ d'honneur 
en 1870. 

Le monument se compose d'un vaste halle dont 
un ange de la victoire garde l'entrée. 

L'exposition de dessins et de photographies de 
monuments historiques alsaciens, qui eut lieu à Stras- 
bourg en 1.900, révélait une source, très importante et 
jusque-là insuffisamment exploitée, de renseignements 
précieux pour l'étude du passé de notre pays. Les 
« Archives impériales des monuments » (Kaiserl. Denkmal- 
archiv in Strassburg), fondées l'année suivante, ont 
montré le parti qu'on pouvait tirer d'un groupement 
systématique de tous les documents de cette espèce, 
non seulement au point de vue de l'étude, mais aussi 
de la conservation des anciens édifices. Ce dernier but 
ne peut toutefois être pleinement atteint qu'en répan- 
dant autant que possible dans le public le goût et la 
compréhension de ces témoins de notre histoire. A cet 
effet , la direction des « Archives des monuments » se 
propose d'organiser l'automne prochain, dans les salles 
du rez-de-chaussée du Château de Strasbourg, une nou- 
velle exposition qui comprendra les sections suivantes : 

10 Moyens scientifiques pour l'entretien des mo- 
numents historiques (documents, anciens plans, photo- 
graphies, dessins, gravures, publications, etc.). Les 
objets de cette catégorie seront empruntés aux collec- 
tions des Archives des monuments (dont il sera publié 
un catalogue spécial à cette occasion), de la bibliothèque 
de l'Université, des Archives départementales et des 
diverses sociétés archéologiques du pays. 

2» Moyens techniques pour l'entretien des mo- 
numents historiques (matériaux et modes divers de 
construction et d'ornementation, en outre, exemples des 
différentes méthodes employées pour l'entretien et la 
restauration des fresques, tapisseries, vitraux, sculp- 
tures en bois, cloches, etc.), section pour laquelle les 
intendances des bâtiments des cathédrales de Strasbourg 
et de Colmar ont promis leur concours. 

30 Dessins et modèles de travaux d'entretien et 
de restauration de monuments y projetés ou en voie 
d'exécution. 

Plusieurs conférences faites pendant le cours de 
l'exposition en faciliteront l'étude, et contribueront à 
lui assurer une valeur durable. 

11 vient d'être fondé une Société d'histoire des 
Juifs d' Alsace- Lorraine y grâce à l'initiative de M. le 
rabbin D"" M. Ginsburger de Soultz (H*® Alsace), sous 
les auspices de M. Lazare Lantz, président d'honneur, 
et de M. Charles Lévy, président. Cette société se pro- 
pose de collectionner et de conserver les documents 
et les monuments concernant les juifs d'Alsace-Lorraine 



et de publier des travaux historiques. M. Ginsburger 
a déjà fait paraître une brochure sur le cimetière israélite 
de Jungholz et il publiera prochainement l'histoire des 
juifs de Roufach avec des dessins de l'ancienne syna- 
gogue de cette ville faits par M. C. Winkler de Colmar. 
Cette œuvre utile et intéressante mérite d'être soutenue 
par tous ceux qu'intéresse l'histoire de notre pro- 
vince. 

Nous sommes heureux de signaler l'apparition d'un 
nouveau périodique messin, L' Austrasie^ dont le premier 
numéro vient de paraître. Cette publication se propose 
de faire revivre l'ancienne «Revue d'Austrasic», fondée 
à Metz en 1837, qui s'était soutenue pendant plus de 
trente années. Son but est de recueillir les événements, 
les légendes de la ville et du pays messin, d'en publier 
les monuments, de rendre hommage aux Messins qui 
disparaissent. L'histoire, l'archéologie, les arts*, toutes 
les manifestations de l'activité messine y seront tour 
à tour étudiées. 

La revue est trimestrielle. Chaque numéro forme 
un fascicule de 70 à 80 pages illustrées, avec plusieurs 
planches hors texte. Le prix d'abonnement à Metz et 
en Alsace-Lorraine est de 8 mes; partout ailleurs de 
10 mes. On s'abonne au Bureaux de l'Austrasie, 
50 place S'- Louis, à Metz. 

Au moment de la mort de Tillustre penseur Elisée 
Reclus, il nous paraît intéressant de rappeler l'opinion 
de ce savant sur la question d'Alsace- Lorraine, On 
lit, au huitième volume de la «Géographie universelle >, 
cette appréciation : 

«En vertu du «droit de la force», qui «prime le 
droit» lui-même, l'Alsace-Lorraine est devenue terre 
allemande ; ses populations, en grande partie françaises 
par la volonté, sont retenues captives dans une en- 
ceinte de frontières que le glaive a tracées. Désormais, 
il est vrai, la France ne saurait plus revendiquer comme 
siennes les provinces qu'elle a livrées par un traité 
formel: mais, quoique déclarée «terre d'empire», quoique 
changée en un domaine qui appartient en commun à 
tous les Etats d'Allemagne, et surtout à leur maître: 
l'empereur, l'Alsace-Lorraine n'en garde pas moins la 
possession virtuelle d'elle-même ; si quelque jour, elle 
peut reconquérir non point une autonomie prétendue, 
mais une indépendance réelle, vivre libre à côté de 
pays libres , c'est elle qui prononcera cféfînitivement, 
elle seule qui pourra réconcilier les deux nations cou- 
pables, l'une d'en avoir risqué la perte sans pouvoir la 
défendre, l'autre de s'en être emparée comme un butin 
de guerre. » 

La librairie Treuttel & Wûrtz, à Strasbourg, met 
en vente, à prix réduit, une série d'alsaliques impor- 
tantSf tels que l'Album de l'Exposition militaire (Stras- 
bourg, 1903). Ces ouvrages sont consignés sur une feuille 
que nos lecteurs trouveront encartée dans ce numéro. 



^'^^jh^dK 



VorftDtwortlich : Dr. BUCHER. Gérmnt 



SOMMAIRE 



FAITS ET DOCUMENTS: «La Bibliothèque municipale 
de Strasbourg en péril ! > 

NÉCROLOGIE: E.-A. Hcintz; J.-J. Henner (avec une 
pièce de vere de G. Spetz) ; Ed. Pierron; Ch.-E. 
Ris 1er. 

DISTINCTIONS 
. BIBLIOGRAPHIK: Bulleli» du Musée historique de 
Mulhouse CXXVIIIJ, Année:90A; L'AiisIrasit.K' 1, 
I90S ; Notes historiques et archéologiques sur Stras- 
bourg avant et pendaut la Révotufion, par I. Her- 



mann ; Baudentmâltr der Freiherre» von Mûllen- 
keim im Elsass. par J, Nœher; Les Monnaies des 
Landgraves Autrichiens de la Haute-Alsace, par 
E. Lehr: Récils d'un vieil Alsacien, par Jeanne et 
Frédéric Régamey; Cœur et Préjugés, par L. Lœmlé; 
Roses et Chrysanthèmes, par Ed. Reyle; Souvenir 
des Vosges et de Strasbourg, par Ad. Morpain. 

ÉCONOMIE POLITIQUE, COMMERCE ET INDUSTRIE; 
La situation économique de la Bassc-Alsac« en 1904. 

VARIA 



FAITS ET DOCUMENTS 



• LA BISUOTHÈQUB MUNICIPALE DE STRASBOURG 
£N PÉRIL I > 

La Bibliothèque municipale de Strasbourg est 
une de nos vieilles institutions dont le soin in- 
combe encore a des Vieux-Stra «bourgeois. Elle possède, 
acquiert et prêle des livres français. Voilà des tares 
qui appelaient une épuration. Cette besogne semble 
en bonne voie. Un Journal de notre vilte') vient de 
pousser ce cri d'alarme — comme en 18T0 le gardien 
de la cathédrale ; ' La Bibliothèque en p/ril ' > Frustrée, 
par le bombardement, de son opulent héritage, la des- 
cendante de la glorieuse collection Schuiptlin avait su 
se reconstituer un pécule enviable^). 11 est question, 
paraît-il, de l'exproprier tout simplement, et ce projet ne 
daterait pas d'aujourd'hui. Elle possède des manuscrits, 
des incunables, des alsatiques qui agréeraient aux 
Archives municipales , des ouvrages scientitîques dont 
s'accommoderait la Bibliothèque de l'Université, des livres 
scolaires que ne refuseraient pas les écoles, un fonds 
de cabinet de lecture et une subvention qui feraient 
l'affaire de la Bibliothèque populaire, et des «inutilités» 
— lisez: des livres français — dont auraient raison 
les enchères. 

Telles seraient les propositions d'un rapport secret 
présenté par l'archiviste municipal n l'administrai ion de 
l'Hùtel de Ville. 

La Bibliothèque municipale actuelle fut fondée en 
1872 par le Conseil d'alors avec la volonté formelle et 
la promesse faite aux donateurs, que jamais le contenu 
n'en pourrait être aliéné au protîl d'une autre collection, 
universitaire ou populaire. El de nombreux bienfaiteurs 
n'ont enrichi qu'avec cette garantie et à cette condition 

>) Journal d' Alsace-Lorraliie du 31 aotjl I90;. 

^ Voir: F. BLUMSTEIN, La Blbliolhcqiie muHUipale de 
Strasbourg el son histoire. Rixheim 1903. 



la bibliothèque de leur ville natale*). Que des édiles 
aient le droit de disposer purement et simplement de 
ce trésor, soit pour obéir à des injonctions, soit pour 
satisfaire des convoitises ou des rancunes, cela est 
donc plus que douteux. 

Aussi les partisans du démembrement, devant l'émoi 
suscité par ces révélations, ont-ils imité de Conrart 
le silence prudent. Leurs amis affectent de rire de 
nos alarmes: <11 ne s'agit nullement de destruction. La 
bibliothèque ne court aucun péril. Le péril réside dans 
l'état de choses actuel. Il faut y remédier. Il faut rem- 
placer le bibliothécaire d'aujourd'hui par un fonctionnaire 
du métier. Il faut sauver la Bibliothèque munici- 

Mes frères, soyons en garde contr 
Méditons la fable du renard prêchant. Et méfions 
de certaines réformes. Réformer nos vieilles ii 
de même que restaurer nos antiques monuments, c'est 
les anéantir. — Continuerons- nous à laisser faire? Des 
préoccupations de chapeUe ou de boutique parleront-elles 
éternellement plus haut que notre dignité? Et quand 
donnerons- nous raison a l'adage que l'attitude de nos 
pères inspira à Gcethe cent ans après la conquête fran- 
çaise : < Lorsque le vaincu perd forcément la moitié de 
son existence, il compte pour une ignominie d'aban- 
donner volontairement l'autre moitié ! i 



NÉCROLOGIE 

HRINT?,, ÉMILE-AUGUSTE, général de 
retraite, grand-oflicier de la Légion d'honnei 
ir plusieurs lellres de H 



dolphe Reuu, publiées par ■< 



Mittelbergheim le 19 octobre 1827, mort à Lyon le 
11 septembre 1905. 

Le général Heintz a fait les campagnes de Crimée 
et d'Italie; en 1870, il faisait partie de l'orinée de Metz 
et a été blessé à Kezonville, Nommé générsl de brigade 
en i881, il passa général de division en 1888 et fut, 
bientôt après, appelé au poste du gouvernement militaire 
de Lyon qu'il occupa jusqu'au moment de sa retraite. 

Le général Heintî: était resté fidèle à l'Alsace ; 
chaque année il revenait passer quelques semaines au 
pays, tantôt à Mittelbergheim, tantôt à Strasbourg oij 
il comptait de nombreux parents et amis. 

HENNER, JEAN-JACQUES, peintre, grand- officier de 
la Légion d'honneur, membre de l'Académie des Beaux- 
Arts, né à BernwiUer le 5 mars 1829; mort à Paria 
le 23 juillet I<I05. 

La vie du grand artiste qui vient de disparaître 
fut un labeur de près <ie cinquante années qui dota 
l'École française de nombreux chefs-d'œuvre. 

Issu d'une famille établie dans le Sundgau depuis 
le XVII* siècle, Henner fréquenta te collège d'Altkirch 
de 1842 à 1845. Là, sa vocation précoce fui encou- 
ragée par d'admirables parents — Séraphin Henner, 
son frère, en particulier — et le dessinateur-archéologue 
Charles Goutzwiller qui guida les premiers essais de 
l'enfant. A son instigation, Henner vint à Strasbourg, 
en 1845, alin de recevoir l'enseignement de Gabriel- 
Christophe Guérin. Il y copia le Berger buvant à une 
faHlaine, du peintre strasbourgeois Heim. En 1847, à 
Paris, il entra dans l'atelier de Michel-Martin Drolling, dis 



de l'artiste alsacien du même nom établi à Paris vers 
la fin du XVIIIb siècle. Sur la recommandation de ce 
maître, Henner reçut une modique pension de 500 francs 
du Conseil-général du Haut-Rhin. A la mort de Drolling, 
il fréquenta l'atelier Picot et surtout le Musée du Louvre. 
On a tout dit sur les années pénibles de ses débuts, 
depuis les confidences de l'/t travers le passé, de 
Charles Goutzwiller. En 1853, Henner lit une copie du 
Christ en Croix, de Prudhon, qu'il offrit plus lard à 
l'église d'Altkirch. Deux ans après, malade et désespéré, 
il revint en Alsace, y peignit des portraits et des éludes, 
dont l'une (lHij6) est au Musée de Mulhouse. Ces travaux 
resteront de précieux renseignements sur le point de dé- 
part de l'évolution de sa technique. En 1858, retourné à 
Paris, il obtint le Prix de Rome avec un Adam et Eve 
trouvant le corps d'Abel qui lui valut les sympathies 
d'Horace Ver net. A Rome, Henner fit partie du groupe 
si connu par la direction nouvelle qu'il devait donner 
à l'art français : Delaunay, Carpeaux, Dubois, Chapu, 
Falguière, Guiraud, Bizet, Ulmann, Sellier, etc., tous 
groupés dans les Pensionnaires de la Villa Midicis 
en Î860, de ce dernier (Musée de Nancy). L'artiste 
multiplia les études durant les cinq ans qu'il passa à 
l'Académie de France; paysages de la campagne romaine 
encore inconnus du public ; portraits du type de celui 
de Victor Schnelz, directeur de l'Académie ou de la 
Jeune romaine (Musée de Colmar) ; nus dans lesquels 
se précise sa manière de modeler les chairs, sa façon 
de passer lentement de l'ombre à la lumière autour 
d'un torse, d'une tête ou d'un membre. Ce sont la 
Madeleine pécheresse, le Christ en prison, le Jeune 
baigneur endormi — cette dernière toile, l'un des 
succès du Salon de 1863 — que l'on voit au Musée 
de Colmar. En particulier, c'est l'étude d'homme nu 
couché (1860) faite sous l'inHuence du CkrisI mort, 
d'Holbein, avec cette liberté de technique, cette virtuo- 
sité qui lui permirent de copier, en 1872, la Femme et 
les enfants, du même Holbein , sans cesser d'être 
Henner. L'étude est au Musée de Mulhouse — le 
plus riche en œuvres du grand peintre — et la copte, 
au Musée de l'École des Beaux-Arts de Paris. De Rome, 
il envoya encore au Salon de 1865 la Chaste Suzanne, 
l'une des pertes du Musée du Luxembourg. De 1865 à 
1898, date du Liviic d'Èphraïm (collection Alfred 
Engel) qui lui valut la médaille d'or, les envois du 
peintre alsacien furent parmi les plus goûtés de chaque 
exposition. Méprisant les vains artifices de la compo- 
sition, l'artiste y concentrait tous ses efforts sur des 
recherches de métier. On peut dire que rarement 
peintre moderne a plus limité l'intérêt littéraire de son 
œuvre afin d'en augmenter l'intérêt artistique. Le titre 
d'un Henner importe peu : sa tâche suffit et elle est 
toujours aussi particularisée que celle d'un Giorgione, 
d'un Corrège ou d'un Prudhon. En 1870, une seule 
fois, l'Alsacien Henner oublia cette règle en faveur de 
lu célèbre Alsace offerte à Gambetto, en 1872. 

On localise les meilleurs Henner entre 1874 et 1889. 
Ils se rattachent à quatre sources d'inspiration : le 
portrait, le nu, la mythologie et la Bible. 



Les portraits sont nombreux. Portraits de famille 
peu connus des amateurs, hormis l'un des nombreux 
profils de son frère Séraphin (Musée d'Alkirch) et, en 
1875, le magnifique 7. /. Henner^ pittorc aîsaziano 
(Musée des Offices, Florence). On les conserve à Paris 
et à Bernwiller. Entre tous, rien de ce que peignit 
l'Henner portraitiste ne peut être comparé à l'admirable 
effigie de M"« Séraphin Henner, sa belle-sœur, vue 
à mi-corps, assise, avec un visage anéanti par la 
souffrance et une robe noire dans laquelle on sent le 
corps réduit à l'état de loque. Portraits d'amis et de 
personnalités, dont l'Alsace possède quelques-uns — et 
des meilleurs! Les deux Madame Daniel Dollfus, en 
pied et en buste de profil (Musée de Mulhouse), le 
musicien mulhousien Henri Reber (Musée historique 
de Mulhouse), le Henri Haeffely (Hôtel de la Société 
Industrielle de Mulhouse), le Charles Goutzwiller (Musée 
d'Altkirch), le Charles Grad (Musée de Colmar), etc. 
Combien d'autres seraient à citer! 

Ses plus fréquents sujets de nus étaient l'homme 
couché et la jeune fille. Du premier, dont le prototype 
est au Musée de Mulhouse, il a tiré une série du 
Christ au tombeau. Le plus poussé restera celui du 
Musée de Lille (1876). De la seconde, les essais sont 
innombrables. Beaucoup d'entre eux ont passé en Amé- 
rique et n'en reviendront plus. Le Musée de la Ville 
de Paris conserve une Èglogue qui montre deux nus 
féminins, aux fines attaches, aux ventres superbes, aux 
torses battus par la chevelure rousse que le maître 
affectionnait. Devant certaines préparations de ces 
EglogueSf refusées aux amateurs et conservées à Paris, 
on songe aux Vénus de Velazquez et du Titien. 
Henner les plaçait sur des fonds imprécis, de tonalité 
verdâtre, véritables synthèses de paysages à la CoiTrbet 
dont il recherchait les effets, à Bernwiller, les soirs 
d'orage, durant ses séjours d'été dans le Sundgau. Qui 
ne connaît la Biblis changée en source^ du Musée de 
Dijon, si remarquée à l'Exposition Universelle de 1867? 
Qui ne se souvient de l'effrayante tête de Saint-Jean- 
Baptiste (1877); du Bon Samaritain (1874): du Saint- 
Sébastien (1888); de tant d'autres commentaires de la 
fable antique ou de la légende chrétienne? 

Les honneurs vinrent rapidement à Henner. Che- 
valier de ia Légion d'honneur en 1873, il était devenu 
le grand-officier auquel on souhaitait la distinction su- 
prême. En 1889, il avait été élu membre de l'Académie 
des Beaux -Arts. C'était le second peintre alsacien, 
après Heim, dont la carrière ait eu un tel couronne- 
ment. Les amateurs et les musées se disputaient ses 
toiles. Ses opinions faisaient autorité au Salon et dans 
les nombreuses Commissions d'art. L'homme n'avait 
pas changé. Il restait simple, un peu caustique, labo- 
rieux artisan toujours mécontent de lui-même, cherchant 
un idéal qui reculait sans cesse. Il avait vu disparaître, 
les uns après les autres, ses amis, les peintres de la 
vieille Alsace et les joyeux figurants de la toile de 
Sellier. Seul, le vieil Hébert pouvait encore lui tendre 
sa main d'octogénaire et le réconforter. Il n'y réussit 
pas. Henner est mort torturé par l'idée qu'il n'avait 



rien fait depuis son Prix de Rome, et que ses cinquante 
ans de labeur ne résisteraient pas au jugement de 
l'avenir. « Pourquoi guérir^ disait-il à ses intimes au 
lit de mort, pourquoi guérir, puisque je ne pourrais 
plus travailler ? Mon temps est fini, » 

Au premier rang des maîtres de l'art français du 
XIX*' siècle, l'avenir placera l'Alsacien Jean-Jacques 
Henner. ANDRÉ GIRODIE 

JEAN-JACQUES HENNER 

Ah! Faut-il que pour tous sonne la dernière heure! 
Que, dans les cœurs vaillants et jamais consumés, 
La plus ardente flamme un jour s'éteigne et meure 1 
Le vieux maître n'est plus, ses yeux se sont fermés 
Sans revoir son village, au beau pays d'Alsace, 
Les grands noyers touffus ombrageant le chemin, 
Les Vosges s'enfuyant dans l'azur et l'espace. 
Et la blanche maison qu'envelopp>e un jardin. 
C'est là qu'il évoquait dans une paix profonde, 
Les souvenirs d'enfance et son puissant labeur. 
Heureux de sa moisson abondante et féconde. 
Vieillard, il conservait la jeunesse en son cœur! 

De son regard pensif jaillissait une flamme, 

Quand, avec ses amis, en douce intimité. 

Il parlait du grand art, leur révélant son âme, 

Vibrant pour la nature, exaltant la Beauté, 

Mais détestant Tapprêt, la pose et l'artifice; 

Simple, droit, un peu rude, il restait sundgovien 

Et décochait des mots pétillants de malice, 

Avec la bonne humeur d'un brave Alsacien. 

Pour ceux qu'avait séduits et trompés la Chimère, 

Artistes méconnus, oubliés, malheureux. 

Qui, malgré leur talent, peinaient dans la misère, 

Sa bourse était ouverte et son cœur, généreux. 

Si le nom de Henner en langue ancienne exprime: 

Travail opiniâtre et tout puissant effort; 

Au faîte de la gloire et planant sur la cime, 

Le maître ne céda que vaincu par la mort. 

«A Bernwiller, je veux, à la saison prochaine,» 

Écrivait-il naguère au meilleur des amis, 

«Voir le printemps renaître et réveiller la plaine. 

Contempler les jardins et les vergers fleuris! ...» 

Mais il ne revit pas le printemps en Alsace: 

Dans les champs on fauchait déjà les épis d'or, 

Quand son œil se ternit, sa main resta de glace; 

L'âme du grand artiste avait pris son essor! 

Fidèle à sa patrie, en la terre de France, 

Il voulut reposer dans son dernier sommeil! 

Pour son pays natal il gardait l'espérance 

Et savait que la mort est l'heure du réveil! 

Toi qui réalisas ton rêve sur la terre, 
Qui sus créer pour nous la suprême Beauté, 
Tu connais à présent l'éternelle lumière. 
Et ton œuvre vivra dans l'immortalité! 

Juillet 190S GEORGES SPETZ 



— 47 — 



PIERRON, EDOUARD, général commandant de corps 
d'armée en retraite, grand-officier de la Légion d'hon- 
neur, né à Moyenvic (Lorraine) le 30 octobre 1835, 
mort à Versailles le 24 août 1905. 

M. Pierron passa plusieurs années au Mexique; il 
devint officier d'ordonnance de Tempereur Maximilien 
auprès duquel il resta jusqu'aux tragiques événements 
de 1867. En 1870, il se trouva, comme officier d'or- 
donnance de Napoléon III, à Sedan et réussit à s'échapper 
après la capitulation. Il se rendit à Tours où le gou- 
vernement le chargea de plusieurs missions délicates à 
rétranger. Plus tard, comme colonel, il professa pen- 
dant longtemps à TÉcole supérieure de guerre. 

Le général Pierron est l'auteur de plusieurs ouvrages 
très répandus dans toutes les Écoles militaires de l'Eu- 
rope, notamment d'un vaste travail sur Les méthodes 
de guerre modernes. 

. RISLER, CHARLES-EUGÈNE, directeur honoraire 
de rinstitut national agronomique, commandeur de la 
Légion d'honneur, ancien président de la Société na- 
tionale d'agriculture de France, membre du Conseil su- 
périeur de l'Instruction publique, ancien professeur à 
l'École centrale des Arts et Manufactures, né à Cernay 
le 5 novembre 1828, mort le 5 août 1905. 

Après de fortes études à Mulhouse d'abord, puis 
au collège royal de Strasbourg, Risler entra, en 1848, 
à 1 Ecole d'agriculture de Grignon, puis il fit un séjour 
prolongé à l'école de Hohenheim (Wurtemberg), qui avait 
alors la réputation d'être le meilleur établissement 
agronomique du monde entier. En 1850, on le retrouve 
à Paris, travaillant au fameux laboratoire créé par 
Wurtz, rue Garancière. Il entra comme préparateur à 
l'Institut agronomique de Versailles, qui avait été fondé 
en 1848, mais qui fut balayé par le coup d'État, en 
1852. En 1856, Risler se maria en Suisse et acheta 
à Calèves, près de Nyon, où il vient d'être enterré, une 
vaste propriété. 

Quand survint la guerre, il se dévoua à ses mal- 
heureux compatriotes réfugiés en Suisse. ' Il fit partie 
du Comité central de secours, formé par les agricul- 
teurs suisses, qui envoya pour près de 400000 frs de 
semences aux départements ravagés du Nord-Est. Après 
la paix, il se décida à revenir à Paris. L'Institut na- 
tional agronomique, où il avait débuté en 1852 comme 
chimiste, venait d'être réorganisé sous la direction de 
M. Tisserand, son ami au Conservatoire des Arts et 
Métiers. 11 y fut appelé en qualité de professeur d'agri- 
culture et ne tarda pas à en devenir le directeur. 

M. Risler laisse de nombreux travaux scientifiques. 
On cite de lui un ouvrage devenu classique. Physio- 
logie et culture du blé et une Géologie agricole, égale- 
ment très répandue. Il est le beau-père de l'illustre 
paysagiste, M. Zuber, notre compatriote. 



l'Université de Nancy, est nommé, à partir du 1®' no- 
vembre 1905, maître de conférences de langue et litté- 
rature allemandes à la Faculté des Lettres de l'Uni- 
versité de Paris. 

On a inauguré à Avesnes-sur-Helpe, le 3 septembre 
dernier, sous la présidence du ministre de la guerre, 
M. Berteaux, la statue élevée par souscription publique à 
la mémoire du petit tambour Stroh, originaire de la 
Wanzenau, qui périt glorieusement à Dourlers, le 15 oc- 
tobre 1793, première journée de la bataille de Wattignies. 

Voici en quelques mots quel fut cet épisode. Au plus fort de 
la bataille de Dourlers, le Jeune Stroh, ftgé de 14 ans, conçut un 
audacieux projet: il se glissa hors des rangs, contourna l'arniée 
ennemie et se mit à battre une charge furieuse pour faire croire 
à l'arrivée de nouvelles troupes françaises. Le stratagème réussît : 
la panique se mit dans les troupes ennemies, mais le jeune héros 
fut bientôt découvert. Sommé de se rendre, Stroh, pour toute 
réponse, ramassa le fusil d'un fuyard et se défendit vaillamment. 
Vaincu par le nombre, il tomba sous les balles au moment où 
ses camarades arrivaient à son secours. Ils ne purent que venger 
sa mort. 

Cent ans plus tard, le statuaire Fagcl sculptait l'effigie du 
jeune héros dans le monument commémoratif de la bataille de 
Wattignies, élevé à Maubcuge; d'autre part, le conseil municipal 
de Paris donnait le nom de Stroh à une des rues de la capitale. 



DISTINCTIONS 



M. Henri Lichtenberger, de Strasbourg, professeur 
de littérature étrangère à la Faculté des Lettres de 



BIBLIOGRAPHIE 

BULLETIN DU MUSÉE HISTORIQUE DE MULHOUSE, 
XXVIII, Année 1904. Mulhouse, Imprimerie Veuve 
Bader & CJ«, 1905. 

La plus grande partie du présent bulletin est con- 
sacrée à deux intéressants articles de M. Meininger. — 
Le premier est une étude sur les prévôts impériaux de 
Mufhouse du XIII® au XV« siècle. A l'origine, ces re- 
présentants de l'Empereur présidaient le Conseil de la ville 
et avaient en cette qualité la direction des affaires 
municipales ; plus tard, lorsqu'à partir du milieu du XW^ 
siècle la bourgeoisie put nommer un bourgmestre, ils 
durent céder cette prérogative à ce dernier, mais ils 
conservèrent le droit de haute et basse justice, assez 
lucratif alors, car il permettait entre autres de s'em- 
parer des biens des suppliciés. Aussi la charge de 
prévôt devint-elle bientôt un office vénal, dont le titu- 
laire se faisait le plus souvent remplacer par un sous- 
prévôt nommé par la ville; en 1457, cette dernière finit 
par s'en rendre maîtresse tout à fait en la rachetant de 
l'empereur Frédéric III. — Dans sa seconde publication, 
M. Meininger nous donne des extraits du « Memorial- 
Buchlin » de la famille Schœn de Mulhouse, journal dans 
lequel différents membres de celle-ci ont noté, de 1548 
à 1728, les événements marquants de leur existence. 
Nous y trouvons la vie intime de nos ancêtres dans 
toute sa rudesse et sa naïveté; les petits faits de la 
chronique locale, puis surtout les détails familiers y 
tiennent la première place; les contrats de mariage et 
de vente, les dépenses importantes y sont notés avec 
une minutieuse exactitude et fournissent ainsi maintes 
indications pleines d'intérêt pour Thistoire économique 
de ce temps. — 



- 48 — 



La partie littéraire du Bulletin s'achève par une notice 
nécrologique sur M. Kniile Gluck, le dévoué trésorier 
de la société; l'auteur de cet article, M. Mathieu Mieg, 
souligne avec raison le rôle éminent que le défunt a 
joué dans la vie intellectuelle et artistique de notre 
ville et les services qu'il a rendus à l'étude de notre 
pays par son active collaboration à la dernière édition 
française du Guide des Vosges, de Mundel, ainsi qu'au 
Bulletin de la section vosgienne du Club alpin français. 
— Un rapport sur la marche du musée en 1904, avec 
la liste détaillée des acquisitions faites pendant cette 
année, clôt ce fascicule, qui continue dignement la série 
des remarquables publications de la société. j^ j^ 

L'AUSTRASIE. Revue du Pays messin et de Lorraine, 
historique, littéraire, artistique et illustrée, parais- 
sant tous les trois mois. Nouvelle série, 1905. Metz, 
50 place Saint-Louis. Un an: 10 frs; le numéro: 
2,50 frs. 

Nous saluons avec joie l'apparition du premier 
numéro (paru en juillet) de cette publication-sœur, dont 
nous avions annoncé la naissance dans notre dernière 
Chronique. 

Voici quelques passages essentiels de son programme 
qui trahit une généreuse et forte volonté d'action: 

< Il a paru à quelques Messins attachés à leur ville 
natale, au moment où tant de souvenirs du passé tom- 
bent sous la pioche des démolisseurs, utile et raison- 
nable de reprendre la publication de l'ancienne Revue 
d'Austrasîe. Fondée en 1837, cette revue s'est soutenue 
à Metz pendant plus de trente ans, grâce à l'érudition, 
au zèle et au talent d'une phalange d'hommes éminents 
comme les Prost, les Bégin, les de Bouteiller, les Abcl, 
les Huguenin, les de Puymaigre, les de Saulcy, les 
Jacob, les d'Huart, les Chabert, les Simon et les Boulangé. 
«Nous n'espérons pas mettre notre nouvelle série 
au niveau de la leur, mais nous voulons du moins 
nous inspirer de leur exemple et suivre leur trace. Tout 
ce qui touche à l'histoire de Metz n le don de nous 
émouvoir ; nous voulons faire de VAnslrasie une maison 
d*étude où les chroniques, les événements, les légendes 
de la ville et du pays messin' seront pieusement recueillis ; 
nous en publierons les monuments, nous demanderons 
aux vieilles gens de nous raconter leurs souvenirs, 
nous rendrons hommage aux Messins qui disparaissent. 
L'histoire, Tarchéologie, les figures marquantes, les 
bâtiments, les arls, toutes les manifestations de l'ac- 
tivité messine seront notre principal souci. 

« A la province, la province. Qu'elle révèle ce 
qu'elle a été, par quelles révolutions elle a passé, 
quels drames se sont joués sur son sol ; qu'elle 
raconte son origine, ses progrès, ses développe- 
ments; qu'elle immortalise ses grands hommes; 
qu'elle secoue la poussière de leurs tombeaux; 
qu'elle relève les dalles de ses monuments et 
qu'appuyée sur son ancienne célébrité, elle s'élance 
tièrement vers l'avenir. » 

«Tel était le programme de nos devanciers en 1837. 
Nous n'en voulons pas d'autre, persuadés que dans 



une ville aussi antique et respectueuse de ses traditions 
que la ville de Metz, dans un temps comme le nôtre, 
où les études provinciales sont si en faveur, notre 
tentative répond à un réel désir du public messin.» 

Voici le sommaire de ce premier numéro, édité avec 
le plus grand soin et qu'accompagnent de nombreuses 
illustrations et plusieurs hors-texte, dont un portrait, 
deux plans et quatorze gravures d'après les fusains 
d'un artiste du terroir, M. Simon. 

Au lecteur 

Le Grand Atour de Meiz^ manus- 
crit du XV® siècle. Réédité 
et commenté ferkànodesrobkrts 

Poésies MARQUIS DK PI MO DAN 

duc do Rarécourt 

Profils Messins. Léon Simon, 

Camille Durutte atalokk 

Ambroise Paré à Metz. . . . Dr j. m. radlïn 

En passant par Metz. Souvenir 

d'une jeune voyageuse . . m. R. 

Le Voyage de Henri IV à Metz 

en 1603, manuscrit inédit . abraHam fabert 

La Foire de Metz il y a qua- 
rante ans MARTHE LBJEAUX 

Le Séjour de Rabelais à Metz . GEORGES DUCROcq 
Nos Traditions. La Roue de la Saint- Jean. 

Comme supplément, et dans un fascicule spécial, 
sont résumés, ainsi que nous le faisons nous-mêmes 
dans notre Chronique, des documents récents sur les 
morts et les vivants de la Lorraine, les sciences, les 
arts, les livres, les monuments et la nature. 

NOTES HISTORIQUES ET ARCHÉOLOGIQUES SUR 
STRASBOURG AVANT ET PENDANT LA RÉVO- 
LUTION, par Jean Hermann, publiées avec une 
notice préliminaire par Rodolphk Reuss, correspon- 
dant de l'Institut. Strasbourg, F*. Staat, 1905. 
2.50 frs. 

M. Reuss raconte dans sa préface qu il a eu la 
bonne fortune de trouver chez un de ses amis un 
exemplaire de la « Description historique et topogra- 
phique de la ville de Strasbourg >", ayant appartenu au 
naturaliste connu Jean Hermann, professeur à notre 
université alsacienne pendant la deuxième moitié du 
XVIII® siècle. Cet ouvrage, publié sans nom d'auteur 
en 1785 par de Hautemer, chantre à la Cathédrale, 
n'est pas rare; mais le volume en question est très 
intéressant grâce à un grand nombre de notes ma- 
nuscrites ajoutées par son ancien propriétaire. Nous 
trouvons dans celles-ci non seulement d'importantes 
additions ou rectifications du texte, mais aussi des 
renseignements précieux pour Thistoire locale de Stras- 
bourg pendant la Révolution. Hermann est, il est vrai, 
un témoin un peu prévenu, qui aurait pu fournir plus 
d'un argument à Taine pour ses Origines; il déteste 
cordialement les « Jacobins », auxquels il ne pardonne 
pas de troubler si violemment le calme de sa vie de 
savant; mais c'est, comme le fait remarquer M. Reuss, 
un témoin honnête et sincère, dont l'état d'esprit est 



— 49 - 



caractéristique pour beaucoup de ses contemporains, 
rebutés par les excès révolutionnaires au point d'être 
aveugles pour ce qu'il y avait de grand et de salutaire 
dans la transformation sociale qui s*accomplissait autour 
d'eux. M. M. 

BAUDENKMÀLER DER FREIHERREN VON MOLLEN- 
HEIM IM ELSASS, von J. NiEHER. 32 Tafeln. 
Strassburg, F. Staat; 1905. M. 10.- 

Cet album nous montre, en une série de dessins, 
les châteaux, églises ou autres édiiices construits ou 
habités par les de Miillenheim en Alsace depuis le 
moyen âge, et illustre ainsi d'une manière originale le 
rôle éminent que cette famille a joué dans l'histoire de 
notre pays. M. M. 

LES MONNAIES DES LANDGRAVES AUTRICHIENS 
DE LA HAUTE - ALSACE , par Ebnkst Lkhe. 
Supplément, suivi d'un Appendice sur les jetons 
frappés à la Monnaie d'Ensisheim, par G. A. Schœn. 
Lausanne 1905. 

Le livre de M. Lehr, publié en 1896 dans le Bulletin 
de la Société industrielle de Mulhouse, est bien connu 
des numismates alsaciens, pour lesquels il est devenu 
un guide indispensable. Le présent opuscule le com- 
plète en y ajoutant la description de près de 200 mon- 
naies, ce qui porte à plus de mille le nombre des 
pièces mentionnées dans tout l'ouvrage. Une planche 
jointe à la brochure reproduit les jetons (Rechenpfennige) 
étudiés par M. Schœn. m. M. 

RÉCITS D'UN VIEIL ALSACIEN par Jeanne et Fré- 
déric Régambt. Avec une préface de Maurice 
Barrés et 84 dessins de Frédéric Réoamey. 
Paris, Albin Michel, 1905. 3.50 frs. 

Personne en Alsace, pas plus qu'en France, n'ignore 
Mme et M. Régamey, ce couple sympathique dont Tun 
tient la plume, cependant que l'autre manie le crayon, 
et dont le travail heureusement combiné donne, par le 
concours de deux talents intimement associés, naissance 
à des œuvres aussi artistiques que sincères. 

Dans les Récits d'un vieil Alsacien, l'âme de l'an- 
nexé vibre à chaque page; c'est un journal rédigé à 
intervalles inégaux et dans lequel un vieux vigneron 
de la Haute-Alsace raconte ses impressions, au fur et 
à mesure que se déroule dans son village l'histoire 
banale, souvent grotesque et cependant presque toujours 
attristante, des événements qui caractérisent la vie 
publique de l'Alsace contemporaine. 

Le volume est illustré de 84 dessins, dont plu- 
sieurs sont les portraits de personnages connus tels 
que MM. Wetterlé, Preiss et Seyboth et dont les autres, 
quoique représentant des personnages anonymes, sont 
aisément reconnaissables, parce qu'on est exposé à les 
rencontrer chaque jour en Alsace. 

Sous sa forme humoristique et fantaisiste, le livre de 
M. et de M"»® Régamey conserve une valeur documentaire, 
et les historiens futurs de l'Alsace actuelle le consul- 
teront avec fruit. 



Très exacte la réflexion suivante des auteurs sur 
le particularisme alsacien: 

« Particularistes, nous l'avons toujours été jus- 
qu'à la Révolution — et peut-être même après. Pen- 
dant tout le moyen âge, quand nous appartenions à 
l'Empire allemand, étions-nous allemands? — Certes 
non. L'Empire, on s'en souciait bien chez nous, et il 
se souciait bien de nous, en vérité ! Nos seigneurs, nos 
évêques, nos villes libres avaient leur existence indé- 
pendante, ou presque. Notre province était un vête- 
ment d'arlequin formé d'une infinité de petites républiques 
et de minuscules royaumes, enclavés les uns dans les 
autres d'une façon inextricable. 

«Nos villes libres surtout tenaient jalousement à 
leurs privilèges et à leurs droits. Elles s'administraient, 
se défendaient toutes seules, faisaient des guerres pour 
leur propre compte, contractaient des alliances avec 
qui bon leur semblait. Le faible empereur, si lointain, 
si peu connu, si impuissant, n'était là que pour empocher 
les redevances. 

«Plus tard, quand l'Alsace eût été cédée à la France, 
grâce à la division et aux déchirements intérieurs de 
l'Allemagne, sommes-nous ainsi devenus Français du 
jour au lendemain ? Oh ! que non ! 

« Pendant plus d'un siècle, nous avons gardé notre 
caractère propre, et ce fut la grande habileté de la 
France de ne point nous violenter, de nous laisser tous 
nos usages, toutes nos libertés, et notre religion et 
notre langue, et tout ce qui nous distinguait des autres 
provinces. C'est pour sa douceur envers nous que 
nous l'avons aimée! 

«La Révolution a trouvé chez nous une terre parti- 
culièrement favorable, parce que nous étions républi- 
cains par tradition et par instinct. Ce nivellement de 
1789, suivi des guerres de l'Empire où la gloire de 
nos généraux et de nos soldats s'est fondue avec celle 
do Napoléon, a fait de nous seulement alors des Fran- 
çais sincères, mais des Français qui gardaient toujours 
leur vieux fonds bien alsacien, leur originalité propre. 

« Dès lors, nous n'avons plus parlé de particularisme, 
parce que notre situation politique nous satisfaisait. 
Mais aujourd'hui qu'on nous opprime, n'est-il pas fatal 
que tout notre passé et tous nos instincts se lèvent 
et crient: L'Alsace-Lorraine aux Alsaciens- Lorrains / » 

BLUMSTEIN 

CŒUR ET PRÉJUGÉS, roman alsacien par Léon Ljemlé. 
Strasbourg, F. Staat, 1905. 2 frs 50. 

Dans ce roman, qui n'est alsacien que de nom, 
l'auteur plaide le triomphe du cœur sur les mille pré- 
jugés dont s'embarasse la société moderne. Il n'a point 
de peine à nous convaincre — et nous le félicitons de 
ses généreux principes de tolérance — mais nous sou- 
haiterions un peu plus de relief dans la peinture des 
caractères et un peu plus de pittoresque dans les détails. 

ROSES ET CHRYSANTHÈMES par Edgar Reylb. 
Préface de François Coppée. Paris, Bibliothèque 
de la Société des Poètes français, 1905. 



50 — 



Ce recueil de vers est dédié à M. François Coppée 
qui, dans une lettre-préface, exprime à l'auteur de 
chauds encouragements, « parce que ces strophes, où 
Ton trouve déjà de sérieuses promesses pour Tavenir, 
ont été écrites à Metz, sur la terre lorraine à laquelle 
je ne songe jamais sans sentir mes yeux s'humecter de 
larmes amères, mon cœur se contracter dans une 
étreinte poignante . . . .» 

SOUVENIR DES VOSGES ET DE STRASBOURG suivi 
de la traduction du «JOUET DES GÉANTS», de 
Chamisso, par Ad. Morpain. Strasbourg, 1905. 

La Musc de M. Morpain connaît des sujets d'inspi- 
ration autres que la bière et le foie gras. Voici qu'elle 
a pris le bâton du touriste pour aller rêver au bord 
des cascades et dans les vieux donjons. Elle en rap- 
porte une adaptation française du Jouet des Géants^ la 
gracieuse légende de la Damoiselle et du laboureur, 
Jadis découverte et mise en rimes pseudo-alsaciennes 
par M^**' Charlotte Engelhardt, puis enchâssée dans la 
poésie allemande par Chamisso. 

Sans doute, un censeur Yigoureux trouverait à re- 
dire à la prosodie de l'auteur. Qu'il s'en console. Un 
autre mérite lui assure notre estimé: M. Morpain aime 
l'Alsace de tout son cœur et la sert dans la mesure 
de ses talents. Il lui consacre ses loisirs et ses peines, 
il lui sacrifie ses deniers et il ne s'en glorifie pas. 
Sommes-nous très nombreux en Alsace, qui puissions 
nous vanter d'en faire autant? p. D. 



ECONOMIE POLITIQUE, COMMERCE 
ET INDUSTRIE 

LA SITUATION ÉCONOMIQUE DE LA BASSE-ALSACE 

EN IMH 

La Chambre de Commerce de Strasbourg vient 
de publier son rapport annuel. En voici l'introduction : 

Bien que, durant l'année 1904, la marche des 
affaires n'ait pas encore été réjouissante en tous points, 
l'amélioration de la situation économique qui se dessi- 
nait en 1903 n'a cependant fait que s'accentuer depuis lors. 

Dans la plupart des branches de l'industrie et du 
commerce Tactivité a été satisfaisante, très vivace même 
dans quelques-unes d'entre elles. De bonnes récoltes 
ont augmenté l'aisance parmi la clientèle rurale. Dans 
les villes, l'industrie du bâtiment a pris un essor con- 
sidérable, ce qui n'a pas manqué de donner une forte 
impulsion aux affaires. 

Le commerce extérieur, lui aussi, a été relative- 
ment prospère. La guerre russo-japonaise n'a pas eu 
sur la situation du marché mondial les effets pernicieux 
que l'on craignait au début. Quelques industries de 
notre région, fortement intéressées à l'exportation en 
Russie, ont vu, il est vrai, considérablement diminuer 
leur chiffre d'affaires dans ce pays, notamment au 
commencement de la guerre. 

Les prix de vente, par contre, ont continué à être 
peu rémunérateurs. Presque toutes les matières pre- 
mières sont restées à des taux fort élevés, sans qu'il eût 



été possible de hausser les prix des objets fabriqués; 
malgré l'importance des affaires, le rendement est donc 
resté insuffisant. D'autre part, les branches dont la 
marche ne dépend pas des prix des matières premières 
ont été empêchées par la forte concurrence — en 
d'autres termes par la surproduction persistante — 
d'imposer à leur clientèle des prix rémunérateurs. 

La fixation des prix de vente, et par ce fait la 
situation générale du commerce et de l'industrie, devient 
de plus en plus tributaire des cartels, syndicats ou 
conventions. La concentration progressive des entre- 
prises industrielles ou commerciales est l'un des signes 
caractéristiques de la période écoulée. En même temps 
que la puissance des grands cartels augmente, les 
unités industrielles perdent peu à peu leur indépen- 
dance et la possibilité de déployer librement leurs forces; 
elles voient leur activité entravée par de rigoureuses 
conditions de vente, appliquées dans un esprit étroit et 
bureaucratique, par la défense qui leur est faite de 
vendre leurs produits à telle maison et par des mesures 
de combat analogues. Tandis que jusqu'ici on attri- 
buait aux cartels le mérite de créer une certaine stabilité 
sur le marché, on constate aujourd'hui que la lutte 
entre les cartels et les indépendants provoque souvent 
des fluctuations de prix subites et nullement commandées 
par la situation économique. 

Pour éviter que la cherté des matières premières 
sur le marché indigène n'entrave les ventes à l'étranger, 
les cartels ont introduit le système des primes à l'im- 
portation. C'est là, entre eux et les industriels, un 
nouveau sujet de différends et parfois même l'occasion 
de manipulations déloyales. Les fortes augmentations 
prévues par le nouveau tarif des douanes allemand 
sur un grand nombre de matières premières ne man- 
queront pas de donner un nouvel appoint à cette poli- 
tique de concentration, à moins que, par des bonifica- 
tions de droits à la sortie et l'extension du système 
des admissions temporaires, on ne puisse soulager le 
marché indigène et rendre aux industriels une plus 
grande liberté d'action. 

Parmi les principales branches de l'industrie et du 
commerce de notre région, c'est cette année encore 
l'industrie textile qui a le moins pris part à l'améliora- 
tion générale de la situation. Dans l'industrie coton- 
nière les affaires semblaient, durant les trois premiers 
trimestres de l'année, rentrer dans la voie normale: 
les prix étaient assez stables et la clientèle s'améliorait 
graduellement, lorsqu'au mois de novembre une baisse 
subite des cotons, provoquée par une récolte surabon- 
dante en Amérique, est venue compromettre les résultats 
de tout l'exercice. Quant aux produits de la filature de laine 
peignée et de l'industrie des draps, la mode leur a été con- 
traire. Les étoffes de laine et les nouveautés ont trouvé 
des débouchés suffisants, mais cette branche a eu parti- 
culièrement à souffrir de Tinsuflisance des prix. La situa- 
tion de l'industrie du jute s'est légèrement améliorée ; la 
fabrication de filets de front a donné de bon résultats. 

L'industrie métallurgique et les ateliers de cons- 
truction n'ont pas chômé durant toute l'année, mais la 



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cherté des matières premières et du charbon, due pré- 
cisément aux cartels, a forcément réduit les bénéfices. 
L'activité considérable qui n'a cessé de régner dans 
l'industrie du bâtiment a surtout exercé son influence 
bienraisante sur les industries du bois et de la pierre. 
Malheureusement celles-ci, comme tant d'autres, ont été 
déçues dans leur espoir de voir les prix s'élever peu 
à peu à un niveau qui réponde a l'importance des afTaires. 
Dons l'industrie du cuir les afTaires se sont égale- 
ment relevées, et les prix ont enfin marqué une légère 
tendance à la hausse; seule la fabrication des tiges de 
bottes et celle des chaussurc<i nnt encore eu des résultats 



peu satisfaisants. La papeterie 



: les l 



La situali< 
fabrication et d 
des boissons a 
et la malterie 
tionnellement é 
fabriques de 



I des branches qui s'occupent de la 
la vente des produits alimentaires et 
té généralement prospère. La brasserie 
^t bénéficié de la température excep- 
vée de l'été. La chooolalerie et les 
nbons, par contre, ont vu diminuer 
; par suite de l'abondance des fruits. Il en 
est de même de l'industrie des conserves, dont les 
approvisionnements ont été, d'autre part, considérable 
ment facilités par les bonnes récoltes. Les fabriques 
de pâtés de foie gras ont été moins favorisées, 
d'autant plus qu'un de leurs principaux débouchés, 
la Russie, a fait presque complètement défaut par suite 
de la guerre. 

Le commerce de détail et la branche de l'habille- 
ment, ainsi que le commerce de fer et la quincaillerie, 
ont bénéficié de l'augmentation de la capacité d'achat 
de la clientèle tant urbaine que rurale. Le commerce 
des produits agricoles a été favorisé par la ril^hesse 
des récoltes indigènes. Le commerce des vins seul 
continue à se trouver dans une situation précaire; il 
se plaint de la diminution constante de la consomma- 
tion, qui est due en partie au mouvement antialcoolique, 
en partie a la concurrence de la bière, dont la con- 
sommation, facilitée par la vente en bouteilles, fait des 
progrès toujours croissants jusque dans les contrées 
viticotes elles-mêmes. 

Si le commerce de gros en général se voit lésé 
par la politique d'élimination du commerce poursuivie 
par les cartels, le commerce des produils agricoles en 
particulier souffre de la concurrence des syndicats 
agricoles, fondés en vertu de l'axiome que le commerce 
est un facteur nuisible au producteur et superflu dans 
la vie économique. On peut espérer que les tristes 
expériences que les agriculteurs viennent de faire avec 
ces syndicats les convaincront peu à peu de la fausseté 
de cet axiome. 

Le commerce et l'industrie de notre région ont 
subi de fortes pertes par la cessation prématurée de la 
navigation sur le Rhin; après une durée d'à peine 
quatre mois, le trafic a dû être suspendu le I" août 
déjà, à cause de l'insuffisance du mouillage. Le com- 
merce n'avait pas compté sur une interruption aussi 
précoce et attendait encore des arrivages importants 
par le Rhin ; il a dû faire transborder ses marchandises 
à Mannheim, ce qui lui a coûté des frais de transport 



lion du Rhin qui 
que, après 



supplémentaires considérables, sans compter les nom- 
breux faux-frai^ L'expédition, sur le Rhin inférieur, des 
produits agricoles et forestiers, qui n'est possible que 
grâce au bon marché des transports fluviaux, n'a pu 
être effectuée, au grand préjudice de la production indigène. 
Le commerce strasbourgeois avait caressé l'espoir 
de voir mettre fin à cette situation précaire par la 
nal latéral au Rhin. Malheureuse- 
é déçu. Bien que le monde com- 
t pris nettement position en faveur 
ipendant que ce soit la régularisa- 
le plus de chance d'aboutir, projet 
minutieux et grâce aux expériences 
faites durant les dernières années, le commerce avait 
abandonné, comme ne répondant pas suffisamment â 

Les traités de commerce qui ont été conclus dans 
le courant de l'année écoulée ne permettent pas davan- 
tage d'envisager l'avenir avec confiance. Ces traités 
donnent, il est vrai, pour une série d'années une base 
solide aux transactions internalionales ; on se trouve 
pourtant, aussi bien à l'étranger que dans le pays 
même, en face d'augmentations de droits qui justifient 
les plus graves appréhensions. L'exportation étant 
rendue plus difficile, la surproduction existant à l'inté- 
rieur ne fera que s'accentuer, alors que l'élévation des 
tarifs allemands sur les principales denrées alimentaires 
diminuera l'aisance et, par ce fait, la capacité d'achat 
dans presque toutes les classes de la population. 



VARIA 



La Sociéli pour la conservation des monumenls 
historiques de Riquewikr a fait apposer, le 9 juillet 



dernier, sur l'ancien château des ducs de Wurtemberg, 
actuellement maison d'école, une plaque commémorative 
— médaillon en bronze avec inscription — en l'honneur 
de Marie-Caroline Flacksiand, épouse de J. G. Herdcr, 
née à Riqucwihr le 28 janvier 17.W. 



r 



NOTICE TYPOGRAPHIQUE: LE TEXTE ET LES ILLUSTRATIONS DE CE 
VOLUME ONT ÉTÉ IMPRIMÉS PAR C. MÛH k CIE A STRASBOURG; LES 
CLICHÉS ET LA PLANCHE m ONT ÉTÉ EXÉCUTÉS PAR C. PELZ A SIGMA- 
RINGEN ; LES PLANCHES I, II ET VI ONT ÉTÉ TIRÉES PAR J. MANIAS k CIE 
A STRASBOURG, IV PAR J.-B. OBERNETTER A MUNICH, V, VII, VIII, IX, 
XIV ET XV PAR L. GEISLER AUX CHATELLES PRÈS RAON-L'ÉTAPE, X, XI, 
Xn ET XIII PAR « THE GILLISS PRESS » A NEW-YORK. 



DRUCKVERMERK : DER TEXT UND DIE ILLUSTRATIONEN DIESES BANDES 
WURDEN BEI C. MOH k CIE IN STRASSBURG GEDRUCKT, DIE CLICHÉS UND 
DIE BEILAGE III VON C. PELZ IN SIGMARINGEN HERGESTELLT; DIE BEI- 
LAGEN I, II UND VI WURDEN VON J. MANIAS k CIE, STRASSBURG, IV VON 
J.-B. OBERNETTER, MÛNCHEN, V, VII, VIII, IX, XIV, XV VON L. GEISLER, 
AUX CHATELLES BEI RAON - L'ÉTAPE, X, XI, XII UND XIII VON «THE 
GILLISS PRESS 3», NEW- YORK, GEDRUCKT.